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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

       SONJA SUDER EST LIBRE         Procès C. Gauger, S. Suder: Une page pour s'informer 

   PALESTINE - Une carte à ne jamais oublier

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Texte libre

Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 23:23

Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Quelle vision avez-vous aujourd’hui du spectre de la gauche française, du PS à la gauche extra-parlementaire ?

Je ne pense pas qu’il faille poser la problématique de telle façon. Je dirais volontiers qu’il y a trois formes de gauche : la gauche institutionnelle, la gauche de régime et la gauche de gestion. Du Parti socialiste au Front de gauche, on retrouve ce visage protéiforme de la gauche française. Le parti conduit par Jean-Luc Mélenchon sert de passerelle entre la gauche protestataire, populaire et la gauche de gestion. C’est en quelque sorte logique, car il s’agit bien là du rôle d’un tel parti composé des communistes mais aussi de nouveaux entrants. Personne de sérieux ne peut étiqueter le FDG d’extrême, ce parti est une composante de la gauche de gestion. Au niveau local, je pense ici aux municipalités, aux conseils généraux dans lesquels ils siègent aux côtés et avec le Parti socialiste français. Cela est facilité par le fait qu’ils occupent une place vacante. Ils sont le pivot entre le danger d’une vraie gauche et la gestion d’une fausse gauche.

Excusez-moi, mais je ressens dans votre propos que vous les considérez comme des idiots utiles ? Je me trompe ?

Non, je ne dis pas ça ! Je dis que ce sont des idiots très intelligents et pour cause, ils occupent un terrain qui aurait dû être occupé par l’extrême gauche. Ils flirtent d’ailleurs avec l’image de l’extrême gauche, mais leurs idées, leurs concepts, leurs lignes stratégiques doivent assurer une conquête et une légitimation du pouvoir. Pas de contre-pouvoir, mais d’association de pouvoir.

Prenons un point qui fait débat depuis 2008 : la renégociation et la forme de la dette prônées par Jean-Luc Mélenchon…

Oui, c’est incontestablement de gauche et incontestablement insuffisant… Mais vous me conduisez sur un terrain qui m’intéresse peu. Cela dit, vous avez raison, le Front de gauche peut parfois défendre une vraie politique de gauche. Cela est logique, le Parti communiste français était un vrai parti de gauche, mais nous sommes toujours dans un cadre national, très populaire. Je vais vous donner un exemple : pour moi il est inconcevable de se mobiliser pour la VIe République. Vous comprenez ?

Non, je ne comprends pas.

Vous ne comprenez pas pourquoi je n’irai jamais manifester pour la VIe République ? Mais parce que cela n’est pas une urgence, pas un bouleversement : c’est une connerie qui nous aurait fait rire dans les années 1960. Idem pour le mariage gay. Comme beaucoup, je pense que c’est une façon de nous détourner de l’essentiel, du vital. Ce sont des faux conflits. Je pourrais soutenir des actions en faveur d’une république populaire sur des bases socialistes… Mais la VIe République, soyez gentil, oublions cela !

Sortir de la Ve République permettrait, peut-être, aux Français de se responsabiliser, de ne plus chercher le père par l’intermédiaire du suffrage universel ?

Peut être, mais ces terrains politiques ne sont pas de gauche pour moi qui suis un révolutionnaire. Puisqu’il s’agit de moi dans cette interview, comprenez bien que la pensée révolutionnaire est concaténée à la pensée politique de gauche. L’implication de la gauche actuelle dans les process néolibéraux en fait une fausse gauche.

Mais permettez-moi de revenir sur le temps passé.

Revenons sur le temps passé.

Au sortir de 1968, il existe une vraie extrême gauche. À quel moment cesse-t-elle de l’être ? Cela est important car la définition de la gauche passe par la définition de ce que vous-même nommez l’arc ou le spectre. Quelle est donc la différence entre l’extrême gauche des années 1970 et l’extrême gauche actuelle ? Elle a accepté le terrain ! Elle a accepté le terrain que la bourgeoisie lui a dédié, elle a accepté sa réserve, ses enclos, son fonctionnement en cercle, en évitant — c’est à ce titre que je parle volontiers de stratégie de l’évitement — les vraies zones de conflits.


Contestation à Notre-Dame-des-Landes

Vous signifiez par terrain les balises institutionnelles et constitutionnelles de la société ?

Oui, aussi, si vous voulez, mais de façon plus opérationnelle, je retrouve cette stratégie de l’évitement dans la contestation de Notre-Dame-des-Landes. Elle est générale à toute l’extrême gauche, y compris au mouvement antifa qui ne se pose pas la question de ce que constitue le fascisme.

Pouvez-vous développer ?

Lorsque j’entends depuis des années : « Le Pen fasciste ! », cela n’a aucun sens. Il n’y a aucune portée révolutionnaire dans le FN, ce n’est pas du fascisme, c’est de la réaction. Le processus est radicalement différent. Lorsque je parle avec eux, c’est la confusion la plus totale, je leur demande alors s’ils ont lu le livre de Poulantzas qui est éclairant sur le sujet et on me regarde comme un alien. Idem pour l’analyse de Bettelheim sur la politique économique du nazisme et du fascisme, il comprend parfaitement et nous avec, qu’elles constituent des avant-gardes de la bourgeoisie. C’est une bourgeoisie révolutionnaire, mais sur ses propres projets et qui a besoin d’un État fort pour réaliser un bond en avant sur ses positions. Or, ce que l’on constate aujourd’hui autour du mariage pour tous, c’est simplement la réaction. C’est un parti traditionnel, maurrassien, s’il est nécessaire de simplifier.

La France a ceci de particulier : elle est incapable de concevoir où la politique d’extrême gauche doit éclore et pourquoi. En d’autres termes : quelle est la pratique d’extrême gauche qui pourrait correspondre à l’époque ?

Pour répondre, il convient à mon sens de remonter à 1973, car on y trouve les ferments de cette stratégie de l’évitement…

Je pense deviner à quoi vous faites référence…

« Lorsque j’entends depuis des années : “ Le Pen fasciste ! ”, cela n’a aucun sens. Il n’y a aucune portée révolutionnaire dans le FN, ce n’est pas du fascisme, c’est de la réaction. »

Non, je ne pense pas uniquement à la Gauche prolétarienne, c’est aussi le cas pour la Ligue communiste révolutionnaire qui verra une modification importante de ses projets et de ses buts en 1973 après la manifestation contre ordre nouveau et occident qui étaient de vrais groupes fascistes émanant de l’avant-garde bourgeoise dont je parlais il y a un instant. On ne répétera jamais assez que madelin,longuet, devedjan … sont issus de ces groupes. Je ne les ai pas tous en tête, mais certains comme Xavier Raufer ont aujourd’hui voix au chapitre, c’est tout de même un homme important dans l’élaboration de la doctrine anti-terroriste en France.

Jusqu’en 1973, au sein de la LCR, la question de la lutte armée se pose. Un groupe interne y est préparé, ces unités spéciales se dissoudront définitivement en 1981. Ce sera également vrai pour la Gauche prolétarienne.

Concernant cette dernière, il serait plus judicieux de parler de scission, puisqu’une partie rentrera sagement dans les rangs, alors que l’autre tentera l’expérience de l’autonomie dont la matrice idéologique et doctrinale n’est pas anarchiste. On retrouve dans l’autonomie de 1977-1978 les cadres maos qui assurent par ailleurs la communication entre les différents groupes autonomes.

Cela nous conduit à la question de la représentation. Vous faites référence aux autonomes, on oublie aujourd’hui à quel point l’enracinement populaire autour de ces groupes fut important…

Bien entendu, les comités de base sont nombreux et puissants en 1968-1969. La capacité que les militants avaient à remettre en question l’ordre établi a complètement disparu aujourd’hui. Rendez-vous compte que ces comités de base se créent et s’organisent comme contre-pouvoir au PC et à la CGT qui fonctionnaient parfaitement dans le gaullisme. La question centrale qui demeure est : qui décide pour moi ? Il serait profitable que l’on m’explique en quoi cette question appartient au passé. Les syndicats furent les bouchons du système en 1968, c’est eux qui ont demandé aux ouvriers de retourner dans les usines et en 2005, lorsque le débat fait rage sur les retraites, cela s’est reproduit. Si une forme de protestation violente doit éclore aujourd’hui, ils seront encore les bouchons du système.

Vous affirmez cela pour le PS, le FDG et le NPA ?

Oui ! Mais je mettrais un bémol pour le PC qui porte en lui les racines profondes de la gauche française. Lorsque je rencontre les cégétistes, je me rends compte à quel point ils sont d’extrême gauche et à quel point ils ne le savent pas. Récemment, je me suis rendu au Havre et j’ai été très touché par les recherches historiques que la CGT locale fait sur son histoire syndicale. C’est la première fois que je vois ça, c’est encourageant, les références à l’histoire des anarchistes sont affichées. Cela aurait été impensable dans le PCF de la guerre froide. Je peux vous garantir que certains militants de la CGT, aujourd’hui, ne retourneront pas dans les usines même si la centrale parisienne l’exige ! Ça ne marchera plus. Jusqu’à peu de temps encore, cela fonctionnait mais ce n’est plus le cas, ils ont été trompés et ressentent que la centrale ne répond pas aux aspirations de la base. Les syndicats ont très bien compris, lors du débat sur les retraites, qu’il était tout à fait possible de conduire le pays à une grève générale. Ils ne l’ont pas fait, ils ont eu peur de l’issue. Ce saut dans l’inconnu fut à mon sens une occasion ratée dont les syndicats portent une part importante de responsabilité.

« On évite le camp adverse afin d’éviter de poser les vrais problèmes qui, par nature sont systémiques. Stratégiquement, c’est selon moi indéfendable car sur le terrain de la rhétorique, du discours, ils seront toujours battus par la réaction de type FN. »

La peur de la violence ?

Vous connaissez le refrain : il y a la gauche responsable et la gauche irresponsable. On ne sort toujours pas de cette division. Pour nous, à l’extrême gauche, il importe peu d’être responsable et assez sérieux pour être invité à la table des négociations. Ce que nous voulons c’est faire avancer la gauche révolutionnaire.

Ce qui est étonnant, c’est précisément le peu d’enthousiasme populaire que remporte cette gauche révolutionnaire au moment même où la forme la plus aboutie du capitalisme déstabilise le monde occidental. Pourquoi cette gauche n’est elle pas aujourd’hui le réceptacle de ce mécontentement ?

Je poserai la question différemment si vous le permettez : la globalisation a conduit à l’émergence d’une classe nouvelle car intimement liée à ce capitalisme dérégulé et transnational. Or, le problème de la gauche, c’est qu’elle envisage sa réponse dans un cadre national. On nous explique que les structures de classes ne peuvent plus être analysées avec le prisme du marxisme. La doxa actuelle exclue la représentation du monde ouvrier et agricole basée sur les XIXe et XXe siècles et met en avant le fait que les villes sont majoritairement peuplées par les cadres. Cela n’est pas faux, mais ici aussi il est important de comprendre que la gauche a délaissé les classes populaires car elle est incapable d’en faire une lecture sociologique efficace (cela peut être ennuyeux lorsqu’il est nécessaire de cibler vos soutiens potentiels en vue d’une élection) et l’extrême gauche est conduite par des quadras ou quinquas blancs, souvent dans l’Éducation nationale ou la formation, n’ayant aucun souci lié aux fins de mois difficiles, absents des quartiers populaires. Les rares ouvriers présents sont issus des grandes entreprises… Cet évitement dont je parle depuis le début de notre entretien provient donc aussi de la nature de classe de l’extrême gauche.

Si les formations politiques ne sont plus présentes dans les banlieues, quelle en est la raison ? Difficulté de lecture du phénomène ? Trop dangereux ? Pas assez porteur ?

Honnêtement, je ne suis pas capable d’être pertinent sur le sujet bien que je me pose souvent la question. Toutefois, en opérant une analyse de classe, plus que jamais le prolétariat est au centre des rapports de force de cette société et de sa possible libération, mais la bourgeoisie est tellement puissante qu’elle parvient à nier et faire nier l’existence de son opposant le plus dangereux. Il est vrai que l’on entend souvent parler de « salariat » , de « travailleurs » , mais ces termes perdent leur sens car on les dépossède de leurs caractéristiques marxistes. Logiquement, l’expansion du capitalisme devrait être concaténée à la démultiplication de son ennemi : le prolétariat. Or, la vision nationale de la politique proposée par le FDG, que nous citions précédemment à titre d’exemple, implique une prise de pouvoir institutionnelle. Nous sommes loin des changements radicaux nécessaires à l’émergence d’une pensée et d’une action révolutionnaires. On veut bien crier « Vive la révolution ! », mais il convient d’y adjoindre rapidement « citoyenne ». Car l’objectif poursuivi est celui de peser de tout son poids dans les municipalités, les collectivités locales ou la députation. On veut rester dans la gestion.

C’est ce que vous nommez « stratégie de l’évitement » ?

Oui ! On évite le camp adverse afin d’éviter de poser les vrais problèmes qui, par nature, sont systémiques. Stratégiquement, c’est selon moi indéfendable car, sur le terrain de la rhétorique, du discours, ils seront toujours battus par la réaction de type FN. Écoutez Le Pen aujourd’hui : elle exprime une idée assez diffuse en affirmant que la question du mariage gay l’intéresse peu face aux enjeux sociétaux, politiques et économiques qui sont vitaux car nous sommes à la croisée des chemins.

Considérez-vous qu’il puisse y avoir des formes de lutte efficaces dans le cadre du parlementarisme ?

Non, en ce qui me concerne, je n’y crois pas, c’est une absurdité. Même si je suis membre d’un parti, le NPA, qui présente des listes aux élections, n’oubliez pas que j’ai passé 25 ans en prison. L’univers carcéral est un espace-temps dans lequel on vit aussi les rapports internationaux, la conflictualité entre la vraie gauche et la fausse gauche. Croyez-moi, tout cela se vit intensément car vous savez qui collabore avec les formes de tortures institutionnalisées. Je n’oublie pas que le PCF avait émis l’idée d’une campagne contre l’emprisonnement perpétuel. Cela n’est resté qu’une velléité, jamais rien de concret n’a vu le jour sur le sujet. Lorsque le nouveau code pénal a été soumis au Parlement dans les années 1990 me semble-t-il, ils l’ont voté ! On peut également constater qu’aucune loi promulguée sous la présidence de Nicolas Sarkozy n’a été abrogée, ni LOPSI 2, ni aucune autre.

La mort de Margaret Thatcher ?

Champagne ! Plus sérieusement, c’est une saloperie ! Sans elle, Reagan aurait été beaucoup plus isolé dans la construction du projet néolibéral global. Cela étant dit, on retrouve cette stratégie de l’évitement dans la polémique liée au financement desesobsèques. Honnêtement, vue l’ampleur des dégâts provoqués par cette femme, il serait plus utile pour tous de rappeler qui elle fut, le projet qu’elle a porté. La mort de Le Pen ne me procurera aucune joie, celle de la Dame de fer est un motif profond de satisfaction. L’ennemi, pour nous, c’est beaucoup plus Thatcher que Le Pen !

Justement, ne ressentez-vous pas qu’il existe un sentiment diffus dans l’opinion publique qui tend à accepter le débat sur une solution autoritaire à la crise protéiforme que nous vivons ?

 « L’ennemi, pour nous, c’est beaucoup plus Thatcher que Le Pen ! »

Je préfère parler d’opinion populaire, plutôt que d’opinion publique. L’ensemble populaire a compris que les solutions se joueront soit à l’extrême gauche, soit à l’extrême droite. Or, la première, dans sa forme actuelle, est incapable de proposer une rupture. Cela est vrai aussi pour l’extrême droite, mais nous pouvons supposer qu’un sarkozysme radicalisé pourrait être accepté par le peuple.

Rien ne se développe sur l’idée d’autonomie réelle dans les classes populaires.

La gauche de gouvernement se serait donc totalement désintéressée des classes populaires ?

La différence absolue entre les cadres du PS mitterrandien et ceux qui sont aujourd’hui aux commandes, réside dans la distorsion du cadre de référence. En 1981, on trouve bon nombre d’entre eux formés par l’héritage du CNR, les luttes anticoloniales — avec plus ou moins de morale… Comprenez bien l’importance d’une telle matrice dans la construction représentative de la culture populaire. Terra Nova n’a rien à voir avec cela. Ceux qui accèdent au pouvoir aujourd’hui n’ont participé à rien. Vous avez compris mon aversion pour le PS, mais il faut reconnaître que certains d’entre eux ont lutté avec force, parfois avec le PC à leurs côtés. La génération actuelle est une gauche de papier. La gauche, c’est avant tout une culture du conflit, car les classes luttent en permanence et la gauche sédimente sur ces luttes. Lorsque vous perdez cette culture, vous faites quoi ? Vous montez des dossiers.

Paradoxalement, vous disiez vous-même que les gens sont intéressés par les débats politiques, les échanges, la discussion, y compris sur les années de plomb ?

C’est un fait incontestable, je me rends très souvent sur invitation dans les débats qui font suite aux projections de documentaires, ou des pièces de théâtre. Et je peux vous dire que c’est plein à chaque fois. Dernièrement, en Espagne, les jeunes demandaient des conseils techniques. Nous n’avons pas parlé mémoire ou histoire, mais technique : comment met-on en place des structures organisées ? Comment assurer la communication entre les groupes ? Comment la lutte armée entre-t-elle en contact avec un mouvement radical ? Voilà les questions que l’on m’a posées et j’y ai répondu avec la réserve que m’impose la loi. Il a fallu revenir aux années 1920 avec la cnt afin d’expliquer comment ce mouvement a répondu à ses propres problèmes d’organisation. Je vous garantis qu’ils veulent sortir de leurs inorganisations chroniques. Ils en ont marre de subir et de ne pas être en mesure de répondre.

Vous êtes en train de me dire que les jeunes espagnols vous ont demandé des conseils opérationnels ?

« La gauche, c’est avant tout une culture du conflit, car les classes luttent en permanence et la gauche sédimente sur ces luttes. Lorsque vous perdez cette culture, vous faites quoi ? Vous montez des dossiers. »

Oui, je l’ai compris comme ça. Il y avait aussi des Grecs, des Italiens… Ce mouvement insurrectionnaliste est beaucoup plus important que ce que j’imaginais et beaucoup plus autonome que ce qui se passe aujourd’hui à Notre-Dame-des-Landes. À ce propos, voici ce qui m’a été rapporté sur les modèles organisationnels des comités qui animent la contestation contre le projet de construction éponyme. Vous allez comprendre mon étonnement, car les cadres quadras qui structurent ce mouvement, agissent comme s’ils suivaient des modèles qu’ils reçoivent : méthodes, plans, ordres du jour sont similaires, malgré l’éloignement géographique des comités disséminés sur le territoire. La question que je me pose par exemple est : qui a déterminé que les réunions commencent par les démontages des portables ? Un homme se lève, désigné par qui et pourquoi, et ordonne : « Vous allez commencer par enlever les puces de vos cellulaires, puis les batteries… » Mais qui a décidé ça ? Cela est la pire des situations, c’est une forme de parti politique autocratique et éminemment dangereux dans la mesure où vous n’en connaissez ni les dirigeants, ni les buts, ni la stratégie !

Votre aversion est motivée par une hiérarchie et une logique de parti qui reproduit les structures de pouvoir ?

Complètement ! Cela reproduit le groupuscule typique. Simplement, il n’est plus localisé à Paris. Mais hormis cette différence, où est l’autonomie populaire ? Au nom de quoi s’arroge-t-on le droit de décider pour les autres ? Une organisation est toujours nécessaire. C’est un fait. Mais l’organisation doit être le corollaire d’un débat où l’individu a le droit d’exprimer ses propres attentes, sa vision de la société ou, plus prosaïquement, sa vision de la lutte.

Pardonnez-moi mais vous vous rendez bien compte que l’on peut vous objecter que le chef d’Action directe, c’était vous ?

C’est des conneries ! C’est une invention ! Il en va de même pour les Brigades rouges en Italie. Je vous renvoie au texte de Ulrike Meinhof sur la structure du groupe qui démontre que la chance des groupes pratiquant la lutte armée c’est d’être de nombre réduit. Cela rend possible la discussion des décisions. Même ETA pouvait le faire ! Il est possible de se mettre en opposition vis-à-vis du groupe et refuser de participer à un assassinat politique sans être exclu ou paria. Lorsque nous n’étions pas d’accord, nous votions et celui qui ne voulait pas monter dans la voiture, il ne montait pas et il ne lui arrivait rien. Il n’était même pas exclu. Sans détermination, vous ne pouvez pas mener une lutte efficace, donc inutile de forcer la main à qui que ce soit… C’est le plus motivé qui agit !


Note de la rédaction : Jean-Marc Rouillan a demandé à Ragemag de préciser deux points qui lui semblent essentiels pour comprendre et analyser ses propos. Le premier concerne la prise en compte de sa très longue peine d’incarcération car « cela vous rend à la fois plus lucide sur les réalités politiques, mais tend aussi à distordre un cadre de référence construit en détention ». Il recommande également aux lecteurs d’intégrer le caractère internationaliste de ses points de vue. C’est donc volontairement que M. Rouillan s’écarte parfois des balises que nous avons tenté de mettre en place pour le bon déroulement de cette interview.

 

à lire sur http://ragemag.fr/entretien-exclusif-avec-jean-marc-rouillan-la-gauche-et-le-neoliberalisme-28194/

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Published by luxemb - dans Jean-Marc
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Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2