Dimanche 1 avril 2007
Et pendant que nous y étions, au cours de cette petite visite sur le site Action Directe enfin réaccessible, un deuxième texte de Jean-Marc publié dans Junge Welt il y a plus d'un an (Joëlle vivait encore) et qui pose clairement le contexte politique des libérations.Le 26 février prochain, nous entrerons dans notre 20 ème année de prison. Le temps a passé. Il n'y a plus d'URSS, plus de monnaie nationale, plus de mur de Berlin...
Et depuis une décennie, la bise réactionnaire souffle sur l'Europe entière. Les néo-conservateurs accaparent les espaces politiques, médiatiques et culturels. La misère s'est durablement installée comme les discriminations sociales et raciales. Les oppositions ont été désarmées et muselées dans les limites d'un protestataire chronique. Nous avons suivi ces bouleversements à travers les barreaux de nos cellules de haute sécurité. Et pas un jour ne s'est écoulé sans qu'un donneur de leçon nous rappelle que ce qui constituait notre époque n'existe plus. Qu'une page a été définitivement tournée. Mais si les conditions historiques qui dominèrent notre combat ont en effet considérablement évolué, notre détention politique est toujours étranglée par le même chantage : repentir contre libération. Les gouvernements se succèdent et pour l'essentiel pas grand-chose ne se transforme dans cette orientation répressive. Aux politiques de dissociation collective des années 80 se substitue la pression individuelle. S'il désire revoir le dehors, le prisonnier doit proclamer son état de pénitence. De nos jours, les regrets publics d'avoir participé à des actes « condamnables » et les gages d'amendements comme ils disent, relèvent de l'individualisation s'inscrivant dans le projet global de criminalisation Le prisonnier se pose en collaborateur d'une bourgeoisie dont le projet est d'éliminer tout contenu politique à la contestation radicale des années 70-80. Ne rien laisser à l'historique si ce n'est le fait divers. Et ainsi en finir une fois pour toute avec une expérience révolutionnaire ayant mobilisé des milliers de combattants sur tout le continent.
Que les magistrats cessent donc de répéter qu'il s'agit là d'une affaire de droit et de loi. Nous avons terminé nos peines depuis plus d'un an. Mais nous restons en prison à cause de nos seules opinions politiques. Voilà la vérité. Et qu'ils n'en doutent pas, NOUS NE SERONS JAMAIS LES AGENTS DU DÉSARMEMENT DE NOTRE CLASSE ET DE LA RÉÉCRITURE DE SON EXPÉRIENCE PRATIQUE. En conséquence, nous persisterons en prison autant de temps que le reniement de nos engagements révolutionnaires aura sa place dans la balance.
Avant nos arrestations, l'Etat a fait de nous quatre l'exemple à abattre. Il a pensé y parvenir par la torture blanche et des années d'isolement total. N'y parvenant pas politiquement, il s'est acharné d'autant plus à notre destruction physique. Et aujourd'hui, l'état de santé de Joëlle, Nathalie et Georges en est le cruel révélateur.
Pourtant et quoiqu'il nous en coûte face à la vengeance d'Etat, nous revendiquons notre activité au cours des dix ans d'existence de notre organisation et au-delà nos parcours depuis mai 68. Nous assumons nos responsabilités collectives. Certes, notre combat critique a été violent, mais en conséquence, il exige de nous autre chose qu'une attitude de légèreté. Dans l'inconséquence et à l'irresponsabilité ambiante, je comprends bien que cela choque et paraisse intolérable aux maîtres de l'heure. D'ailleurs le ministre de la justice se scandalise alors que, sur un lit d'hôpital Joëlle refuse toujours de se repentir. Et il pérore qu'il ne libérera les autres qu'une semaine avant leur mort.
L'histoire ne sera pas totalement réécrite et ainsi désarmée tant que nous et d'autres camarades, résisterons. D'ailleurs les autocritiques sont si convenues qu'on y lit en filigrane la pitoyable requête : « s’il vous plaît, laissez moi sortir ! » et au-delà une glorification de la répression « La prison a fait de moi un gentil garçon, bien intégré ». Mais qu'on ne nous raconte pas d'histoire, de nos jours, il y a mille et une raisons de rester un révolutionnaire anti-impérialiste, sans doute beaucoup plus qu'en 70, en 77 ou en 85. Il faudrait être aveugle et borné pour ne pas l'admettre. A force de massacres, la nature agressive des États impérialistes européens et américains n'est plus à démontrer, comme leur intention d'instaurer de nouveaux protectorats aux quatre coins de la planète. Et dans nos villes, grâce à une surveillance hautement militarisée, l'ordre garantit un régime d'apartheid social et ethnique. Pourtant la globalisation et l'extension de la crise économique, financière, politique et écologique du capital, ont forgé une situation augurée par nos anciens. LE FACE À FACE BOURGEOISIE IMPERIALISTE ET PROLÉTARIAT MONDIAL ATTEINT SON PAROXYSME. Un abyme incommensurable se creuse entre les intérêts d'une infime minorité de privilégiés et ceux de l'immense armée de prolétaires précaires, et donc entre l'exigence de la révolution et l'étranglement assassin de la contre-révolution. Jamais l'avertissement de Rosa n'a eu autant d'actualité : « SOCIALISME OU BARBARIE ». Demain les révolutionnaires s'engageront dans une nouvelle offensive. Ils reconquerront leur expérience historique, entière, de la Commune de Paris à la Roter Wedding. Mais également ils se nourriront de l’enseignement de nos deux décennies de lutte armée anticapitaliste et anti-impérialiste, et dans leur combat, ils le critiqueront et le dépasseront. Nous n'avons pas à marchander notre expérience passée avec le pouvoir en place, elle appartient à ces hommes et à ces femmes et à eux seuls.

e, un poème.
linter
A propos de la nouvelle juridiction sur les demande de libération conditionnelle (qui va décider le 25 avril pour Nathalie), voilà ce qu'écrivait Jean-Marc.
À L’OMBRE ET CLAIRONNANT
Sur le site Action directe ou dans CQFD, la chronique carcérale de Jean-Marc. Difficile de trouver plus explicite sur le "quotidien" de la prison, si on peut appeler cela comme ça!
