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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

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Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 09:25

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"Toute notre action est un cri de guerre contre l'impérialisme"

 

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Collage de Joëlle Aubron

 


Che Guevara. "Créer deux, trois ... de nombreux Vietnam. Voilà le mot d'ordre". (1) Un grand texte anti-impérialiste.

Che Guevara. "Créer deux, trois ... de nombreux Vietnam. Voilà le mot d'ordre". (2) Un grand texte anti-impérialiste.

Che Guevara. "Créer deux, trois ... de nombreux Vietnam. Voilà le mot d'ordre". (Fin) Un grand texte anti-impérialiste.


 

En définitive, il faut tenr compte du fait que l'impérialisme est un système mondial, stade suprême du capitalisme, et qu'il faut le battre dans un grand affrontement mondial. Le but stratégique de cette lutte doit être la destruction de l'impérialisme. Le rôle qui nous revient à nous, exploités et sous-développés du monde, c'est d'éliminer les bases de subsistance de l'impérialisme: nos pays opprimés, d'où ils tirent des capitaux, des matières premières, des techniciens et des ouvriers à bon marché et où ils exportent de nouveaux capitaux - des instruments de domination - des armes et toutes sortes d'articles, nous soumettant à une dépendance absolue.

 

L'élement fondamental de ce but stratégique sera alors la libération réelle des peuples; libération qui se produira à travers la lutte armée, dans la majorité des cas et qui prendra inéluctablement en Amérique la caractéristique d'une Révolution socialiste.

 

En envisageant la destruction de l'impérialisme, il convient d'identifier sa tête, qui n'est autre que les Etats-Unis d'Amérique.

 

Nous devons exécuter une tâche de caractère général, dont le but tactique est de tirer l'ennemi de son élément en l'obligeant à lutter dans des endroits où ses habitudes de vie se heurtent au milieu ambiant. Il ne faut pas sous-estimer l'adversaire; le soldat américain a des capacités techniques et il est soutenu par des moyens d'une ampleur telle qu'il devient redoutable. Il lui manque essentiellement la motivation idéologique que possèdent à un très haut degré ses plus opiniatres rivaux d'aujourd'hui; les soldats vietnamiens. Nous ne pourrons triompher de cette armée que dans la mesure où nous parviendrons à scier son moral. Et celui-ci sera miné à force d'infliger à cette armée des défaites et de lui causer des souffrances répétées.

 

Mais ce petit schéma de victoires implique de la part des peuples des sacrifices immenses, qui doivent être consentis dès aujourd'hui, à la lumière du jour, et qui peut-être seront moins douloureux que ceux qu'ils auront à endurer si nous évitons constamment le combat, pour faire en sorte que ce soient d'autres qui nous tirent les marrons du feu.

 

Il est évident que le dernier pays qui se libérera le fera probablement sans lutte armée et que les souffrances d'une guerre longue et cruelle, comme celles que font les impérialistes, lui seront épargnées. Mais peut-être sera-t-il impossible d'éviter cette lutte ou ses conséquences, dans un conflit de caractère mondial, où l'on souffre de manière égale, si ce n'est pas plus. Nous ne pouvons pas prévoir l'avenir, mais nous ne devons jamais céder à la lâche tentation d'être les porte-drapeaux d'un peuple qui aspire à la liberté mais se dérobe à la lutte qu'elle implique et attend la victoire comme une aumône.

 

Il est absolument juste d'éviter tout sacrifice inutile. C'est pourquoi il est si important de faire la lumière autour des possibilités dont l'Amérique dépendante dispose pour se libérer par des On nous a acculés à cette lutte; il ne nous reste pas d'autre ressource que de la préparer et de nous décider à l'entreprendre.moyens pacifiques. Pour nous, la réponse à cette interrogation est claire; le moment actuel peut être ou ne pas être le moment indiqué pour déclencher la lutte, mais nous ne pouvons nous faire aucune illusion, ni nous n'en avons le droit, de conquérir la liberté sans combattre. Et les luttes ne seront pas de simples combats de rue, de pierres contre les gaz lacrymogènes; ni de grèves générales pacifiques; ce ne sera pas non plus la lutte d'un peuple en colère qui détruit en deux ou trois jours le dispositif de répression des oligarchies dominantes; ce sera une longue lutte, sanglante, dont le front se trouvera dans les abris des guérillas, dans les villes, dans les maisons des combattants - où la répression cherchera des victimes faciles parmi leurs proches -, dans la population paysanne massacrée, dans les villages détruits par le bombardement ennemi.

 

 

On nous a acculés à cette lutte; il ne nous reste pas d'autre ressource que de la préparer et de nous décider à l'entreprendre.

 

Les débuts ne seront pas faciles. Ils seront extrêmement difficiles. Toute la capacité de répression, toute la capacité de brutalité et de démagogie des oligarchies sera mise au service de cette cause. Notre mission, dans les premiers temps, sera de survivre, ensuite oeuvrera l'exemple continuel de la guérilla, réalisant la propagande armée, selon l'acception vietnamienne du terme, autrement dit la propagande des coups de feu, des combats qui sont gagnés ou perdus, mais qui se livrent contre les ennemis. Le grand enseignement de l'invincibilité de la guérilla imprègnera les masses dépossédées. La galvanisation de l'esprit national, la préparation à des tâches plus dures pour résister à de plus violentes répression. La haine comme facteur de lutte; la haine intransigeante de l'ennemi, qui pousse au-delà des limites naturelles de l'être humain et en fait une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer. Nos soldats doivent être ainsi; un peuple sans haine ne peut triompher d'un ennemi brutal.

 

Il faut mener la guerre jusqu'où l'ennemi la mène; chez lui, dans ses lieux d'amusement; il faut la faire totalement. Il faut l'empêcher d'avoir une minute de tranquillité, une minute de calme hors de ses casernes, et même dedans; il faut l'attaquer là où il se trouve; qu'il ait la sensation d'être une bête traquée partout où il passe. Alors il perdra peu à peu son moral. Il deviendra plus bestial encore, mais on notera chez lui des signes de défaillance.

 

Et il faut développer un véritable internationalisme prolétarien; avec des armées prolétariennes internationales, où le drapeau sous lequel on lmutte devient la cause sacrée de la rédemption de l'humanité, de telle sorte que mourir sous les enseignes du Vietnam, du Venezuela, du Guatemala, du Laos, de la Guinée, de la Colombie, de la Bolivie, du Brésil, pour ne citer que les théâtres actuels de la lutte armée, soit également glorieux et désirable pour un Américain, un Asiatique, un Africain, et même un Européen.

 

Chaque goutte de sang versé sur un territoire sous le drapeau duquel on n'est pas né est une expérience que recueille celui qui y survit pour l'appliquer ensuite à la lutte pour la libération de son lieu d'origine. Et chaque peuple qui se libère est une étape gagnée de la bataille pour la libération de son propre peuple.

 

C'est l'heure de modérer nos divergences et de tout mettre au service de la lutte.

 

 

Que de grands débats agitent le monde qui lutte pour la liberté, nous le savons tous, et nous ne pouvons le dissimuler. Que ces discussions ont atteint un caractère et une acuité tels que le dialogue et la conciliation semblent extrêmement difficiles, sinon impossibles, nous le savons aussi. Chercher des méthodes pour entamer un dialogue que les adversaires éludent, c'est une tâche inutile. Mais l'ennemi est là, il frappe tous les jours et il nous menace avec de nouveaux coups et ces coups nous uniront aujourd'hui, demain ou après-demain. Ceux qui en sentent la nécessité et se préparent à cette union nécessaire seront l'objet de la reconnaissance des peuples.

 

Etant donné la virulence et l'intransigeance avec lesquelles on défend chaque cause, nous autres, les dépossédés, nous ne pouvons prendre parti pour l'une ou l'autre forme d'expression des divergences, même quand nous sommes d'accord avec certaines positions de l'une ou l'autre partie, ou avec les positions d'une partie plus qu'avec celles de l'autre. Au moment de la lutte, la forme que prennent les divergences actuelles constitue une faiblesse; mais dans l'état où elles se trouvent, vouloir les régler avec des mots est une illusion. L'histoire peu à peu les effacera ou leur donnera leur véritable sens.

 

Dans notre monde en lutte, toute divergence touchant la tactique, les méthodes d'action pour l'obtention d'objectifs limités, doit être analysée avec le respect dû aux appréciations d'autrui. Quant au grand objectif stratégique, la destruction totale de l'impérialisme au moyen de la lutte, nous devons être intransigeants.

 

Résumons ainsi nos aspirations à la victoire: destruction de l'impérialisme par l'élimination de son bastion le plus fort: la domination impérialiste des Etats-Unis d'Amérique du Nord. Adopter pour mission tactique la libération graduelle des peuples, un par un ou par groupes, en obligeant l'ennemi à soutenir une lutte difficile sur un terrain qui n'est pas le sien, en liquidant ses bases de subsistance qui sont des territoires dépendants.

 

Cela veut dire une guerre longue. Et, nous le répétons une fois de plus, une guerre cruelle. Que personne ne se trompe au moment de la déclencher et que personne n'hésite à la déclencher par crainte des conséquences qu'elle peut entraîner pour son peuple. C'est presque la seule espérance de victoire.

 

Nous ne pouvons pas rester sourds à l'appel du moment. Le Vietnam nous l'apprend avec sa leçon permanente d'héroïsme, sa leçon tragique et quotidienne de lutte et de mort pour remporter la victoire finale.

 

Au Vietnam, les soldats de l'impérialisme connaissent les incommodités de celui qui, habitué au niveau de vie qu'affiche la nation américaine, doit affronter une terre hostile; l'insécurité de celui qui ne peut faire un pas sans sentir qu'il foule un territoire ennemi; la mort de ceux qui s'avancent au-delà de leurs redoutes fortifiées; l'hostilité permanente de toute la population. Tout ceci a des répercussions dans la vie interne des Etats-Unis, et fait surgir un facteur qu'atténue l'impérialisme en pleine vigueur: la lutte des classes sur son territoire même.

 

Comme nous pourrions regarder l'avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de mort et d'immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coup répétés assénés à l'impérialisme, avec pour celui-ci l'obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde !

 

Et si nous étions tous capables de nous unir, pour porter des coups plus solides et plus sûrs, pour que l'aide sous toutes les formes aux peuples en lutte soit encore plus effective, comme l'avenir serait grand et proche !

 

 

S'il nous revient, à nous qui en un petit point de la carte du monde, accomplissons le devoir que nous préconisons et mettons au service de la lutte ce peu qu'il nous est permis de donner, nos vies, notre sacrifice, de rendre un de ces jours le dernier soupir sur n'importe quelle terre, désormais nôtre, arrosée par notre sang, sachez que nous avons mesuré la portée de nos actes et que nous ne nous considérons que comme des éléments de la grande armée du prolétariat, mais que nous nous sentons fiers d'avoir appris de la Révolution cubaine et de son grand dirigeant suprême la grande leçon qui émane de son attitude dans cette partie du monde: "Qu'importent les dangers ou les sacrifices d'un homme ou d'un peuple, quand ce qui est en jeu c'est la destruction de l'humanité."

 

Toute notre action est un cri de guerre contre l'impérialisme et un appel vibrant à l'unité des peuples contre le grand ennemi du genre humain: les Etats-Unis d'Amérique du Nord. Qu'importe où nous surprendra la mort; qu'elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu'une autre main se tende pour empoigner nos armes, et que d'autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans les crépitements des mitrailleuses et de nouveaux cris de guerre et de victoire.

 

"Che" Guevara

 

Texte envoyé par E. "Che" Guevara au Secrétariat Exécutif de l'Organisation de Solidarité des Peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine (O.S.P.A.A.L.), publié à la Havane, le 16 avril 1967.

 

La traduction est reprise de la brochure e. "che" guevara, Créer deux, trois ... de nombreux Vietnam devant la nouvelle menace d'agression impérialiste, déclaration du P.C. de Cuba, dans la collection "dossiers partisans" en juin 1967.

 


 

 


 


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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 21:46

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Sekou Odinga, militant des Black Panthers libéré après 33 ans de prison.


 

A propos de la publication de ces documents, nous écrivions pour en indiquer l'importance à nos yeux :

 

En 1983, L'Internationale consacrait déjà un dossier à leur combat et à  la répression qu'ils subissaient. Pouvions-nous alors imaginer que plus de vingt après ce dossier serait toujours d'actualité. Nous allons donc entamer la publication des éléments qui le composent , éléments oh combien éclairants sur la lutte des révolutionnaires dans ce que nous avions appelé "les Etats-Désunis", et nous  listons dans cet article les éléments de ce dossier. Nous voulons aussi rappeler que les dossiers ont toujours été essentiels pour linter. Ils étaient le témoignage de notre intérêt politique pour toutes les luttes autour de nous et pour ce qu'elles pouvaient nous apporter dans nos propres combats. Et, ce n'était pas par hasard que nous étions en mesure de témoigner de ces combats, mais bien parce que le projet politique dont linter était une expression, s'était construit sur des bases révolutionnaires, anti-impérialistes.


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Publié mardi 22 juin 2010 sur le blog :

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DOSSIER: LES ETATS-DESUNIS (II)

La lutte des Noirs américains dans l'Empire

L'internationale N°2

Décembre 1983

  

 

Document 1:  

Présentation du dossier de l'Internationale

 

Il y a deux Amériques*

 

L'une érigée sur le génocide, l'esclavage, et aujourd'hui, l'exploitation capitaliste.L'autre qui lutte pour sa vie, sa libération, et aujourd'hui souvent, pour une société socialiste, libérée de toute exploitation du capitalisme.

 

La première est l'Amérique qui a pratiquement exterminé toute la population aborigène (natif): les Indiens qui maintenant s'organisent pour lutter contre l'Amérique triomphante. L'Internationale en parlera dans un prochain numéro.

 

C'est l'Amérique qui a enlevé d'Afrique et importé comme du bétail d'autres hommes et qui a bâti une grande partie de sa richesse sur l'esclavage: "le capital arrive, suant le sang et la boue par tous les pores ... Il fallait pour piédestal à l'esclavage dissimulé des salariés en Europe, l'esclavage sans fard dans le Nouveau Monde.", disait Marx., en montrant comment le travail esclaver pouvait se transformer en capitaL. Les scènes de rapt et de vente sont toujours dans nos mémoires et nous feront toujours vomir.

 

C'est l'Amérique qui exploite sur son sol des minorités diverses qui ont été contraintes à l'exil et qui forment avec les Indiens et les Noirs la plus grande partie du prolétariat des USA. Nous avons publié dans le numéro 1 de l'Internationale des textes de la lutte portoricaine.

 

De l'autre Amérique, les Noirs sont une force essentielle. Il faut dire qu'ils forment la communauté la plus importante - plus de 25 millions pour une population de 200 millions d'habitants  - la plus ancienne après les Indiens - et qu'ils sont exploités au plus haut point: 72% des jeunes Noirs sont au chômage. La mortalité infantile est telle que vue sous cet angle, l'Amérique noire se classe parmi les pays sous-dévelopés. Il en est de même si l'on considère le taux d'analphabétisme et le niveau de vie (si l'on peut encore parler de niveau dans la mesure où une partie de la population vit en deça du revenu minimal).

 

Quant aux prisons, plusieurs centaines de milliers de jeunes la connaissent sous les formes prévues pour les jeunes de 8 à 15 ans et les centres pénitentiairess sont remplis des "frères" de Jackson.

 

Mais les Noirs américains ne sont pas les éternelles victimes. Bien au contraire. Depuis les luttes contre l'esclavage jusqu'aux luttes d'aujourd'hui, et en particulier de la Black Liberation Army - dont nous publions aujourd'hui les textes - les révoltés des prisons et des ghettos, les Noirs sont à la pointe des combats dans les Etats-Désunis

 

Ainsi , lors de la guerre du Vietnam, ils ont été les premiers à lutter contre celle-ci. Et la BLA, poursuivant cette tradition, ne manque jamais de se référer aux luttes portoricaines, chicanos ou indiennes.

 

Les Black Panthers ont constitué le moment le plus important de l'organisation de la lutte des Noirs américains. Ils avaient pour but l'autodéfense et l'organisation des ghettos. Pour détruire cette organisation, l'Etat américain a employé toutes ses forces, 38 dirigeants ont été assassinés, 100 sont emprisonnés. Mais les Black Panthers restent un moment essentiel des luttes dans le monde. Le BPP, c'est aussi Jackson, arrêté pour vol, condamné à la prison, pour un an ou à vie, et qui a passé onze ans en taule pour 80 dollars avant d'être assassiné.... parce qu'il était un révolutionnaire. Et, c'est Jonathan, tué pour avoir libéré son frère dont il comprenait l'engagement politique.

 

Aujourd'hui, certains voudraient voir la lutte des Noirs américains intégrée à la lutte parlementaire. Même le Monde diplomatique ne parle dans son récent dossier que de "la marche dans les institutions";

 

En fait, la lutte des Noirs, c'est encore et toujours la révolte, dans la tradition des luttes anti-esclavagistes, des révoltes des taules et des ghettos.

 

Et c'est aussi la lutte de la Black Liberation Army et la revendication de la nation noire. En 1968 se créait en effet le gouvernement provisoire de la Nouvelle Afrique qui revendiquait cinq Etats du Sud: la Louisianne, le Mississipi, ll'Alabama, la Géorgie et la Caroline du Sud. Ce gouvernement lutte pour une Afrique nouvelle, indépendante et socialiste.. Il soutient le mouvement d'indépendance portoricain et les luttes dans les territoires annexés à la frontière mexicaine; Cette revendication a son origine dans l'histoire même de l'esclavage et des luttes contre celui-ci. Elle est reprise par les militants les plus conséquents et liée à l'aspiration à la libération et donc à la libération même du capitalisme. Les textes publiés dans ce deuxième dossier sur les luttes des révolutionnaire aux USA doivent permettre de mieux comprendre les idées, la pratique, l'histoire et les militants de cette organisation qui se définit dans la continuité de la lutte des Blacks Panthers.

 

"Je me conçois comme un Noir et un Africain, mais je ne serai pas content de moi tant que je ne serai pas devenu un vrai communiste, un vrai révolutionnaire ..." Jackson

 

* Nous n'employons ici le mot Amérique, mot abusif pour désigner les USA, que par commodité de formulation.

 

Document 2:   

Déclaration de Hermann Bell

 

Pour commencer, je suis membre de l'Armée de libération noire (BLA).

 

Une répression brutale menée par les fonctionnaires fédéraux a presque complètement détruit le Parti des Panthères noires. (BPP) et la conséquence de cela est l'apparition de la BLA, qui a en quelque sorte succédé au BPP; on peut dire aussi que de cette façon les anciennes Black Panthers revivaient. La ligne politique est très semblable à celle du Parti des Blacks Panthers.

 

Ce qui est caractéristique de la Black Liberation Army, c'est que c'est un front militaire et politique. Militaire dans le sens que nous exerçons nous-mêmes notre défense à l'intérieur de la communauté contre les attaques policières racistes ou colonialistes contre les Noirs. Dautre part, nous voyons dans la lutte armée le seul moyen de pouvoir obtenir avec les Noirs et les pauvres en général leur libération. Les Noirs des USA veulent obtenir leur indépendance économique et politique et ils veulent se débarrasser une fois pour toutes de l'impérialisme américain et de sa domination coloniale.

 

Tout comme auparavant les Blacks Panthers, nous voulons être responsables nous-mêmes et dans le cadre de la communauté, de notre environnement et en même temps nous libérer de tous les parasites qui se sont engraissés en exploitant notre peuple. Les capitalistes qui ont pris tout ce qui avait de la valeur dans notre communauté et ne nous rendent rien; qui ont fait de notre peuple un peuple de mendiants, et qui le confinent dans des lieux où il est impossible de vivre. De même, cette relation économique faussée est la cause de la terrible misère des Noirs, qui s'exprime de la manière la plus claire, par les meurtres de Noirs par des Noirs et par la prostitution des femmes. D'autres caractéristiques de cette situation coloniale fausse sont les conditions de logement insupportables, les mauvaises conditions de soin,  les institutions scolaires inadéquates, de même qu'un chômage chronique, etc. Tout ceci crée des conditions de vie précaires et inacceptables pour la colonie noire.Et ce qui est le plus dangereux, ce sont les forces de police colonialistes qui patrouillent dans notre communauté  au nom de l'ordre capitaliste. Du fait de leur fonction particulière et de leur mode brutal d'intervention dans notre communauté, le nom de porcs qui les qualifie est tout à fait adéquat. Nous les ressentons comme une armée d'occupation dans notre communauté et la communauté noire est une colonie. Ces forces stationnent dans la communauté noire pour réprimer la rebellion, pour protéger la propriété des colonialistes et pour intimider les Noirs et les pauvres en général. La police et le système judiciaire travaillent pour le maintien de la division sociale injuste existante, entre possédants et pauvres, entre la classe capitaliste dominante et la classe ouvrière.

 

Vue comme cela, l'accusation de hold up portée contre moi prend une signification plus profonde, parce que nous sommes décidés, nous, membres de la Black Liberation Army, à débarrasser notre communauté de tous les parasites et de tous les rapaces qui vivent aux dépens de notre peuple et qui ne produisent rien. Et nous sommes prêts à employer tous les moyens, y compris la lutte armée, pour confisquer et exproprier les capitaux acquis illégalement ... La Black Liberation Army mène la guerre contre l'Etat capitaliste sous la forme de la guérilla urbaine. A la suite de la campagne contre-insurrectionnelle du gouvernement, beaucoup de camarades ont été tué(e)s ou fait(e)s prisonnier(e)s. Beaucoup d'autres ont été contraint(e)s à rentrer dans la clandestinité.

 

J'ai été arrêté le 2 septembre 1973, en raison d'un mandat d'arrêt émis contre moi pour hold up et le meurtre de deux policiers coloniaux. Je vivais dans la clandestinité et le seul fait qui mena à mon arrestation est la torture brutale exercée contre trois camarades prisonniers au quartier-général de la police de New Orléans. Le Département de la police de New Orléans, le FBI, le Département de police de New York et le Département de police de San Fransisco - tous ont pris part à l'arrestation et à la torture de mes camarades et ils apprirent où je me trouvais. Laissez-moi vous dire: la torture physique est en soi toujours douloureuse, mais elle est vraiment inhumaine quand on attache un "cattle prod" à vos organes génitaux ou quand on enfonce sans cesse dans votre pénis une aiguille à coudre. Et pouvez-vous vous imaginer la tête recouverte d'un sac sale, fermé au niveau du cou et comme point culminant, que l'on enfonce un objet inconnu dans la gorge  jusqu'à ce que vous vomissiez, tout cela accompagné de coups brutaux et ce durant toute une  semaine.et ce n'est là qu'une partie de ce que les policiers, qui ne font qu'appliquer la loi, ont fait subir à mes camarades dans le quartier-général de la police de New Orléans, pour savoir seulement où je me trouvais.

 

Après mon arrestation, ils m'ont interrogé au quartier-général de la police. Cela n'aurait aucun sens, et ce serait me répéter que de décrire comment j'ai été traité là-bas. Je peux simplement dire que les tortures qui me furent infligées ont encore dépassé  en cruauté celles infligées à mes camarades. Ils tremblaient d'excitation de pouvoir me toucher.;

 

Finalement, j'ai été enlevé de la prison de New Orléans par le Marshall fédéral et conduit à New York au mépris le plus total de mes soi-disants droits garantis par la constitution d'être entendu dans le cadre d'une procédure d'extradition. A New York, j'ai  été accusé du meurtre de Waverly Jones et de Joseph Piagentini, deux policiers coloniaux particulièrement brutaux travaillant dans la communauté noire. L'Accusation triompha. C'était comme si le Parquet, pendant que la police me recherchait, lui avait donné un chèque en blanc pour présenter ses trois témoins vedettes - des dénonciateurs payés qui travaillaient depuis trois mois pour elle. C'était des témoins professionnels et le prix de leurs services - cela a été admis par le Parquet - se montait à 400 000 dollars. Avec des témoins très bien payés, un juge choisi et un juge qui était du côté de l'Accusation, la question n'était pas de savoir si j'allais être condamné, mais à quelle rapidité cela allait se passer. Mais malheureusement, dans le jury, il y avait quelques âmes courageuses et sincères qui se refusèrent à se laisser abuser par les larmes de crocodiles et les plaintes simulées du Département de la Police ou par les menteurs rétribués, bien que le Parquet parlât d'eux en termes élogieux et donnat d'eux l'impression qu'ils étaient nés pour ce boulot. Grâce au courage et au sens de l'honneteté des membres du jury, le procès se termina sans résultat. Ils refusèrent tout simplement de me condamner et c'est ainsi qu'un deuxième procès commença. Entre-temps je fus emmené à San Fransisco et accusé de hold up.

 

Lorsque j'arrivai au tribunal, on me proposa une transaction: quinze années si je me reconnaissais coupable, sinon je risquais une peine maximale de vingt-cinq ans. Ma réponse fut que l'on cherche douze membres pour le jury et que l'on recommence. C'est ce que l'on fit et l'on trouva même un juré noir pour montrer qu'ils n'étaient pas racistes. Les autres étaient blancs et des classes moyennes.. Le Parquet se donna encore deux fois plus de mal pour donner l'impression qu'il était "beau joueur";

 

Mais après qu'ils m'aient recherché pendant trois ans, les témoins de l'Etat n'avaient plus des faits et des visages que des souvenirs confus. C'est pourquoi le Parquet avait fait asseoir tous ses témoins sur le dernier rang dans la salle du tribunal lorsque j'apparus, pour être absolument sûr qu'ils puissent m'identifier comme l'un des auteurs du hold up. Naturellement après un procès aussi honnête, je fus condamné à vingt-cinq ans de prison. Lorsque cette procédure fut terminée, les services de New York m'attendaient pour un autre tour devant les tribunaux. Je fus condamné avec mes deux camarade de la Black Liberation Army, Albert Washington et Anthony Bott pour le meurtre des deux policiers Jones et Piagentini à deux fois vingt-cinq ans de prison, avec la clause supplémentaire que nous ne pourrions bénéficier d'une libération conditionnelle qu'après vingt ans complets passés en taule. Nous avons été condamnés à New York, dans une véritable atmosphère de lynchage. La presse de Rockfeller criait  "à la mort" pour la Black Liberation Army et à la prison à perpétuité pour nous, "assassins" de policiers et "terroristes". Ils espéraient que les gens et en particulier les Noirs, croiraient que nous frappions aveuglément au lieu de frapper seulement les porcs qui sont responsables de notre exploitation et ceux qu font leur sale boulot de soldat comme Jones et Piagentini.

 

Je pense qu'il est clair pour la plupart des Noirs que nous sommes les victimes permanentes d'une conspiration nationale qui viole nos droits humains et constitutionnels et notre droit à l'autodétermination politique et économique.Parce que le travail, ou au moins l'espoir de travailler est un élément essentiel pour discipliner la plus grande partie de la population et parce que les Noirs sont exploités par des structures économiques et sociales actuelles aux Etats-Unis, la réponse des Noirs à cette injustice flagrante de la présence d'une armée coloniale (sous la forme des départements de police) qui contrôle la colonie noire et la tient en échec, est nécessaire. Mais, ni l'armée la plus puissante équipée des armes les plus sophistiquée, ni les lois les plus répressives ne peuvent nous arrêter sur le chemin de la liberté ... vers l'indépendance économique et sociale totale. Ce serait un mensonge de dire que le peuple noir et le département de la police politique ont quelque chose de commun. J'aimerais terminer par une citation du livre de James Baldwin "The fire next time"

 

"En tout cas, les Blancs qui ont volé leur liberté au peuple noir, et qui ont profité de ce vol à chaque minute qu'ils ont vécu, n'auraient pas un point de vue moral. Ils avaient des juges, des jurés, des armes, la loi, en un mot le pouvoir. Mais  ce n'était qu'un pouvoir criminel que l'on craint  mais que l'on ne peut respecter et que l'on doit tromper de toutes les façons possibles.".

 

Publié le 1er mai 210 Article de linter - Mardi 22 juin 2010 - Dossier de l'Internationale, décembre 1983.

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DOSSIER: LES ETATS-DESUNIS (II)

La lutte des Noirs américains dans l'Empire

L'internationale N°2

Décembre 1983
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 21:31

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Lire sur linter à propos de la lutte de Sekou Odinga :

La lutte des noirs américains dans l'empire - dossier de l'internationale (2)

Les textes sont repris ci-dessous.



 

Sekou Odinga

USA : Un prisonnier Black Panther libéré après 33 ans

Sekou Odinga a été libéré après 33 ans de prison aux Etats-Unis. Il avait rejoint le Black Panthers Party (BPP) en 1968, il fût l’un des fondateurs de la section du Bronx. En 1969 il fût arrêté lors du procès des ’Panthers 21’ avec 20 autres panthères à New-York à cause du programme Cointelpro. Les 21 se rapprochèrent durant leur détention du groupe Weather Underground (qui exécuta plusieurs actions de solidarité avec eux). Les ’Panthers 21’ sont acquittées et Sekou libéré, il participe à la création d’une section du BPP en Algérie avant de rejoindre la Black Liberation Army (BLA) aux Etats-Unis.


Après avoir passé 12 années dans la clandestinité, Sekou est arrêté en 1981 après un braquage où un militant fût tué. Sekou est arrêté, torturé (il doit subir une ablation du pancréas suite aux coups reçus) et accusé de 6 tentatives d’homicide sur des policiers, de 9 délits relevant de la loi RICO (loi anti-mafia) et de ’kidnapping’. Cette dernière accusation fait référence à l’évasion d’une membre de la BLA : comme l’évasion n’était pas encore illégale à l’époque, les policiers ont contourné la loi de cette façon.


Lors du procès, le juge a refusé de recevoir le dossier médical de la panthère comme preuve que celui-ci avait effectivement été torturé par la police new-yorkaise. Il est finalement condamné à 25 ans incompressibles. Il vient d’être libéré.

 

Source: Newsletter du Secours RougeSecours rouge

 

Voir le dossier: Amérique du Nord avec les tags: Etats-Unis - Black Panther Party - Nos sources

 

Publication d'un  dossier sur la lutte des Noirs américains dans l'Internationale, décembre 1983

 

Quand l'Internationale informait sur la Lutte des Noirs américains. Dossier "Lutte des Noirs américains dans l'Empire", décembre 1983. Des Black Panthers à la Black Liberation Army.

 

A propos de la publication de ces documents sur la lutte des Noirs américains aux Etats-Unis, nous écrivions pour en indiquer l'importance à nos yeux :

 

En 1983, L'Internationale consacrait déjà un dossier à leur combat et à  la répression qu'ils subissaient. Pouvions-nous alors imaginer que plus de vingt après ce dossier serait toujours d'actualité. Nous allons donc entamer la publication des éléments qui le composent , éléments oh combien éclairants sur la lutte des révolutionnaires dans ce que nous avions appelé "les Etats-Désunis", et nous  listons dans cet article les éléments de ce dossier. Nous voulons aussi rappeler que les dossiers ont toujours été essentiels pour linter. Ils étaient le témoignage de notre intérêt politique pour toutes les luttes autour de nous et pour ce qu'elles pouvaient nous apporter dans nos propres combats. Et, ce n'était pas par hasard que nous étions en mesure de témoigner de ces combats, mais bien parce que le projet politique dont linter était une expression, s'était construit sur des bases révolutionnaires, anti-impérialistes.


l--internationale--2-decembre-1983.jpg


Publié mardi 22 juin 2010 sur le blog :

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DOSSIER: LES ETATS-DESUNIS (II)

La lutte des Noirs américains dans l'Empire

L'internationale N°2

Décembre 1983

  

 

Document 1:  

Présentation du dossier de l'Internationale

 

Il y a deux Amériques*

 

L'une érigée sur le génocide, l'esclavage, et aujourd'hui, l'exploitation capitaliste.L'autre qui lutte pour sa vie, sa libération, et aujourd'hui souvent, pour une société socialiste, libérée de toute exploitation du capitalisme.

 

La première est l'Amérique qui a pratiquement exterminé toute la population aborigène (natif): les Indiens qui maintenant s'organisent pour lutter contre l'Amérique triomphante. L'Internationale en parlera dans un prochain numéro.

 

C'est l'Amérique qui a enlevé d'Afrique et importé comme du bétail d'autres hommes et qui a bâti une grande partie de sa richesse sur l'esclavage: "le capital arrive, suant le sang et la boue par tous les pores ... Il fallait pour piédestal à l'esclavage dissimulé des salariés en Europe, l'esclavage sans fard dans le Nouveau Monde.", disait Marx., en montrant comment le travail esclaver pouvait se transformer en capitaL. Les scènes de rapt et de vente sont toujours dans nos mémoires et nous feront toujours vomir.

 

C'est l'Amérique qui exploite sur son sol des minorités diverses qui ont été contraintes à l'exil et qui forment avec les Indiens et les Noirs la plus grande partie du prolétariat des USA. Nous avons publié dans le numéro 1 de l'Internationale des textes de la lutte portoricaine.

 

De l'autre Amérique, les Noirs sont une force essentielle. Il faut dire qu'ils forment la communauté la plus importante - plus de 25 millions pour une population de 200 millions d'habitants  - la plus ancienne après les Indiens - et qu'ils sont exploités au plus haut point: 72% des jeunes Noirs sont au chômage. La mortalité infantile est telle que vue sous cet angle, l'Amérique noire se classe parmi les pays sous-dévelopés. Il en est de même si l'on considère le taux d'analphabétisme et le niveau de vie (si l'on peut encore parler de niveau dans la mesure où une partie de la population vit en deça du revenu minimal).

 

Quant aux prisons, plusieurs centaines de milliers de jeunes la connaissent sous les formes prévues pour les jeunes de 8 à 15 ans et les centres pénitentiairess sont remplis des "frères" de Jackson.

 

Mais les Noirs américains ne sont pas les éternelles victimes. Bien au contraire. Depuis les luttes contre l'esclavage jusqu'aux luttes d'aujourd'hui, et en particulier de la Black Liberation Army - dont nous publions aujourd'hui les textes - les révoltés des prisons et des ghettos, les Noirs sont à la pointe des combats dans les Etats-Désunis

 

Ainsi , lors de la guerre du Vietnam, ils ont été les premiers à lutter contre celle-ci. Et la BLA, poursuivant cette tradition, ne manque jamais de se référer aux luttes portoricaines, chicanos ou indiennes.

 

Les Black Panthers ont constitué le moment le plus important de l'organisation de la lutte des Noirs américains. Ils avaient pour but l'autodéfense et l'organisation des ghettos. Pour détruire cette organisation, l'Etat américain a employé toutes ses forces, 38 dirigeants ont été assassinés, 100 sont emprisonnés. Mais les Black Panthers restent un moment essentiel des luttes dans le monde. Le BPP, c'est aussi Jackson, arrêté pour vol, condamné à la prison, pour un an ou à vie, et qui a passé onze ans en taule pour 80 dollars avant d'être assassiné.... parce qu'il était un révolutionnaire. Et, c'est Jonathan, tué pour avoir libéré son frère dont il comprenait l'engagement politique.

 

Aujourd'hui, certains voudraient voir la lutte des Noirs américains intégrée à la lutte parlementaire. Même le Monde diplomatique ne parle dans son récent dossier que de "la marche dans les institutions";

 

En fait, la lutte des Noirs, c'est encore et toujours la révolte, dans la tradition des luttes anti-esclavagistes, des révoltes des taules et des ghettos.

 

Et c'est aussi la lutte de la Black Liberation Army et la revendication de la nation noire. En 1968 se créait en effet le gouvernement provisoire de la Nouvelle Afrique qui revendiquait cinq Etats du Sud: la Louisianne, le Mississipi, ll'Alabama, la Géorgie et la Caroline du Sud. Ce gouvernement lutte pour une Afrique nouvelle, indépendante et socialiste.. Il soutient le mouvement d'indépendance portoricain et les luttes dans les territoires annexés à la frontière mexicaine; Cette revendication a son origine dans l'histoire même de l'esclavage et des luttes contre celui-ci. Elle est reprise par les militants les plus conséquents et liée à l'aspiration à la libération et donc à la libération même du capitalisme. Les textes publiés dans ce deuxième dossier sur les luttes des révolutionnaire aux USA doivent permettre de mieux comprendre les idées, la pratique, l'histoire et les militants de cette organisation qui se définit dans la continuité de la lutte des Blacks Panthers.

 

"Je me conçois comme un Noir et un Africain, mais je ne serai pas content de moi tant que je ne serai pas devenu un vrai communiste, un vrai révolutionnaire ..." Jackson

 

* Nous n'employons ici le mot Amérique, mot abusif pour désigner les USA, que par commodité de formulation.

 

Document 2:   

Déclaration de Hermann Bell

 

Pour commencer, je suis membre de l'Armée de libération noire (BLA).

 

Une répression brutale menée par les fonctionnaires fédéraux a presque complètement détruit le Parti des Panthères noires. (BPP) et la conséquence de cela est l'apparition de la BLA, qui a en quelque sorte succédé au BPP; on peut dire aussi que de cette façon les anciennes Black Panthers revivaient. La ligne politique est très semblable à celle du Parti des Blacks Panthers.

 

Ce qui est caractéristique de la Black Liberation Army, c'est que c'est un front militaire et politique. Militaire dans le sens que nous exerçons nous-mêmes notre défense à l'intérieur de la communauté contre les attaques policières racistes ou colonialistes contre les Noirs. Dautre part, nous voyons dans la lutte armée le seul moyen de pouvoir obtenir avec les Noirs et les pauvres en général leur libération. Les Noirs des USA veulent obtenir leur indépendance économique et politique et ils veulent se débarrasser une fois pour toutes de l'impérialisme américain et de sa domination coloniale.

 

Tout comme auparavant les Blacks Panthers, nous voulons être responsables nous-mêmes et dans le cadre de la communauté, de notre environnement et en même temps nous libérer de tous les parasites qui se sont engraissés en exploitant notre peuple. Les capitalistes qui ont pris tout ce qui avait de la valeur dans notre communauté et ne nous rendent rien; qui ont fait de notre peuple un peuple de mendiants, et qui le confinent dans des lieux où il est impossible de vivre. De même, cette relation économique faussée est la cause de la terrible misère des Noirs, qui s'exprime de la manière la plus claire, par les meurtres de Noirs par des Noirs et par la prostitution des femmes. D'autres caractéristiques de cette situation coloniale fausse sont les conditions de logement insupportables, les mauvaises conditions de soin,  les institutions scolaires inadéquates, de même qu'un chômage chronique, etc. Tout ceci crée des conditions de vie précaires et inacceptables pour la colonie noire.Et ce qui est le plus dangereux, ce sont les forces de police colonialistes qui patrouillent dans notre communauté  au nom de l'ordre capitaliste. Du fait de leur fonction particulière et de leur mode brutal d'intervention dans notre communauté, le nom de porcs qui les qualifie est tout à fait adéquat. Nous les ressentons comme une armée d'occupation dans notre communauté et la communauté noire est une colonie. Ces forces stationnent dans la communauté noire pour réprimer la rebellion, pour protéger la propriété des colonialistes et pour intimider les Noirs et les pauvres en général. La police et le système judiciaire travaillent pour le maintien de la division sociale injuste existante, entre possédants et pauvres, entre la classe capitaliste dominante et la classe ouvrière.

 

Vue comme cela, l'accusation de hold up portée contre moi prend une signification plus profonde, parce que nous sommes décidés, nous, membres de la Black Liberation Army, à débarrasser notre communauté de tous les parasites et de tous les rapaces qui vivent aux dépens de notre peuple et qui ne produisent rien. Et nous sommes prêts à employer tous les moyens, y compris la lutte armée, pour confisquer et exproprier les capitaux acquis illégalement ... La Black Liberation Army mène la guerre contre l'Etat capitaliste sous la forme de la guérilla urbaine. A la suite de la campagne contre-insurrectionnelle du gouvernement, beaucoup de camarades ont été tué(e)s ou fait(e)s prisonnier(e)s. Beaucoup d'autres ont été contraint(e)s à rentrer dans la clandestinité.

 

J'ai été arrêté le 2 septembre 1973, en raison d'un mandat d'arrêt émis contre moi pour hold up et le meurtre de deux policiers coloniaux. Je vivais dans la clandestinité et le seul fait qui mena à mon arrestation est la torture brutale exercée contre trois camarades prisonniers au quartier-général de la police de New Orléans. Le Département de la police de New Orléans, le FBI, le Département de police de New York et le Département de police de San Fransisco - tous ont pris part à l'arrestation et à la torture de mes camarades et ils apprirent où je me trouvais. Laissez-moi vous dire: la torture physique est en soi toujours douloureuse, mais elle est vraiment inhumaine quand on attache un "cattle prod" à vos organes génitaux ou quand on enfonce sans cesse dans votre pénis une aiguille à coudre. Et pouvez-vous vous imaginer la tête recouverte d'un sac sale, fermé au niveau du cou et comme point culminant, que l'on enfonce un objet inconnu dans la gorge  jusqu'à ce que vous vomissiez, tout cela accompagné de coups brutaux et ce durant toute une  semaine.et ce n'est là qu'une partie de ce que les policiers, qui ne font qu'appliquer la loi, ont fait subir à mes camarades dans le quartier-général de la police de New Orléans, pour savoir seulement où je me trouvais.

 

Après mon arrestation, ils m'ont interrogé au quartier-général de la police. Cela n'aurait aucun sens, et ce serait me répéter que de décrire comment j'ai été traité là-bas. Je peux simplement dire que les tortures qui me furent infligées ont encore dépassé  en cruauté celles infligées à mes camarades. Ils tremblaient d'excitation de pouvoir me toucher.;

 

Finalement, j'ai été enlevé de la prison de New Orléans par le Marshall fédéral et conduit à New York au mépris le plus total de mes soi-disants droits garantis par la constitution d'être entendu dans le cadre d'une procédure d'extradition. A New York, j'ai  été accusé du meurtre de Waverly Jones et de Joseph Piagentini, deux policiers coloniaux particulièrement brutaux travaillant dans la communauté noire. L'Accusation triompha. C'était comme si le Parquet, pendant que la police me recherchait, lui avait donné un chèque en blanc pour présenter ses trois témoins vedettes - des dénonciateurs payés qui travaillaient depuis trois mois pour elle. C'était des témoins professionnels et le prix de leurs services - cela a été admis par le Parquet - se montait à 400 000 dollars. Avec des témoins très bien payés, un juge choisi et un juge qui était du côté de l'Accusation, la question n'était pas de savoir si j'allais être condamné, mais à quelle rapidité cela allait se passer. Mais malheureusement, dans le jury, il y avait quelques âmes courageuses et sincères qui se refusèrent à se laisser abuser par les larmes de crocodiles et les plaintes simulées du Département de la Police ou par les menteurs rétribués, bien que le Parquet parlât d'eux en termes élogieux et donnat d'eux l'impression qu'ils étaient nés pour ce boulot. Grâce au courage et au sens de l'honneteté des membres du jury, le procès se termina sans résultat. Ils refusèrent tout simplement de me condamner et c'est ainsi qu'un deuxième procès commença. Entre-temps je fus emmené à San Fransisco et accusé de hold up.

 

Lorsque j'arrivai au tribunal, on me proposa une transaction: quinze années si je me reconnaissais coupable, sinon je risquais une peine maximale de vingt-cinq ans. Ma réponse fut que l'on cherche douze membres pour le jury et que l'on recommence. C'est ce que l'on fit et l'on trouva même un juré noir pour montrer qu'ils n'étaient pas racistes. Les autres étaient blancs et des classes moyennes.. Le Parquet se donna encore deux fois plus de mal pour donner l'impression qu'il était "beau joueur";

 

Mais après qu'ils m'aient recherché pendant trois ans, les témoins de l'Etat n'avaient plus des faits et des visages que des souvenirs confus. C'est pourquoi le Parquet avait fait asseoir tous ses témoins sur le dernier rang dans la salle du tribunal lorsque j'apparus, pour être absolument sûr qu'ils puissent m'identifier comme l'un des auteurs du hold up. Naturellement après un procès aussi honnête, je fus condamné à vingt-cinq ans de prison. Lorsque cette procédure fut terminée, les services de New York m'attendaient pour un autre tour devant les tribunaux. Je fus condamné avec mes deux camarade de la Black Liberation Army, Albert Washington et Anthony Bott pour le meurtre des deux policiers Jones et Piagentini à deux fois vingt-cinq ans de prison, avec la clause supplémentaire que nous ne pourrions bénéficier d'une libération conditionnelle qu'après vingt ans complets passés en taule. Nous avons été condamnés à New York, dans une véritable atmosphère de lynchage. La presse de Rockfeller criait  "à la mort" pour la Black Liberation Army et à la prison à perpétuité pour nous, "assassins" de policiers et "terroristes". Ils espéraient que les gens et en particulier les Noirs, croiraient que nous frappions aveuglément au lieu de frapper seulement les porcs qui sont responsables de notre exploitation et ceux qu font leur sale boulot de soldat comme Jones et Piagentini.

 

Je pense qu'il est clair pour la plupart des Noirs que nous sommes les victimes permanentes d'une conspiration nationale qui viole nos droits humains et constitutionnels et notre droit à l'autodétermination politique et économique.Parce que le travail, ou au moins l'espoir de travailler est un élément essentiel pour discipliner la plus grande partie de la population et parce que les Noirs sont exploités par des structures économiques et sociales actuelles aux Etats-Unis, la réponse des Noirs à cette injustice flagrante de la présence d'une armée coloniale (sous la forme des départements de police) qui contrôle la colonie noire et la tient en échec, est nécessaire. Mais, ni l'armée la plus puissante équipée des armes les plus sophistiquée, ni les lois les plus répressives ne peuvent nous arrêter sur le chemin de la liberté ... vers l'indépendance économique et sociale totale. Ce serait un mensonge de dire que le peuple noir et le département de la police politique ont quelque chose de commun. J'aimerais terminer par une citation du livre de James Baldwin "The fire next time"

 

"En tout cas, les Blancs qui ont volé leur liberté au peuple noir, et qui ont profité de ce vol à chaque minute qu'ils ont vécu, n'auraient pas un point de vue moral. Ils avaient des juges, des jurés, des armes, la loi, en un mot le pouvoir. Mais  ce n'était qu'un pouvoir criminel que l'on craint  mais que l'on ne peut respecter et que l'on doit tromper de toutes les façons possibles.".

 

Publié le 1er mai 210 Article de linter - Mardi 22 juin 2010 - Dossier de l'Internationale, décembre 1983.

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DOSSIER: LES ETATS-DESUNIS (II)

La lutte des Noirs américains dans l'Empire

L'internationale N°2

Décembre 1983
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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 09:26

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Suite du Texte:

(1ère partie : Che Guevara. "Créer deux, trois ... de nombreux Vietnam. Voilà le mot d'ordre". (1) Un grand texte anti-impérialiste.)

partout.jpgCarte de prison de Bruno Baudrillart

...

 

Et à nous, les exploités du monde, quel est le rôle qui nous revient? Les peuples de trois continents observent et apprennent leur leçon au Vietnam. Puisque les impérialistes, avec la menace de la guerre, exercent leur chantage sur l'humanité, la réponse juste c'est de ne pas avoir peur de la guerre. Attaquer durement et sans interruption à chaque point de l'affrontement doit être la tactique générale des peuples.

Mais, là où cette paix misérable que nous subissons a été brisée, quelle sera notre tâche? Nous libérer à n'importe quel prix.


Le panorama du monde offre une grande complexité. La tâche de la libération attend encore des pays de la vieille Europe, suffisamment développés pour ressentir toutes les contradictions du capitalisme, mais si faibles qu'ils ne peuvent pas suivre la voie de l'impérialisme où s'engager. Là les contradictions atteindront dans les prochaines années un caractère explosif, mais leurs problèmes - et par conséquent leur solution - sont différents de ceux de nos peuples dépendants et économiquement arriérés.

Le principal champ d'exploitation de l'impérialisme embrasse les trois continents arriérés: l'Amérique, l'Asie, et l'Afrique. Chaque pays a ses caractéristiques propres, mais les continents dans leur ensemble les présentent aussi.


L'Amérique constitue un ensemble plus ou moins homogène et dans presque tout son territoire les capitaux monopolistes américains maintiennent une primauté absolue. Les gouvernements fantoches, ou dans le meilleur cas, faibles et timorés, ne peuvent s'opposer aux ordres du maître yankee. Les Américains sont parvenus presque au faîte de leur domination politique et économique et ils ne pourraient guère avancer désormais; n'importe quel changement dans la situation pourrait se changer en un recul de leur primauté. Leur politique est de conserver ce qu'ils ont conquis. La ligne d'action se limite actuellement à l'emploi brutal de la force pour étouffer les mouvements de libération quels qu'ils soient.


Le slogan "Nous ne permettrons pas un autre Cuba" dissimule la possibilité de commettre impunément des agressions comme celle perpétrée contre la République dominicaine, ou précédemment, le massacre de Panama, et le clair avertissement que les troupes yankees sont disposées à intervenir n'importe où en Amérique où l'ordre établi est troublé, mettant en péril les intérêts américains. Cette politique bénéficie d'une impunité presque absolue; l'O.E.A. pour discréditée qu'elle soit, est un masque commode; l'O.N.U. est d'une inefficacité qui confine au ridicule et au tragique; les armées de tous les pays d'Amérique sont prêtes à intervenir pour écraser leurs peuples. De fait, l'internationale du crime et de la trahison s'est constituée. Par ailleurs, les bourgeoisies nationales ne sont plus du tout capables de s'opposer à l'impérialisme - si elles l'ont jamais été - et elles forment maintenant son arrière-cour. Il n'y a plus d'autres changements à faire: ou révolution socialiste ou caricature de révolution.


L'Asie est un continent aux caractéristiques différentes. Les luttes de libération contre diverses puissances coloniales européennes ont entraîné l'établissement de gouvernements plus ou moins progressistes, dont l'évolution ultérieure a été, dans certains cas, l'approfondissement des objectifs premiers de la libération nationale, et dans d'autres le retour à des positions pro-impérialistes.


Du point de vue économique, les Etats-Unis avaient peu à perdre et beaucoup à gagner en Asie. Les changements les favorisent; on lutte pour évincer d'autres puissances néocoloniales, pour pénétrer dans de nouvelles sphères d'action sur le terrain économique, parfois directement, d'autres fois en utilisant le Japon.

Mais il existe des conditions spéciales, surtout dans la péninsule indochinoise, qui donnent à l'Asie des caractéristiques d'une importance exceptionnelle et qui jouent un très grand rôle dans la stratégie militaire globale de l'impérialisme américain. Celui-ci étend un cercle autour de la Chine à travers la Corée du Sud, le Japon, Taiwan, le Sud-Vietnam et la Thaïlande, au moins.


Cette double situation: un intérêt stratégique aussi important que l'encerclement militaire de la République populaire de Chine et l'ambition des capitaux yankees d'avoir accès à ces grands marchés qu'ils ne dominent pas encore, font que l'Asie est l'un des lieux les plus explosifs du monde actuel, malgré l'apparente stabilité qui règne en-dehors de la zone vietnamienne.


Appartenant géographiquement à ce continent, mais avec des contradictions qui lui sont propres, le Moyen- Orient est en pleine ébullition, sans que l'on puisse prévoir les proportions que prendra cette guerre, froide entre Israël, soutenu par les impérialistes, et les pays progressistes de la zone. C'est un autre des volcans qui menacent le monde.


L'Afrique offre les caractéristiques d'un terrain presque vierge pour l'invasion néocoloniale. Il s'y est produit des changements qui, dans une certaine mesure, ont obligé les puissances néocoloniales à céder leurs anciennes prérogatives de caractère absolu. Mais quand les processus se développent sans interruption, au colonialisme succède, sans violence, un néo-colonialisme dont les effets sont les mêmes en ce qui concerne la domination économique.


Les Etats-Unis n'ont pas de colonies dans ce continent et maintenant ils luttent pour pénétrer dans les anciennes chasses gardées de leurs partenaires. On peut assurer que l'Afrique constitue dans les plans stratégiques de l'impérialisme américain un réservoir à long terme; ses investissements actuels ne sont importants qu'en Union Sud-africaine et sa pénétration commence au Congo, au Nigéria, et dans d'autres pays où s'amorce une concurrence violente, (de caractère pacifique pour l'instant) avec d'autres puissances impérialistes.


L'impérialisme n'a pas encore de grands intérêts à défendre sauf son prétendu droit à intervenir dans n'importe quel endroit  du monde où ses monopoles flairent de bons profits ou la présence de grandes réserves de matières premières.


Toutes ces données justifient que l'on s'interroge sur les possibilités de libération des  peuples, à court ou à moyen terme.


Si nous analysons l'Afrique, nous verrons qu'on lutte avec une certaine intensité dans les colonies portugaises de Guinée, du Mozambique ou de l'Angola, avec un succès notable dans la première, un succès variable dans les deux autres. Qu'on assiste encore à la lutte entre les successeurs de Lumumba et les vieux complices de Tshombé au Congo, lutte qui semble pencher actuellement en faveur des derniers, qui ont "pacifié" à leur propre profit une grande partie du pays, si bien que la guerre y demeure latente.


En Rhodésie, le problème est différent: l'impérialisme britannique a utilisé tous les mécanismes à sa portée pour livrer le pouvoir à la minorité blanche qui le détient actuellement. Le conflit, du point de vie de l'Angleterre n'est absolument pas officiel; avec son habileté diplomatique habituelle - appelée clairement aussi hypocrisie - cette puissance se contente de présenter une façade de réprobation face aux mesures prises par le gouvernement de Ian Smith; son attitude rusée bénéficie de l'appui de certains pays du Commonwealth qui la suivent, et elle est attaquée par une bonne partie des pays de l'Afrique Noire, qu'ils soient ou non de dociles vassaux de l'impérialisme anglais.


En Rhodésie, la situation peut devenir extraordinairement explosive, si les efforts des patriotes noirs pour prendre les armes se cristallisent et si ce mouvement reçoit effectivement l'appui des nations africaines voisines. Mais, pour le moment, tous ces problèmes sont discutés dans des organismes aussi inopérants que l'O.N.U, le Commonwealth ou l'O.U.A..


Néanmoins, l'évolution de la politique et sociale de l'Afrique ne laisse pas prévoir une situation révolutionnaire continentale. Les luttes de libération contre les Portugais doivent déboucher sur la victoire, mais le Portugal ne signifie rien sur la liste des employés de l'impérialisme. Les affrontements de portée révolutionnaire sont ceux qui mettent en échec tout l'appareil impérialiste mais nous ne devons pas pour autant cesser de lutter pour la libération de trois colonies portugaises et pour l'approfondissement de leurs révolutions.


Quand les masses noires de l'Afrique du Sud ou de la Rhodésie auront commencé leur authentique lutte révolutionnaire, une nouvelle époque aura commencé en Afrique; ou quand les masses appauvries se lanceront à l'action pour arracher des oligarchies gouvernantes leur droit à une vie digne.


Jusqu'à maintenant les coups d'Etat se succèdent où un groupe d'officiers en remplace un autre groupe ou un gouvernant qui ne sert plus ses intérêts de caste ni ceux des puissances qui les manient sournoisement, mais il n'y a pas de convulsions populaires. Au Congo, le souvenir de Lumumba a animé ces mouvements caractéristiques qui ont perdu leur force au cours des derniers mois.

 

En Asie, comme nous l'avons vu, la situation est explosive et les points de friction ne se trouvent pas seulement au Vietnam et au Laos où on lutte. Ils se trouvent au Cambodge où l'agression américaine directe peut commencer à n'importe quel moment, de même qu'en Thaïlande, en Malaisie, et évidemment en Indonésie, où nous ne pouvons penser que le dernier mot ait été dit, malgré l'anéantissement du Parti communiste de ce pays quand les réactionnaires ont pris le pouvoir. Et, il y a bien sûr le Moyen-Orient.

 

En Amérique latine, on lutte les armes à la main au Guatémala; en Colombie, au Vénézuela et en Bolivie, et les premiers signes se manifestent déjà au Brésil. Il y a d'autres foyers de résistance qui surgissent et s'éteignent. Mais presque tous les pays de ce continent sont mûrs pour une pareille lutte, qui pour triompher exige pour le moins l'instauration d'un gouvernement de tendance socialiste.

 

Dans ce continent, on parle pratiquement une seule langue sauf le cas exceptionnel du Brésil dont le peuple peut être compris des peuples de langue espagnole, étant donné la similitude entre les deux langues. Il y a une identité si grande entre les classes de ces pays, qu'ils parviennent à une identification de ce caractère "international américain", beaucoup plus compliqué que sur d'autres continents. Langue, coutumes, religion, le même maître sont les facteurs qui les unissent. Le degré et les formes d'exploitation sont identiques quant à leurs effets, tant pour les exploiteurs que pour les exploités de la plupart des pays de notre Amérique. Et la rébellion est en train d'y mûrir à un rythme accéléré.

 

Nous pouvons nous demander: cette rébellion comment fructifiera-t-elle? Quelle forme prendra-t-elle? Nous soutenons depuis longtemps qu'étant donné les caractéristiques similaires, la lutte en Amérique atteindra, le moment venu, des dimensions continentales. L'Amérique sera le théâtre de grandes batailles nombreuses livrées par l'humanité pour sa libération.

 

Dans le cadre de cette lutte de portée continentale, les luttes qui se poursuivent actuellement de façon active ne sont que des épisodes, mais elles ont déjà donné les martyrs qui auront leur place dans l'histoire américaine pour avoir donné leur quote-part de sang nécessaire pour cette dernière étape de la lutte pour la pleine liberté de l'homme. Dans ce martyrologue figureront les noms du commandant Turcio Lima, du Père Camilo Torres, du commandant Fabricio Ojeda, des commandants Lobaton et Luis de la Puente Uceda, figures de premier plan des mouvements révolutionnaires du Guatemala, de Colombie, du Venezuela et du Pérou.

 

Mais la mobilisation active du peuple crée ses nouveaux dirigeants: César Montes et Yon Sosa lèvent le drapeau au Guatemala; Fabio Vasquez et Marulanda le font en Colombie; Douglas Bravo à l'Ouest et Américo Martin dans les montagnes du Bachiller dirigent leurs fronts respectifs au Venezuela.

 

De nouveaux foyers de guerre surgiront dans ces pays-là et d'autres pays américains, comme c'est déjà le cas en Bolivie, et de plus en plus ils augmenteront, avec toutes les vicissitudes qu'implique ce métier dangereux de révolutionnaire moderne. Beaucoup mourront victimes de leurs erreurs, d'autres tomberont dans le dur combat qui s'approche; de nouveaux lutteurs et de nouveaux dirigeants surgiront dans l'ardeur de la lutte révolutionnaire. Le peuple formera peu à peu ses combattants et ses guides dans le cadre sélectif de la guerre même, et les agents yankees de répression augmenteront. Aujourd'hui, il y a des conseillers dans tous les pays où se poursuit  la lutte armée et l'armée péruvienne a réalisé, à ce qu'il paraît avec succès, une battue contre les révolutionnaires de ce pays, lui aussi conseillé et entraîné par les yankees. Au Pérou même, de nouvelles figures, pas encore connues, réorganisent la lutte de guérilla avec ténacité et fermeté. Peu à peu, les armes périmées qui suffisent à réprimer de petites bandes armées cèderont la place à des armes modernes et les groupes de conseillers seront remplacés par des combattants américains, jusqu'à ce que, à un moment donné, ils se voient forcés d'envoyer des effectifs croissants de troupes régulières pour assurer la stabilité relative d'un pouvoir dont l'armée nationale fantoche se désintègre sous les coups de la guérillas. C'est la voie prise par le Vietnam; c'est le chemin que doivent suivre les peuples: c'est le chemin que suivra l'Amérique, avec la particularité que les groupes en armes pourront former des Conseils de Coordination pour rendre plus difficile la tâche répressive de l'impérialisme yankee et faciliter leur propre cause.

 

L'Amérique, continent oublié par les dernières luttes politiques de libération, qui commence à se faire entendre à travers la Continentale par la voix de l'avant-garde de ses peuples, qui est la Révolution cubaine, aura une tâche d'un relief beaucoup plus important: celle de créer le Second ou Troisième Vietnam ou le Second et le Troisième Vietnam du monde.

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 11:13

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Nous publions le texte tel qu'il est paru en 1967 dans la brochure Partisans. Tel que nous l'avons reçu à l'époque.

 

Pour permettre à chacun de réfléchir aujourd'hui à ce que peut être le combat anti-impérialiste.

Un grand texte anti-impérialiste, un de ceux qui nous ont constitués et qui font que ce combat, nous continuer à le mener sur des bases de classes.


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Vingt et un an se sont déjà écoulés depuis la fin du dernier conflit mondial, et diverses publications dans un grand nombre de langues célèbrent l'événement symbolisé par la défaite du Japon. Il règne une atmosphère d'optimisme apparent dans de nombreux secteurs dissemblables qui divisent le monde.

 

Vingt et un an sans guerre mondiale, en ces temps de suprêmes affrontements, de chocs violents et de brusques changements, cela paraît bien long. Mais, sans analyser les résultats pratiques, de cette paix pour laquelle nous sommes tous disposés à lutter, (la misère, la déchéance, l'exploitation de plus en plus grande d'énormes secteurs du monde) il convient de se demander si cette paix est réelle.


Ces notes ne prétendent pas faire l'historique des divers conflits de caractère local qui se sont succédé depuis la reddition du Japon; notre tâche n'est pas non plus de dresser le lourd bilan croissant des luttes civiles qui se sont déroulées au cours de ces années de prétendue paix. Il nous suffit d'opposer à cet optimisme démesuré les exemples des guerres de Corée et du Vietnam.


Dans la première, après des années de lutte sauvage, la partie nord du pays a été l'objet de la dévastation la plus terrible des annales de la guerre moderne; criblée de bombes; sans usines, sans écoles et sans hôpitaux; sans aucun abri pour dix millions d'habitants.


Dans la guerre de Corée, sont intervenus sous le drapeau déloyal des Nations Unies, des dizaines de pays sous la conduite militaire des Etats-Unis, avec la participation massive des soldats américains, et l'emploi de la population sud-coréenne enrôlée comme chair à canon.


Dans le camp adverse, l'armée et le peuple de Corée et les volontaires de la République Populaire de Chine étaient ravitaillés et assistés par l'appareil militaire soviétique. Du côté américain, on s'est livré à toutes sortes d'essais d'armes de destruction: si les armes thermonucléaires ont été exclues, les armes bactériologiques et chimiques ont été utilisées à échelle réduite.


Au Vietnam se sont succédées des actions de guerre, menées presque sans interruption par les forces patriotiques, contre trois puissances impérialistes; le Japon, dont la puissance devait subir une chute verticale après les bombes d'Hiroshima et de Nagasaki; la France qui récupéra sur ce pays vaincu ses colonies indochinoises et ignora les promesses faites dans les moments difficiles; et les Etats-Unis, à cette dernière étape de la lutte.


Sur tous les continents il y a eu des affrontements limités, encore que sur le continent américain, il ne s'est produit pendant longtemps que des tentatives de lutte de libération et des coups d'Etat jusqu'au moment où la révolution cubaine sonna le clairon d'alarme sur l'importance de cette région et provoqua la rage des impérialistes, ce qui l'obligea à défendre ses côtes, d'abord à Playa Giron, et pendant ensuite la Crise d'octobre.


Ce dernier incident aurait pu provoquer une guerre aux proportions incalculables, à cause de l'affrontement entre Américains et Soviétiques à propos de Cuba.


Mais, évidemment le foyer des concentrations, en ce moment se trouve dans les territoires de la péninsule indochinoise et dans les pays voisins. Le Laos et le Vietnam sont secoués par des guerres civiles, qui cessent d'être telles dès l'instant où l'impérialisme américain est présent, avec toute sa puissance; et toute la zone devient un dangereux détonateur prêt à exploser.


Au Vietnam, l'affrontement a pris une extrême acuité. Nous n'avons pas non plus l'intention de faire l'historique de cette guerre. Nous signalerons simplement quelques points de repère.


En 1954, après la défaite écrasante de Dien-Bien-Phu, on signa les accords de Genève qui divisaient le pays en deux zones et stipulaient que des élections interviendraient dans les dix-huit mois pour décider qui devait gouverner le Vietnam et comment le pays se réunifierait. Les Américains ne signèrent pas ce document et commencèrent à manoeuvrer pour remplacer l'empereur Bao-Dai, fantôche français, par un homme répondant à leurs intentions. Ce fut Ngo Dinh Diem dont tout le monde connaît la fin tragique - celle de l'orange pressée par l'impérialisme. L'optimisme régna dans le camp des forces populaires durant les mois qui suivirent la signature des accords de Genève. On démantela au sud du pays les dispositifs de lutte anti-française et on s'attendait à à l'exécution du pacte. Mais les patriotes ne tardèrent pas à comprendre qu'il n'y aurait pas d'élections à moins que les Etats-Unis se sentent à même d'imposer leur volonté aux urnes, ce qui ne pouvait pas se produire, même s'ils avaient recours à toutes les formes de fraude dont ils ont le secret.

Les luttes reprirent de nouveau au sud du pays, et devinrent de plus en plus intenses, juqu'au moment actuel où l'armée américaine est composée de près d'un demi-million d'envahisseurs, tandis que les forces fantoches diminuent et perdent totalement leur combativité.


Il y a près de deux ans que les Américains ont commencé le bombardement systématique de la République Démocratique du Vietnam dans une nouvelle tentative pour freiner la combativité du Sud et lui imposer une conférence à partir d'une position de force. Au début, les bombardements étaient plus ou moins isolés et prétextaient des représailles contre de prétendues provocations du Nord. Par la suite, ces bombardements augmentèrent d'intensité, devinrent méthodiques, jusqu'à se transformer en une gigantesque battue réalisée par les unités aériennes des Etats-Unis, jour après jour, dans le but de détruire tout vestige de civilisation dans la zone septentrionale du pays. C'est l'un des épisodes de la tristement célèbre escalade.


Les objectifs matériels du monde yankee ont été pour la plupart atteints malgré la résistance résolue des unités aériennes du Vietnam, malgré les 1 700 avions abattus, et malgré l'aide du camp socialiste en matériel de guerre.


Il y a une pénible réalité: le Vietnam, cette nation qui incarne les aspirations, les espérances de victoire de tout un monde oublié est tragiquement seul.


La solidarité du monde progressiste avec le peuple du Vietnam ressemble à l'ironie amère que signifiait l'encouragement de la plèbe pour les gladiateurs du cirque romain. Il ne s'agit pas de souhaiter le succès à la victime de l'agression, mais de partager son sort, de l'accompagner dans la mort ou dans la victoire.


Si nous analysons la solitude vietnamienne, nous sommes saisis par l'angoisse de ce moment illogique de l'humanité.


L'impérialisme américain est coupable d'agression; ses crimes sont immenses et s'étendent au monde entier. Cela, nous le savons, messieurs! Mais ils sont aussi coupables ceux qui, à l'heure de la décision, ont hésité à faire du Vietnam une partie inviolable du territoire socialiste; ils auraient effectivement couru les risques d'une guerre à l'échelle mondiale, mais ils auraient aussi obligé les impérialistes américains à se décider. Ils sont coupables ceux qui poursuivent une guerre d'insultes et de crocs-en-jambe, commencée il y a déjà longtemps par les représentants des deux plus grandes puissances du camp socialiste.


Posons la question pour obtenir une réponse honnête: le Vietnam est-il oui ou non isolé, se livrant à des équilibres dangereux entre les deux puissances qui se querellent?


Comme le peuple est grand! Comme il est stoïque et courageux! Et quelle leçon sa lutte représente pour le monde!


Nous ne saurons pas avant longtemps, si le président Johnson pensait sérieusement entreprendre certaines des réformes nécessaires à un peuple pour enlever leur acuité à des contradictions de classe qui se manifestent avec une force explosive et de plus en plus fréquemment. Ce qui est certain, c'est que les améliorations annoncées sous le titre pompeux de lutte pour le "grande société" sont tombées dans la bouche d'égoût du Vietnam.


La plus grande puissance impérialiste éprouve dans ses entrailles la perte de sang provoqué par un pays pauvre et arrieré et sa fabuleuse économie se ressent de l'effort de guerre. Tuer cesse d'être le commerce le plus lucratif des monopoles. Tout ce que possèdent ces soldats merveilleux en dehors de l'amour de la patrie, de leur société et d'un courage à toute épreuve, ce sont des armes de défense, et encore en quantité insuffisante. Mais l'impérialisme s'enlise au Vietnam, il nee trouve pas d'issue et cherche désespérement une voie qui lui permette d'éluder dignement le péril où il est pris. Mais les "Quatre Points" du Nord et "les Cinq Points" du Sud le tenaillent, et rendent l'affrontement encore plus décidé.

 

Tout semble indiquer que la paix, cette paix précaire à laquelle on n'a donné ce nom que parce qu'aucun conflit mondial ne s'est produit, est de nouveau en danger de se rompre contre une initiative irréversible, et inacceptable, prise par les Américains.

 

Et à nous les exploités du monde, quel est le rôle qui nous revient? ...

 


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Suite de la publications dans nos prochains articles.


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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 09:15

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 " Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux  qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe. "

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A lire sur http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr

 

« C’est notre force, notre espoir qui est fauché quotidiennement en rangs serrés comme l’herbe sous la faux. »

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Editions Agone &Smolny, 2014. P 195 – 197


 » Mais la fureur présente de la bestialité impérialiste sur le sol européen a encore un autre effet, pour lequel « le monde civilisé » n’a ni un regard épouvanté ni le cœur tressaillant de douleur : c’est la disparition en masse du prolétariat européen. Jamais une guerre n’a exterminé dans de telles proportions des couches entières de population. Jamais, depuis un siècle, une guerre n’a saisi de cette sorte l’ensemble des grands et anciens pays civilisés d’Europe. Dans les Vosges, dans les Ardennes, en Belgique, en Pologne, dans les Carpates, sur la Save, des millions de vies humaines sont anéanties, des milliers d’hommes sont frappés d’infirmité. Mais neuf dixièmes de ces millions de victimes sont constitués par la population laborieuse des villes et des campagnes. C’est notre force, notre espoir qui est fauché quotidiennement en rangs serrés comme l’herbe sous la faux. Ce sont les meilleures forces du socialisme international, les plus intelligentes, les plus instruites, ce sont les porteurs des traditions les plus sacrées du mouvement ouvrier moderne, et de son héroïsme les plus intrépides, les troupes d’avant-garde de l’ensemble du prolétariat mondial – les ouvriers d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie – qui sont maintenant réduits au silence, abattus en masse. C’est seulement d’Europe, c’est seulement de ces pays capitalistes que peut venir, lorsque l’heure sonnera, le signal de la révolution sociale qui libérera l’humanité. Seuls les ouvriers anglais, français, belges, allemands, russes et italiens peuvent prendre ensemble la tête de l’armée des exploités et des opprimés des cinq continents. Quand le temps sera venu, eux seuls peuvent demander des comptes et exercer les représailles pour les crimes séculaires du capitalisme envers tous les peuples primitifs et pour son œuvre d’anéantissement sur l’ensemble du globe. Mais la progression du socialisme exige un prolétariat fort et capable d’agir, instruit, des masses dont la puissance réside aussi bien dans leur culture intellectuelle que dans leur nombre. Et ce sont précisément ces masses qui sont décimées par la guerre mondiale. Des centaines de milliers d’hommes, dans leur jeunesse ou dans la fleur de l’âge, dont l’éducation socialiste, en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne et en Russie, était le produit d’un travail d’agitation et d’instruction de dizaines d’années, et d’autres centaines de milliers, qui, demain, auraient pu être gagnés au socialisme, tombent et tuent misérablement sur les champs de bataille. Le fruit de dizaines d’années de sacrifices et d’efforts de plusieurs générations a été détruit en quelques semaines. La fine fleur des troupes du prolétariat a été coupée à la racine.


La saignée de la boucherie de Juin avait paralysé le mouvement français pour une quinzaine d’années. La saignée du carnage de la Commune l’a encore retardé de dix ans. Ce qui a lieu maintenant est un massacre de masse sans précédent qui réduit toujours plus la population ouvrière adulte de tous les pays civilisés aux femmes, vieillards et infirmes. C’est une saignée qui menace de faire perdre tout son sang au mouvement ouvrier européen. Encore une telle guerre mondiale et les perspectives du socialisme seront ensevelies sous les décombres amoncelés par la barbarie impérialiste …


La guerre mondiale se révèle être non seulement un crime grandiose mais aussi un suicide de la classe ouvrière européenne. Ce sont bien les soldats du socialisme, les prolétaires d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie, de Belgique, qui se massacrent les uns les autres depuis des mois sur ordre du capital, qui s’enfoncent  les uns les autres dans le cœur le fer glacial du meurtre, qui basculent ensemble dans la tombe en s’enlaçant les uns les autres d’une étreinte mortelle … Les dividendes montent et les prolétaires tombent. Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux  qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe … »

Article publié sur Comprendre avec Rosa Luxemburg 2. Une semaine avec « Junius » (1). A l’occasion de la publication du tome IV des Oeuvres complètes de Rosa Luxemburg.  31. 10. 2014 | Auteur: | Catégorie: a. Textes de Rosa Luxemburg, e. Rosa Luxemburg et l'impérialisme, i. actualité de Rosa Luxemburg, j. militarisme, colonialisme, impérialisme

(éditer)

 


 

A l’occasion de la publication du tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, nous consacrons sur le site une semaine à cette publication essentielle des textes de Rosa Luxemburg autour de l‘éclatement en 1914 du conflit mondial, et de la faillite de  la social-démocratie. Le texte majeur que l’on connaît sous le nom de Brochure de Junius, à la fois sombre, poignant et terriblement lucide, a été ici retravaillé pour ce qui concerne sa traduction, on y ressent pleinement ce lyrisme, cette écriture si forte qui caractérise l’expression de Rosa Luxemburg. Ce texte est mis en perspective et prend toute son importance grâce d’une part à la relation faite à l’un des moments essentiels de l’action de Rosa Luxemburg auparavant:  son intervention au Congrès de Stuttgart en 1907 et d’autre part à l’action qu’elle développera ensuite autour du concept et de l’idée d’organisation internationale du prolétariat. On découvre ainsi que  l’Internationale n’est pas un simple slogan mais est devenue pour elle la  dimension organique, nécessaire, constitutive de l’action du mouvement ouvrier. Cet ouvrage fait ainsi comprendre mieux que tout la conception de Rosa Luxemburg de l’Internationale, conception qui naît de son expérience et de sa réflexion et qui se cristallise dans les « Principes directeurs » publiés à la fin de ce volume. Dans l’extrait que nous choisissons de publier en premier, Rosa Luxemburg pointe un fait rarement compris: la disparition sur les fronts, de la classe ouvrière, en particulier de la classe ouvrière éduquée, consciente et engagée et ce que cela signifiera ensuite pour nous qui connaissons l’issue de l’histoire, la montée du fascisme que plus rien n’enrayera plus. En souhaitant que la beauté tragique et la lucidité de ce texte vous  incite à aller plus avant dans la lecture de cet ouvrage. Comprendre avec Rosa Luxemburg 2

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 11:13

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FREE PALESTINE !


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Le Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah (CLGIA) sera présent à cette initiative (table de documents et intervention).


Plus de renseignements sur le déroulement de la journée :  https://www.facebook.com/Europalestine?fref=ts

Pour y aller : http://www.europalestine.com/
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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 21:20

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Et pour cet autre 11 septembre et toutes nos révolutions. Ecouter Victor Jara

 


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  1. youtube.com4 mn - 21 avr. 2007 - Ajouté par yecolennon
    Yo no canto por cantar ni por tener buena voz canto porque la guitarra tiene sentido y razon, tiene corazon de tierra y alas de ...
  2. youtube.com2 mn - 9 août 2007 - Ajouté par yecolennon
    Yo pregunto a los presentes si no se han puesto a pensar que esta tierra es de nosotros y no del que tenga más. Yo pregunto si en la ...
  3. youtube.com4 mn - 31 juil. 2007 - Ajouté par LeYLiCaN
    Victor Jara'dan Zamba Del Che ... Che Victor Jara Sosyalist Sosyalizm Devrim Socialism Ernesto Guevara Sol Red ...
  4. dailymotion.com3 mn - 16 mars 2008
    Victor Jara un chanteur inoubliable et inoublié à la voix si pure . Pinochet lui à coupé les mains dans un grand stade rempli de ...


  5. youtube.com3 mn - 28 déc. 2006 - Ajouté par ajirojo
    video de victor jara
    1. dailymotion.com3 mn - 4 mai 2010
      Art, animation, dessin animés et le meilleur du cinéma indépendant sur le web et du film court.
    2.  
    3. youtube.com3 mn - 20 août 2007 - Ajouté par yecolennon
      Victor Jara - Deja la vida volar
    4. dailymotion.virgilio.it4 mn - 8 mai 2010
      Victor Jara - Yarım Kalan Şarkı Victor Jara, general Pinochet yönetimindeki Şili ordusunun 11 Eylül 1973'te yaptığı askeri ...
    5. vimeo.com4 mn - 15 août 2009
      Victor Jara - Manifiesto
    6. dailymotion.com3 mn - 17 mars 2008
      Victor Jara un chanteur inoubliable et inoublié à la voix si pure . Pinochet lui à coupé les mains dans un grand stade rempli de ...
    7. youtube.com7 mn - 17 avr. 2011 - Ajouté par Socialista04
      Esta canción hace referencia a un lugar de Chile pero no cabe duda que recorriendo las ciudades de todo el mundo encontramos la ...
    8. dailymotion.virgilio.it33 mn - 9 janv. 2007
      Actuation de Victor Jara au Pérou. Victor Jara est mort au Stade National de Santiago lors du coup d'Etat de Pinochet ... victor ...
    Recherches associées à victor jara
  6. youtube.com5 mn - 3 déc. 2006 - Ajouté par yecolennon
    Interpretación en vivo de una de las mas tiernas y tristes canciones de Víctor Jara. Hay una imagen del video que quiero com

 

 

11 septembre 1973 - Allende. Pour ne pas oublier

 

 

Un 11 septembre impérialiste. "Tu te souviens? La fumée, les gaz ..." Chili 1973

 

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 21:22

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Pour lire et réfléchir

 

Lors de l'hommage à Galenao, le sous-commandant Marcos annonce dans ce beau texte cette décision collective :


"Ainsi avons-nous décidé que Marcos cesse d'exister aujourd'hui ..."

 



 

A lire sur  Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Entre ombre et lumière

 

Compañera, compañeroa, compañero,

 

Bonne nuit, bonsoir, bonjour, quels que soient la géographie, le temps et les manières qui sont les vôtres.

Bon petit matin !


Je voudrais demander aux compañeras, aux compañeros et aux compañeroas de la Sexta qui viennent d’ailleurs, et en particulier aux médias libres qui sont nos camarades, de faire preuve de patience, de tolérance et de compréhension devant ce que je m’apprête à dire car ce seront les derniers mots que je prononcerai en public avant de cesser d’exister.


Je m’adresse à vous et à celles et ceux qui à travers vous nous écoutent et nous regardent.


Sans doute éprouverez-vous, au début de votre lecture ou au fil de ces lignes, la sensation que quelque chose est déplacé, que quelque chose ne colle pas, comme s’il manquait une ou plusieurs pièces au puzzle qui vous est dévoilé pour pouvoir lui donner un sens. Comme il manque toujours ce qui manque encore.


Sans doute n’est-ce que plus tard, des jours, des semaines, des mois, des années, des décennies plus tard que l’on comprendra ce que nous disons aujourd’hui.


Je ne suis pas inquiet pour mes compañeras et compañeros de l’EZLN à tous les niveaux, parce que c’est notre façon de procéder ici : avancer, lutter, toujours en sachant qu’il manque toujours ce qu’il reste de chemin à faire.


Sans compter — et que personne ne le prenne mal —, que l’intelligence des compas zapatistes se situe très largement au-dessus de la moyenne.


Par ailleurs, c’est pour nous une grande satisfaction et une énorme fierté de savoir que c’est devant nos compañeras, nos compañeros et nos compañeroas de l’EZLN comme de la Sexta qu’est rendue publique cette décision collective.


Et quel bonheur ce sera pour les médias libres, alternatifs, indépendants, de savoir que c’est grâce à eux que cet archipel de douleurs, de rages et de digne lutte que nous appelons « la Sexta » aura connaissance de tout ce que je vais leur dire, où qu’ils se trouvent.


Si d’autres veulent se rendre compte de ce qui s’est passé aujourd’hui, il faudra qu’ils s’adressent aux médias libres pour le savoir.


Alors, c’est parti ! Bienvenues et bienvenus à la réalité zapatiste.

 

I. Une décision difficile.

 

Quand nous avons surgi et interrompu le cours des choses en 1994, par le sang et par le feu, pour nous les femmes et les hommes zapatistes, ce n’était pas le début de la guerre.


La guerre menée d’en haut, avec son cortège de mort et de destruction, de spoliation et d’humiliation, d’exploitation et de silence imposé au vaincu, cela faisait des siècles que nous la subissions.


Ce qui a commencé pour nous en 1994 n’est qu’un des nombreux épisodes de la guerre que ceux d’en bas mènent contre ceux d’en haut et leur monde.


Cette guerre de résistance qui est livrée jour après jour dans les rues du moindre recoin des cinq continents, dans ses campagnes et dans ses montagnes.


C’était, et c’est, la nôtre, comme celle menée par beaucoup d’hommes et de femmes d’en bas, une guerre pour l’humanité et contre le néolibéralisme.


Contre la mort, nous, nous demandions la vie. Contre le silence, nous exigions la parole et le respect. Contre l’oubli, la mémoire. Contre l’humiliation et le mépris, la dignité. Contre l’oppression, la rébellion. Contre l’esclavage, la liberté. Contre la contrainte, la démocratie. Contre le crime, la justice.


Comment quiconque ayant un tant soit peu d’humanité courant dans les veines pourrait-il, ou peut-il, remettre en question de telles exigences ?


Or à l’époque, beaucoup ont entendu. Cette guerre que nous avons déclenchée nous a accordé le privilège d’atteindre des oreilles et des cœurs attentifs et généreux dans des géographies proches autant que lointaines.


Il restait à faire ce qu’il restait à faire, et il manque encore ce qui manque, mais à ce moment-là nous avons réussi à obtenir le regard de l’autre, son écoute, qu’il ouvre son cœur.


Dès lors, nous nous sommes vus dans l’obligation de répondre à une question déterminante :


« Et maintenant, quoi ? »


Dans les projections étriquées que nous avions faites la veille ne figurait aucunement la possibilité de nous poser une quelconque question. De sorte que cette question nous a conduits à nous en poser d’autres :


Préparer ceux qui suivraient à emprunter le chemin de la mort ?

Former plus de soldats, et qui soient meilleurs ?

Consacrer nos efforts à améliorer notre matériel de guerre en si piteux état ?

Feindre de dialoguer et d’être disposés à signer la paix, tout en se préparant à frapper de nouveaux coups ?

Avoir comme seul destin tuer ou mourir ?


Ou bien devions-nous reconstruire le chemin de la vie, celui-là même que ceux d’en haut avaient brisé, et continuent de briser ?


Pas seulement le chemin des peuples premiers, mais aussi celui des travailleurs, des étudiants, des professeurs, des jeunes et des paysans, sans parler de celui de toutes ces différences que l’on applaudit en haut, mais qu’en bas on persécute et punit.


Devions-nous inscrire notre sang sur le chemin que d’autres conduisent vers le Pouvoir ou devions-nous détourner notre cœur et notre regard vers ceux que nous sommes vers ceux qui sont ce que nous sommes, à savoir, les peuples premiers, gardiens de la terre et de la mémoire ?


Personne n’y a prêté attention à ce moment-là, et pourtant, dans les premiers balbutiements qu’ont été nos paroles d’alors, nous avions signalé que le dilemme auquel nous étions confrontés n’était pas d’avoir à choisir entre négocier ou combattre, mais entre mourir ou vivre.


Quiconque avait saisi à l’époque que ce dilemme des premiers jours n’était pas individuel aurait sans doute mieux compris ce qui a eu lieu dans la réalité zapatiste au cours des vingt dernières années.


Je vous disais donc que nous nous étions heurtés à cette question et à un tel dilemme.


Et nous avons tranché.


Et au lieu de nous consacrer à former des guérilleros, des soldats et des bataillons, nous avons préparé des promoteurs d’éducation et de santé et peu à peu furent érigées les fondations de cette autonomie qui émerveille aujourd’hui le monde.


Au lieu de construire des prisons, d’améliorer notre armement, d’élever des murs et de creuser des tranchées, des écoles ont vu le jour, des hôpitaux et des dispensaires ont été construits ; nous avons amélioré nos conditions de vie.


Au lieu de nous battre pour avoir notre place au Panthéon des morts individualisées d’en bas, nous avons choisi de construire la vie.


Tout cela, au beau milieu d’une guerre qui, bien que sourde, n’en était pas moins létale.


Parce que c’est une chose, compas, de crier « Vous n’êtes pas seuls ! », mais c’en est une autre que d’affronter avec son seul corps une colonne blindée des troupes fédérales, comme c’est arrivé dans la zone des Altos du Chiapas, et que, dans ces cas-là, la seule chose à espérer, c’est : avec un peu de chance, quelqu’un va s’en rendre compte ; et avec un peu plus de chance, ce quelqu’un va s’en rendre compte et aussi s’indigner ; et avec beaucoup de chance, ce quelqu’un va s’indigner et faire quelque chose !


En attendant, ce sont les femmes zapatistes plantées devant elles qui ralentissent les automitrailleuses et, à défaut de machines de guerre, c’est grâce à la bravoure de mères et à des pierres que le serpent d’acier a dû rebrousser chemin.


La zone Nord du Chiapas, elle, a été confrontée à la naissance et au développement des « gardes blanches », désormais recyclées en groupes paramilitaires ; tandis que la zone Tzotz Choj subissait les constantes agressions d’organisations paysannes qui ne se donnent parfois même pas la peine de faire figurer le mot « indépendantes » dans leur nom ; quant à la zone de la Selva Tzeltal, c’est la combinaison de groupes paramilitaires et de contras qu’elle devait affronter.


C’est encore une chose de crier « Nous sommes tous Marcos » — ou « Nous ne sommes pas tous Marcos », selon le cas ou la chose —, mais c’en est une autre que d’être persécutés par l’ensemble de la machine de guerre ; de voir les villages envahis par les soldats et les montagnes « peignées » par les forces spéciales ; d’être pourchassés par des chiens d’attaque tandis que les pales des hélicoptères d’assaut chamboulent la cime des ceibas, les majestueux fromagers ; de devoir vivre avec ce « mort ou vif ! » lancé dès les premiers jours de janvier 1994 pour atteindre son niveau le plus hystérique en 1995 et pendant le reste du sexennat de celui qui est aujourd’hui l’employé d’une multinationale, et que la zone Selva Fronteriza a connu à partir de 1995 et à laquelle s’ajouta ensuite la même séquence d’agressions d’organisations paysannes, d’envoi de paramilitaires, de militarisation et de harcèlement.


S’il y a bien un mythe concernant tout cela, ce n’est certes pas le passe-montagne mais le mensonge répété à satiété depuis cette époque, et repris même par des personnes diplômées d’études supérieures, qui consiste à dire que la guerre contre les zapatistes n’a duré que douze jours.


Je ne referai pas les comptes. Quiconque doté d’un tant soit peu d’esprit critique et de sérieux peut aisément reconstruire dans les détails notre histoire, additionner et soustraire pour obtenir le résultat et dire s’il y a eu, et s’il y a, plus de reporters que de policiers et de soldats ; si les éloges furent plus nombreux que les menaces et les insultes et si le prix fixé l’avait été pour voir le passe-montagne ou pour le capturer « vivant ou mort ».


Dans de telles conditions, parfois uniquement avec nos propres forces et parfois avec le soutien généreux et inconditionnel de braves gens du monde entier, nous avons avancé dans la construction, encore inachevée, il est vrai, mais clairement définie, de ce que nous sommes.


Ce n’est donc pas qu’une simple phrase, heureuse ou malheureuse selon qu’on la voit d’en haut ou d’en bas, de dire « nous voici, nous les morts de toujours, mourant à nouveau, mais cette fois pour vivre ». C’est la réalité.


Et quasiment vingt ans plus tard…


Le 21 décembre 2012, à l’heure où la politique et l’ésotérisme coïncidaient, comme en d’autres occasions, pour prêcher des catastrophes qui affectent toujours les mêmes, ceux d’en bas, nous avons répété notre audacieux coup de force du 1er janvier 1994 et, sans tirer un seul coup de feu, sans armes, par notre seul silence, nous avons de nouveau abattu la superbe de ces ville berceaux et nids du racisme et du mépris.


Alors que le 1er janvier 1994 ce furent des milliers d’hommes et de femmes sans visage qui ont attaqué et vaincu les garnisons qui protégeaient ces villes, le 21 décembre 2012 ce sont des dizaines de milliers qui s’emparèrent sans un mot des édifices dans lesquels on célébrait notre disparition.


Ce seul fait incontestable que l’EZLN non seulement ne s’était pas affaiblie, et encore moins avait disparu, mais qu’elle avait au contraire grandi quantitativement et qualitativement aurait suffi à n’importe quel esprit doté d’une intelligence moyenne pour se rendre compte que quelque chose avait bel et bien changé, au long de ces vingt années écoulées, au sein de l’EZLN et des communautés.


Plus d’une personne pensera sans doute que nous nous sommes trompés en effectuant un tel choix et qu’une armée ne peut ni ne doit s’évertuer à rechercher la paix.


Les raisons sont nombreuses, certes, mais la raison principale était, et est, que de cette façon nous finirions par disparaître en tant qu’armée.


C’est peut-être vrai. Peut-être nous sommes-nous trompés en choisissant de cultiver la vie au lieu de vénérer la mort.


Mais nous avons fait ce choix sans écouter les voix qui nous pressaient de l’extérieur. En tout cas, sans écouter tous ceux qui veulent et exigent un combat à mort, à condition que ce soit les autres qui fournissent les morts.


Nous avons choisi en nous regardant et en nous écoutant, nous, conscient du Votán collectif que nous sommes.


Nous avons choisi la rébellion, c’est-à-dire la vie.


Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas su que la guerre d’en haut n’essaierait pas, et n’essaie pas, d’imposer à nouveau son emprise sur nous.


Nous savions, et nous savons, que nous allions devoir en maintes occasions défendre ce que nous sommes et comment nous sommes faits.


Nous savions, et nous savons, qu’il continuera à y avoir de la mort pour qu’il y ait de la vie. Nous savions, et nous savons, que pour vivre, il nous faut mourir.


II. Un échec ?


D’aucuns disent que nous n’avons rien obtenu pour nous.


Il est toujours étonnant de constater que l’on avance une telle opinion avec autant de désinvolture.


Ces gens-là pensent donc que les enfants des commandantes et des commandants devraient pouvoir jouir de voyages à l’étranger, bénéficier d’études dans des écoles privées puis obtenir des postes élevés dans les entreprises ou dans la politique. Qu’au lieu de travailler la terre pour lui arracher leur nourriture avec leur sueur et leur acharnement ils devraient briller dans les réseaux sociaux et aller s’amuser en boîte, exhibant leur luxe ?


Ils voudraient sans doute que les sous-commandants procréent et lèguent à leurs descendants leurs charges, leurs prébendes, leurs palaces, comme le font les hommes politiques de tous bords.


Sans doute devrions-nous, comme les dirigeants de la CIOAC-H et d’autres organisations paysannes, accepter des privilèges et être payés en projets et en soutien, en empochant la plus grosse partie des subsides et en ne laissant à nos bases que des miettes, à condition qu’elles exécutent les ordres criminels qui viennent de plus haut ?


Effectivement, c’est vrai, nous n’avons rien obtenu de tout cela pour nous.


Difficile pour certains de réaliser que, vingt ans après notre « rien pour nous » [1], il va devenir évident qu’il ne s’agissait pas d’un simple slogan, une belle phrase pour des banderoles et des chansons, mais d’une réalité, la réalité.


Si être conséquents c’est aller droit à l’échec, alors l’incongruité est la voie de la réussite, la route qui mène au Pouvoir.


Mais nous, nous ne voulons pas aller dans cette direction-là.


Cela ne nous intéresse pas.


En fonction de tels critères, nous préférons échouer que réussir.


III. La relève.


Au cours de ce ces vingt dernières années, une relève complexe et à plusieurs niveaux s’est opérée au sein de l’EZLN.


Certains n’ont vu que ce qu’il y avait de plus évident : la relève générationnelle.


Aujourd’hui, en effet, ce sont celles et ceux qui étaient tout jeunes ou qui n’étaient pas encore nés au début de notre soulèvement qui luttent et conduisent la résistance.


Cependant, certains lettrés n’ont pas eu conscience des autres relèves qui ont eu lieu :


Une relève de classe : le passage d’une origine de la classe moyenne éclairée à une origine indigène paysanne.


Une relève de race : de dirigeants métis, on est passé à des dirigeants nettement indigènes.


Et le plus important, une relève dans la pensée. De l’avant-gardisme révolutionnaire, on est passé au « commander en obéissant » ; de la prise du Pouvoir d’en Haut à la création du pouvoir d’en bas ; de la politique professionnelle à la politique quotidienne ; des leaders aux communautés ; de la ségrégation de genre à la participation directe des femmes ; de la moquerie envers l’autre à la célébration de la différence.


Je ne m’étendrai pas plus sur ce sujet, parce que le cours « La Liberté selon les zapatistes » a été l’occasion parfaite de vérifier si, dans les territoires organisés zapatistes, le personnage vaut plus que la communauté.

En ce qui me concerne, je ne comprends pas pourquoi des penseurs qui affirment que ce sont les peuples qui font l’histoire sont si effrayés qu’il existe un gouvernement du peuple où n’apparaît aucun des habituels « experts » en gouvernance.


Pourquoi sont-ils terrorisés que ce soient les communautés qui commandent, qui décident de leur propre chemin ?


Pourquoi désapprouvent-ils en secouant la tête notre « commander en obéissant » ?


Le culte de l’individu trouve dans le culte de l’avant-garde son extrême le plus fanatique.


C’est précisément cela, le fait que les indigènes commandent et qu’aujourd’hui ce soit un indigène qui est notre porte-parole et notre chef, ce qui les stupéfie, les fait fuir et ce qui fait finalement qu’ils s’en vont ailleurs continuer à chercher quelqu’un qui ait besoin d’avant-gardes, de caudillos et de leaders. Parce que, au sein de la gauche aussi, il y a du racisme, surtout chez celle qui se prétend révolutionnaire.


L’euzétaéellène n’est pas de ceux-là. C’est pour cette raison que n’importe qui ne peut pas être zapatiste.


IV. Un hologramme modulable et au goût de chacun. Ce qui ne sera pas.


Avant l’aube de 1994, j’ai passé dix ans dans ces montagnes. J’ai connu et fréquenté personnellement quelques-uns dans la mort desquels nous sommes morts pour beaucoup. Depuis, je connais et fréquente d’autres hommes, d’autres femmes qui sont ici aujourd’hui comme nous.


En de nombreux petits matins, je me suis retrouvé face à moi-même, essayant de digérer les histoires qu’ils me racontaient, les mondes qu’ils dessinaient avec leurs silences, leurs mains et leurs regards, leur insistance à montrer quelque chose au-delà du visible.


Était-ce un songe ce monde, si autre, si lointain, si différent ?


J’ai parfois pensé qu’ils avaient bondi dans le temps, que les mots qui nous guidaient, et nous guident, provenaient d’époques pour lesquelles il n’y avait pas encore de calendriers, perdus qu’ils étaient dans des géographies imprécises : mais toujours le Sud digne omniprésent sur chacun des points cardinaux.


Par la suite, j’ai compris qu’ils ne me parlaient pas d’un monde inexact et, partant, improbable.


Ce monde-là était déjà en marche.


Et vous, vous ne l’avez pas vu ? Vous ne le voyez pas ?


Nous n’avons jamais trompé personne d’en bas. Nous n’avons jamais caché que nous étions une armée, avec sa structure pyramidale, son centre de commandement, ses décisions prises du haut vers le bas. Nous n’avons jamais renié ce que nous sommes, pas même pour être en bonne grâce avec des libertaires ou pour les besoins de la mode.


Mais quiconque peut vérifier aujourd’hui si notre armée est une armée qui supplante ou impose.


Il me faut ajouter ce qui suit car j’ai déjà demandé au compañero sous-commandant insurgé Moisés l’autorisation de le faire :


Rien de ce que nous avons fait, pour le meilleur ou pour le pire, n’aurait été possible si une armée en règle, l’Armée zapatiste de libération nationale, ne s’était pas insurgée contre le mauvais gouvernement et n’avait exercé son droit à la violence légitime. La violence de ceux d’en bas face à la violence de ceux d’en haut.


Nous sommes des guerriers et, en tant que tels, nous connaissons notre rôle et notre moment.


Au petit matin du premier jour du premier mois de l’année 1994, une armée de géants, autrement dit d’indigènes rebelles, est descendue vers les villes pour ébranler le monde de ses pas.


À peine quelques jours plus tard, tandis que le sang des nôtres était encore frais dans les rues de ces mêmes villes, nous nous sommes rendu compte que les gens du dehors ne nous voyaient pas.


Habitués qu’ils étaient à regarder les indigènes d’en haut, ils étaient incapables de lever les yeux pour nous regarder.


Habitués qu’ils étaient à nous voir humiliés, leur cœur ne comprenait pas notre digne rébellion.


Leur regard s’était figé sur le seul métis qu’ils ont vu porter un passe-montagne, autrement dit ils n’ont pas regardé.


Les hommes et les femmes qui sont nos chefs nous ont dit, à ce moment-là :


« Ils ne voient que la petitesse égale à la leur ; créons donc quelqu’un d’aussi petit qu’eux, pour qu’il puisse le voir et nous voir à travers lui. »


Commença donc une complexe manœuvre de distraction, un truc d’une magie terrible et merveilleuse, un malicieux coup de dés de ce cœur indigène que nous sommes. La sagesse indigène défiait ainsi la modernité dans l’un de ses bastions : les moyens de communication.


Commença alors la construction du personnage appelé « Marcos ».


Je vous demande de bien vouloir me suivre dans mon raisonnement :


Supposons qu’il existe une manière différente de neutraliser un criminel. Par exemple, en lui fabriquant son arme homicide, en lui faisant croire qu’elle est efficace, en l’encourageant à échafauder tout son plan sur la foi de cette efficacité et en faisant en sorte qu’au moment où il se prépare à tirer son « arme » redevienne subitement ce qu’elle a toujours été : une illusion.


Le système tout entier, mais surtout ses moyens de communication, joue à fabriquer des réputations, pour les détruire ensuite si elles ne se plient pas à ses desseins.


Leur pouvoir résidait (plus maintenant car ils ont été évincés sur ce plan par les réseaux sociaux) en ce qu’ils décidaient qui et quoi existait à l’instant où ils choisissaient ce qu’ils daignaient mentionner et ce qu’ils passaient sous silence.


Bon, ne faites pas trop attention à ce que je dis. Comme on a pu le voir au cours des vingt dernières années, j’ignore tout en matière de moyens de communication massifs.


Reste que le SupMarcos, de porte-parole, est devenu moyen de distraction.


Le sentier de la guerre, c’est-à-dire de la mort, nous avait pris dix ans ; celui de la vie a pris plus longtemps et a demandé plus d’efforts, sans parler du sang versé.


Parce que, croyez-le ou non, il est plus facile de mourir que de vivre.


Nous avions besoin de temps pour exister et pour trouver les personnes qui sauraient nous voir pour ce que nous sommes.


Nous avions besoin de temps pour trouver les personnes qui ne nous verraient pas en regardant vers le haut ni vers le bas, mais qui nous regarderaient en face, qui nous verraient avec un regard compañero.


Je vous disais donc qu’à ce moment-là avait commencé la construction de ce personnage.


Marcos avait tantôt les yeux bleus, tantôt les yeux verts, ou couleur café, ou miel, ou les yeux noirs, en fonction de qui l’interviewait et prenait le cliché. C’est comme ça que Marcos fut remplaçant dans des équipes de football professionnel, employé dans des grands magasins, chauffeur, philosophe, cinéaste et tous les etcétéras que l’on pourra trouver dans les médias à gages de ces calendriers et des diverses géographies. Il y avait un Marcos pour chaque occasion, autrement dit pour chaque interview. Et ça n’a pas été facile, croyez-moi : à l’époque, Wikipedia n’existait pas et si les reporters venaient d’Espagne, il fallait que je me débrouille pour savoir si le Corte Inglés [2], par exemple, était une coupe de vêtements typique d’Angleterre, un bazar ou un grand magasin.


S’il m’était permis de définir le personnage de Marcos, je dirais sans hésiter qu’il a été un déguisement, comme le costume d’Arlequin.


Disons, pour me faire comprendre, que Marcos était un « Média Non Libre » (attention : ce n’est pas la même chose qu’être un média à gages).


Dans la fabrication et dans l’entretien du personnage, nous avons commis quelques erreurs.


« C’est en forgeant qu’on devient forgeron », disait le maréchal-ferrant [3].


Dès la première année, nous avons épuisé, comme on dit, le répertoire des « Marcos » possibles. Aussi début 1995 étions-nous bien embêtés et le processus des communautés n’en était qu’à ses premiers pas.


Alors, en 1995, juste quand nous ne savions plus comment nous y prendre, c’est là que Zedillo, main dans la main avec le PAN, « découvre » l’identité de Marcos en suivant la même méthode scientifique que celle qui sert à trouver des squelettes, c’est-à-dire par délation ésotérique [4].


L’histoire de ce Marcos natif de Tamaulipas nous a donné de la marge, bien que la fraude ultérieure de La Paca, la voyante qui conduisit Lozano Gracia au squelette, nous a fait craindre que la presse à gages ne mette également en doute le « démasquage » de Marcos et que l’on découvre qu’il s’agissait d’une fraude supplémentaire. Heureusement, il n’en fut rien. Comme cette fois-là, les médias ont continué d’avaler d’aussi grosses couleuvres.

 

Quelque temps après, le véritable natif de Tamaulipas en question est venu dans ces parages. Le sous-commandant insurgé Moisés et moi, nous lui avons parlé. Nous lui avons proposé à l’époque de donner ensemble une conférence de presse, pour qu’il cesse d’être pourchassé puisqu’il serait devenu évident que Marcos et lui n’était pas la même personne. Il n’a pas voulu. Il est venu vivre ici. Il est sorti de la forêt plusieurs fois et on peut même voir son visage sur des photographies de la veillée funèbres de ses parents. Si vous voulez, vous pouvez l’interviewer. Maintenant, il vit dans une communauté, à…. Ah ! Il ne veut pas que l’on sache où il habite. Nous n’en dirons donc pas plus, pour qu’un jour il puisse lui-même raconter son histoire depuis le 9 février 1995, s’il le souhaite. Pour notre part, il ne reste plus qu’à le remercier de nous avoir fourni les données que nous avons utilisées régulièrement pour alimenter la « certitude » que le SupMarcos n’est pas ce qu’il est en réalité, à savoir, un Arlequin [5] ou un hologramme, mais un professeur d’université, originaire de la désormais douloureuse Tamaulipas.


Pendant ce temps-là, nous continuions à chercher, à vous chercher, vous tous et vous toutes, celles et ceux qui sont ici maintenant et celles et ceux qui n’y sont pas mais qui en sont.


Nous n’avons pas cessé de lancer des campagnes et autres initiatives pour trouver l’autre, les autres et les autresses, l’autre qui soit compañero. Des initiatives très variées, qui toutes visaient à trouver le regard et l’écoute dont nous avons besoin et que nous méritons.


Pendant ce temps-là, les communautés continuaient d’avancer, ainsi que la relève que l’on a beaucoup ou très peu évoquée, mais en tout cas c’est quelque chose qui peut être vérifié directement, sans intermédiaires.

Dans notre recherche de l’autre, nous avons échoué encore et encore.


Chaque fois que nous trouvions quelqu’un, soit il voulait nous commander, soit il voulait être commandé par nous.


Il y a ceux qui venaient vers nous et qui le faisaient dans le but de nous utiliser, ou alors pour regarder vers le passé, soit avec nostalgie anthropologique, soit avec nostalgie militante.


Ainsi donc, aux yeux de certains nous étions communistes ; pour d’autres, trotskistes ; pour d’autres, anarchistes ; pour d’autres, maoïstes ; pour d’autres, millénaristes, et je vous laisse un stock de « istes » pour que vous complétiez avec ce que vous trouverez.


Il en a été ainsi jusqu’à la Sexta Declaración de la Selva Lacandona (Sixième Déclaration de la forêt Lacandone), la plus audacieuse et la plus zapatiste des initiatives que nous ayons prises jusqu’ici.


Avec la Sexta, nous avons enfin trouvé des gens qui nous regardent en face et nous saluent et nous enlacent fraternellement, et c’est comme ça qu’on se salue et qu’on s’enlace.


Avec la Sexta, nous vous avons enfin trouvés, vous.


Enfin des gens qui comprenaient que nous ne cherchions ni berger pour nous servir de guide ni troupeau à conduire à la terre promise. Ni maîtres ni esclaves. Ni caudillos ni masses écervelées.


Il restait cependant à vérifier s’ils allaient pouvoir regarder et écouter ce qu’en nous-mêmes nous sommes.


À l’intérieur, les progrès effectués par les communautés étaient impressionnants.


Puis est venu le cours intitulé « La Liberté selon les zapatistes ».

 

En trois sessions, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait déjà une génération qui pouvait nous regarder dans les yeux, qui pouvait nous écouter et nous parler sans voir en nous des guides ou des chefs, sans chercher une quelconque soumission ou l’obéissance aveugle.


Marcos, le personnage, n’était plus nécessaire.


La nouvelle étape dans la lutte zapatiste pouvait commencer.


C’est à ce moment-là qu’il s’est passé ce qui s’est passé et nombre d’entre vous, compañeras et compañeros de la Sexta, le savent pour l’avoir vécu directement.


On pourra toujours dire par la suite que ce truc du personnage a été oiseux. Mais un passage en revue honnête de ces journées dira combien de femmes et combien d’hommes auront cessé de nous regarder, par satisfaction ou par dégoût, à cause des grimaces facétieuses d’un déguisement.


De sorte que la relève dans le commandement n’a lieu ni pour cause de maladie ou de décès, ni pour mutation interne, ni pour purge ou épuration.


Elle a lieu le plus logiquement du monde, en accord avec les changements internes qu’a connus, et que connaît, l’EZLN.


Je sais bien que cela ne colle pas avec les schémas carrés qui existent dans les différents « en haut », mais à dire vrai nous nous en fichons éperdument.


Et si cela devait ruiner la laborieuse et pauvre spéculation des rumorologues et zapatologues de Jovel, eh bien, tant pis !


Je ne suis ni n’ai été malade, je ne suis ni n’ai été mort.


Ou alors si, bien que l’on m’ait tué tant de fois, que tant de fois je suis mort et me voilà de nouveau.


Si nous avons encouragé de telles rumeurs, c’est parce qu’il le fallait.


Le dernier grand truc de l’hologramme a été de simuler une maladie incurable, y compris toutes les morts qu’il a subies.


Au fait, ce « si sa santé le lui permet » que le sous-commandant insurgé Moisés a employé dans le communiqué annonçant le partage avec le CNI n’était qu’un équivalent de « si c’est la volonté du peuple » ou de « si les sondages me sont favorables » ou « si dieu m’en donne le temps » et autres lieux communs qui ont servi de béquilles à la classe politique ces derniers temps.


Si vous me permettez de vous donner un petit conseil : vous devriez cultiver un tant soit peu votre sens de l’humour, pas seulement par souci de votre santé mentale et physique, mais aussi parce que sans aucun sens de l’humour vous ne comprendrez pas le zapatisme. Or qui ne comprend pas, juge ; et qui juge, condamne.


En réalité, ce fut la partie la plus facile du personnage. Pour alimenter la rumeur, il a suffi de dire à certaines personnes exactement : « Je vais te confier un secret mais promets-moi de ne le répéter à personne. »


Évidemment qu’elles l’ont répété.


Les principaux collaborateurs involontaires de la rumeur concernant ma maladie et ma mort ont été les « experts en zapatologie » qui, dans la hautaine Jovel et dans la chaotique Mexico, se targuent d’être proches du zapatisme et vantent leur profonde connaissance en la matière, sans parler, bien entendu, des policiers qui empochent aussi de l’argent comme journalistes, des journalistes qui touchent aussi des sous comme policiers, et des journalistes, femmes et hommes, qui sont seulement payés, et mal, comme journalistes.


Merci à elles toutes et à eux tous. Merci de votre discrétion. Vous avez fait exactement ce que nous pensions que vous alliez faire. Le seul « hic » dans tout cela, c’est que je doute sincèrement que quelqu’un vous confie maintenant un secret.


C’est notre conviction et notre pratique : pour se rebeller et pour lutter, il n’y a nul besoin ni de chefs, ni de caudillos, ni de messies, ni de sauveurs. Pour lutter, il faut juste un peu de courage, une pointe de dignité et beaucoup d’organisation.


Le reste, ou bien cela apporte quelque chose au collectif ou ça ne sert à rien.


Il a été particulièrement cocasse de constater ce que le culte de l’individu a entraîné chez les politologues et les analystes d’en haut. Hier, ils disaient que l’avenir de ce peuple mexicain dépendait de l’alliance de deux personnalités. Avant-hier, ils ont dit que Peña Nieto se séparait de l’influence de Salinas de Gortari, sans se rendre compte que, du coup, en critiquant Peña Nieto ils se rangeaient du côté de Salinas de Gortari ; et qu’en critiquant ce dernier, ils soutenaient Peña Nieto. Aujourd’hui, ils disent qu’il faut choisir un camp dans la lutte d’en haut pour le contrôle des télécommunications, de sorte que, soit on est avec Carlos Slim, soit on se retrouve avec Azcárraga [6]-Salinas. Et plus haut, tant qu’on y est, ou avec Obama ou avec Poutine.


Ceux qui soupirent et regardent vers l’en haut peuvent toujours continuer à se chercher un leader ; ils peuvent toujours penser que, cette fois, on va respecter le résultats des élections ; que, maintenant, Slim va soutenir la gauche parlementaire ; que, maintenant, il va enfin y avoir des dragons et des batailles dans la série Game of Thrones ; que, maintenant, dans la série télé The Walking Dead, Kirkman va enfin rester fidèle à la BD ; que, maintenant, les outils fabriqués en Chine ne vont plus se casser la première fois qu’on s’en sert ; et que, maintenant, le football va enfin redevenir un sport et non un business.


Et il se peut, ma foi, que dans certains cas l’avenir leur donne raison, mais de toute façon il ne faut pas oublier que, dans tous ces cas, eux ne sont que de simples spectateurs, autrement dit des consommateurs passifs.


Celles et ceux qui ont aimé ou détesté le SupMarcos savent maintenant qu’ils ont détesté et chéri un hologramme. Leurs amours et leurs haines ont donc été également inutiles, stériles, vides, creuses.


Il n’y aura donc aucune maison-musée ou plaques de cuivre là où je suis né et où j’ai grandi. Pas plus qu’il n’y aura quelqu’un qui vive d’avoir été le sous-commandant Marcos. On n’héritera ni son nom ni son poste. Il n’y aura pas de séjours tous frais payés pour donner des conférences à l’étranger. Il n’y aura pas de transfert ou de soins dans des hôpitaux de luxe. Il n’y aura ni veuves, ni héritières, ni héritiers. Il n’y aura ni funérailles, ni honneurs, ni statues, ni musées, ni prix, ni rien de ce que le système fabrique pour promouvoir le culte de l’individu et pour mépriser le collectif.


Le personnage a été créé et maintenant nous les zapatistes, ses créateurs et ses créatrices, nous le détruisons.


Si quelqu’un comprend cette leçon que donnent nos compañeras et nos compañeros, il aura compris l’un des piliers fondateurs du zapatisme.


Ainsi, au cours des dernières années, il s’est passé ce qui s’est passé.


Et nous avons constaté que le déguisement, le personnage, l’hologramme, quoi, n’était plus nécessaire.


Plus d’une fois nous avons planifié et avons attendu et attendu encore le moment indiqué : le calendrier et la géographie précises pour montrer ce que nous sommes en vérité à ceux qui sont vraiment.


Alors est arrivé Galeano avec sa mort pour nous indiquer la géographie et le calendrier : « Ici, à La Realidad ; maintenant : dans la douleur et la rage. »

 

V. La douleur et la rage. Cris et chuchotements.


Quand nous sommes venus ici au Caracol de La Realidad, sans que personne ne nous le demande, nous avons commencé à parler en murmurant.


Tout doucement parlait notre douleur, tout bas notre colère.


Comme si nous voulions éviter que Galeano ne soit repoussé par des bruits, des sons qui lui étaient étrangers.

Comme si nos voix et nos pas l’appelaient.


« Attends, compa ! », disait notre silence.


« Ne t’en va pas », murmuraient nos mots.


Mais il y a d’autres douleurs et d’autres rages.


En ce moment même, en d’autres lieux du Mexique et du monde, un homme, une femme, un•e autre•e, un petit garçon, une petite fille, un vieil homme, une vieille femme, une mémoire est frappée en toute impunité, encerclée par un système devenu crime vorace ; est bastonné, frappé à coups de machette, tué par balle, reçoit le coup de grâce, est traîné par terre sous les moqueries, est abandonné, son corps est retrouvé et veillé, sa vie enterrée.


Quelques noms seulement :


Alexis Benhumea, assassiné dans l’État de Mexico. Francisco Javier Cortés, assassiné dans l’État de Mexico. Juan Vázquez Guzmán, assassiné au Chiapas. Juan Carlos Gómez Silvano, assassiné au Chiapas. El compa Kuy, assassiné au DF. Carlo Giuliani, assassiné en Italie. Alexis Grigoropoulos, assassiné en Grèce. Wajih Wajdi al-Ramahi, assassiné dans un camp de réfugiés à Ramallah, en Cisjordanie. Âgé de quatorze ans, il a été assassiné d’un coup de feu dans le dos tiré d’un poste d’observation de l’armée israélienne ; il n’y a eu ni marches, ni manifestations, ni rien dans la rue. Matías Valentín Catrileo Quezada, mapuche assassiné au Chili. Teodulfo Torres Soriano, compa de la Sexta disparu à Mexico. Guadalupe Jerónimo et Urbano Macías, communeros de Cherán, assassinés au Michoacán. Francisco de Asís Manuel, disparu à Santa María Ostula Javier Martínes Robles, disparu à Santa María Ostula Gerardo Vera Orcino, disparu à Santa María Ostula Enrique Domínguez Macías, disparu à Santa María Ostula Martín Santos Luna, disparu à Santa María Ostula Pedro Leyva Domínguez, assassiné à Santa María Ostula. Diego Ramírez Domínguez, assassiné à Santa María Ostula. Trinidad de la Cruz Crisóstomo, assassiné à Santa María Ostula. Crisóforo Sánchez Reyes, assassiné à Santa María Ostula. Teódulo Santos Girón, disparu à Santa María Ostula. Longino Vicente Morales, disparu au Guerrero. Víctor Ayala Tapia, disparu au Guerrero. Jacinto López Díaz « El Jazi », assassiné à Puebla. Bernardo Vázquez Sánchez, assassiné à Oaxaca Jorge Alexis Herrera, assassiné au Guerrero. Gabriel Echeverría, assassiné au Guerrero. Edmundo Reyes Amaya, disparu à Oaxaca. Gabriel Alberto Cruz Sánchez, disparu à Oaxaca. Juan Francisco Sicilia Ortega, assassiné à Morelos. Ernesto Méndez Salinas, assassiné à Morelos. Alejandro Chao Barona, assassiné à Morelos. Sara Robledo, assassinée à Morelos. Juventina Villa Mojica, assassinée au Guerrero. Reynaldo Santana Villa, assassiné au Guerrero. Catarino Torres Pereda, assassiné à Oaxaca. Bety Cariño, assassinée à Oaxaca. Jyri Jaakkola, assassiné à Oaxaca. Sandra Luz Hernández, assassinée à Sinaloa. Marisela Escobedo Ortíz, assassinée à Chihuahua. Celedonio Monroy Prudencio, disparu dans le Jalisco. Nepomuceno Moreno Nuñez, assassiné dans le Sonora.


Les migrantes et les migrants disparus contre leur volonté et probablement assassinés n’importe où sur le territoire mexicain.


Les prisonniers que l’on veut tuer vivants : Mumia Abu Jamal, Leonard Peltier, les Mapuche, Mario González, Juan Carlos Flores.


L’enterrement continu de voix qui furent des vies, rendues silencieuses à jamais par le poids de la terre déversée et la fermeture des grilles.


Et la plus grande moquerie, c’est que, à chaque pelletée de terre jetée par le sbire de service, le système répète : « Tu ne vaux rien, tu ne comptes pas, personne ne te pleure, ta mort ne fait enrager personne, personne ne suit ton chemin, personne ne relève ta vie. »


Et avec la dernière pelletée, il assène : « Même si on attrape et on punit les nôtres qui t’ont tué, j’en trouverai toujours un autre, une autres, d’autres qui te feront tomber à nouveau en embuscade et qui répèteront la danse macabre qui a mis fin à tes jours. »


Et il termine : « Ta justice toute petite, naine, fabriquée pour que les médias à gages fassent semblant et obtiennent un peu de calme pour freiner le chaos qui s’apprête à les engloutir, elle ne me fait pas peur, à moi, elle ne me fait aucun mal, elle ne me punit pas. »


Que devons-nous dire à ce cadavre que l’on enterre dans l’oubli le plus total, n’importe où dans le monde d’en bas ?


Que seules notre douleur et notre rage comptent ?

Que seule notre honte importe ?

Que pendant que nous murmurons notre histoire, nous n’entendons pas son cri, son hurlement ?

L’injustice porte tant de noms et les cris qu’elle provoque sont si nombreux.

Non, notre douleur et notre colère ne nous empêchent pas d’écouter.

Et nos murmures ne servent pas qu’à déplorer nos morts tombés injustement.

Ils sont prononcés pour pouvoir entendre d’autres douleurs, pour faire nôtres d’autres rages et poursuivre ainsi ce long et tortueux chemin qui veut unir tout cela en un hurlement qui se transforme en lutte libératrice.

Et à ne pas oublier que, tandis que quelqu’un murmure, quelqu’un d’autre crie.

Et seule une oreille attentive peut entendre.

Au moment où nous parlons et écoutons, un cri de douleur, de rage est lancé.

Et de même qu’il faut apprendre à diriger son regard, l’écoute doit trouver le cap qui la rende fertile.

Car tandis que certains se reposent, d’autres gravissent une pente ardue.

Pour apercevoir un tel acharnement, il suffit de baisser les yeux et de lever son cœur.

Vous y arrivez ?

Vous y arriverez ?


La justice petite ressemble tant à la vengeance. La justice petite est une justice qui distribue l’impunité car lorsqu’elle châtie certains, elle en absout d’autres.

La justice que nous voulons, nous, celle pour laquelle nous nous battons, ne se limite pas à trouver les assassins de notre compa Galeano et à s’assurer qu’ils soient châtiés (ce qui se fera, que personne ne s’y trompe).


Cette quête patiente et obstinée recherche la vérité et non le soulagement que donne la résignation.

La justice grande s’exprime déjà dans le fait de savoir notre compañero Galeano enterré décemment.

Parce que nous ne nous demandons pas quoi faire de sa mort, mais ce que nous devons faire de sa vie.


Pardonnez-moi de me laisser entraîner dans les sables mouvants des lieux communs, mais ce compañero ne méritait pas de mourir, pas comme ça.


Tous ses efforts, son sacrifice quotidien, précis, invisible pour tout autres que nous, n’avaient qu’un seul but : la vie.


Et je peux tranquillement affirmer qu’il fut quelqu’un d’extraordinaire, mais qu’en plus — et c’est cela qui est stupéfiant — il existe des milliers de compañeras et de compañeros comme lui au sein des communautés indigènes zapatistes, qui partagent le même entrain, le même engagement, la même clarté et un seul but : la liberté.


Tant qu’à faire des comptes macabres : si quelqu’un mérite la mort, c’est quelqu’un qui n’existe pas et n’a jamais existé autrement que dans la fugacité des moyens de communication à gages.


Notre compañero, chef et porte-parole de l’EZLN, le sous-commandant insurgé Moisés, a déjà dit qu’en assassinant Galeano ou tout autre des zapatistes ceux d’en haut voulaient assassiner l’EZLN.


Non pas en tant qu’armée, mais en tant que rebelle naïf qui construit et fait germer la vie là où eux, ceux d’en haut, ne veulent voir pousser que le désert des industries minières, pétrolières ou touristiques, la mort de la terre et celles et ceux qui l’habitent et la travaillent.


Il a aussi dit que nous étions venus, en qualité de Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, pour exhumer Galeano.


Nous pensons qu’il faut que l’un de nous meure pour que Galeano vive.


Aussi pour que cette impertinente qu’est la mort soit satisfaite, au lieu de Galeano nous mettons un autre nom, pour que Galeano vive et que la mort emporte non pas une vie, mais uniquement un nom, quelques lettres vidées de sens, sans histoire propre, sans vie.


Ainsi avons-nous décidé que Marcos cesse d’exister aujourd’hui.


Il s’en ira main dans la main avec Ombre le Guerrier et Petite Lueur, pour qu’il ne se perde pas en chemin. Avec lui s’en ira aussi Don Durito, de même que le Vieil Antonio.


Les petites filles et les petits garçons qui auparavant se rassemblaient pour écouter ses contes ne le regretteront pas car ils sont grands maintenant, ils font déjà preuve de jugement, ils se battent déjà comme les meilleurs pour la liberté, la démocratie et la justice, qui constituent les devoirs de tout zapatiste.


Le chat-chien, et non un cygne, entonnera maintenant le chant des adieux.


Et pour finir, celles et ceux qui comprendront sauront que ne part point qui n’a jamais été là, ne meurt point qui n’a jamais vécu.


La mort s’en ira donc dupée par un indigène du nom de guerre de Galeano et sur ces pierres que l’on a posées sur sa tombe, à nouveau il marchera et enseignera à qui voudra l’essence même du zapatisme, à savoir : ne pas se vendre, ne pas se rendre, ne pas vaciller.


Ah, la mort ! Comme s’il n’était pas évident qu’elle libère ceux d’en haut de toute responsabilité partagée au-delà d’une oraison funèbre, d’un hommage gris, d’une statue stérile, d’un musée enfermant.


Et nous ? Eh bien, nous, la mort nous engage pour ce qu’elle a de vie.

Aussi sommes-nous là, trompant la mort dans la réalité.


Compas,


Au vu de tout ce qui précède, à exactement 2 h 8 du 25 mai 2014 sur le front de combat sud-oriental de l’EZLN, je déclare que cesse d’exister celui qui est connu sous le nom de sous-commandant insurgé Marcos, l’autoproclamé « sous-commandant en acier inoxydable ».


C’est bien ça.


Par ma voix ne parlera plus la voix de l’Armée zapatiste de libération nationale.


Bien. Salut et hasta nunca… ou hasta siempre, c’est selon, quiconque a bien compris saura que cela n’a plus d’importance, que cela n’en a jamais eu.


De la réalité zapatiste.


Sous-commandant insurgé Marcos. Mexique, le 24 mai 2014.

 

P-S 1 : « Game is over ? » P-S 2 : Échec et mat ? P-S 3 : Touché [7] ? P-S 4 : À la revoyure, les potes. Et envoyez du tabac ! P-S 5 : Mm… Alors, c’est ça, l’Enfer… Alors ça, c’est ce bon vieux Piporro, et Pedro, et même José Alfredo ! Quoi ? Pour machisme ? Nan… J’y crois pas. Mais moi, jamais je… P-S 6 : Autrement dit que comme qui dirait, sans le déguisement, est-ce que je peux marcher tout nu ? P-S 7 : Hé ! Il fait vachement sombre, ici ; j’aurais bien besoin d’une Petite Lueur.

(…) (On entend une voix off)

Bons petits matins, mes chères compañeras et mes chers compañeros. Mon nom est Galeano, sous-commandant insurgé Galeano.

Y’a quelqu’un d’autre qui s’appelle Galeano ?

(On entend des voix et des hurlements)

Ah ! Je comprends mieux pourquoi on m’avait dit que quand je renaîtrai, ce serait en collectif.

Qu’il en soit ainsi.

Bon voyage. Prenez bien soin de vous, prenez bien soin de nous.


Des montagnes du Sud-Est mexicain. Sous-commandant insurgé Galeano. Mexique, mai 2014. Traduction et notes : SWM. Relecture : “la voie du jaguar”. Source du texte d’origine : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/... Source de la traduction : http://www.lavoiedujaguar.net/Entre...

 

Notes

[1] ¡Para todos, todo, nada para nosotros ! : « Pour tous, tout ! Rien pour nous ! » Cri de guerre zapatiste de la première heure. (Remarque : les notes sont du traducteur.)


[2] El Corte Inglés : (littéralement : la coupe anglaise, en parlant de vêtements) nom d’une chaîne espagnole de grands magasins ; un média avait effectivement rapporté que Marcos avait travaillé dans un magasin de cette enseigne.


[3] Dans le texte original, Marcos dit : « “Es de humanos el herrar”, dijo el herrero. » ; jeu de mots entre errar (au sens figuré, se tromper) et herrar (forger du métal ou ferrer les chevaux). « Es de humanos el errar » (sans le h) signifierait donc : « L’erreur est humaine ».


[4] En 1996, une voyante, Francesca Zetina La Paca, avait conduit un procureur à des ossements enterrés dans la propriété El Encanto (sic !) appartenant à Salinas de Gortari, ossements que l’on a longtemps pensé être ceux du cadavre de Muñoz Rocha, à qui on attribuait le meurtre de José Francisco Ruis Massieu, secrétaire général du PRI jusqu’à son assassinat en 1994. Tout n’était qu’une supercherie, les os ayant été « semés ».


[5] Rappelons que dans la commedia dell’arte Arlequin n’est visible qu’aux seuls yeux du public : les actrices et acteurs devaient donc jouer en ignorant ses facéties et ses remarques, souvent satiriques et cruelles.


[6] Emilio Fernando Azcárraga, né en 1968, homme d’affaires mexicain et président du conseil d’administration du Groupe Televisa (note de “la voie du jaguar”).

 

[7] En français dans le texte.

 

A lire sur Quand l'autruche éternue (joli nom de blog, non?).

 

     Pour finir, et comme une sale nouvelle n’arrive jamais seule, saluons ici la mémoire du sous-commandant Marcos, lequel a disparu. Non pas qu’il soit mort des suites d’une longue maladie comme se plaisait à l’imaginer et à en répandre la rumeur les ennemis de l’EZLN, mais, après des années de lutte, réapparaissant à l’occasion de l’enterrement du compagnon Galeano,  entouré des autres sous-commandants zapatistes il a simplement signifié « Marcos cesse d’exister aujourd’hui ». La raison de ce retrait définitif est claire, à la lecture de cet extrait du communiqué collectif : « nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une génération qui pouvait nous voir de face […] Marcos, le personnage, n’était donc plus nécessaire. C’est notre conviction et notre pratique que pour se dévoiler et lutter les leaders ou chefs ne sont pas nécessaires, ni messies ni sauveurs, pour lutter il faut juste un peu de honte, un soupçon de dignité et beaucoup d’organisation. Le reste, soit il sert au collectif, soit il ne sert pas. » Une fois encore les leçons les plus essentielles descendent des hautes montagnes du Chiapas, et parviennent jusqu’à nous. Sommes-nous disposés à les entendre ? Pas si sûr. 

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 10:20

Pour consulter le mail: linter.over-blog.com

A lire sur liberonsgeorges

3juin14-mapuche-abdallah.jpg

 

★ Au Chili, les prisonniers politiques Mapuche en lutte pour la récupération de leurs terres ancestrales.

★ En France, Georges Ibrahim Abdallah, communiste libanais emprisonné depuis 30 ans.


mardi 3 juin 2014 de 18h30 à 22 h

LIBRAIRIE RÉSISTANCES

4 villa Compoint 75017 Paris (angle du 40 rue Guy Môquet) 

M° (ligne 13) Guy Môquet ou Brochant


19 h - Documentaire «MAPUCHE RESISTE !» (2010, 37')


19h45 - Compte rendu de la mission d’observation des Droits de l’Homme au Chili de Mireille FANON MENDES-FRANCE, Présidente de la Fondation Frantz Fanon, experte indépendante du groupe de travail sur les Afro-Descendants auprès du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU.


Cette mission, organisée par la Commission Éthique contre la Torture-France-Chili entre le 4 et le 15 mai, lui a permis d’évaluer les violations des droits de l’homme. Elle a rencontré d'une part, des prisonniers politiques chiliens et mapuche dont certains étaient en grève de la faim et d'autre part, des personnes d'origine africaine, des acteurs sociaux, des membres institutionnels et d’organismes de défense des droits de l’homme.


20h45 - Me Jean-Louis CHALANSET, avocat de Georges Ibrahim Abdallah et un membre du Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah (CLGIA) présenteront la situation de ce militant communiste libanais de la cause palestinienne, emprisonné en France depuis 30 ans. Il est libérable et expulsable vers le Liban depuis 2012 mais retenu en otage par l’État français, sous la pression des États-Unis et de l’État d'Israël. Il a reçu le prix de la Fondation Frantz Fanon lors du Salon Anticolonial 2014.


Accueil du public dès 18 h30. Entrée libre.

Organisateurs : Collectif de Soutien au Peuple Mapuche - France, Commission Éthique Contre la Torture - France, Terre et Liberté pour Arauco.


 Communiqué en PDF ici.


"La Victoire et la Gloire pour tous les peuples en lutte ! Ensemble nous vaincrons !" Georges Abdallah.

 

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Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2