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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

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Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 19:35
LES COMBATTANTS ANTI-IMPERIALISTE FACE A LA TORTURE (suite)
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com
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Viktor Kleinkrieg
Les Temps modernes, mars 1974
Texte introductif au dossier: Les prisonniers politiques ouest-allemands accusent

Les prisonniers politiques en RFA appartiennent presque tous à la R.A.F. (fraction armée rouge) ou au S.P.K. (collectif socialiste des patients de l'université de Heidelberg).

La R.A.F. que la presse de Springer (ministre officieux de la propagande de la RFA, diffusant un quotidien de masse du niveau de Minute, c'est-à-dire fasciste - Bild Zeitung - à des millions d'exemplaires) a appelé la "Bande à Baader" (du nom d'Andreas Baader, l'un des premiers membres du groupe connu), que la presse "réformiste" a appelée groupe Baader-Meinhof, se définit elle-même dans un de ses premiers écrits "Sur la conception de la guérilla urbaine":

"S'il est vrai que l'impérialisme américain est un tigre en papier, cela signifie qu'il peut finalement être vaincu. Si la victoire sur lui est devenue possible, si on le combat dans chaque coin de la terre de façon à le forcer à diviser ses forces et s'il est possible de l'abattre à cause de cette division, si la thèse des communistes chinois est juste, il n'existe alors aucune raison pour tenir quelque pays ou quelque région que ce soit hors de la lutte anti-impérialiste sous prétexte que les forces de la révolution sont faibles alors que celles de la réaction y sont fortes."

La R.A.F. se situe donc bien en tant que "fraction" dans la ligne anti-impérialiste du mouvement étudiant allemand. Le SDS avait mobilisé et organisé ses étudiants sur des thèmes anti-impérialistes comme la manifestation contre le shah d'Iran à Berlin, le 2 juin 1967, au cours de laquelle l'étudiant Benno Ohnesorg a été assassiné par un membre de la police politique du nom de Kuras (celui-ci a d'ailleurs eu de l'avancement depuis).

Les actions entreprises contre le quartier général des forces américaines installé à Heidelberg et Francfort se situent directement dans la ligne de la campagne du S.D.S. contre l'impérialisme américain, et de ses campagnes de soutien au F.N.L. La méthode de lutte employée est, elle, différente, plus directe; elle constitue, du fait des dégâts en matériel et en hommes, un coup direct porté contre des bases de l'impérialisme dans les métropoles. Ici, ce ne sont plus des révolutionnaires désarmés qui sont les victimes d'une répression plus forte, mieux organisée et légale; on passe d'une situation de dénonciation verbale où l'on se plaçait sur la défensive, à une situation de réponse à la violence, en attaquant les centres de commandement de l'occupant américain. Le pouvoir de décision est renversé. Ces actions de la R.A.F. ont montré qu'il était possible de porter des coups sensibles à l'ennemi là où il se croit le plus fort et le plus en sécurité, dans les métropoles qu'il domine pour l'instant. Ce n'est plus seulement le camp révolutionnaire qui pleure ses victimes et condamne les bourreaux protégés par ce qui ose s'appeler justice; à partir de ces actions de la R.A.F., l'ennemi est amené à compter lui aussi ses "victimes". Pour les combattants de la R.A.F., l'anti-impérialisme n'est pas seulement une activité de colloques et de séminaires ou de "comités de soutien aux luttes du peuple x", mais d'abord la prise de conscience de la nécessité de remettre en question le monopole des armes de la bourgeoisie.

Ces actions de la R.A.F. contre les installations américaines en 1972, posent des à la gauche extra-parlementaire un certain nombre de problèmes. Le S.D.S. s'est dissout et les organisations d'extrême-gauche se trouvent dans une phase nouvelle: certains veulent construire le parti marxiste-léniniste ou trotskyste de demain, d'autres se lancent pour des années dans des programmes de recherches théoriques à partir des oeuvres économiques de Marx, en se déclarant incapables de toute praxis politique, d'autres encore envoient leurs militants se rapprocher des masses en y travaillant en usines et en y créant des groupes d'entreprises; d'autres encore se spécialisent dans un secteur donné des luttes: luttes pour le logement et luttes contre la spéculation comme à Francfort, avec occupation de maisons, soutien aux émigrés en lutte contre les conditions de travail et de logement plus dures encore que celles des ouvriers allemands etc...

Le décalage entre ces groupes et le niveau de conscience des masses est encore très grand; l'impact de la propagande bourgeoise est fort: s'il existe dans beaucoup de cas chez l'ouvrier allemand une conscience d'être exploité, c'est d'abord la résignation qui domine. Le nazisme, l'après-guerre, l'interdiction du K.P.D.,  la chasse aux sorcières contre les communistes, les fautes du K.P.D. aussi, les erreurs évidentes de la R.D.A., créent encore aujourd'hui un climat favorable à l'anticommunisme. Toutefois l'euphorie du miracle économique est bien terminée. Ce miracle avait été rendu possible grâce à l'apport de main d'oeuvre qualifiée et de techniciens réfugiés et aussi grâce à l'apport énorme en capitaux provenant de la surexploitation d'une armée de réserve de plusieurs millions de travailleurs étrangers maintenus dans des conditions de vie dégradantes, et grâce enfin à la solidarité capitaliste qui s'exprima par le plan Marshall en vue d'établir un bastion de l'impérialisme américain en Europe.

Dès l'automne 1968, les premières grèves sauvages ont lieu dans l'industrie métallurgique, la représentativité unique des syndicats est remise en question. La canalisation de la lutte des classes par le moyen des accords de salaires renouvelables seulement dans le cadre de discussion bilatérales - où siègent d'un côté les représentants de syndicats corrompus, liés directement au pouvoir et n'ayant plus rien de commun avec leurs camarades en usine, de l'autre côté les représentants du patronat des grands trusts Siemens, A.E.G., Krupp, Mercedes, Volkswagen - commence à être refusée. Ce sont les mêmes qui ont mis au pouvoir le fascisme nazi.

Le représentant du patronat de la métallurgie au cours des négociations de 1973 dans le cadre des accords de salaires pour l'industrie métallurgique du Bade-Wurttemberg était d'ailleurs un ancien SS, chargé de la politique économique dans les territoires occupés de l'Est, aujourd'hui président de la fédération du patronat de la métallurgie. Le trait d'union entre le nouveau fascisme et le fascisme nazi passe par la table de négociation syndicale. Hier, on parlait d'extermination et de colonisation des pays conquis, aujourd'hui, on parle de réforme.

A partir de 1968, on assiste effectivement à une prise de conscience de certaines parties de la classe ouvrière; les thèmes de lutte rappellent ceux des autres pays européens, en particulier dans l'industrie automobile: refus des cadences, du travail à la chaîne, lutte contre les petits chefs, totalisation des luttes: maisons, transports, fabrique, critique de la division du travail, discussion sur la multinationalité, sexualité. L'influence de la gauche prolétarienne en France, de Lotta Continua et de Potero Operaio en italie, est évidente sur les groupes spontanéistes allemands. Les limites de ces groupes, leurs difficultés par rapport au problème de leur origine intellectuelle et de classe, sont les mêmes que celles des groupes français. Leurs actions de soutien ou exemplaires se situent toujours à la limite de la légalité et de l'illégalité bourgeoise. Ils n'arrivent pas à vaincre la résignation des avant-gardes ouvrières qui ont du mal à se reconnaître en ces groupes, finalement sans identité propre, antidogmatiques souvent par réaction contre l'organisation, vaguement antirévisionnistes et ayant rompu avec la tradition anti-impérialiste du mouvement étudiant dont ils sont issus, du fait que cela n'intéresse pas ou peu les travailleurs.

Les actions anti-impérialistes de la R.A.F. sont donc peu soutenues par ces groupes "spontanés" qui souvent préfèrent de manière plus subtile ou directe s'associer à la propagande bourgeoise. Certes, ils ne parleront pas de terrorisme mais ils souligneront la différence au lieu de souligner le coup porté à l'adversaire commun. C'est ainsi que le groupe Révolutionärer Kampf de Francfort intervenant à l'époque surtout à l'usine automobile Opel à Francfort-Rüsselsheim, déclarait dans un tract distribué aux travailleurs de cette usine et que je cite de mémoire:
"Nous ne verserons aucune larme sur le colonel américain tué, sans doute responsable de la mort de beaucoup de Vietnamiens, mais nous pensons que beaucoup plus que les quelques bombes, la lutte organisée des masses peur porter un coup au système ".
Pourtant cette critique était la moins directe, en apparence la plus solidaire, en réalité la plus subtile, car au lieu de pleurer sur le fait que la R.A.F. a opéré en dehors du "mouvement" - comme le groupe l'a fait dans une critique de la R.A.F. prononcée au cours d'un teach-in du secours touge à Francfort, il avait la possibilité d'être cette charnière entre luttre d'entreprise et luttes directes contre les bases du pouvoir. Au lieu de se faire propagandiste de la lutte anti-impérialiste, ce groupe "révolutionnaire" contribua à isoler davantage la RAF des "masses".

La résignation de la classe ouvrière, le fait qu'elle n'entrevoit aucune possibilité de libération réelle du fait de la disproportion entre l'énormité de l'appareil répressif à tous les niveaux et la faiblesse des forces révolutionnaires, ne peuvent être dépassés par la dénonciation subtile venant de "gauchistes", du seul groupe essayant de montrer par la pratique qu'il est possible de porter à l'adversaire des coups qui n'aient pas seulement une valeur symbolique ou verbale, mais celle d'exemples à suivre.

Les marxistes léninistes et trotzkystes constructeurs de parti, de même que les spontanéistes attendant la grande prise de conscience des masses, ont adopté l'opportunisme des sociaux-démocrates que Lénine dénonçait déjà dans l'Etat et la Révolution:
"La nécessité d'inculquer systématiquement aux masses cette idée - et précisément celle-là - de la révolution violente est à la base de toute la doctrine de Marx et d'Engels. La trahison de leur doctrine par les tendances social-chauvines et kautskistes, aujourd'hui prédominantes, s'exprime avec un relief singulier dans l'oubli par les partisans des unes comme des autres de cette propagande, de cette agitation. Sans révolution violente, il est impossible de substituer l'Etat prolétaire à l'Etat bourgeois"

A l'origine de cette différence entre la R.A.F. et la plupart des groupes gauchistes allemands et européens, on trouve une différence de réponse au problème du sujet révolutionnaire. La R.A.F. déclarait en 1972 dans une brochure intitulée: Mener la lutte anti-impérialiste - construire l'armée rouge" dans un chapitre consacré au sujet révolutionnaire que nous citerons entièrement:

"Le problème de l'opportunisme n'est pas résolu du fait que Negt se soit démasqué. La définition du sujet révolutionnaire n'est pas terminée du fait que l'analyse du système conduit à la constation que les peuples du tiers monde sont l'avant-garde et par là la transposition de la notion léniniste de l'aristocratie ouvrière sur les masses dans les métropoles. Au contraire, elle commence là.
"La notion de travailleurs salariés de Marx ne caractérise pas seulement la situation d'exploitation des masses dans les métropoles. Il faut constater que l'exploitation dans le domaine de la production crée un degré jamais atteint de fatigue physique et d'usure psychique et les progrès de la division du travail ont amené une augmentation énorme de l'intensité du travail, qui va en s'accroissant. Il faut constater que l'instauration de la journée de travil de huit heures a été la condition de base de l'augmentation de l'intensité du travail et que, de ce fait, le système a accaparé la totalité du temps libre de l'être humain. A l'exploitation physique en fabrique vient s'ajouter l'exploitation de la pensée et des sentiments, des aspirations et des utopies - au despotisme des capitalistes en usine s'ajoute le despotisme des capitalistes dans tous les domaines de la vie, par les mass media et par la consommation massive.
"Avec l'introduction de la journée de huit heures correspondant à la domination de vingt-quatre heures du système sur le travailleur - par la création du pouvoir d'achat des masses, les échelles mobiles - le système e remporté une victoire sur les projets, les besoins, les alternatives, la fantaisie, la sponténéité, en un mot sur l'être humain dans sa totalité.
"Le système a réussi dans les métropoles à plonger les masses si profondément dans sa propre merde, qu'elles ont apparemment perdu leur vision d'elles-mêmes en tant qu'opprimées et exploitées; de sorte que pour elles l'automobile, une assurance-vie, un contrat épargne-logement leur font accepter tous les crimes du système et que, mis à part l'automobile, les vacances, la salle de bains, elles ne peuvent rien se représenter et espérer.
"Nous consluons à partir de cela que le sujet révolutionnaire est tout un chacun qui se libère de ces contraintes et refuse sa participation aux crimes du système. Que chacun de ceux qui trouvent leur identité politique dans les luttes de libération des peuples du tiers monde, chacun de ceux qui se refusent, qui ne marchent plus, chacun de ceux-là est: sujet révolutionnaire, camarade.
"Cela signifie que nous devons analyser la journée de vingt-quatre heures du système impérialiste. Nous devons démontrer dans tous les domaines du travail et de la vie de cette société comment s'effectue en eux l'accaparement de la plus-value, à propos de l'exploitation en usine comme partout ailleurs. Trouver la clef.
"En postulant: le sujet révolutionnaire sous la domination de l'impérialiste dans les métropoles est l'être humain dont la journée de vingt-quatre heures correspond à vingt-quatre heures de domination par le système, nous ne faisons que définir les limites à l'intérieur desquelles l'analyse de classe peut être effectuée, nous n'affirmons pas que le postulat est déjà l'analyse elle-même.
"Il est vrai que ni Marx, ni Lénine, ni Rosa Luxemburg, ni Mao n'ont eu à faire aux lecteurs du Bild, au téléspectateur, à l'automobiliste, à l'élève conditionné psychiquement, à la réforme universitaire, à la publicité, à la radio, à la vente par correspondance, à l'épargne-logement, à la "qualité de la vie", etc. C'est un fait que le système  se reproduit dans les métropoles par ses offensives répétées sur la psyché de l'être humain, de manière non pas ouvertement fasciste mais par le biais des rapports marchands.
"Déclarer que des couches entières de la population sont perdues par la lutte contre l'impérialisme du fait qu'elles ne pouvaient encore être prises en considération dans l'analyse du capitalisme par K. Marx, est à la fois sectaire, absurde et pas marxiste pour un sou.
"C'est seulement si nous réussissons à concevoir notre journée de vingt-quatre heures dans la relation impérialiste-anti-impérialiste, que nous serons en mesure de formuler nos problèmes et de les présenter de telle manière que notre formulation puisse être comprise par chacun, que nos actions seront perçues non seulement comme celles de la R.A.F., mais également notre propagande, notre langage, nos mots. Servir le peuple!
"Si les peuples du tiers monde sont l'avant-garde de la révolution anti-impérialiste, ce qui signifie la grande espérance objective d'une libération des êtres humains par eux-mêmes, notre devoir est d'établir la relation entre lutte de libération des peuples du tiers monde et les aspirations de libération partout où elles apparaissent dans les métropoles: dans les écoles, les universités, les usines, les familles, les prisons, les bureaux, les hôpitaux, les administrations, les partis, les syndicats, partout. Contre tout ce qui, dans ce rapport nie, opprime, détruit; la consommation, les mass media, la cogestion, l'opportunisme, le dogmatisme, la domination, le paternalisme, la brutalité, l'isolement de l'individu.
"Il s'agit de nous! Nous sommes les "sujets révolutionnaires". Celui qui commence à lutter et à résister est l'un d'entre nous.
"La question de savoir quelle est la partie du système la plus facile à combattre, la plus faible, ne peut être résolue que par nous-mêmes, non pas seulement selon le principe: l'un après l'autre, mais dans la dialectique de la théorie et de la praxis."


Voilà ce qui différencie la praxis de la R.A.F. de celle d'autres organisations; le sujet révolutionnaire n'est plus projeté, espéré, éduqué, forcé, attendu, agité, missionarisé; le sujet révolutionnaire est l'étudiant de Francfort ou de Paris, le travailleur de B.M.W. ou de Renault. Celui qui ne peut plus vivre sous la domination destructrice de ce système et qui se pose le problème de savoir comment écarter l'oppresseur définitivement, sûrement. Non pas celui qui attend et continue à collaborer, non pas celui qui verse des larmes sur les révolutionnaires chiliens sans se demander en quoi l'échec de l'Unité Populaire le concerne aujourd'hui. Non pas celui qui avec la gauche opportuniste, se contentera de voir un succès dans un échec (comment une action collective de réappropriation peut être "récupérée", par la restitution du "trésor de guerre", afin d'avoir SON outil de travail), mais celui qui a compris, comme Georges Jackson, que le fascisme aujourd'hui se cache sous le masque du réformisme.

Le systèmeactuel peut se permettre le luxe d'une gauche, d'une extrême-gauche, qui se contenteront de dénoncer la répression, le nouveau fascisme, le racisme, tous les crimes du système. Tant que la résistance sera verbale, qu'elle continuera à raffermir la bonne conscience gauchiste, tant qu'il sera possible de se compromettre avec le système tout en écrivant, tout en lisant un hebsomadaire ou des quotidiens gauchistes, en militant dans telle ou telle organisation sans se poser le seul problème qu'un révolutionnaire a à se poser: comment s'organiser pour la libération du joug impérialiste?, tant que toute trahison ne sera pas conçue comme une trahison à soi-même (par ce que soi-même, cela ne peut signifier que soi libéré de toute domination), il sera possible au système de se perpétuer par nous, à l'aide de nos contradictions, à l'aide de notre militantisme de salon, de notre radicalisme verbal. Ce qui différencie la RAF de la plupart des groupes gauchistes, c'est cette absence d'attentisme béat malgré tant d'avertissements: le coup d'Etat du Chili, celui de Grèce, les bruits répétés de coup d'Etat militaire en Italie, le formidable déploiement de forces en France contre "l'ennemi intérieur", l'organisation militaire de la bourgeoisie anglaise devant les difficultés de reproduction du capital anglais. La gauche vit toujours dans l'illusion que la bourgeoisie abdiquera un jour volontairement du fait de la poussée des masses. Pourtant en mai 1968, d'un côté, il y avait plus de dix millions de grévistes, de l'autre côté tout au plus quelques centaines de milliers de mercenaires, paras, gendarmes, légionnaires, CRS et autres bandes fascistes armées. Et pourtant la révolution ne se fit pas, les dix millions cédèrent devant les mercenaires armés et les promesses de réformes. Cela paraît banal mais aujourd'hui encore on parle beaucoup de l'acquis réel, certes, de Mai 1968 mais très peu de l'échec, réel lui aussi. On en a fait un mythe, presque un alibi, "j'en étais ..."

La presse gauchiste parle souvent de mai 1968, jamais ou presque on ne parle de dépasser Mai 1968. Il suffit de refaire mieux. Pourtant on ne fait ainsi que reproduire l'illusion qu'entretiennent depuis plus de cent ans tous les opportunistes: la prise du pouvoir par une grève insurrectionnelle. Illusion, illusion à la peau dure. Mais les illusions font vivre et ce sont les mêmes qui en deviennent gras et les mêmes qui en crèvent.

Il importe d'ailleurs de se demander non seulement pourquoi la presse bourgeoise française n'a pas beaucoup parlé de la RAF, ce qui va de soi, mais pourquoi les gauchistes ont déformé la réalité ou carrément diffamé. Citons quelsues exemples:
-Krivine dans son ouvrage récent, Question à la révolution, se contente de parler de pratique "nihiliste"
-La Cause du Peuple, dans un numéro de début 1973, parlait de la "bande à Baader, groupe petit-bourgeois, isolé des masses", en disant en passant, la même chose de "Septembre noir".
- L'organe de l'O.R.A. (organisation révolutionnaire anarchiste) publiait également un article reprenant les thèses de la provocation dirigée par l'Etat.
- Un certain Sandoz, sans doute pour ne pas perdre la bonne étoile protectrice de ses amis sociaux-démocrates allemands, n'hésitait pas à parler dans un article paru dans le Nouvel Observateur, d'actions à la Bonny and Clyde.

Ces réactions ne s'expliquent que par le fait que ces groupes, du moins les moins compromis d'entre eux, se sont trouvés remis en question par la praxis de la RAF, du fait justement de sa définition du sujet révolutionnaire. Finie la fonction alibi des gauchistes-attentistes se parant du titre de nouveaux résistants, mais attendant que les masses viennent leur donner le signal de passer à l'action. Ces groupes en réalité se cachent derrière les masses, de peur de la lutte, de la vraie, celle où l'on se trouve dans un camp ou dans un autre et où il n'est plus possible de rester avec un pied dans l'autre camp. Leurs diffamations ne viennt que s'ajouter à celles des idéologues bourgeois, elles ont pourtant une autre résonance, parce que destinées à un public de gens qui en ont marre et qui ne demandent souvent qu'à lutter. Les Ebert et Scheidemann d'aujourd'hui ne sont plus seulement dans le camp social-démocrate, ils sont dans le camp gauchiste, car dire aujourd'hui d'un groupe qu'il est isolé des masses, c'est contribuer à créer les conditions nécessaires à cet isolement.

En guise de réponse, nous leur citerons la lettre de Jonathan à George Jackson de juin 1969:
"Une chose est bien claire, c'est que nous nous trouvons devant un besoin d'organiser certaines défenses à petite échelle, maintenant, contre les abus les plus flagrants du système, j'entends cela dans un sens militaire. La période de l'agitation désordonnée, des émeutes et des marches de protestation, de l'agitation/éducation purement politique, tire à sa fin. La violence de l'opposition l'a menée à sa fin. Nous ne pouvons plus hausser le niveau de conscience d'un seul millimètre sans une nouvelle orientation tactique. A eux-seuls, les passe-temps politiques à long terme n'ont plus pour nous aucun intérêt pratique.
A mon avis, cela revient à supposer qu'un jour, dans un avenir lointain, nous produirons une puce de trois cents kilos pour lutter contre un tigre de papier. Il ne faudrait pas trop y compter. Nous sommes là à attendre le moment où toutes les victimes du capitalisme se dresseront indignées pour détruire le système, et pendant ce temps nous nous faisons croquer par familles entières quand l'envie en prend à cet animal-là. Il n'y aura pas de super-esclaves. Il va falloir que parmi nous, certains prennent leur courage à deux mains et fassent un plan révolutionnaire très dur pour mener des représailles violentes et sélectives. Nous avons le nombre pour nous si les Blancs qui sont en faveur d'un changement révolutionnaire peuvent empêcher cette affaire de dégénérer en guerre de races. L'image des Etats-Unis en Tigre de papier est exacte, mais il y a fort à faire pour détruire ce Tigre et je suis d'avis que s'il y a fort à faire pour croître, le plus tôt on commencera, mieux ça vaudra (Cité d'après Devant mes yeux la mort, gallimard)"


Ne pas se poser le problème de l'organisation militaire, celui du contre-terrorisme (dans le sens de la réponse au terrorisme au quotidien  du nouveau fascisme dans les métropoles) après l'assassinat de Pierre Overney en France, celui de Geog von Rauch, Petra Schelm, Thomas Weissbecker par la police du nouveau fasciste Genscher, ministre de l'intérieur de la R.F.A., membre du parti "libéral", après le coup d'Etat du Chili et tant d'autres exemples devant nos yeux, c'est préparer la défaite, permettre à l'ennemi d'établir plus solidement sa domination meurtrière sur des millions d'êtres humains. Aller sans armes au massacre ou prendre le risque de d'organiser notre libération? Telle est l'alternative.

L'article se poursuit en particulier sur les méthodes de répression des militants révolutionnaires , des prisonniers de la RAF. Nous en terminerons la publication dans un prochain article. Rappelons que l'article introduit un dossier publié dans la revue les Temps modernes: LES PRISONNIERS POLITIQUES OUEST ALLEMANDS ACCUSENT, de mars 1974 qui constitue l'un des premiers documents en français sur la RAF et les prisonniers.

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Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2