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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

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Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 11:39

 A LIRE SUR LE SITE ACTION DIRECTE, comme de nombreux autres textes de jean-Marc et des camarades.

La bande des Sten

Jann Marc ROUILLAN « Sebas »
En janvier 1971, nous avons organisé la première réunion du MIL dans un petit appartement de la banlieue de Toulouse. Il y avait là Oriol, « La Carpe », « Bermejo » et quelques autres dont seuls les sourires me restent en mémoire.

Venus de l'Intérieur, comme nous appelions alors le pays sous la botte franquiste, les camarades revendiquaient leur soif de découverte révolutionnaire. Nous, les toulousains, nous étions les fils de la seconde Espagne, celle des barricades de juillet 36 et des maquis, celle des « terroristes rouges », et avec l'enthousiasme de l'adolescence nous espérions l'heure d’« echarse al monte ». Nous nous préparions ».

Des deux côtés des Pyrénées, l'engagement de 68 nous a conduit à la résolution des armes. Nous le clamions avec une indescriptible espérance chevillée au corps. Nous avions 20 ans pour les plus âgés. Et par les mots… et les actes, nous nous revendiquions du terrorisme révolutionnaire .
En agissant et en théorisant à partir de notre pratique, en diffusant les textes du communisme de gauche et de l'anarchisme combattant, nous avions la volonté de contredire nos aînés comme Bertolt Brecht convaincu qu’« à 20 ans, on ne peut rien pour une idée que mourir pour elle ».
Mais les mots ne sont rien lorsqu'ils sont orphelins et aveugles. Et l'acte prend tout son sens quand il se revendique. Même si c'est maladroitement. Même si à l'époque nous donnions un nom au groupe que la police fasciste recherchait, ce nom qu'elle taisait aux informations d'Etat ou qu'elle dissimulait en évoquant la « bande des Sten » . Au bas des textes du MIL, souvent, nous ajoutions une liste d'actions, jusqu'à la plus insignifiante, le vol de quelques centaines de cartes d'identité ou l'expropriation d'une machine d'imprimerie. Comme toujours, quelques beaux parleurs et scribouilleurs y voyaient de la fanfaronnade. Mais face à l'inconséquence coutumière dont ils faisaient preuve, nous signifions que nous assumions et que nous assumerions nos faits et gestes. Et il est vrai que nous n'avons jamais pris les voies aisées des échappatoires. L'unité des mots et des actes, c'était avant tout et malgré la clandestinité, rendre lisible ce qui ne l'était pas par principe. Il n'y a pas de sabotage révolutionnaire sans la subversion de la prise de parole. Particulièrement lorsque nous affrontions un régime tendu à l'imposition du silence et de la contrition de masse.
Ceux qui voudraient expliquer que dans le MIL, le plus important fut la diffusion des textes ou au contraire les actions de lutte armée, trahissent l'esprit même de notre pratique.
Même si cela nous coûta d'énormes difficultés de fonctionnement et de compartimentation, à aucun moment, il ne nous est venu l'idée de dissocier ce qui ne l'était pas.
« Il n y a pas de théorie révolutionnaire séparée de l'établissement de rapports pratiques pour l'action, et cette action ne peut plus être principalement l'affirmation et la diffusion de la théorie révolutionnaire ». Pour comprendre l'importance que nous donnions à ce postulat, il faut savoir qu'on l'imprima sur la couverture de l'ultime brochure distribuée à Barcelone. Et en filigrane trois dessins montraient la mutation d'un poing en grenade. Tous trois frappés de l'étoile à cinq branches du sigle MIL. Critiquer jusqu'au bout les concessions pacifiques et légalistes des vieilles gauches et de leurs avatars trouvait son aboutissement dans la contestation armée. La remise en cause du monopole de la violence et l'usage des armes permirent d'aller au-delà des tabous et illusions du protestataire. Nous renouions le fil rebelle d'une histoire cachée. Une histoire hérétique écrite depuis des décennies contre les orthodoxies réformistes.

En ce jour de janvier 71, les armes que nous allions empoigner parlaient du maquis et des « partidas » de guérilleros. Certaines étaient déballées de vieux dépôts du guérillero anarchiste Quico Sabaté . D'autres avaient été parachutées à des résistants communistes de la Montagne Noire en 44. Certaines avaient été dérobées après des combats sur les corps de soldats allemands, elles portaient encore les insignes du régime nazi .
Ainsi, nos armes fredonnaient de vieilles chansons de libération.
Déjà, elles s'impatientaient…

35 ans se sont écoulés. Pourtant pas une semaine ne s'écoule sans que je ne croise et recroise ce passé. Le mois dernier, j'ai reçu une lettre d'une lycéenne de 15 ans habitant le quartier de Gracia. Elle m'interrogeait pour un exposé sur le MIL commandé par son professeur… A Toulouse, dans un cinéma que nous fréquentions en ce temps-là, les organisateurs du festival du film espagnol ont présenté « Salvador » retraçant la vie carcérale et l'exécution de notre camarade… Un éditeur de Madrid a entendu parler de mon manuscrit sur le dernier jour de septembre 73 à Barcelone et se dit intéressé… Un soir tard, sur Arte, j'ai veillé pour suivre un documentaire retraçant l'histoire du comité MIL de Düsseldorf… Par courrier, une jeune femme me demandait de confirmer ce que lui a raconté son oncle maçon à Barcelone, « un jour, alors qu'il travaillait sur un chantier près de l'avenue Carlos III il a assisté à une action du MIL ». Elle en doutait. Je lui ai authentifié ce souvenir familial. Et il en va ainsi au fil des années… Des livres ont été publiés. De nombreuses brochures ont été diffusées et des films ou des documentaires projetés… Je me suis toujours interrogé sur l'attrait exercé pour le MIL. Il n'y a rien de tel pour les GARI°. Pourtant ils ont concerné plus de militants et en une seule année d'activité, le nombre de leurs actions de guérilla a été dix fois plus important. Et rien de tel pour les FRAP° et tout autre organisation révolutionnaire de la fin de la dictature. Rien de tel pour d'autres maquis ayant eux aussi subi une terrible répression. Alors pourquoi ?
Vous ne trouverez pas la réponse dans ce livre.
Elle s'échappe encore et toujours…

Le travail de Sergi Rosés a été publié à Barcelone en 2002. Depuis, j’ai coutume d'affirmer qu'il est de loin le meilleur. Et je le pense vraiment. Trop jeune, Rosés n'a pas été membre du MIL, ni sympathisant. Il a parcouru notre histoire politique en démêlant avec patience le faux du vrai. Ce n'était pas une tâche aisée. Car depuis la transition , les contrevérités ont été martelées jusqu'à ce qu'elles modèlent une seule vérité, la vérité de la réécriture bourgeoise. Symptomatique d'une époque, les camarades qui racontèrent le plus d'historiettes étaient justement ceux qui, par leur tâche et leur éloignement du noyau organisationnel, en connaissaient le moins. Quand ce n'a pas été de simples copains, des fiancées d'occasion ou bien les membres des familles, les sœurs de celui-ci et les cousins de celui-là mort au combat. Il s'accumula ainsi plus de ouï-dire que de vérités vraies. Quoi de plus normal pour apporter le caractère légendaire à cette épopée !
Et les secrets de ceux qui savaient… où se cachent-ils ? N'étaient-ils pas commandés par la répression ? « Ne dis jamais où tu dormiras la nuit suivante et où tu seras le lendemain… Ne donne pas d'indication sur les contacts que tu rencontres… Ne parle pas à ceux qui ne doivent pas savoir… » Ainsi m'ont enseigné les vieux guérilleros. Leurs avertissements débutaient comme dans les contes par une phrase rituelle : « Quand tu seras à Barcelone.,. ».
Il faut également reconnaître que dans « le feu de l'action », les anciens du MIL ont donné de faux renseignements aux flics, aux juges et aux journalistes… Depuis, nous n'avons jamais voulu ou pris le temps de les rectifier.
Et que dire des déclarations de camarades dictées sous la torture ou prononcées lors des Conseils de guerre ?
Historiquement, elles ont été prises pour argent comptant ! Quand on sait que Salvador, incapable de prononcer un mot à la suite de sa blessure à la mâchoire, aurait dicté aux policiers 600 pages de procès-verbaux !
Sur ces trames falsifiées, plusieurs livres ont été écrits dont au moins un ou deux traduits en français. Heureusement, le travail de Sergi Rosés renoue les fils. Il n'en a que plus de mérites. Et sa réussite la plus éclatante est de libérer l'histoire du MIL de la réécriture vulgaire et simultanément de la recadrer d'un point de vue politique.

Pourtant et malgré tout le bien qu'on puisse en penser, ce livre ne contient pas l'entière histoire du MIL. Face aux banales historiettes « de braises » des faussaires et des « anciens combattants », les fameux antifranquistes que nous n'avons jamais croisés lorsque nous combattions le régime, et mêmes celles des membres de l'organisation, le MIL a pris un malin plaisir à se dissimuler aux autres et à nous échapper à nous-mêmes, ses militants. Combien de pistes n'ont jamais été explorées ? Des zones d'ombre subsistent. Même pour moi, présent depuis le premier après-midi de janvier 1971 jusqu'aux soirs fatidiques des dernières fusillades de septembre 73. C'est souvent par hasard et à la croisée d'une discussion que je me remémore certaines aventures oubliées, des réunions internationales, des passages de camarades d'autres pays, d'autres luttes… certains venus de loin. En si peu de temps, il s'est passé tant de choses. Pour paraphraser Marx à propos de la dilatation du temps, je soulignerais qu'en période réactionnaire, 20 ans ont la valeur d'une seule journée et dans l'élan révolutionnaire, 24 heures pèsent autant que 20 ans…
J'ai revu Sancho, je revois régulièrement « Queso » et Eva, Aurora également et Txus. D'autres camarades m'ont écrit… comme « Montès » et Joan, le frère de Beth… Ou encore « Zapata », des étudiants libertaires. Peu ou prou, les anciens du MIL sont restés en contact. Et lorsque nous nous rencontrons dans un parloir de prison, des heures durant, nous nous chamaillons fraternellement pour mettre un prénom ou un nom de guerre à tel ou tel camarade nous servant d’« enlace » près de la montagne, à celui qui montait les minuteries pour nos bombes, à celle venue à Barcelone une ou deux fois ou à celui qui conduisait la voiture de repli lors de l'opération de Sarria… Souvent ces militants ont disparu sans jamais chercher à se placer sur le devant de la scène. Même lorsque ce fut la mode des anciens combattants. Et ainsi des contacts, des militants et des groupes ouvriers n'ont laissé aucune trace de leur activité avec nous…

De cette époque, je me souviens presque mot à mot de l'introduction du livre, « Révolution dans la révolution ? » : « Nous ne sommes jamais tout à fait contemporains de notre présent. L'histoire s'avance masquée : elle rentre en scène avec le masque de la scène précédente, et nous ne reconnaissons plus rien à la pièce. A chaque lever de rideau, il faut renouer les fils. La faute bien sûr n'en est pas à 1'histoire, mais à notre regard chargé de mémoire et d'images apprises. Nous voyons le passé en surimpression dans le présent, même si ce présent est une révolution »…
Quelles images s'imposaient en surimpression au présent de notre Barcelone de 1971 ? L'insurrection de juillet 36 ou les combats du mai 37 bien évidemment, ou encore la lutte des maquis communistes et anarchistes des années 40 et 50… les révolutions « guerrilleras » cubaine et sud américaines tout aussi certainement.
Comme le montre à juste titre le livre de Rosés, la grande majorité des militants du MIL étaient sans conteste de culture marxiste. Et se revendiquaient communistes comme Salvador Puig Antich, Oriol Sole Sugranyes, Santi Soler ou le « Secretari ». Ces camarades se donnaient pour tâches « de mettre à jour cette théorie communiste fossilisée par les diverses sectes et orthodoxies (stalinisme, trotskismes, conseillismes…) ».
En tant qu'anarchistes, nous étions minoritaires et essentiellement venus de Toulouse. Quoique nous n'appartenions pas aux chapelles ni au syndicat. Depuis mai 68 et au cours des mois qui suivirent, les camarades de la ville nous rayaient en nous gratifiant de l'étiquette d'« anarcho-guévariste » !
Comme une grande partie des militants engagés dans la pratique de ces années insurrectionnelles, nous n'étions pas sectaires. Nous rejetions l'unicité de la ligne politique, le centralisme démocratique, la « ligne de masse »… et les litanies des prières groupusculaires. Même pour rire, nous ne décrétions pas qui était ou non communiste pour de vrai. Nous ne proclamions pas d'oukase. Bien sûr, nous trimbalions des modes de penser nées dans l'agitation des assemblées générales et des arrières salles enfumées des cafés. Comme nous n'étions pas exempts de caricature idéologique. Nos influences se sont révélées multiples et diverses comme nos lectures. Car nous lisions Gorter, Makhno, le Che et Rosa Luxemburg. Dans les caches clandestines, le plus souvent, nous trouvions les Grundisses de Marx ou le texte d'Anton Pannekoek « Les Conseils Ouvriers ». Mais aussi le livre de Régis Debray déjà cité ou « 30 questions aux Tupamaros » et bien évidemment « Acción Libertadora » du guérillero brésilien mort au combat, Carlos Marighela .
Des camarades comme Santi Soler, « Montès » et le « Secretari » avaient les yeux tournés vers la vieille révolution européenne de 1918-1923, en Allemagne, en Hongrie, en Italie du Nord… Et en particulier l'expérience du KAPD . Tout au long de son existence, ce parti communiste avait entretenu une liaison directe avec les luttes insurrectionnelles armées. Et ainsi Max Holst était pour nous un personnage mythique tout autant que les guérilleros Sabaté et Caraqueimada . Je pense que c'est à partir de cette surimpression que les anciens de l'Equipe Théorique ont maintenu des rapports et ont travaillé avec l'organisation armée. Militants de la gauche communiste, ils n’étaient pas éblouis par la dextérité volubile des « théoriciens » n'ayant jamais eu de pratique révolutionnaire, et qui, la plupart du temps, par mode de la révolutionnite ultra, ont écrit pour être publiés, en dehors du moindre lien avec la lutte quotidienne des prolétaires.
Les camarades de Barcelone avaient leur histoire politique depuis 68. A Toulouse, nous avions la nôtre. Elles étaient bien différentes. Parfois, on pourrait croire que dans le MIL, elles se télescopaient et se parasitaient. Et finalement, c'était peut-être vrai. Mais cette contradiction constituait un des moteurs de notre action, une action bien réelle qui marqua les dernières années du franquisme dans la capitale catalane.
Nous appartenions tous à la génération ayant rompu avec la gauche traditionnelle et les limites de sa pratique (parlementarisme et syndicalisme). A Barcelone, par anticipation, nous critiquions les péripéties de la transition et les pactes avec le néo-franquisme constitutionnel. Comme si nous pressentions, dans cette opposition certes illégale mais trop sage, la dernière trahison de l'élan révolutionnaire de 36 et de la République populaire.
Des camarades prennent un malin plaisir à répéter que nous étions « isolés » ou pire « imprudents ». Ces accusations représentent l'ultime justification à leurs « patiences légendaires » et à leurs errances de ces temps fascistes. Leur première croyance reposait sur le fameux « ne rien faire » car il n'y aurait eu rien à faire de vraiment révolutionnaire, à part espérer la mort du dictateur et la démocratisation du pays (résumée à la seule mise aux normes européennes de la dictature bourgeoise). La seconde leur aurait dicté de se lier « aux masses » dans le front commun avec les forces politiques et syndicales traditionnelles.

Sans doute, pour mieux y dissimuler leur irresponsabilité et leur inconsistance praxique. Dans ce front, les masses ne jouaient pas le rôle d'acteur de la transformation sociale, mais elles étaient réduites au rang de spectateur du mode bourgeois de faire de la politique, A date fixe, elles plébiscitaient quelques leaders et futurs gouverneurs. Dans les deux cas, ces militants « engagés » distribuaient tracts et brochures lourds de rhétorique révolutionnaire. Ils assistaient à des réunions plus ou moins tolérées. Ils manifestaient entre le passage de deux véhicules de police. Ils faisaient exactement ce qu'ils font aujourd'hui, eux ou leurs héritiers, à quelques détails près. La répression en moins, il est vrai. De nos jours, le régime bourgeois leur laisse d'autant plus la bride sur le cou, qu'il n'a rien à craindre d'eux, absolument rien. Il n'en doute pas. Et simultanément cette agitation impunie est une publicité pour ses libertés encadrées.
Isolés nous l'étions, car nous détacher de ces opposants en peau de lapin était notre choix. Un choix né dans le combat. Par contre, nous étions liés aux groupes ouvriers radicaux, aux comités de base, aux coordinations de grève comme lors du conflit de Harry Walker et de Cordero . Nous imprimions leurs bulletins, tel « Caballo Loco » du groupe ouvrier de la Bultaco et nous fournissions les machines d'imprimerie pour leur garantir une véritable autonomie.
Pour la gauche traditionnelle, cette action ouvrière n'existe jamais si elle ne la contrôle pas. Si elle ne l'instrumentalise pas à ses propres intérêts à courte vue. Ainsi les représentations politiques réformistes participent à la négation du mouvement prolétarien réel. Pour cette gauche, nous n'avions contact avec rien, puisque nous n'agissions qu'avec ce Rien et pour son émancipation sociale et politique (pour son devenir de négation de la négation !).
Malgré la clandestinité, nous rencontrions de nombreux camarades d'horizons différents, ouvriers et étudiants. Sans doute, beaucoup trop pour la sécurité d'un groupe de combat. Et dès que nous partions à l'étranger (à l'Extérieur), nous organisions et nous participions à des réunions de solidarité avec les luttes du mouvement ouvrier catalan, à Lyon, Milan, Paris, Francfort, Bruxelles…
Nous ne nous considérions absolument pas comme une avant-garde, dans le sens d'une petite secte autoproclamée révolutionnaire. Mais nous étions une partie de l'avant-garde de la contestation et du mouvement révolutionnaire de cette génération. Dans les mois et les années qui suivirent, des milliers de jeunes allaient prendre les armes comme nous le faisions. Ce qui revient également à dire que nous n'étions qu'une goutte d'eau dans le formidable élan de ces années d'agitation. Mais nous en étions inséparables. Nous vibrions d'un même espoir d'émancipation.
Après les barricades de 68-69, nous avions été de la « nouvelle gauche » comme la définissaient les camarades italiens du Manifesto. Puis au fil des mois, nous avions pris conscience des limites qu'elle démontrait chaque jour. Elle avait su éclairer les objectifs révolutionnaires, mais s'était révélée incapable de les atteindre, au niveau de la tactique comme au niveau de l'organisation. Avec l'insurrection de ces années, nous pensions avoir vécu notre 1905 et nous nous préparions à un fabuleux 1917. De leur côté, les gauchistes s'étaient mis dans la tête de construire le nouveau parti bolchevique. Celui qui aurait soi-disant fait cruellement défaut aux révoltes spontanées des masses (40 ans après, ils y travaillent encore !). Nous, nous pensions qu'il était l'heure d'« armer le prolétariat de la volonté de s'armer » et de rompre ainsi avec les barrières que les émeutes n'avaient su briser. Finalement, et malgré les conditions particulières du franquisme, nous suivions un parcours identique à celui de milliers d'autres jeunes en Europe… Ils avaient également choisi la voie de la guérilla ! Les premières bombes de la RAF ou de Hungry Brigade explosaient à Berlin-Ouest et à Londres. Les Brigades Rouges se préparaient à passer à l'action à Milan et Turin. Nous n'étions guère différents. Nous le constations lorsque nous lisions leurs textes et lors des premières rencontres.
Un soir, à la faveur d'un contact au bar le Père Léon, « Petit Loup » nous apporta le livre sur la RAF édité par Champ Libre . Nous en avons longuement discuté. Et de retour à Barcelone, nous avons décidé d'en publier la préface. Nous pensions que nous devions être critiques et plus à gauche que les camarades allemands, sans voir que ce n'était qu'avec les seuls mots (et encore plus faussement parce qu'ils n'étaient pas les nôtres) .
Dix ans plus tard, au début des années 80, quand j'ai partagé la lutte des camarades allemands, les mêmes appartements et la clandestinité au quotidien, je me suis fait la réflexion : « Je n'avais jamais lutté avec d'autres organisations aussi proches de ce que nous étions au temps du MIL ». Mieux, de ce que nous voulions être et de ce que nous nous engagions à réaliser avec les armes et les mots. Je sais bien que ce rappel fera bondir ceux qui établissent des limites là où il n'y en a pas et surtout là où jamais les militants de l'ex-MIL n'en ont mis dans les actes. Et les gardiens du temple (alors que nous n'avons jamais été une chapelle !) grinceront des dents. Je m'en fous…

A force de rupture, lorsqu'il fallut passer à la pratique, nos bagages n'étaient pas bien lourds. Une nuit d'août 63, sur un chemin de Castellnou de Bagès, Caraqueimada, l'ultime guérillero ayant lutté dans les groupes armés des années 30, dans la colonne Tierra y Libertad durant la révolution et ensuite dans les maquis français et catalan, a été assassiné par la Garde Civil. Moins de dix ans nous séparaient de ce dernier combat, pourtant un énorme fossé s'était creusé. La contre-révolution s'acharne à abattre la mémoire et à détruire l'expérience accumulée. Elle sait le danger qu'elles représentent. Avec la volonté de l'affronter, nous étions dans l'obligation de tout réapprendre depuis le début… Falsifier les papiers d'identité… étudier les différentes méthodes pour dérober les véhicules… louer des caches… apprendre à nous déplacer… connaître les sentiers des Pyrénées… Nous devions conquérir le savoir de la vie clandestine. Et l'expérimenter concrètement. La lutte armée n'est pas une pratique s'improvisant. Rien ne tombe du ciel. Ce qui s'acquiert dans les livres et par la transmission des anciens est déjà beaucoup mais bien peu de chose par rapport à ce que la lutte nous réserve. Les camarades pensant que l'insurrection armée et la résistance se dresseront d'un coup (le jour dit) par simple génération spontanée, se trompent lourdement. L'insurrection de 17 a réussi parce que le prolétariat russe était fort d'un enseignement de lutte clandestine et violente, comme le prolétariat catalan avant le soulèvement de juillet 36. Il n'y a d'autre apprentissage que la pratique permanente de la subversion. Que la remise en cause jour après jour du monopole de la violence. De sa révélation comme fondement de la dictature bourgeoise.
Ceux qui refusent la violence révolutionnaire minoritaire nient avec la même inconséquence la violence subie chaque jour par le prolétariat. Ils partent d'un postulat erroné de l'affrontement des classes. Le combat n'est pas à venir. Sous le capital, il est de tout temps et à toute heure. De nos jours, la violence de la bourgeoisie tient seule le haut du pavé et terrorise tous ceux et toutes celles qui oseraient remettre en question son hégémonie totalitaire.

Une fois acquise, l'expérience se diffuse en s'approfondissant. Au fil des mois, nous avons appris à chasser le flic de nos têtes. Celui dressé par l'éducation servile, la morale judéo-chrétienne, l'encadrement politique et la terreur sociale. Graduellement, nous avons saisi ce qu'il était possible de faire et de nous armer de cette petite expérience… Et détrompez-vous, car ce ne fut pas simple.
Certains pensent que, finalement, nous n'avons pas fait grand-chose, quelques actions tout au plus. Une dizaine de traductions, des publications… Ils ont peut-être raison ? Sûrement, il aurait été nécessaire de faire davantage.
De nos jours, avec la « démocratie revenue », des maisons d'éditions commerciales ont pris en charge la diffusion des textes révolutionnaires (enfin, ceux rentables et déchargés de poudre). Les imprimeries clandestines ne sont pas nécessaires… ni les subreptices livraisons. C'est beaucoup plus facile. D'ailleurs, nous croulons sous les ballots de mots… Hier la dictature imposait le silence, aujourd'hui sa fille libérale organise le chaos cacophonique…

Avec le recul, nous admettrons que la plus grande pratique du MIL s'est déroulée après son démantèlement. A Barcelone tout d'abord, avec les multiples actions de la campagne pour la libération des prisonniers politiques et ensuite avec les luttes des différents groupes autonomes avant et pendant la transition. Mais l'expérimentation du MIL s'est également poursuivie en France et ailleurs. Si par exemple, Action Directe plaçait à l'extérieur un groupe de protection lors de ses opérations, c'est parce qu'un matin de février 73, nous avions été surpris et encerclés par les inspecteurs de la Brigade Criminelle dans la banque Hispano Americano du Paseo Fabra y Puig…
Comme de nombreux autres enseignements issus de la pratique du MIL, nous avons transmis cette expérience aux camarades étrangers que nous avons formés tout au long des années 70 et 80. Ainsi, anciens des groupes de combat, ce que nous avions appris dans les rues de Barcelone nous l'avons diffusé dans la pratique de la gauche révolutionnaire au gré des luttes communes.
Et de cette manière, le MIL vivait dans l'antagonisme révolutionnaire malgré sa disparition organisationnelle.

« Le seul combat qu'on perd est celui qu'on abandonne »

Jann Marc ROUILLAN « Sebas »
Centrale de Lannemezan, octobre 2006.

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Published by luxemb - dans Jean-Marc
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commentaires

lelaboratoire 19/08/2007 11:25

merci pour ce très bon texte et l'analyse.
Hier la dictature imposait le silence, aujourd'hui sa fille libérale organise le chaos cacophonique…
Cette phrase limpide explique pourquoi la bourgeoisie refuse sa sortie

Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2