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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

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Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 16:08
 Pour consulter le blog: linter.over-blog.com 
Un camarade nous a adressé les notes suivantes sur la révolution d'octobre. Nous les publions pour ce 6 novembre 2007. 90 ans ont passé, mais nous pouvons apprendre de toutes les luttes passées et nous sommes intéressés à réfléchir ensemble sur le blog à toutes ces expériences qui constituent notre histoire.
71comm_tardi.jpg(Tardi - la Commune)

Apprendre pour comprendre : 90ème anniversaire de la révolution bolchévique d’octobre 1917

Sans science révolutionnaire, pas de révolution.


La révolution de 1917 est l’événement politique majeur du XXe siècle, elle a signifié pour la Russie oligarchique, autocrate et orthodoxe, l'abandon total de ses anciennes structures politiques au profit d'un régime inédit, qui marque la victoire des thèses socialistes développées par Marx et Engels, puis par Lénine.

La révolution d’octobre 17, renverse le tsarisme, pour créer les conditions du succès et à la prise du pouvoir par le parti bolchevick. En quelques mois, ces conditions du succès passent d'une minorité agissante dirigée par un Lénine en exil et ses camarades historiques, à une majorité de luttes pour répondre aux revendications du plus grand nombre : la paix, la terre, la liberté.

«La guerre est le plus beau cadeau fait à la révolution»: a dit Lénine.  L'entrée en guerre de l'Empire russe en août 1914, aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France dans le conflit mondial qui les oppose aux Empires centraux, a donc favorisé matériellement la montée en puissance du mouvement bolchevick.

Cependant, il faut être dialectique et remettre cette petite phrase dans son contexte historique. Car en effet, au moment où la guerre éclate, la quasi-totalité des partis sociaux-démocrates des pays belligérants vote les crédits de guerre avec les partis de la bourgeoisie. L'Union sacrée et l'abandon des principes pacifistes sapent alors pour un temps ce qui devait aboutir à la révolution dans plusieurs pays industrialisés, dont l’Allemagne.

Marx avait lui-même mis en avant que l’Allemagne serait certainement la première puissance industrialisée a faire sa révolution socialiste. Bien sûr, il n’avait pas eu le temps d’analyser scientifiquement, que la bourgeoisie avait préparé ce plan de guerre mondiale depuis plus de 20 ans, suite à la 1ère tentative de révolution prolétarienne moderne que fût la Commune de Paris. Les rencontres secrètes entre Bismarck et les belligérants bourgeois « européens » en contradiction avec les monarchies, annonçaient la fin des régimes oligarchiques tzaristes ou royaux, pour mettre en place véritablement des ordres et des pouvoirs politiques bourgeois.

Même si au parlement russe, bolcheviks et mencheviks sont unis et refusent de voter les crédits, la guerre est engagée, et ils ne tardent pas à se déchirer sur la question de la défense nationale, Plekhanov et Zassoulitch veulent la victoire de la Russie ; Martov, Lénine ou Kollontaï restent internationalistes.

Les révolutionnaires sont divisés, l'Empire russe apparaît comme un Etat puissant et stable. La police secrète tsariste elle-même estime  que « les groupements révolutionnaires en tant que tels sont à peu près inexistants ».

En France, on parle avec confiance des «emprunts russes» (plus d'un million et demi de français y ont souscrit) et de l’armée russe qui écrasera l'ennemi commun Allemand.

L'essentiel, toutefois, ne se joue pas sur le front en tant que tel. Les insuffisances de l'armement, la faiblesse du commandement, les désastres militaires en Prusse-Orientale (Tannenberg, 26-29 août 1914), puis en Galicie (mai 1915), se soldent par des millions de tués, de blessés, de prisonniers et par la perte de la Lituanie, de la Galicie et de la Pologne, malgré tout, le front russe ne s'effondre pas. Par contre,  l'économie, la société et le pouvoir politique  se décomposent.

La Russie est coupée de l'industrie moderne « européenne » qui est son principal fournisseur et l’économie est monopolisée par la production de guerre. La situation de l'économie russe ne peut plus fournir en quantité suffisante les biens de consommation au Peuple. Dans les villes, on manque de denrées et des besoins prioritaires, les prix ne cessent de grimper et le chômage se développe rapidement. Dans les campagnes, les paysans ne parviennent plus à acheminer leurs productions, qui pourrissent sur place. Cette situation favorise la détérioration des rapports, toujours précaires et tendus, entre villes et campagnes.

Le pouvoir ne maîtrise plus la situation. Le tsar est déconsidéré par les revers militaires même s’il a pris en personne le commandement suprême des armées en septembre 1915.

Tandis que la Douma ne siège que quelques semaines par an (1er août ; 16 septembre 1915 ; 13 novembre ; 30 décembre 1916), les gouvernements et les titulaires de ministères se succèdent. En 1916, on ne compte pas moins de cinq ministres de l'Intérieur différents, quatre ministres de l'Agriculture, trois ministres de la Guerre, tous aussi incompétents et impopulaires.

La rumeur publique accuse l'impératrice, d'origine allemande, de préparer une paix séparée et d'ouvrir sciemment le territoire à l'invasion ennemie.

Il devient manifeste que l'autocratie tzariste n'est plus capable de gouverner ni même de mener la guerre.

Devant la dissolution et la décrépitude  du pouvoir, on voit de toute part s'organiser des comités organisés par les bolchéviks du Parti Sociale-démocrate, qui prennent en charge les tâches quotidiennes, que l'Etat n'est plus capable d'assurer : soins aux blessés, ravitaillement des villes par l’organisation des transports.

En 1916, les Russes se « gouvernent « eux-mêmes » » : la révolution a, en quelque sorte, déjà commencé.

A la fin de l'année 1916, la situation intérieure du pays devient extrêmement confuse : dans une atmosphère de crise politique illustrée par l'assassinat de Raspoutine en décembre 1916. Les grèves, tombées à un niveau quasi nul au début du conflit, reprennent de l'ampleur (un million de participants en 1916). L'agitation gagne l'armée, la désorganisation perturbe le ravitaillement du front. Dans les villes, l'afflux de réfugiés accroît la précarité de l'approvisionnement. Le régime discrédité et affaibli, amène naturellement les «journées de février» de l’année 1917.

Le 14 février 1917, la session de la Douma s'ouvre à Petrograd (Saint-Pétersbourg avant 1914), elle entraîne une agitation populaire et les premières grèves politiques. Le 16 février, les autorités  mettent en place des cartes de rationnement et annoncent que la ville ne dispose qu’une dizaine de jours en réserve de farine. Des incidents éclatent, en plusieurs points d'une ville confrontée à un hiver particulièrement rigoureux.

Les boulangeries sont vides après avoir été pillées le 19. Le 20 février, la direction de la plus grande usine de Petrograd, l'usine d'armements Poutilov, est en rupture d'approvisionnement et met à la rue des milliers d'ouvriers.

L'effervescence gagne la ville, tandis que la Douma stigmatise une fois de plus les «ministres incapables», réclamant leur départ.

Mais personne ne prévoit alors, même pas Lénine, que les troubles qui pointent (récurrents dans cette capitale de l'Empire, grande ville ouvrière, qui a déjà connu plusieurs vagues de grèves spectaculaires, en 1905 et en 1914) vont entraîner en quelques jours la chute du régime impérial.

Les journées révolutionnaires du 23 au 27 février éclatent spontanément même si la tension été matériellement visibles et montée en puissance depuis plusieurs semaines.

Le 23, alors Journée internationale des femmes, plus de 100 000 grévistes défilent dans le calme, aux côtés d'un cortège de femmes.

Les 24 et 25, la grève et les manifestations s'étendent progressivement à toute la population ouvrière.

Le 26, alors que les manifestants se dirigent à nouveau vers le centre-ville, les officiers ont reçu l'ordre du tsar de «faire cesser les désordres». Ils ordonnent de tirer sur la foule, le bilan de cette journée sera de 150 tués. Face à cette atroce répressions, les manifestants sont découragés et s'en retournent chez eux, le gouvernement a triomphé et proclame l'état de siège, il ordonne le renvoi de la Douma, sans tenir compte de l'appel adressé au tsar la veille, afin de nommer un «gouvernement de confiance».

Il ne faut pas se mentir, ni se voiler la face : aucun des partis révolutionnaires (ni les bolcheviks, ni les mencheviks, ni les socialistes-révolutionnaires) ne sont  prêts à prendre la moindre initiative.

Le menchevik Trotski écrira plus tard : «Aux premières heures du 27 février, les ouvriers imaginaient la solution du problème de l'insurrection bien plus lointaine qu'elle ne l'était en réalité. Ils croyaient avoir tout à faire, alors que leur tâche, pour les neuf dixièmes, était déjà accomplie. La poussée révolutionnaire des ouvriers coïncida avec le mouvement des soldats qui déjà sortaient dans la rue

Le 27 février est la journée décisive. Les mutineries s'étendent, soldats et ouvriers s’emparent de la prison/forteresse Pierre et Paul et libèrent les prisonniers politiques qui y étaient incarcérés. Quelques heures plus tard, ils s'emparent des stocks d'armes, et prennent d’assaut le palais d'Hiver.

En quelques heures, malgré la défaite et le carnage perpétré la veille par l’armée blanche, Petrograd tombe entièrement aux mains des insurgés.

Entre-temps, sur les conseils de Lénine, les députés de la Douma ont refusé de se soumettre aux ordres du tsar de dissoudre cette institution représentative.

De leur côté, renouant avec la tradition opportuniste révolutionnaire de 1905, un certain nombre de dirigeants politiques mencheviks libérés de la forteresse Pierre et Paul, mettent en place un soviet de députés ouvriers et soldats.

Après de longues tractations, un accord conclu le 2 mars au matin entre le comité de la Douma et le soviet permet, en attendant la convocation d'une Assemblée constituante, la formation d'un gouvernement provisoire à majorité libérale, dominé par les représentants du parti constitutionnel-démocrate. Le soviet reconnaît la légitimité de ce gouvernement ; cette reconnaissance est cependant assortie d'une condition : il ne soutiendra le gouvernement que dans la mesure où celui-ci appliquera un programme démocratique qui aurait son accord.

Ce compromis marque la naissance d'un double pouvoir et l’impossible coexistence de deux conceptions différentes de la légitimité et de l'avenir de la société russe.

Cette situation de compromis est plus qu’ambigüe puisque d’un côté, le pouvoir d'un gouvernement provisoire, légitimé par le corps des représentants de la nation issu d'élections organisées par le régime tsariste ; donc un pouvoir soucieux d'ordre et dont la logique est celle du parlementarisme, avec pour objectif une Russie capitaliste, moderne et libérale. Et de l'autre côté, le pouvoir des soviets, qui se veulent une représentation plus directe, plus locale, plus «révolutionnaire», dominés par les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, dont le souci premier est d'instaurer la paix dans un pays complètement épuisé par la guerre.

Formé le 2 mars, le gouvernement provisoire  est présidé par le prince Lvov, entouré d'une majorité de représentants éminents du parti constitutionnel-démocrate (Pavel Milioukov, ministre des Affaires étrangères, Nikolaï Nekrassov, ministre des Transports, Andreï Chingarev, ministre de l'Agriculture).

Cependant, dès le 9 mars, Goutchkov estime que « le gouvernement provisoire n'a aucun pouvoir réel et que ses ordonnances ne sont appliquées que dans la mesure où le permet le soviet des députés ouvriers et soldats ». Cette déclaration est faite alors que le gouvernement n'eut d'autre choix que d'approuver l'ordre nº 1 du soviet de Petrograd qui supprimait la plupart des signes extérieurs de discipline dans l'armée et introduisait l'élection des officiers et des comités d'unités.

Dans le compromis du 2 mars, l'incertitude sur ce que serait l'attitude de Nicolas II et de l'état-major a joué un rôle majeur. Prévenu, l'avant-veille, de la gravité des événements, Nicolas II avait prévu de rejoindre son palais  à quelques kilomètres de Petrograd.

Mais les cheminots, dirigés par les bolchéviks, détournent le train impérial vers Pskov. Quand il y arrive, après avoir roulé toute la journée du 1er  mars, le tsar apprend le succès complet de l'insurrection. À l'invitation du généralissime Alexeïev, les commandants des armées lui envoient des télégrammes lui recommandant d'abdiquer «pour sauver l'indépendance du pays et assurer la sauvegarde de la dynastie». Son fils Alexis, hémophile, ayant peu de chances de vivre, le tsar abdique en faveur de son frère le grand-duc Michel. Mais, au matin du 3 mars, Michel renonce au trône.

La nouvelle simultanée des deux abdications marque la fin du règne des Romanov et le succès définitif de la révolution insurrectionnelle de février 1917. Un événement aussi inattendu que son déclenchement car quelques semaines plus tôt, de son exil zurichois, Lénine avait écrit : «Nous ne verrons peut-être pas, nous autres les vieux, les combats décisifs de cette future révolution

Le gouvernement provisoire ne se propose pas de bouleverser l'ordre économique et social, mais de rénover les institutions et de gagner la guerre, laissant à la Constituante le soin de procéder à des réformes de structure.

Ainsi, la déclaration gouvernementale publiée le 6 mars se borne à entériner un certain nombre de mesures. La révolution avait rendues ces mesures si évidentes que personne ne songea à les mettre au crédit du gouvernement.

Le 6 mars : proclamation des libertés civiles ; amnistie générale; convocation d'une Constituante.

Le 24 mars : abolition de la peine de mort; suppression de toute discrimination de caste, de race ou de religion ; reconnaissance du droit de la Pologne et de la Finlande à l'indépendance ; promesse d'autonomie pour les minorités nationales.

Le 20 mars : le tsar et sa famille sont placés en résidence surveillée.

Face à l'attentisme d'un gouvernement qui craint plus que tout le désordre, le soviet de Petrograd (composé de mencheviks et de socialistes-révolutionnaires) appelle les travailleurs à s'organiser. En quelques semaines, des centaines de soviets, des milliers de comités d'usine et de quartier, des milices de «gardes rouges» s'organisent. Une opinion publique s'y exprime, des revendications sont mises en avant : comme la révolution de 1905, celle de février 1917 suscite une véritable libération de la parole.

Cette libération de la parole est très importante pour la suite des événements, elle permet de comprendre la raison essentielle de révolution d’octobre 1917.

Ouvriers, soldats, paysans, intellectuels juifs, femmes musulmanes, instituteurs arméniens, par l'intermédiaire de leurs organisations (comités d'usine, comités de soldats, comités de quartier, assemblées de village, syndicats) envoient aux soviets des milliers de motions, pétitions, adresses, messages qui disent toute la misère du peuple et l'immense espérance soulevée par la révolution.

Les ouvriers expriment leurs revendications et demandent, en priorité, la journée de huit heures (qu'ils obtiendront rapidement, dès le milieu du mois de mars), la sécurité de l'emploi, les assurances sociales, le contrôle de l'embauche et des licenciements, et une augmentation de salaire leur permettant, modestement, d'acheter trois livres de pain par jour.

Bientôt cependant, le problème de la guerre passe au premier plan des préoccupations et les ouvriers deviennent les plus ardents partisans d'une «paix sans annexions ni contributions». Quant au socialisme, ils n'y font alors jamais allusion.

Les paysans expriment une exigence majeure : que la terre appartienne à ceux qui la travaillent, que soient distribuées immédiatement les terres non cultivées que les grands propriétaires ou l'État laissent à l'abandon. La vindicte des paysans contre l'administration et le grand propriétaire est particulièrement vive. Mais, fait remarquable, aucun des mots d'ordre des différents partis n'apparaît dans les motions paysannes.

Irréductibles aux programmes et aux schémas politiques élaborés par les citadins, les mouvements paysans suivront leur propre cheminement, qui n'en sera pas moins radical.

Quant aux soldats, comme la plupart des combattants de tous les pays belligérants, ils souhaitent avant tout la fin de la guerre, sans oser toutefois proclamer ouvertement leur désir d'une «paix blanche».

En attendant, ils exigent un assouplissement de la discipline, la suppression des abus et des mauvais traitements, la libéralisation et la démocratisation de l'institution militaire.

La révolution de Février donne aussi une impulsion décisive aux mouvements nationalistes bourgeois bridés par la politique « russificationniste » de l'autocratie tsariste.

Ainsi à Kiev, la Rada, simple association d'organisations culturelles ukrainiennes, réclame bientôt l'autonomie interne, puis, à partir de l'été 1917, la reconnaissance d'une véritable indépendance nationale.

Le mouvement national se développe aussi chez les Polonais, les Finlandais (auxquels le gouvernement provisoire promet l'indépendance), puis chez les Baltes et les Géorgiens.

Les musulmans se divisent en «unitaristes», qui espèrent réaliser l'unité sous l'égide des Tatars, et en «fédéralistes», animés par les Bachkirs, les Ouzbeks et les Azéris.

Face à ce bouillonnement de revendications et à la profusion de mouvements, le gouvernement provisoire, le haut commandement militaire et la bourgeoisie sont sur la défensive.

Le soviet de Petrograd, dirigé par les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, temporise sur la question cruciale de la poursuite de la guerre. Il adopte, le 14 mars, un texte (Appel aux peuples du monde entier) où l'utopie pacifiste côtoie le «défensisme révolutionnaire». Ce texte appelle les peuples à «mener un combat décisif contre les ambitions annexionnistes des gouvernements de tous les pays en guerre, pour imposer une paix sans annexions ni contributions». Mais il affirme, en même temps, que «la Russie continuera la guerre, préservant la combativité de l'armée pour des opérations actives».

Toujours en exil, Lénine est contraint d'exprimer ses vues par des écrits qu'il fait parvenir aux bolcheviks présents en Russie. Les plus importants de ces écrits sont connus sous le nom de Lettres de loin et de Thèses d'avril.

De tous les dirigeants politiques, Lénine, parfois même contre l'opinion de la majorité du parti bolchevik, est le seul à prédire la faillite de la politique de conciliation et de coexistence entre pouvoir antagonique, que tâche de mettre en œuvre le soviet de Petrograd.

Mais sa vision, toujours scientifique et matérialistes des événements va marquer l’histoire du 20ème siècle et marquera les siècles futurs.

Dans ses quatre « Lettres de Loin », écrites à Zurich du 20 au 25 mars 1917, Lénine exige de tenir les bolcheviks en dehors de toute coalition et demande la rupture immédiate entre le soviet et le gouvernement. 

Ainsi, il souhaite passer à la préparation active de la «phase suivante, prolétarienne», de la révolution. Décidé à rentrer en Russie, Lénine accepte l'accord conclu par le social-démocrate suisse Platten avec les autorités allemandes, qui, connaissant bien la stratégie politique des bolcheviks, comptaient sur la force de déstabilisation du discours socialiste auprès d'une population russe déjà hostile à la poursuite de la guerre.

Avec un groupe de révolutionnaires, Lénine quittera Zurich le 28 mars pour traverser l'Allemagne, dans un wagon blindé bénéficiant du statut d'exterritorialité, et gagne la Suède, puis Petrograd, où il arrive le 3 avril.

Dès le 4 avril, Lénine, dans ses « Thèses d'avril », proclame son hostilité inconditionnelle au «défensisme révolutionnaire» prôné par le soviet, ainsi qu’au gouvernement provisoire et à la république parlementaire. Il expose le programme bolchevik : suppression de la police issue du tsarisme, de l'armée et de l'ensemble de la bureaucratie d'État ; confiscation des grandes propriétés foncières et nationalisation intégrale de la terre ; création d'une banque nationale unique ; contrôle ouvrier.

Il préconise la prise du pouvoir par le prolétariat et les paysans pauvres, une politique de dictature du prolétariat qui s'exprime dans le mot d'ordre «Tout le pouvoir aux soviets».

Accueillies avec stupéfaction et hostilité par la majorité des dirigeants bolcheviques de la capitale (Kamenev, Kalinine), les thèses de Lénine progresseront pourtant, avec le ralliement progressif de bolcheviks revenus d'exil (Zinoviev, Aleksandra Kollontaï) et de Staline et Chliapnikov.

Mais c'est la crise d'avril qui divise gouvernement provisoire et soviet sur la question essentielle de la guerre, qui contribue à faire triompher la position léniniste au sein du parti bolchevik et qui entraîne ce dernier à la conquête des soviets et du pouvoir.

Pour le gouvernement consolidé par la bourgeoisie, seule une victoire pouvait permettre à amarrer solidement le nouveau régime aux démocraties occidentales, à consolider la cohésion de la société, pour mettre fin à la révolution.

Le 18 avril, le Ministre des Affaires étrangères Milioukov adresse une note aux Alliés et affirme que la Russie tiendrait tous ses engagements envers eux en combattant «jusqu'à la victoire finale».

Dans cette note aux alliés Milioukov ne fait aucune référence de la position hostile du soviet, qui milite pour la «paix sans annexions ni contributions».

Dans les milieux ouvriers de la capitale se déclenche aussitôt une vaste campagne de pétitions, exigeant la démission de Milioukov. Des cortèges se forment rapidement et des dizaines de milliers de manifestant affluent vers le centre-ville.

Pour la première fois, certains d'entre eux scandent des mots d'ordre bolcheviks : «Démission du gouvernement, tout le pouvoir aux soviets!»

Des heurts violents opposent les bolcheviks à des contre-manifestants (élèves officiers, jeunes bourgeois et notables des beaux quartiers) qui dressent un tribunal pour juger «les espions allemands et Lénine». Du 18 au 20 avril, un vent de guerre civile souffle sur Petrograd, la conspiration et la stratégie de déstabilisation de Milioukov a failli aboutir.

Mais, le gouvernement annonce publiquement que la Russie n'envisageait aucune annexion, la crise semble, au soir du 20 avril, désamorcée. L'affaire de la note Milioukov pose néanmoins la question du fonctionnement du double pouvoir.

Quelques jours plus tard, alors que Milioukov, désavoué, démissionne, suivi par le ministre de la Guerre, Goutchkov, qui estime avoir perdu toute autorité sur l'armée. Le soviet sous l'influence des deux opportunistes dirigeants mencheviks, Tchkheidze et Tseretheli, annonce son ralliement à l'idée d'un gouvernement de coalition.

Le fossé entre Lénine et les menchéviks alliés aux socialistes révolutionnaires, s’agrandit, puisque cette participation à la coalition gouvernementale ressemble fort à un marché de dupes.

Les modérés entendent bien lier les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires par leur participation aux responsabilités gouvernementales et à la conduite de la guerre, tout en utilisant leur influence conciliatrice sur les masses ; les socialistes espèrent obtenir des réformes et l'arrêt des hostilités, tout en déjouant les projets contre-révolutionnaires.

Un deuxième gouvernement provisoire est constitué le 5 mai. Après des semaines de tractations, les modérés du parti constitutionnel-démocrate réussissent à conserver la présidence et sept portefeuilles ministériels, tandis que les socialistes en obtiennent six.

Ainsi par la stratégie politicienne, trois socialistes, un menchevik (Tseretheli, le théoricien du défensisme révolutionnaire) et deux socialistes-révolutionnaires, dominent le nouveau gouvernement provisoire.

L'entrée massive de ministres socialistes au gouvernement remet en cause le principe même du double pouvoir. Les lignes de clivage ne passent plus, comme aux premiers temps de la révolution, entre le soviet et le gouvernement. Au moment où la conciliation l'emporte au sommet de l'État, les tensions sociales et nationales s'exacerbent.

Les bolcheviks critiquent la «collaboration de classes » et proposent aux ouvriers de se rassembler dans leurs comités d'usine et aux paysans de s'emparer des terres seigneuriales sans attendre la réunion de la Constituante Les patrons sont décidés à résister à la pression ouvrière en manifestant leur volonté d'indépendance, ils tous sont déterminés à agir sans tenir compte des appels à la modération des « conciliateurs » au pouvoir. Isolés et en clin à la colère des bolchéviks, ces derniers demandent du temps pour réussir.

Pour mettre fin à la guerre, le menchévik Tseretheli élabore un plan en deux volets : intervention auprès des gouvernements des pays belligérants pour les rallier à la formule d'une paix sans annexions ; organisation d'une conférence de tous les partis socialistes européens, à Stockholm, pour les convaincre d'imposer un plan de paix générale à leurs gouvernements respectifs. Ce projet de la dernière chance pour les opportunistes est sottement utopique, il avorte dès le mois de juin 1917.

Mais dans le même temps, le gouvernement répond à la demande des Alliés et prépare l'« offensive » dans la région de Lemberg. Il y a une dernière tentative d’un membre du gouvernement qui  effectue une mémorable tournée sur le front dans l'espoir de remonter le moral des troupes. Mais la grande offensive russe, déclenchée le 18 juin 1917, s'enlise faute de matériel, de munitions et de motivation des troupes.

Entre-temps, les tensions sociales ne cessent de s'aggraver dans les villes mais aussi dans les campagnes.

Le patronat durcit son attitude et refuse aux comités ouvriers, de plus en plus radicaux et «bolchevisés», le contrôle ouvrier qu'ils réclament. Il répond aux grèves ouvrières par le lock-out. Dans les campagnes, les comités agraires sont mis sur pied par les paysans qui se sont constitués en assemblées communales (les MIR), ils s'approprient les terres inexploitées et saisissent le matériel agricole et le cheptel des grands propriétaires terriens.

Le capital répond en fomentant des actes de violation de l'ordre. Imitant les industriels qui procèdent à des lock-out, les grands propriétaires réagissent en interrompant les ensemencements et en faisant appel au gouvernement pour qu'il mette fin à l'«anarchie».

Celui-ci se résout, après un temps d’hésitation, à envoyer des troupes pour rétablir l'ordre, et  convoquer la première session du Comité agraire national, chargé de préparer la réforme agraire.

Dans le même temps, les mouvements nationalistes bourgeois prennent de l’ampleur en profitant des hésitations et de la faiblesse du gouvernement provisoire. Pour le gouvernement, cette question n'est pas à l'ordre du jour : il ignore superbement aussi bien le 1er  Congrès pan-musulman qui se tient à Kazan le 1er mai, que le développement de la Rada ukrainienne. Profitant des errances du pouvoir et de la faiblesse politique des hommes au gouvernement, les Ukrainiens se donnent un Secrétariat général et une Loi fondamentale qui forme des régiments nationaux pour glisser vers le séparatisme.

Tandis que les tensions et les difficultés s'accumulent, les bolcheviks accentuent leur pression, encouragent la radicalisation ouvrière, ils entrent en force dans les comités d'usine de Petrograd pour y développer les consciences politiques révolutionnaires, bien que minoritaires dans les syndicats et les soviets, ils acquièrent la majorité.

Fin mai, à la Conférence des comités d'usine de Petrograd, en développant l'idée du «contrôle ouvrier». Lénine et la direction bolchévique, travaille à mettre sur pied le parti révolutionnaire qui sera l'instrument de la prise du pouvoir.

Lors du 1er Congrès panrusse des soviets, réuni à Petrograd du 3 au 23 juin, les bolcheviks sont encore très minoritaires (une centaine sur plus de huit cents délégués). Ils prennent l'offensive, exigeant que le Congrès se transforme en Convention révolutionnaire et assume la totalité du pouvoir. Le menchévik Tseretheli, dépassé tente d’affirmer qu'il n'existait aucune force qui puisse  supplanter le gouvernement provisoire. Lénine lui répond par une repartie restée fameuse : «Un tel parti existe. Aucun parti n'a le droit de refuser le pouvoir et notre parti ne le refuse pas. Il est prêt à tout moment à prendre le pouvoir entre ses mains.»

Quelques jours plus tard, le 18 juin à Petrograd, une manifestation est organisée par le soviet pour soutenir la politique du gouvernement provisoire, mais elle tourne à l'avantage des bolcheviks. Les ouvriers, qui a la place du slogan proposé par les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires («Par l'Assemblée constituante vers une république démocratique»), inscrivent sur la majorité des bannières les mots d'ordre bolcheviques : «À bas l'offensive!», «Vive le contrôle ouvrier!», «Tout le pouvoir aux soviets!»

Pour la première fois, la rue appartient aux bolcheviks. Le 18 juin consomme ainsi la scission définitive du camp socialiste russe.

Le problème de la guerre reste le catalyseur des journées révolutionnaires des 3 et 4 juillet, qui seront les moments clé du processus de 1917. Le 2, la nouvelle de l'échec de l'offensive Broussilov qui plie face à la contre-offensive allemande, parvient aux ministres constitutionnels-démocrates.

Débordés par l’influence montante des bolchéviks, les membres du gouvernement provisoire laissent volontairement se développer des manifestations qui dégénèrent.

Les marins de Kronstadt et militants ouvriers se portent vers le palais de Tauride pour demander au soviet  (en vain) d'assurer le pouvoir.

Le gouvernement fait appel aux cosaques et à des troupes ramenées du front pour ramener le calme dans la ville en état de siège, l'armée disperse les manifestants. Ces journées de juillet, qui se soldent par une cinquantaine de morts, entraînent l'arrestation de nombreux dirigeants bolcheviques et l'interdiction des journaux de leur parti.

Lénine, qualifié d'«agent du Kaiser» est accusé de haute trahison, il doit s'enfuir en Finlande le 8 juillet. Le gouvernement provisoire pensera à ce moment là que le parti bolchevique a été décapité.

À l'issue de cet épisode, c’est le retour du prince Lvov, il réorganise le gouvernement pour se débarrasser définitivement des bolchéviks, et pour se prévenir d’un retour des forces de Lénine, la peine de mort est rétablie sur le front de la guerre. Après une longue crise ministérielle, du 6 au 23 juillet, marquée par les habituelles hésitations des constitutionnels-démocrates pour participer au cabinet, un «gouvernement de salut révolutionnaire» est formé. Les constitutionnels-démocrates, revenus en force, et les socialistes modérés (mencheviks et socialistes-révolutionnaires) cohabitent tant bien que mal, unis par leur haine et surtout leur peur des bolcheviks.

Les journées de juillet ont modifié le climat politique. Désormais, le groupes de pression des conservateurs nommé « la Société pour la renaissance économique de la Russie », regroupant grands industriels et banquiers proches du parti constitutionnel-démocrate, l'Union des grands propriétaires et l'Union des officiers de l'armée et de la flotte, occupent le premier rang dans les allées du pouvoir. Les contre-révolutionnaires pensent alors que leurs aspirations à une société libérale-démocrate, se mettent en place.

Durant cet été de troubles et de trahisons, un homme émerge, dont la figure ambiguë symbolise bien un pouvoir qui se cherche : le général cosaque Kornilov.

De tous les généraux de l'Ancien Régime, ce fils de paysans était le seul à tenir des propos républicains et à se déclarer favorable à une certaine démocratisation de l'armée. Parallèlement, il avait remis de l'ordre parmi les troupes, interdisant les réunions alors qu'il commandait le front sud-ouest, et faisant fusiller les déserteurs.

Face à la faiblesse du gouvernement civil, Kornilov apparaît rapidement comme l'homme du recours pour le haut commandement, les milieux patronaux, voire les Alliés, d'autant plus inquiets du chaos qui gagne la Russie que les thèses pacifistes progressent au sein de leurs propres troupes empruntes à un désastre humain.

La conférence d'Etat Consultative, que l’ont peut comparer aux Etats Généraux de la révolution française, est réunie à Moscou du 12 au 20 août. Cette conférence est composée des représentants du patronat, des syndicats, des groupes professionnels, du corps des officiers, des Églises et des partis politiques (bolcheviks exceptés), elle tourne à un affrontement qui est accueilli par les vivats des conservateurs de plus en plus confiants.

Fermement soutenu par les constitutionnels-démocrates et les conservateurs, Kornilov expose son programme pour sortir la Russie de la crise : dissolution de tous les comités révolutionnaires, fin de toute intervention de l'État dans les domaines économiques et sociaux, restitution des terres aux grands propriétaires, contrôle militaire des chemins de fer et des usines d'armement, rétablissement de la peine de mort à l'arrière...

A ce moment là, la perspective d'un coup d'État militaire se dessine.

Appuyé par le corps des officiers et par les conservateurs, Kornilov exige, le 26 août, un remaniement ministériel. Tandis que les ministres démissionnent, il a fixé au 27 août la date de son coup d'État, et fait avancer ses troupes sur Petrograd.

Dans l'épreuve de force qui s'engage, les bolcheviks manifestent bientôt leur «solidarité révolutionnaire» envers le gouvernement. Dénonçant le putsch, ils créent un réseau de «comités de guerre révolutionnaire» pour organiser la résistance. Leur expérience de la clandestinité fait ses preuves. Par la désorganisation des transports et la propagande auprès des troupes de Kornilov, l'avance des troupes est enrayée et à Petrograd, la ville est mise en état de défense.

Ses dirigeants libérés, le parti bolchevik revient en force et fait une rentrée spectaculaire sur la scène politique. Le soulèvement armé dans Petrograd, sur lequel comptait Kornilov, n'a pas lieu ; ses troupes démoralisées piétinent à proximité de la capitale. En deux jours, le putsch est réduit à rien et le général Kornilov est arrêté.

Sur le plan politique, l'échec du putsch a renversé la situation. Ceux qui avaient hésités et trahis, et démontrés leur incapacité à assumer le pouvoir pour les intérêts du peuple sont discrédités. Le retour des bolcheviks, que l'ensemble de la classe politique tenait pour mort depuis les journées de juillet, reflète deux phénomènes latents : la radicalisation des masses à en finir avec leur exploitation et la faillite des institutions traditionnelles bourgeoises.

Les troubles sociaux montent d'abord dans les campagnes : du 1er septembre au 20 octobre, il est resté trace de 5140 «violations de l'ordre», chiffre sans doute bien inférieur à la réalité, mais qui révèle assez l'ampleur des désordres agraires.

Particulièrement nombreux en Ukraine, en Biélorussie et surtout dans cinq provinces de la Russie centrale (Toula, Riazan, Penza, Saratov, Tambov), ces troubles sont de plus en plus violents : les paysans ne se contentent plus de saisir les terres, ils pillent, brûlent par centaines les demeures seigneuriales. Dans les villes aussi, le climat social se durcit : pour répondre à des grèves de plus en plus dures, avec séquestration des patrons, les chefs d'entreprise arrêtent souvent la production.

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Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2