Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

       SONJA SUDER EST LIBRE         Procès C. Gauger, S. Suder: Une page pour s'informer 

   PALESTINE - Une carte à ne jamais oublier

Rechercher

Texte libre

Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 15:20
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Nous avons eu la chance de pouvoir assister samedi à une des soirée de la "Palestine c-rêve l'écran" : présentation du film en cours de Samir Abdallah sur Gaza dans une forme originale où les séquences étaient présentées par les réalisateurs et des intervenants. Beaucoup d'éléments d'information et autant de réflexion. La semaine se poursuit et en voilà le programme à venir.
Bonjour,

Le programme "LA PALESTINE C-RÊVE L'ECRAN" a explosé sur les écrans de Nanterre ce week end. Ne ratez pas les prochaines séances au Cinéma Les Lumières, 49, rue Maurice Thorez - RER Nanterre ville ((10 mn de l'étoile par le rer):
www.cinemeteque.com

LUNDI 30 MARS 2009

14h Couvre feu

16h Valse avec Bachir

18h Le sel de la mer fiction
De Annemarie Jasser, Palestine-USA 2008, 105 mn. Soraya, 28 ans, née et élevée à Brooklyn, décide de rentrer s'installer en Palestine, le pays d'où sa famille s'est exilée en 1948. Dès son arrivée à Ramallah, Soraya cherche à récupérer l'argent de ses grands-parents gelé sur un compte à Jaffa mais elle se heurte au refus de la banque. Sa route croise alors celle d'Emad, un jeune Palestinien qui, au contraire d'elle, ne souhaite qu'une chose, partir pour toujours. Pour échapper aux contraintes liées à la situation du pays mais aussi pour gagner leur liberté, Soraya et Emad devront prendre leur destin en main quitte à transgresser les lois. Dans cette course à la vie, ils nous emmèneront sur les traces de leur Histoire en Palestine perdue.

 20h10 La terre parle arabe documentaire
De Maryse Gargour, Palestine France Grèce 2008, 61 mn. A la fin XIX ème, les fondateurs du sionisme projettent de créer un Etat juif quelque part dans le monde. Ce sera finalement en Palestine, « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », comme ils le prétendent.Or, depuis des siècles, « la terre parle arabe » ; en d’autres termes, la Palestine est habitée par les Palestiniens. En s’appuyant essentiellement sur les déclarations des leaders sionistes, sur des archives audiovisuelles inédites, sur la presse de l’époque , sur desdocuments officiels et des témoignages de personnes et d’historiens, lefilm jette une lumière crue sur la spoliation de la terre palestiniennepar les fondateurs de l’Etat d’Israël...

Débat avec Elias Sanbar, Maryse Gargour, Schlomo Sand, Dominique Vidal

MARDI 31 MARS 2009

16h Le sel de la mer fiction de Annemarie Jasser, Palestine-USA 2008, 105 mn.

CHANGEMENT DE PROGRAMME :

 18h30 Le mur de fer
Documentaire de Mohammed Alatar, Palestine 2006, 58 mn. En 1923, Vladimir Jabotinsky, l'un des leaders du mouvement sioniste, fondateur de son aile droite, écrivait : « La colonisation sioniste doit, soit s'arrêter, soit se poursuivre sans tenir compte de la population indigène. Ceci veut dire qu'elle ne peut se poursuivre et se développer que sous la protection d'un pouvoir indépendant de la populationindigène, à l'abri d'un mur de fer que la population indigène ne pourra franchir ». Ces phrases sont devenues la politique officielle mais tacite du mouvement sioniste puis de l'Etat d'Israël. Les colonies ont eu pour but dès le départ de créer une implantation sioniste en Palestine. Ce film décrit l’évolution de la colonisation des Territoires occupés palestiniens sous les différents gouvernements israéliens depuis 1967 jusqu’à la construction du Mur.

20h30 le film Noce en Galilée fiction
de Michel Khleifi, Palestine Belgique 1987, n'est plus disponible car plus de copie

IL EST REMPLACE PAR :

 Leïla Shahid, L’Espoir En Exil un documentaire de Michèle Collery
co-réalisé avec Baudouin Koenig (60 mn). Ce film dresse le portrait de cette femme qui, depuis trente ans, est une des voix emblématique du peuple palestinien. Déléguée de la Palestine en France, ambassadrice palestinienne auprès de l’Union Européenne, elle s’est fait connaître auprès du grand public grâce à ses nombreuses interventions dans les médias au cours de ces dernières années. Proche de Yasser Arafat, elle s’engage dès 1969 à ses côtés. Le documentaire nous fera découvrir cette grande figure de la Palestine en Europe : ses souvenirs, son parcours, son quotidien. Tout pour saisir les différentes facettes d’une incurable passionnée.

Débat les censures françaises avec Denis Sieffert, Richard Labévière ,
Eric Hazan

 Réservez vos places en appelant le : 06 50 14 29 17 - www.cinemeteque.com
 ou www.nanterre.fr programme cinéma
à l'initiative de : Collectifs Nanterre-Palestine, Palestine Banlieue-Nord, cinéma Les Lumières, la Cinémétèque, avec le soutien de la ville de Nanterre.
1 séance : 4,90 euros – 2 séances : 8 euros.
et la suite sur : www.cinemeteque.com

ET RETENEZ DES MAINTENANT votre soirée du VENDREDI 3 AVRIL 2009

20h Nanterre
. HALL DE LA SALLE DES CONGRES, MAIRIE DE NANTERRE, RUE DU 8 MAI 1945 RER NANTERRE VILLE, prendre la rue Victor Hugo jusqu'au bout.

GRANDE SOIREE DE CLOTURE "LA PALESTINE C-REVE L'ECRAN"  autour de Mahmoud Darwish, des artistes pour Gaza et la Palestine :

Musique, théâtre, films, poésie… avec les chanteurs NESSIMA, BAAZIZ, les danseuses SORAYA BAGHDADI et ATIKA TAOUALIT avec NASRO au violon, et des invités surprise programme en construction.
(500 places, PAF : 5
euros)
 + sur www.cinemeteque.com 
Partager cet article
Repost0
30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 15:06
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Une troupe de jeunes du Théâtre de la Liberté, du camp de réfugiés de Jénine, effectue sa première tournée en France en région parisienne les 28, 29, 30 avril 2009.

Ils présenteront le spectacle "La flûte magique", adaptation de la légende du joueur de flûte de Hamelin, qui permet à ces jeunes de libérer leur créativité en évoquant des aspects de leur quotidien.

Face à l’isolement et aux humiliations qu’imposent les autorités d’occupation israéliennes, ce séjour sera pour eux l’occasion d’extérioriser par le travail théâtral les conflits qui les hantent. Ce sera également une ouverture sur le monde tant pour nos jeunes acteurs que pour les spectateurs.

Après Toulouse où ils seront reçus dans le cadre d’un partenariat avec une classe de 6ème du collège Bellefontaine puis la région nantaise, ils feront étape en Ile de France où ils donneront 3 spectacles :


- Mardi 28 avril à la salle Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan à Paris 2ème, M° Sentier (tarif 10 €)- 19h45

- Mercredi 29 avril au Centre Culturel Algérien, 171 rue de la Croix Nivert à Paris 15ème, M° Boucicaut (tarif 13 €)- 20 heures

- Jeudi 30 avril à l’Espace Renaudie à Aubervilliers, 30 rue Lopez et Jules Martin, M° Fort d’Aubervilliers (tarif 10 €)- 20 heures


Vous pouvez déjà réserver vos places en retournant ce coupon accompagné d’un chèque :

Réservation pour « La flûte magique » Nom, prénom et adresse :

Téléphone : Adresse e-mail :

Je réserve…………… billet(s) pour le spectacle du …………………………………….……… (attention aux tarifs différents)

Je vous adresse un chèque à l’ordre de « ATL Jénine », de …………………..……. €

Adresse : ATL Jénine, Maison des Associations du 18ème, boîte aux lettres 84, 15 passage Ramey, 75018 Paris.

E-mail : theatrejenine@yahoo.fr Site web : www.atljenine.net - Tél : 06 29 95 33 57.

CAPJPO-EuroPalestine

Partager cet article
Repost0
25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 21:23
Pour consulter le blog : linter.over-blog.com

Le combat contre l'OTAN a été un axe essentiel du combat des organisations révolutionnaires à la fin des années 70 et au début des années 80: aussi bien de la RAF, que des Brigades rouges ou Action directe. Le blog a repris quelques extraits de textes d'Action directe à ce propos.

(Rappelons donc dans ce cadre, que des militants d'Action directe sont encore emprisonnés après plus de 20 ans et que c'est l'occasion de prendre conscience de leur combat et de la solidarité que nous pouvons leur témoigner).

Les militants de l'époque avaient une forte conscience de l'outil que l'OTAN représentait pour le capital et avait su dénoncer et combattre ce que l'on appelait le complexe militaro-industriel, dénomination qui soulignait le lien entre l'économie capitaliste, les force militaires et les politiques des Etats impérialistes qui en étaient les instruments. Ce rôle de l'OTAN, Georges Cipriani le souligne de nouveau dans une lettre de décembre 2008 :

"Réguler les crises, voire les produire, pour ajuster de nouveaux débouchés et possibilités comme pour ouvrir de nouveaux marchés à l'avancée du totalitarisme marchand du Capital et ce, notamment en paupérisant les populations atteintes par le conflit armé - c'est évidemment dans ce contexte que s'explique et se comprend le rôle de l'Otan. En vérité, il n'y a aucun rapport humain qui ne soit plus subordonné aux marchandises et à la marchandisation que les rapports relatifs et liés à la guerre, à la menée des conflits armés, et ce, de l'arme au poing au moindre GPS et autre carte d'état-major, dont le défaut peut entraîner n'importe quel faux pas qui constitue dès lors un danger existentiel. C'est bien pourquoi l'OTAN est depuis 60 ans le fer de lance de la marchandisation et du totalitarisme du Capital, niant concrètement la liberté au nom de l'idée de liberté, à travers la planète!"

Georges Cipriani, prisonnier politique d'Action directe, MC Ensisheim le 31.12.2008

Aujourd'hui, l'on s'aperçoit à la lumière du sommet de l'OTAN de la permanence de ce complexe et de son importance pour le pouvoir - importance que l'on peut mesurer à l'aune de l'extrême mobilisation de toutes les forces du pouvoir contre les manifestants de Strasbourg et d'ailleurs. Les informations sur l'état de siège qui est en train de se développer en Alsace rejoignent celle qui nous a été adressé par réseau 19:

Bruxelles : 442 manifestants anti-OTAN interpellés

La police a arrêté administrativement samedi 442 manifestants qui ont tenté de s'introduire depuis la matinée sur le site de l'OTAN, situé à la limite des communes d'Evere, Bruxelles (Haren) et Zaventem, dans le cadre d'une action de désobéissance civile non violente. Cette opération, baptisée 'Nato Game Over', était organisée par le Forum d'Action pour la Paix, dont fait partie l'association Bomspotting, à l'occasion des 60 ans de l'OTAN qui seront célébrés les 3 et 4 avril à Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne). Selon la police, une seule personne a réussi à franchir une première clôture protégeant le site. Elle a été interpellée par la police avant qu'elle n'escalade la seconde grille. Un autre manifestant, qui tentait de franchir une clôture, s'est blessé à la main. Toutes les personnes interpellées ont été conduites dans les cellules du bâtiment 'Portalis', situé à proximité du Palais de Justice de Bruxelles. Aucun des manifestants n'a opposé de résistance lors des arrestations. Les premiers ont été libérés samedi en début de soirée.

Un périmètre de sécurité virtuel avait été mis en place à l'initiative des bourgmestres des trois communes concernées par la manifestation, permettant aux policiers d'y interpeller toute personne munie d'objets visant à faciliter l'escalade de grilles. Un important dispositif policier a été déployé samedi. Plus de 300 policiers se trouvaient sur place. Une quarantaine de chevaux policiers avec leurs cavaliers étaient également mobilisés. Des arroseuses étaient prêtes à entrer en action et l'hélicoptère de la police fédérale survolait le site de l'OTAN. Un peloton de policiers de la zone de Bruxelles-Ixelles se trouvait exceptionnellement à l'intérieur de l'enceinte du siège de l'Alliance. Les manifestants réclamaient essentiellement le désengagement des troupes de l'OTAN en Afghanistan et en Irak et le retrait immédiat des armes nucléaires de la Belgique.



Mais inversement, l'ampleur des mesures mises en place entraîne une prise de conscience beaucoup plus large en France de ce que représente l'OTAN . Ce n'était pas le cas jusqu'à maintenant, c'est certain. Et il est important que cette prise de conscience s'ancre et se développe ...





Partager cet article
Repost0
17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 21:08
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com
 Contre l’oubli, pour la libération des 5, chaque mois, Rassemblement de Solidarité avec les 5. 
 1er Rendez-vous : Vendredi 20 Mars 2009 de 18H à 20H,
Place de la Fontaine des Innocents, à Paris
Métro Chatelet – RER Chatelet Les Halles

JUSTICE ET LIBERTE POUR LES 5 !

Qui sont les 5 Cubains, prisonniers aux États-Unis ?

Antonio Guerrero, Fernando Gonzalez, Gerardo Hernandez, Ramon Labañino et René Gonzalez avaient infiltré des groupes d’extrème droite tels que « Alpha 66 », « Omega 7 », « Brothers to the Rescue », et la « Cuban American National Foundation » impliqués dans des activités violentes et terroristes : attentats à la bombe, assassinats et actions de sabotage dirigés contre des civils Cubains.
 
En 1997 une série de sabotages et d’attentats perpétrés à Cuba contre des hôtels de la capitale, coûta la vie à un jeune touriste italien, Fabio di Celmo. A la suite de ce drame Fidel Castro envoya une note au président des Etats-Unis de l’époque, Bill Clinton, par le biais de l’auteur colombien Gabriel García Márquez.
 
Les conséquences ont été immédiates parce que -fait peu commun- s’est instaurée une sorte de coopération formelle entre La Havane et Washington. Vers la mi-juin, des spécialistes cubains et des officiels du FBI se sont réunis dans la capitale cubaine pour analyser les preuves et les documents sur les actions terroristes qui avaient comme cible Cuba. La sécurité d’État cubaine a fourni au FBI 230 pages, ainsi que des enregistrements et conversations téléphoniques et des vidéos sur les plans en cours. Les agents du FBI ont quitté La Havane avec la promesse de donner une réponse rapide aux inquiétudes cubaines …et… 3 mois plus tard, le 12 septembre 1998, le FBI a procédé à l’arrestation des cinq Cubains : Antonio Guerrero, Fernando Gonzalez, Gerardo Hernandez, Ramon Labanino et René Gonzalez. Leur crime ? Avoir infiltré, au risque de leur vie, les groupuscules criminels d’origine cubaine responsables de plusieurs attentats violents qui ont coût
é la vie à de nombreux innocents. Depuis 1959, le terrorisme contre le peuple cubain a fait 3.478 morts et a rendu infirme 2.099 personnes.
 
À l’injustice s’ajoute le caractère inhumain avec lequel sont traitées les familles des prisonniers. Les Etats-Unis font tout pour ne pas donner de visas aux familles. Olga Salanueva, l’épouse de René González, et Adriana Pérez, la compagne de Gerardo Hernández, attendent depuis dix ans un visa. Leonard Weinglass, célèbre avocat étasunien qui défend Antonio Guerrero, a souligné que la façon avec laquelle a agi la Justice étasunienne viole toutes les conventions existantes.
 
En mai 2005, le groupe de Travail des Nations Unies sur les détentions arbitraires a justement considéré que l’arrestation de ces cubains constituait une détention arbitraire. En août 2005, après que les 5 cubains aient fait appel du jugement devant la 11ème Cour d’Appel d’Atlanta(Géorgie) 3 juges de cette Cour ont rendu public un document de 93 pages dans lequel ils annulaient le verdict. La Troïka a estimé que les 5 cubains n’avaient pas eu un procès équitable à Miami et a ordonné un nouveau jugement. Bien que la Troïka ait ordonné la tenue d’un autre procès, les 5 cubains continuent à attendre. Alberto González, ex conseiller de George Bush et ministre de la Justice des Etats-Unis, est intervenu ensuite devant le tribunal pour lui demander qu’il révise la décision de la Troïka d’Atlanta. Et le 31 décembre 2005 les juges ont accepté de réviser ce qui était déjà révisé.
 
Les irrégularités du procès contre les 5 sont innombrables, en particulier la première : les accusés n’ont commis aucun crime, n’ont pas attenté contre la sécurité des Etats-Unis, le procès contre eux s’est déroulé à Miami, une ville que la même Cour Fédérale d’Appels des Etats-Unis a considérée comme « hostile et irrationnelle » avec le gouvernement cubain.
 
Pire encore, les cubains peuvent rester dans ces limbes d’injustice pour un temps indéfini. Nous avons donc décidé d'organiser comme le comité d'Arras.
Partager cet article
Repost0
7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 08:56
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Le Tribunal Russel sur la guerre du Vietnam a contribué fortement à la prise de conscience de ce qui se passait. Sartre en donne la ligne directrice

Aujourd'hui se met en place un tribunal semblable sur la Palestine.
Mercredi 4 Mars 2009

Ce jour a été lancé le Tribunal Russell sur la Palestine, lors d’une conférence de presse présidée par l’Ambassadeur de France Stéphane Hessel.

En tant qu’initiateurs, Ken Coates, Président de la Fondation Bertrand Russell pour la Paix ; Leila Shahid, Déléguée Générale de la Palestine auprès de l'Union Européenne, de la Belgique et du Luxembourg ; et Nurit Peled, Prix Sakharov pour la Liberté de Pensée, ont présenté l’historique et les raisons qui les ont menés à demander la constitution de ce Tribunal. Au nom du Comité Organisateur, l’ancien sénateur Belge Pierre Galand en a expliqué le fonctionnement. Parmi la centaine de personnalités internationales qui ont accepté de parrainer cette initiative, messieurs Ken Loach, Paul Laverty, Raji Surani, Jean Ziegler, François Rigaux, Jean Salmon et François Maspero ont tenu à être présents pour exprimer leur soutien.

Dans la lignée du Tribunal Russell sur les crimes de guerre au Vietnam, le Tribunal Russell sur la Palestine est un acte citoyen qui vise à  réaffirmer la primauté du droit international comme base de règlement du  conflit israélo-palestinien, et à éveiller les consciences sur la responsabilité de la communauté internationale dans la perpétuation du déni du droit du peuple palestinien.

Dans son fonctionnement, le Tribunal Russell sur la Palestine se basera sur des Comités d’Experts et de Témoins, chargés d’établir les faits et l’argumentaire juridique qui sera soumis au Tribunal. Des Comités Nationaux d’Appui prendront en charge la préparation de rapports d’expertise, assureront la mobilisation populaire et médiatique autour du projet et le développement des moyens et des ressources du Tribunal.

On peut déjà tabler sur de forts appuis provenant de l’Angleterre, la  France , la Belgique , l’Espagne, la Suisse , l’Autriche, les Pays-bas,  le Portugal, l’Irlande, le Liban, l’Algérie, l’Australie, l’Italie,  l’Afrique du Sud, l’Egypte et, bien sûr, de la Palestine et d’Israël.

D’autres contacts sont en cours pour que la constitution de comités soit  étendue à d’autres pays et continents.

Une fois les dossiers d’accusation constitués et les témoins auditionnés, les sessions du tribunal seront organisées début 2010 dans plusieurs grandes capitales. Un jury composé de personnes connues et  reconnues pour leurs hautes qualités morales sera alors chargé de prendre connaissance de l’ensemble des rapports, d’entendre les témoins à charge et à décharge. Ce jury énoncera les conclusions qui, nous en sommes persuadés, entraîneront une large adhésion des opinions publiques internationales, et par delà, des décideurs politiques, en vue de contribuer à une paix juste et durable au Proche Orient.

Contact :
Tel / fax : 00 32 (0)2 2310174
Tel portable : 00 32 (0) 479 12 95 32
e-mail : trp_int@yahoo.com
web : http://www.russelltribunalonpalestine.com/
Partager cet article
Repost0
6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 15:56
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com


Contre les massacres au Sri-Lanka joignons-nous à la 

Manifestation samedi 7 mars 2009

15h00

 

Place Georges Pompidou (près du Centre Pompidou)

Paris 4ème, Métro Rambuteau ou Hôtel de Ville, Les Halles

 

avec les slogans :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 1er mars 2009

Appel de la CGT

Partager cet article
Repost0
27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 18:32
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Ce qui se passe actuellement aux Antilles, nous permet de réfléchir à nouveau sur la volonté de départementalisation de Mayotte car cela pose de nouveau le problème de l'utilisation des territoires d'outre-mer par le capitalisme français. Pour information nous reprenons l'article publié dans linter il y a plusieurs mois et un communiqué de survie.
L'image “http://www.malango-actualite.com/photos/journee_maore_500.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Manifestation en novembre 2008 - Qui en a parlé?

Par rapport à la politique d'expulsion des sans-papiers, parmi les innombrables morts dont elle est responsable, le blog avait parlé dans un de ses articles de ces habitants d'Anjouan qui étaient morts en essayant de rejoindre l'autre île comorienne : Mayotte (Morts aux Comores - Des clandestins chez eux). Pour mieux comprendre ce qui se joue dans ce qu'il faut bien encore appeler les colonies françaises, nous publions un extrait de l'introduction du livre paru chez Agone, de Pierre Caminade, dans la collection: Les dossiers noirs, issus d'une collaboration entre Agir ici et Survie et dont nous recommandons vraiment la lecture. Nous y apprenons ce que nous ne savons pas et ne cherchons pas toujours à savoir.
Les intérêts:
" ... le contrôle des circulations maritimes dans le canal du Mozambique et le centre français d'écoute militaire de tout l'océan Indien aux Bamiers apparaissent aujourd'hui comme prépondérantes. De longue date, l'éta-major tient à une présence militaire dans cette région: pour d'éventuelles interventions, pour les voies de communication et leur protection. L'espace martime a son importance stratégique: deux tiers du pétrole exporté du Moyen-Orient passent par le canal du Mozambique. De surcroît, une présence tout autour de la Terre facilite la surveillance des satellites...."  
Un mur de Berlin aquatique:
"Point d'orgue de la présence française, un mur de Berlin aquatique de 70 km de large sépare administrativement les familles depuis 1995. Il s'agit du visa imposé par le gouvernement Balladur aux Comoriens qui veulent se rendre à Mayotte. Ils sont donc très nombreux à tenter la traversée sans visa, parfois sur des embarcations de fortune, clandestinité oblige ..."
En 1975, lors de la décolonisation du territoire des Comores, la France viole la règle internationale du respect des frontières en arrachant Mayotte à cet archipel. "Conformément à la volonté des Mahorais", n'auront de cesse de répéter les chantres de "Mayotte la Française". Une "volonté" assise sur les intérêts de quelques familles métisses de notables, qui ont tiré toutes les ficelles, et sur la crainte d'un épouvantail " monté de toutes pièces" par Paris - qui a su diviser les îles en créant rivalités et rancoeur.
Condamnée plus de vingt fois par l'ONU, cette situation reste illégale. Les Comoriens des trois autres îles, chez eux à Mayotte en droit international, en sont expulsés par les gendarmes français. Mayotte: territoire d'outre-mer ou territoire occupé? Quel intérêt la France y trouve-t-elle? Après s'être autoproclamée héraut international du droit face à la force dans les prémices de la guerre d'Irak, peut-elle continuer à s'enfermer dans ses contradictions néocoloniales?
L'île de Mayotte se trouve ainsi au carrefour des problématiques de la politique africaine de la France et de la politique de son outre-mer Ce dossier propose d'abord un examen de ce processus de "domtomisation", puis de ses conséquences, notamment pour le reste de l'archipel des Comores, devenu chasse gardée d'une clique de mercenaires, Bob Denard en tête Pour finir seront tracées quelques perspectives pour ces îles ...

OUTRE-MER
Les "confettis de l'empire" sont répartis sur les trois océans La mainmise de la métropole sur "ces îles que l'on dit françaises" entraîne un foisonnement d'activités législatives autour de leur statut, pour certains en évolution permanente, qui effleure les limites constitutionnelles et jongle avec le droit international. Ainsi se sont multipliées les formules : TOM, DOM, mais aussi CDOM, POM et autres CTOM. Ces modifications de statut permettent à la fois de gagner du temps face aux vagues de protestation des populations et de "séparer" les revendications des différentes îles (et de la Guyane) : en prétextant la spécificité de chaque cas, on affuble chacun d'un statut "à la carte" et "sur mesure". En effet, rien ne contrarie plus les autorités françaises que de voir les indépendantistes se coaliser dans une revendication commune: la décolonisation. Nous reviendrons en conclusion sur les procédés mis en oeuvre dans la constitution de ces "régions ultrapériphériques", comme les dénomme l'Union européenne ...
De toute l'outre-mer, l'ONU depuis 1986, ne retient la notion de colonie que pour la Nouvelle-Calédonie, puisqu'elle est déterminée par la volonté d'indépendance manifestée par la population concernée. Les Comores en ont fait partie puisque le 15 août 1973, le comité de décolonisation de l'ONU, le "comité des vingt-quatre" a adopté une résolution favorable à l'indépendance des quatre îles, y compris Mayotte La liste des territoires encore aujourd'hui considérés comme "à décoloniser" par l'ONU est étonnamment étoffée: Anguilla, les Bermudes, les îles Caïman, Gibraltar, Guam, les îles Falkland (Malvinas), Montserrat, la Nouvelle Calédonie (dont la puissance administrante est la France), Pitcairn, Sainte-Hélène, le Sahara occidental, les Samoa américaines, les Tokelaou, les îles Turques et Caïques, les îles Vierges américaines, et les îles Vierges britanniques ...

MAYOTTE
... La France avait déjà confectionné toute une panoplie de statuts pour son outre-mer (DOM, TOM, CTOM voire POM). Elle a encore changé, en l'an 2000 la "collectivité territoriale de Mayotte" (CTOM) en un CDOM "une collectivité départementale d'outre-mer". cela fait deux statuts créés spécialement pour cette île, depuis son arrachement aux Comores par la France lors de leur décolonisation en 1975 (le premier statut français pour Mayotte n'intervient qu'en 1976). Plutôt que d'encourager un processus de retrouvailles avec ses trois îles soeurs (Anjouan, Mohéli, la Grande Comore), la France a enclenché un processus de rattachement prévu pour durer plus de dix ans, dont on ne sait pas encore s'il débouchera sur un statut de DOM.

UNE ANNEXION ILLEGALE
Nous passerons en revue le pourquoi de cette occupation française (chapitre 1: "Intérêts en présence"), les motivations liées à la guerre froide s'étant dissipée, le contrôle des circulations maritimes dans le canal du Mozambique et le centre fraçais d'écoute militaire de tout l'océan Indien aux Bamiers apparaissent aujourd'hui comme prépondérantes. De longue date, l'éta-major tient à une présence militaire dans cette région : pour d'éventuelles interventions, pour les voies de communication et leur protection. L'espace martime a son importance stratégique: deux tiers du pétrole exporté du Moyen-Orient passent par le canal du Mozambique. De surcroît, une présence tout autour de la Terre facilite la surveillance des satellites....
Nous décrirons comment les forces en présence ont joué sur le processus législatif ... Une loi, adoptée au premier semestre 2000, vise à rectifier le statut indéfinissable de Mayotte par son "ancrage définitif" à la France ... Pourtant aux yeux de la communauté internationale, au regard des résolutions de l'ONU, de l'OUA, de la Ligue des pays arabes et de la conférence islamique, ce rattachement reste illégal. Le processus en cours achève "l'oeuvre" des mêmes lobbies qui ont poussé à la sécession initiale avec l'archipel des Comores ....
Conséquences : le rattachement de Mayotte à la France est un facteur important de déstabilisation des autres îles des Comores. Elles ont essuyé une vingtaine de coups de force, réussis ou non de 1975 à 2001, souvent perpétrés par l'équipe de Bob Denard...
Résultat dévastateur: pendant plus de quatre ans, il n'y a quasiment plus eu d'Etat comorien. Instrumentalisés depuis longtemps par la droite extrême française, au profit des intérêts français, les mouvements séparatistes ont eu quartier libre.
Point d'orgue de la présence française, un mur de Berlin aquatique de 70 km de large sépare administrativement les familles depuis 1995. Il s'agit du visa imposé par le gouvernement Balladur aux Comoriens qui veulent se rendre à Mayotte. Ils sont donc très nombreux à tenter la traversée sans visa, parfois sur des embarcations de fortune, clandestinité oblige ..."

L'image “http://tempsreel.nouvelobs.com/file/412382.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Editions AGONE
BP 2326
13 213 Marseille cedex 02
www. agone.org

L'image “http://atheles.org/couverture/couv_543.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Comores-Mayotte: une histoire néo-coloniale
Pierre Caminade
Dossiers noirs
Agir ici/Survie

Départementalisation de Mayotte : un  troisième référendum nul et non avenu 

 Communiqué de l'association Survie

Le 29 mars 2009, le projet de loi sur la départementalisation de l’île de Maoré (Mayotte) sera soumis à référendum auprès des Mahorais-es. Ce statut de Département d’Outre-mer (DOM) renforcerait, à partir de 2011, « l’ancrage définitif » dans la France de Mayotte,  qui deviendrait ainsi une « Région ultrapériphérique » de l’Union européenne. Un « ancrage » et un projet de référendum pourtant illégaux pour la communauté internationale au regard des vingt résolutions de l’ONU reconnaissant Mayotte comme comorienne, et condamnant fermement la France depuis 1975.

La fausse promesse des aides de l’UE

Outre les revenus minimes accordés par la France, le gouvernement fait croire aux Mahorais(es) que la départementalisation donnerait à Mayotte le même statut européen qu’aux actuels DOM. Comme l’explique le député Jean-Christophe Lagarde : « la départementalisation, si elle est, en tant que telle, sans effets sur le statut de Mayotte vis-à-vis de l'Union européenne [UE], appellera une nouvelle batterie de réformes, notamment fiscales, tendant à faire accéder ce territoire, au sein de l'Europe, au statut de Région ultrapériphérique [RUP] et, par là-même, aux financements communautaires. » (AN, séance du 11 février 2009.) C’est demander aux chancelleries des pays de l’UE de reconnaître Mayotte comme RUP rattachée à la France,  alors que leurs États ont voté presque toutes les résolutions de l’ONU contre ce rattachement.

L’île de la cruauté

En tout état de cause, la départementalisation renforcerait de fait, via l’annexion pure et simple de Mayotte par la France, une situation humaine des plus dramatiques : de nombreuses familles séparées par la « frontière française » autour de Mayotte, les traversées clandestines sur de frêles embarcations au prix de nombreuses noyades (des milliers de morts depuis l’introduction du visa Balladur-Pasqua en janvier 1995). L’expulsion ensuite : en 2008, il y en a eu 13 000 depuis Mayotte, à comparer aux 29 000 depuis la métropole. Les conditions de vie des Comoriens traqués à Mayotte sont indignes d’une République, et aggravées par une campagne lancée en 2005 par le gouvernement sur le thème du « droit du sang  ».[1]

La France ignore la légalité internationale

Rappelons que l’archipel des Comores (la Grande Comore, Anjouan, Mohéli, Mayotte) devait former en 1975 un État indépendant. Tournant le dos au droit onusien, qui impose le respect des frontières issues de la colonisation, la France conservera Mayotte dans son giron en procédant au décompte des suffrages du référendum  île par île [2]. Mayotte sera donc rattachée à l’Hexagone par un statut mouvant, en toute illégalité. Au sommet d’Addis Abeba de janvier 2009, les 53 pays de l'Union africaine ont été unanimes pour condamner une nouvelle fois, ce référendum, ainsi que l’inscription de Mayotte dans la constitution française.

Parallèlement, la partie indépendante de l’Archipel a été déstructurée politiquement par une série de coups d’État organisés par des mercenaires français (Mayotte leur servant souvent de relais), ce qui explique l’extrême faiblesse économique de ce pays. C’est une stratégie jouée par la France pour conserver Mayotte : maintenir à Mayotte un niveau de vie supérieur à celui du reste de l’archipel des Comores, afin que les Mahorais préfèrent l’administration par la France à l’achèvement de la décolonisation. Mais en affaiblissant politiquement les Comores, (plus de 20 coups d'État ou coup tordus en 33 ans), en contrôlant le mieux possible leur régime par le biais des services secrets et des mercenaires (Bob Denard [3] et compagnie), en soutenant le séparatisme à Anjouan depuis 1997 (protection du colonel Mohamed Bacar[4]), la France espère aussi anéantir la revendication de la restitution de Mayotte.

Un retour à la légalité internationale est encore possible

Les responsabilités de la France sont donc accablantes. Paris doit cesser d’occuper illégalement les Comores, et d’empêcher les Comoriens de se saisir de leur histoire. La France doit se conformer à la légalité internationale. Nous demandons donc aux instances internationales (Union européenne et ONU) de faire pression sur le gouvernement français pour qu’il :

- annule le référendum du 29 mars,

- abroge le visa Balladur de 1995,

- ouvre de véritables négociations sous l’arbitrage d'instances internationales pour la restitution de Maoré à l’Union des Comores.


[1] Cf. Billets d’Afrique et d’ailleurs, n°143 et n°170

[2] Cf. Pierre Caminade, Dossier Noir n°19 - Comores-Mayotte : une histoire néocoloniale, Agone 2004.

[3] Cf. Billets d’Afrique et d’ailleurs, n°149, dossier spécial,

[4] Cf. Billets d’Afrique et d’ailleurs n°168

Partager cet article
Repost0
24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 20:05
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Obama et la question israélo-palestinienne[1]

 

Noam Chomsky

 

Tout le monde s’accorde à reconnaître en Barack Obama un homme à l’intelligence aiguisée, et un juriste chevronné particulièrement précis dans le choix de ses mots. On doit donc prendre Obama au sérieux – tant dans ce qu’il dit que dans ce qu’il tait. D’une signification particulière, sa première déclaration substantielle en matière d’affaires étrangères, le 22 janvier, au Département d’État : il intronisait alors George Mitchell, duquel il faisait son envoyé spécial au Moyen-Orient.

 

On attend de Mitchell qu’il focalise son attention sur le problème israélo-palestinien, au lendemain de la récente invasion américano-israélienne de Gaza. Durant cet assaut meurtrier, Obama est resté silencieux, n’émettant que quelques platitudes, au motif, disait-il, qu’il n’y aurait eu qu’un seul président des États-unis – alors que cela ne l’avait jamais incité à se taire sur bien d’autres questions.

 

Sa campagne, en revanche, avait lourdement insisté sur cette déclaration du même Obama : "Si des roquettes tombaient là où mes deux filles dorment, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour arrêter ça !". Il faisait allusion aux enfants israéliens (est-il besoin de le préciser ?), et non aux centaines d’enfants palestiniens en train d’être massacrés par des armes de fabrication américaine, dont, évidemment, il ne pouvait pas parler, puisque – combien de fois faudra-t-il vous le répéter ? – il n’y avait qu’un seul président qui fût en mesure de le faire (mais qui n’en avait nulle envie) ?!

 

Toutefois, le 22 janvier, le seul et unique président des États-unis est devenu un certain Barack Obama. Par conséquent, celui-ci pouvait désormais parler librement de ce genre de question – en évitant soigneusement, bien sûr, l’agression contre Gaza, qui venait de prendre fin, par le plus grand des hasards ( !). Juste à la veille de son intronisation !

 

Le discours d’Obama a mis l’accent sur son engagement en vue d’un règlement pacifique. Il en a laissé les délinéaments dans le vague, excepté une proposition spécifique : "L’initiative de paix arabe", a dit Obama, "comporte des éléments constructifs qui pourraient contribuer à faire progresser ces efforts. Le temps est venu, pour les pays arabes, d’agir selon la promesse de cette initiative en soutenant le gouvernement palestinien sous la direction du président Abbas et du Premier ministre Fayyad, en allant de l’avant dans la normalisation de leurs relations avec Israël et en luttant contre l’extrémisme qui nous menace tous."

 

Obama, on le voit, ne falsifie pas tout de go la proposition de la Ligue arabe, mais son entourloupe, soigneusement ciselée, est hautement instructive.

 

La proposition de paix de la Ligue arabe appelle effectivement à une normalisation des relations avec Israël – dans le contexte – je répète : dans le contexte – d’un solution à deux Etats dans les termes du consensus international réuni de longue date, que les États-unis et Israël bloquent depuis plus de trente ans, dans un isolement international total, chose qu’ils continuent à faire aujourd’hui. Le noyau de la proposition de la Ligue arabe, comme Obama est ses conseillers ès-Moyen-Orient le savent parfaitement, c’est son appel à un règlement politique pacifique dans ces termes, bien connus désormais, dont il est reconnu qu’ils sont la seule base possible pour le règlement pacifique auquel Obama professe être attaché. L’omission de ce fait crucial ne saurait être purement accidentelle : elle signale de manière très claire qu’Obama n’envisage nullement de se départir du rejectionnisme américain. L’appel qu’il lance aux pays arabes, les exhortant à mettre en actes un corollaire de leur proposition, tandis que les États-unis continuent à ignorer jusqu’à l’existence de son contenu fondamental, qui bien entendu pré-conditionne le corollaire, dépasse les bornes du cynisme.

 

Les actes les plus significatifs de nature à saper tout règlement pacifique sont les agissements quotidiens soutenus par les États-unis dans les territoires occupés, tous reconnus comme des agissements criminels : confiscations de terres arables et de ressources et construction de ce que l’architecte-en-chef du plan, Ariel Sharon, appelait des "bantoustans" pour Palestiniens – ce qui était d’ailleurs une comparaison injuste, car les bantoustans sud-africains étaient autrement plus viables que les fragments de la Palestine concédés aux Palestiniens dans la conception sharonienne des choses, en train de se réaliser sur le terrain. Mais les États-unis et Israël vont même jusqu’à continuer à refuser un règlement politique en pures paroles verbales, encore tout récemment, en décembre 2008, les États-unis et Israël (ah, j’allais oublier… ainsi que quelques minuscules îles du Pacifique) ayant voté contre une résolution de l’Onu soutenant "le droit du peuple palestinien à l’autodétermination" (votée à 173 voix pour, 5 contre, et le veto des Etats-Unis-Israël, sous des prétextes évasifs).

 

Obama n’a pas eu un seul mot au sujet des constructions de colonies et d’infrastructures (réservées aux colons) en Cisjordanie, ni des mesures complexes visant à contrôler l’existence des Palestiniens et conçues de manière à saper les perspectives de toute solution pacifique à deux États. Son silence est une réfutation sinistre de ses envolées lyriques sur la manière dont il va "entretenir un engagement actif à rechercher deux États vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité".

 

Il n’a pas mentionné, non plus, l’utilisation d’armes américaines à Gaza, en violation non seulement du droit international, mais aussi de la loi américaine. Ni l’expédition de nouvelles armes américaines par Washington à Israël, au plus fort de l’agression américano-israélienne, chose que n’ignoraient certainement pas les conseillers es-questions moyen-orientales d’Obama.

 

Sur un point, toutefois, Obama s’est montré intraitable : la contrebande d’armes à destination de Gaza doit être stoppée… Il avalise l’avis commun de Condoleezza Rice et de la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni, selon lequel la frontière entre la bande de Gaza l’Égypte doit être hermétiquement scellée – remarquable exercice d’arrogance impériale, comme l’a fait observer le Financial Times : "Se congratulant mutuellement, à Washington, ces deux responsables semblaient oublier le fait qu’elles étaient en train de conclure un marché au sujet d’un commerce illégal à la frontière de quelqu’un d’autre : en l’occurrence, des Égyptiens. Le lendemain, un responsable égyptien qualifia leur mémorandum de "fictionnel". Mais cette objection égyptienne fut rejetée d’un revers de main…

 

Revenons à l’allusion faite par Obama à la proposition "constructive" de la Ligue arabe ; comme l’indique le compte-rendu, Obama persiste à refuser de soutenir le parti vainqueur [Chomsky écrit, par erreur : "defeated party", ndt] des élections de janvier 2006 – les seules élections libres de tout le monde arabe – auxquelles les États-unis et Israël réagirent, immédiatement et ouvertement, en punissant sévèrement les Palestiniens de s’être opposés à la volonté des maîtres. Mais il y a un léger ‘hic’, c’est le fait que le mandat d’Abbas a pris fin le 9 janvier, et que Fayyad a été nommé sans avoir été confirmé par le Parlement palestinien (dont beaucoup des membres ont été kidnappés par Israël, où ils sont emprisonnés depuis lors). Le quotidien israélien Ha’aretz qualifie Fayyad de "drôle d’oiseau dans le monde politique palestinien. D’un côté, c’est l’homme politique palestinien le plus estimé en Israël et en Occident. De l’autre, toutefois, il n’a pas le moindre pouvoir électoral, ni dans la bande de Gaza, ni en Cisjordanie". Le rapport relève par ailleurs "la relation intime de Fayyad avec l’establishment israélien", et en particulier son amitié avec Dov Weisglass, un conseiller extrémiste de Sharon. Bien que dépourvu de tout soutien populaire, Fayyad est considéré compétent et intègre, ce qui n’est pas courant dans les secteurs politiques sponsorisés par les États-unis.

 

L’insistance mise par Obama à ne jurer que par les seuls Abbas et Fayyad ne fait que confirmer le mépris constant de l’Occident pour la démocratie, dès lors que celle-ci échappe à son contrôle.

 

Obama a fourni les raisons habituelles "justifiant" qu’on ignore le gouvernement élu dirigé par le Hamas. "Pour être un authentique partenaire de paix", a ainsi déclaré Obama, "le quartette [États-unis, Union européenne, Russie et Onu] a fait savoir très clairement que le Hamas doit répondre à des conditions très précises : reconnaître le droit à l’existence d’Israël ; renoncer à la violence ; respecter les accords déjà conclus." Passé sous silence, comme d’habitude, le fait gênant que les États-unis et Israël rejettent fermement la totalité de ces trois conditions. Seuls dans le monde, ils empêchent un règlement à deux États, dont un Etat palestinien ; bien entendu, ils ne renoncent pas à la violence ; et ils rejettent la proposition centrale du Quartette, à savoir la "feuille de route". Israël l’a certes acceptée, pour la forme, mais accompagnée de quatorze réserves qui, de fait, en éliminent le contenu (en cela, Israël était soutenu, tactiquement, par les États-unis). C’est le grand mérite de l’ouvrage de Jimmy Carter, Palestine : la paix, pas l’apartheid !, d’avoir porté ces faits à la connaissance de l’opinion publique pour la première fois – et à celle de l’opinion politiquement correcte, consensuelle, "mainstream", pour la seule et unique fois…

 

Par un raisonnement élémentaire, il s’ensuit que ni les États-unis, ni Israël ne sont des "partenaires de paix sincères". Mais ça, il ne le dira jamais. Cette phrase ne doit même pas exister, en anglais !

 

Il est peut-être injuste de critiquer Obama pour cette quintessence de cynisme, car elle est quasi universelle, à la différence de son éviscération méticuleuse de la composante centrale de la proposition de la Ligue arabe, qui est vraiment un apport innovateur qui lui revient en propre et qu’on ne saurait lui contester…

 

Quasi-universelles, elles aussi, ces références convenues au Hamas : organisation terroriste, vouée à la destruction d’Israël (à moins que ce ne soit à celle de tous les juifs ?). Sont omis les faits gênants (sans doute) que les Etats-Unis-Israël non seulement sont voués à la destruction de toute forme viable d’État palestinien, mais ne cessent de mener des politiques allant dans ce sens. Ou encore celui que, contrairement aux deux États réjectionnistes, le Hamas a appelé à une solution à deux États, dans les termes du consensus international : publiquement, explicitement et de manière répétée.

 

Obama a introduit ses observations ainsi : "Permettez-moi d’être clair : l’Amérique est garante de la sécurité d’Israël. Et nous soutiendrons toujours le droit qu’a Israël de se défendre contre des menaces illégitimes."

 

Au sujet du droit des Palestiniens à se défendre contre des menaces bien plus extrêmes, comme celles qui se produisent quotidiennement, avec le soutien des États-unis, dans les territoires occupés : rien ! Nada ! Mais, là encore, c’est la norme à laquelle nous sommes "habitués"…

 

Normale, là encore, l’énonciation du principe selon lequel Israël a le droit de se défendre. C’est correct. Mais c’est vide : se défendre, dans l’absolu, tout le monde en a le droit ! Mais dans son contexte, ce cliché est pire que vide : c’est une tromperie cynique supplémentaire.

 

La question n’est pas de savoir si Israël a le droit de se défendre, comme n’importe qui d’autre, mais s’il a le droit de le faire par la force. Personne, y compris Obama, ne pense qu’un pays puisse jouir d’un droit de valeur générale à se défendre par la force : tout d’abord, il est nécessaire de démontrer qu’il n’existe aucune alternative pacifique, que l’on pourrait expérimenter. Dans le cas qui nous occupe, il y a des alternatives, assurément.

 

Une alternative étriquée consisterait, pour Israël, à respecter un cessez-le-feu, comme, par exemple, le cessez-le-feu proposé par le chef politique du Hamas Khaled Meshaal quelques jours avant qu’Israël ne lance son agression, le 27 décembre. Meshaal a appelé à réinstaurer l’accord de 2005 ; cet accord préconisait une fin des violences et une ouverture permanente des frontières, accompagnées d’une garantie, par Israël, que les biens et les personnes pourraient circuler librement entre les deux parties de la Palestine occupée, à savoir la Cisjordanie et la bande de Gaza. Cet accord avait été rejeté au bout de quelques mois par les États-unis et Israël, après que les élections libres de janvier 2006 eurent "mal tourné". Les autres cas, tout aussi hautement significatifs, abondent.

 

Mais une alternative plus large et plus significative consisterait, pour les États-unis et pour Israël, à abandonner leur isolationnisme extrême, et à rejoindre le reste du monde – dont les pays arabes et le Hamas – dans le soutien à un règlement à deux États conforme au consensus international. Il convient de noter qu’au cours des trente années écoulées, il n’y a eu qu’une unique occurrence d’abandon de l’isolationnisme américano-israélien : les négociations de Taba, en janvier 2001, qui semblèrent très proches d’une résolution pacifique du conflit, lorsqu’Israël les fit capoter prématurément. Il ne serait pas incongru, pour Obama, d’accepter de rejoindre le reste du monde, fût-ce dans le cadre de la politique américaine, encore faudrait-il que cela l’intéresse vraiment ?

 

En résumé : la réitération quelque peu forcée, par Obama, du droit d’Israël à l’autodéfense n’est rien d’autre qu’un énième exercice de tromperie cynique – même si, il faut le reconnaître, elle n’est pas quelque chose qui lui soit propre, s’agissant d’une tromperie virtuellement universelle.

 

Si, dans ce dernier cas, la tromperie est particulièrement frappante, c’est parce que l’occasion en fut la nomination de Mitchell au poste d’envoyé spécial. Le principal haut-fait de Mitchell fut son rôle éminent dans le règlement pacifique en Irlande du Nord. Celle-ci prôna la fin du terrorisme de l’IRA et de la violence britannique. Cela revenait à reconnaître, implicitement, que, si la Grande-Bretagne avait bien le droit de se défendre contre le terrorisme, elle n’avait aucun droit à le faire par la force, car il existait une alternative pacifique : la reconnaissance des griefs légitimes de la communauté irlandaise catholique, qui étaient à l’origine de la terreur de l’IRA. Dès l’instant où la Grande-Bretagne adopta cette attitude raisonnable, la terreur cessa. Les implications pour la mission de Mitchell, en matière de conflit israélo-palestinien, sont tellement évidentes qu’il n’est nul besoin de les rappeler. Et leur omission, là encore, est un indice frappant de l’inscription de l’administration Obama dans le rejectionnisme traditionnel des États-unis et dans leur opposition à la paix, à moins que ce ne soit à leurs propres conditions extrémistes.

 

Par ailleurs, Obama a rendu hommage à la Jordanie en raison de "son rôle constructif dans l’entraînement des forces de sécurité palestiniennes et dans l’entretien de ses bonnes relations avec Israël – ce qui contraste de manière frappante avec le refus américano-israélien de traiter avec le gouvernement palestinien démocratiquement élu, tout en punissant sauvagement les Palestiniens pour avoir élu ledit gouvernement pour des motifs qui, comme nous l’avons noté, ne soutiennent pas un simple examen de quelques secondes. Il est vrai que la Jordanie s’est jointe aux États-unis dans l’armement et l’entraînement des forces palestiniennes de sécurité, afin qu’elles soient en mesure d’interdire toute manifestation de soutien aux malheureuses victimes de l’agression américano-israélienne contre Gaza, et aussi en arrêtant des partisans du Hamas et l’éminent journaliste Khaled Amayreh, tout en montant de toutes pièces leurs propres manifestations de soutien à Abbas et au Fatah, dans lesquelles "la plupart des participants étaient des fonctionnaires et des écoliers ayant reçu de l’Autorité palestinienne l’ordre expresse d’y participer", d’après le quotidien Jerusalem Post. Cela, oui, d’accord : c’est le genre de démocratie qui est à notre goût…

 

Obama a fait un autre commentaire lourd de sens : "Dans le cadre d’un cessez-le-feu à long terme, les points de passage à travers la frontière de Gaza devront être ouverts afin de permettre le passage des aides et des marchandises, avec un régime de surveillance adéquat…" Bien entendu, il s’est bien gardé de mentionner que les États-unis et Israël avaient rejeté un accord quasi similaire après les élections de janvier 2006 et qu’Israël n’avait jamais respecté par le passé des accords du même type à ses frontières.

 

On notera aussi l’absence totale de réaction à l’annonce par Israël de son rejet de l’accord de cessez-le-feu, rendant du même coup toute perspective que ledit accord soit "de longue durée" inutile. Comme cela a été immédiatement rapporté par la presse, "le Ministre israélien Binyamin Ben-Eliezer, qui assiste aux délibérations du Conseil des ministres en matière sécuritaire, a déclaré à la Radio de l’Armée, mercredi, qu’Israël ne laisserait pas les points de passage vers Gaza rouvrir sans qu’ait été au préalable conclu un marché en vue de la libération de Gilad Shalit," (AP, 22 janvier) ; "Israël maintiendra les carrefours de Gaza fermés... Un responsable a dit que le gouvernement envisageait d'utiliser la question pour marchander la libération de Gilad Shalit, le soldat israélien prisonnier du groupe islamiste depuis 2006" (Financial Times, 23 janvier) ; "En début de semaine, la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a déclaré que des progrès en matière de libération du caporal Shalit seraient un préalable à l’ouverture des postes frontière restés fermés, la plupart du temps, depuis que le Hamas avait arraché le contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne, en 2007" (Christian Science Monitor, 23 janvier) ; "un responsable israélien a déclaré que des conditions très dures seraient mises à toute levée du blocus, qu’il a conditionnée elle-même à la libération de Gilad Shalit" [Financial Times, 23 janvier]. ; entre bien d’autres éléments.

 

La captivité de Shalit est une question prééminente en Occident : c’est là une énième "preuve" du caractère criminel du Hamas. Quoi que l’on puisse en penser, il est incontestable que la capture d’un militaire d’une année d’agression est un crime bien moindre que la capture de civils telle que la pratiquait exactement la veille l’armée israélienne, qui avait fait prisonniers deux frères qu’elle avait ensuite exfiltrés à travers la frontière, après quoi ils avaient disparu dans un camp d’emprisonnement israélien. Contrairement au cas beaucoup moins grave de Shalit, ce crime a pratiquement été passé sous silence, et il a fini par être oublié, en même temps que la pratique sur une base régulière, par Israël, depuis des décennies, du kidnapping de civils au Liban et en haute mer, suivie de leur dispersion dans diverses prisons israéliennes, où ils sont bien souvent maintenus prisonniers durant des années, en tant qu’otages. Mais la capture de Shalit, elle, c’est autre chose : elle interdit la conclusion d’un cessez-le-feu !

 

Le discours d’Obama, au département d’État, consacré au Moyen-Orient, se poursuivit avec "la situation en train de se dégrader en Afghanistan et au Pakistan… (deux pays qui sont) le front central de notre lutte constante contre le terrorisme et l’extrémisme". Quelques heures plus tard, des avions de guerre américains attaquaient un hameau principalement peuplé de bergers. "Des femmes et des enfants figurent parmi les vingt-deux tués, ont-ils indiqué, d’après Hamididan Abdul Rahmazai, le chef du conseil provincial." (Los Angeles Times, 24 janvier).

 

Le premier message qu’adressa Karzai, le président afghan, à Obama, après son élection, en novembre, fut une exhortation à arrêter les bombardements contre des civils afghans, une exhortation qu’il réitéra quelques heures avant qu’Obama ne prête serment. Cela fut considéré comme un appel significatif de Karzai au départ [de l’Afghanistan] des forces américaines et des autres forces armées étrangères. Les riches et les puissants ont leurs "responsabilités". Parmi celles-ci, a écrit le New York Times, il y a celle d’ "assurer la sécurité" dans le sud de l’Afghanistan, un pays où "les insurgés sont formés sur place et auto-entretenus". Air connu. Cela ressemble mot pour mot à ce que l’on pouvait lire dans la Pravda, dans les années 1980. Par exemple…

 

 

"Exterminez toutes les brutes" : Gaza 2009[2]

Samedi 27 décembre 2008 la dernière attaque en date est lancée contre les Palestiniens sans défenses. Elle fut minutieusement préparée, depuis plus de 6 mois selon la presse israélienne. Le plan comprend deux aspects, l’un militaire et l’autre de propagande. Il est basé sur les leçons de l’invasion israélienne du Liban en 2006, mal programmée et peu "expliquée" au public. Nous pouvons donc être certains que ce qui a été fait a été intentionnel et programmé.

Ainsi en est-il sûrement du moment de l’agression : un peu avant midi, quand les enfants sortent de l’école et que les foules s’affairent dans les rues de Gaza densément peuplée. Quelques minutes suffiront pour tuer plus de 225 personnes et en blesser 700. Début de bon augure au massacre en masse de civils sans défense, pris au piège dans une petite cage, sans moyen d’en échapper.

 

Dans sa rétrospective "inventaire des gains de la Guerre de Gaza" le correspondant du New York Times Ethan Bronner a classé cet acte comme une réussite des plus significatives. Israël a anticipé l’avantage de paraître "devenir fou" en causant une terreur totalement disproportionnée, doctrine qui remonte aux années 1950. "Les Palestiniens à Gaza ont reçu le message dès le premier jour" écrit Bronner, "quand les avions de guerre d’Israël ont frappé d’un coup de multiples cibles au beau milieu d’un samedi matin. Environ 200 furent tués instantanément, terrifiant le Hamas et bien sûr tout Gaza". La tactique du "devenir fou" semble avoir porté ses fruits conclut Bronner : il y a "certaines indications que les Gazaouis ressentent tellement de douleur qu’ils ne soutiendront plus le Hamas", gouvernement qu’ils ont élu. A ce propos, je ne me souviens pas de la rétrospective du Times "inventaire des gains de la Guerre de Tchétchénie", bien que les gains en furent élevés.

 

La préparation minutieuse comprenait aussi certainement la fin de l’agression, soigneusement planifiée, juste avant l’investiture d’Obama pour minimiser la menace (lointaine) qu’il puisse émettre quelques critiques sur ces crimes odieux soutenus par les USA.

 

Deux semaines après le début de ce Shabbat agressif, Gaza étant déjà ensevelie sous les décombres et le bilan humain avoisinant les 1000 morts, l’agence de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNWRA), dont dépend la survie de la plupart des Gazaouis, annonce que l’armée israélienne lui refuse l’acheminement de l’aide vers Gaza, arguant que la frontière est fermée durant la fête du Shabbat. Pour honorer le jour saint, on refuse nourriture et médicaments aux Palestiniens sur le point de mourir, pendant que des centaines d’autres sont massacrés par les bombardiers et les hélicoptères de fabrication étasunienne.

 

Cette double norme de respect scrupuleux du Shabbat ne provoque que peu, ou pas du tout la critique. Cela s’explique. Dans les annales criminelles du couple Israël-Etats-Unis, cette cruauté et ce cynisme ne méritent pas même une note de bas de page. C’est trop courant. Pour citer un parallèle significatif, en juin 1982 l’invasion Israélienne du Liban, avalisée par les États-unis, commença par le bombardement des camps de réfugiés Palestiniens de Sabra et Shatila, qui devinrent ensuite les symboles des terribles massacres supervisés par les IDF (Forces de "Défense" Israéliennes). Le bombardement toucha l’hôpital local - l’hôpital Gaza - et tua plus de 200 personnes selon le témoignage d’un universitaire étasunien spécialiste du Moyen-Orient. Cette boucherie fut l’acte d’ouverture d’une hécatombe qui extermina quelque 15 à 20.000 personnes et détruisit la plus grande partie du Sud Liban et de Beyrouth, avec le soutien militaire et diplomatique des États-unis. Soutien sous forme de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU dont les résolutions visaient à bloquer cette agression criminelle menée en fait pour protéger Israël d’un règlement pacifique et politique, et non les Israéliens souffrant sous d’intenses tirs de roquettes, inventions commodes de l’imagination d’apologistes.

 

Tout cela est normal et commenté assez ouvertement par de hauts dignitaires israéliens. Il y a 30 ans, le chef d’état-major Mordechai Gur observait que depuis 1948 "nous avons combattu une population habitant des villages et des villes". Ou, résumé par le plus notoire des analystes militaires israéliens Zeev Schiff, "l’armée israélienne a toujours, délibérément et consciemment visé les populations civiles … l’armée n’a jamais distingué les cibles civiles [des militaires…mais] intentionnellement attaqué des objectifs civils". Les raisons furent expliquées par l’éminent homme politique Abba Eban : "il y avait un but rationnel, atteint en définitive, de toucher les populations civiles afin qu’elles exercent une pression pour l’arrêt des hostilités". Le résultat, comme l’avait bien compris Eban, devait permettre à Israël de mettre en œuvre sans obstacles son plan d’expansion illégale et de répression brutale. Eban commentait l’analyse par le premier Ministre Begin des attaques du gouvernement Travailliste contre des civils ; Begin, selon les mots d’Eban, donnait une image "d’Israël infligeant sans raison la mort et l’angoisse à des populations civiles comme le firent des régimes que ni Mr Begin ni moi n’oserions appeler par leur nom". Eban ne contestait pas les faits qu’analysait Begin, mais le critiquait de les exposer publiquement. Cela ne concernait pas non plus Eban, ni ses admirateurs, que son plaidoyer en faveur d’une terreur d’état massive puisse lui-même remémorer des régimes dont il n’oserait prononcer le nom.

 

Les justifications d’Eban de la terreur d’état sont perçues comme convaincantes par des autorités respectées. Pendant que l’attaque israélo-étasunienne récente faisait encore rage, le chroniqueur du Times Thomas Friedman expliquait que la tactique d’Israël, comme celle adoptée au cours de l’invasion du Liban en 2006, est basée sur un principe sain : "essayer "d’éduquer" le Hamas en infligeant de lourdes pertes à ses militants et des souffrances terribles à la population de Gaza". Cela se comprend d’un point de vue pratique, comme ce fut le cas au Liban où "la seule dissuasion à long terme fut d’exposer les civils - les familles et employeurs des militants - à de telles calamités pour qu’ils ne soutiennent plus le Hezbollah dans le futur". Avec une telle logique, les efforts de Ben Laden pour "éduquer" les étasuniens le 11/09 étaient aussi dignes d’éloges, tout comme les attaques Nazies à Lidice et Oradour, la destruction de Grozny par Poutine et d’autres tentatives notoires "d’éducation".

 

Israël a fait beaucoup d’efforts pour afficher son attachement à ces principes directeurs. Le correspondant du New York Times, Stephen Erlanger, rapporte que les associations de défense des Droits de l’Homme sont "troublés par les frappes d’Israël sur des bâtiments censément civils, comme le Parlement, les commissariats et le Palais Présidentiel" et, pourrions nous ajouter, les villages, les maisons, les camps de réfugiés densément peuplés, les systèmes d’adduction et d’épuration d’eau, les hôpitaux, les écoles et les universités, les mosquées, les installations de secours des Nations Unies, les ambulances et en fait tout ce qui peut soulager la douleur de victimes insignifiantes. Un haut officier du renseignement israélien a expliqué que l’armée israélienne avait attaqué "deux facettes du Hamas - la résistance c’est-à-dire son aile militaire, et sa dawa[3], c’est-à-dire son aile sociale", cette dernière étant un euphémisme pour désigner la société civile. Il a fait valoir que "le Hamas était un seul bloc," et de continuer, "dans une guerre, les instruments de contrôle politique et social sont des cibles aussi légitimes que les caches de roquettes". Erlanger et ses éditeurs ne font aucun commentaire sur l’apologie directe et la pratique massive du terrorisme visant des civils, et, comme on l’a déjà noté, les correspondants et chroniqueurs acceptent ou justifient explicitement les crimes de guerre. Mais, selon la norme, Erlanger ne manque pas de souligner que les roquettes du Hamas sont "une violation flagrante du principe de discrimination, correspondant à la définition classique du terrorisme." Comme d’autres familiers de la région, le spécialiste du Moyen-Orient Fawwaz Gerges observe : "Ce que les responsables israéliens et leurs alliés étasuniens ne comprennent pas c’est que le Hamas n’est pas seulement une milice armée, mais un mouvement social avec une large base populaire, profondément ancré dans la société". Donc, quand ils déploient leurs plans pour détruire "l’aile sociale" du Hamas, ils détruisent en fait la société palestinienne.

 

Gerges est peut-être trop gentil. Il est hautement improbable que les responsables étasuniens et israéliens - ou les médias et autres commentateurs - ne comprennent pas ces faits. Au contraire, ils adoptent implicitement la posture habituelle de ceux qui monopolisent les moyens de la violence : d’un coup de poing nous pouvons écraser toute opposition, et si le bilan civil de nos attaques brutales est lourd, c’est aussi bien : peut-être les survivants seront-ils convenablement éduqués.

 

Les officiers des IDF savent très bien qu’ils détruisent la société civile. Ethan Bronner cite un colonel israélien qui dit que lui et ses hommes ne sont pas très "impressionnés par les combattants du Hamas". "Ce sont des villageois avec des armes", a déclaré un tireur sur un blindé de transport de troupe. Ils ressemblent à ces victimes des criminelles IDF durant l’opération "poigne de fer" en 1985 dans le Sud Liban occupé, dirigée par Shimon Peres, l’un des plus grands chefs terroristes de l’ère de la "Guerre contre la Terreur" de Reagan. Au cours de ces opérations, des commandants israéliens et des analystes stratégiques ont expliqué que les victimes étaient des "terroristes villageois", difficile à éradiquer parce que "ces terroristes opèrent avec le soutien de la majorité de la population locale".

 

Un commandant israélien se plaint que "le terroriste ... a de nombreux yeux, car il vit ici". Dans le même temps, le correspondant militaire du Jérusalem Post décrit les problèmes rencontrés par les forces israéliennes dans sa lutte contre les "terroristes mercenaires", "fanatiques assez dévoués à leurs causes pour prendre le risque d’être tués en se battant contre l’armée israélienne", qui doit "maintenir l’ordre et la sécurité" dans le Sud Liban occupé, malgré "le prix que les habitants devront payer". Le problème a été familier aux Etasuniens dans le Sud Vietnam, aux Russes en Afghanistan, aux Allemands dans l’Europe occupée, et a d’autres agresseurs qui se rejoignent dans la mise en œuvre de la doctrine Gur-Eban-Friedman.

 

Gerges estime que la terreur d’État israélienne va échouer : le Hamas, écrit-il, "ne peut pas être effacé sans massacrer un demi-million de Palestiniens. Si Israël réussit à tuer les hauts dirigeants du Hamas, une nouvelle génération plus radicale que l’actuelle les remplacera rapidement. Le Hamas est une réalité de la vie. Il ne partira pas, et ne hissera pas le drapeau blanc, quel que soit le nombre de victimes qu’il ait à déplorer".

 

Peut-être, mais il y a souvent une tendance à sous-estimer l’efficacité de la violence. Il est particulièrement étrange que cette croyance se développe aux États-unis. Pourquoi en sommes-nous là ?

 

Le Hamas est régulièrement dépeint comme "le Hamas soutenu par l’Iran, qui se consacre à la destruction d’Israël". On le trouvera difficilement décrit comme "le Hamas démocratiquement élu, qui a longtemps été en faveur d’un règlement à deux États, en accord avec le consensus international" - bloqué depuis plus de 30 ans par les États-Unis et Israël qui rejettent catégoriquement et explicitement le droit des Palestiniens à l’autodétermination. Tout cela est vrai, mais inutile à la Ligne du Parti, donc superflu.

 

Les détails mentionnés plus haut, bien que mineurs, nous apprennent néanmoins quelque chose sur nous-mêmes et nos clients. Comme d’autres détails. Par exemple, quand la dernière agression américano-israélienne sur la bande de Gaza a commencé, un petit bateau, la Dignité, faisait route de Chypre vers Gaza. A bord, les médecins et les militants des Droits de l’Homme avaient l’intention de briser le blocus criminel imposé par Israël et d’apporter de l’aide médicale à la population emprisonnée. Le navire a été intercepté dans les eaux internationales par la marine israélienne qui l’avait déjà sévèrement percuté, le coulant presque, mais il a réussi à se traîner jusqu’au Liban. Israël a publié ses mensonges ordinaires, réfutés par les journalistes et les passagers à bord, y compris le correspondant de CNN Karl Penhaul et l’ancien représentant des États-Unis et candidat présidentiel du Parti Vert, Cynthia McKinney. C’est un crime grave - bien pire par exemple que le détournement de bateaux au large des côtes de la Somalie. Il est passé, sans attirer beaucoup l’attention. L’acceptation tacite de tels crimes reflète celle que la bande de Gaza est un territoire occupé, qu’Israël est en droit de l’assiéger avec l’aval des gardiens de l’ordre international pour perpétrer des crimes en haute mer et mettre en œuvre ses actions punitives envers la population civile qui désobéirait à ses ordres - sous des prétextes auxquels nous revenons toujours, presque universellement acceptés, mais clairement intenables.

 

De nouveau ce manque d’attention a du sens. Pendant des décennies, Israël a détourné des bateaux dans les eaux internationales entre Chypre et le Liban, tuant ou enlevant leurs passagers, les transférant parfois dans des prisons en Israël, y compris des prisons secrètes ou chambres de torture, les détenant en otages pendant de nombreuses années. Étant donné que ces pratiques sont courantes, pourquoi traiter ces nouveaux crimes autrement qu’avec un bâillement ? Chypre et le Liban ont réagi très différemment, mais qui sont-ils dans l’ordre des choses ?

 

Qui se soucie par exemple que les rédacteurs du Daily Star au Liban, généralement pro-occidentaux, écrivent que "Près d’un million et demi de personnes dans la bande de Gaza sont soumis à la gestion meurtrière de l’un des pays à la technologie la plus avancée, mais à la morale de machines militaires des plus régressives. On suggère souvent que les Palestiniens sont devenus dans le Monde Arabe ce que les Juifs étaient en Europe avant la Seconde Guerre mondiale, et il y a une certaine vérité à cette interprétation. Il est donc approprié et totalement abject que, tout comme les Européens et les Nord Américains détournaient les yeux quand les nazis perpétraient l’Holocauste, les Arabes ne fassent rien pendant que les Israéliens massacrent les enfants Palestiniens". La brutale dictature Égyptienne qui bénéficie de l’aide militaire américaine la plus importante après Israël est peut-être le plus honteux des régimes Arabes.

 

Selon la presse libanaise, Israël continue "d’enlever régulièrement des civils libanais du côté libanais de la Ligne bleue [la frontière internationale], comme récemment en Décembre 2008". Et bien sûr "les avions israéliens violent quotidiennement l’espace aérien libanais, en violation de la Résolution 1701 des Nations Unies" (Amal Saad-Ghorayeb, chercheur libanais, Daily Star, 13 janvier). Cela aussi advient depuis longtemps. En condamnant l’invasion israélienne du Liban en 2006, l’éminent analyste stratégique israélien Zeev Maoz écrit dans la presse israélienne que "Israël a violé l’espace aérien libanais en effectuant des missions de reconnaissance aérienne presque chaque jour depuis son retrait du Sud Liban, il y a six ans. Certes, ces survols aériens n’ont pas fait de victimes libanaises, mais une violation des frontières reste une violation des frontières. Ici encore la morale d’Israël n’est pas des plus élevées". Et en général, il n’y a aucune justification au "consensus établi en Israël que la guerre contre le Hezbollah au Liban est une guerre juste et morale", un consensus “fondé sur une mémoire sélective à court terme, sur une vision du monde introverti, et sur des doubles standards. Ce n’est pas une guerre juste, l’utilisation de la force est excessive et aveugle, et son but ultime est l’appropriation.“

 

Comme Maoz le rappelle aussi au lecteur israélien, les survols avec bangs supersoniques pour terroriser les Libanais sont les moindres crimes israéliens au Liban, sans parler des cinq invasions depuis 1978 : "Le 28 Juillet 1988, les forces spéciales israéliennes ont enlevé le cheikh Obeid, et le Mai 21 1994 Israël a enlevé Mustafa Dirani, responsable de la capture du pilote israélien Ron Arad [quand il bombardait le Liban en 1986]. Israël les détient avec 20 autres Libanais capturés dans des conditions inconnues, et gardés longtemps en prison, sans jugement. Ils ont été détenus comme "monnaie d’échange" humaine. Apparemment, quand le Hezbollah enlève des Israéliens pour en faire des prisonniers d’échange cela est moralement répréhensible, et passible de sanctions militaires. Quand Israël le fait, c’est tout à fait normal", bien que ce soit sur une plus grande échelle et depuis de très nombreuses années.

 

Les pratiques ordinaires d’Israël sont éloquentes au-delà même de ce qu’elles révèlent sur la criminalité d’Israël et le soutien de l’Occident. Comme l’indique Maoz, ces pratiques soulignent la parfaite hypocrisie de la revendication constante par Israël du droit d’envahir de nouveau le Liban en 2006, lorsque des soldats furent capturés à la frontière. C’était la première action transfrontalière du Hezbollah au cours des six années qui ont suivi le retrait d’Israël du Sud Liban, occupé en violation des ordres du Conseil de Sécurité datant de 22 ans, alors que pendant ces six années, Israël a violé la frontière presque tous les jours, avec impunité et dans notre silence.

 

De nouveau l’hypocrisie routinière. Ainsi Thomas Friedman tout en expliquant comment ces sous-races doivent être "éduquées" par la violence terroriste, écrit que l’invasion israélienne du Liban en 2006, détruisant encore une fois une bonne partie du Sud Liban et de Beyrouth, tuant un millier de civils, était un acte juste d’autodéfense en réponse au crime du Hezbollah "lançant sans raisons une guerre au-delà de la frontière reconnue par l’ONU entre Israël et le Liban, alors qu’Israël s’est retiré unilatéralement du Liban". Si l’on ignore le mensonge et use de la même logique, les attaques terroristes contre les Israéliens, jugées beaucoup plus destructrices et meurtrières que toutes autres, seraient pleinement justifiées en réponse aux pratiques criminelles d’Israël au Liban et en haute mer, qui dépassent largement le crime du Hezbollah de capturer deux soldats à la frontière. L’ancien spécialiste du Moyen-Orient du New York Times connaît très bien ces crimes, du moins s’il lit son journal : par exemple, le paragraphe 18 d’un article sur l’échange de prisonniers en Novembre 1983 remarque sans s’y attarder que les 37 prisonniers arabes "ont été capturés récemment par la marine israélienne alors qu’ils tentaient d’aller de Chypre à Tripoli", au nord de Beyrouth.

 

Bien sûr, toutes ces conclusions sur les actions appropriées contre les riches et les puissants sont fondées sur un vice fondamental : nous c’est nous et eux c’est eux. Ce principe essentiel, profondément enraciné dans la culture Occidentale, suffit à infirmer la comparaison la plus appropriée et le raisonnement le plus parfait.

 

Pendant que j’écris, un autre bateau est en route de Chypre vers Gaza, "transportant des aides médicales d’urgence dans des boîtes scellées, ayant passées les douanes de l’aéroport international et du port de Larnaca", selon les organisateurs. Les passagers comprennent des membres du Parlement européen et des médecins. Israël a été avisé de leur intention humanitaire. Avec une pression populaire suffisante, ils pourraient réaliser leur mission dans la paix.

Les nouveaux crimes que les États-unis et Israël ont commis dans la bande de Gaza au cours des dernières semaines ne rentrent pas facilement dans une catégorie standard - sauf dans la catégorie familière dont j’ai donné plusieurs exemples, et dont je donnerais d’autres. Littéralement, ces crimes relèvent de la définition officielle par le gouvernement nord américain de "terrorisme", mais cette désignation ne rend pas compte de leur énormité. Ils ne peuvent être appelés "agressions", parce qu’ils sont menés dans les territoires occupés, comme les États-unis le reconnaissent tacitement. Dans leur vaste érudition de l’histoire de la colonisation israélienne dans les territoires occupés, les Seigneurs de la Terre (Lords of the Land), Idit Zertal et Akiva Eldar remarquent qu’après qu’Israël a retiré ses forces de Gaza en août 2005, les ruines du territoire n’ont pas été libérées, "pas même un jour de l’emprise militaire d’Israël, ni du prix de l’occupation que les habitants paient chaque jour ... Israël a laissé derrière une terre brûlée, des services dévastés et un peuple sans présent ni avenir. Les colonies ont été détruites dans un retrait sans pitié par un occupant barbare qui en fait continue de contrôler le territoire et de tuer et harceler ses habitants grâce à sa formidable puissance militaire" - appliquée avec une extrême sauvagerie et avec le soutien sans faille et la participation des États-unis.

 

Les attaques israélo-étasuniennes sur Gaza se sont multipliées en janvier 2006, quelques mois après le retrait officiel, lorsque les Palestiniens ont commis un crime véritablement odieux : ils ont voté "dans la mauvaise direction", dans une élection libre. Comme d’autres, les Palestiniens ont appris que l’on ne désobéit pas impunément aux ordres du Maître, qui continue à fabuler sur son "aspiration à la démocratie", sans susciter le ridicule de l’élite, une autre réussite impressionnante.

 

Puisque les termes "agression" et "terrorisme" sont inadaptés, un nouveau terme est nécessaire pour décrire la torture sadique et lâche de personnes emprisonnées sans aucune possibilité de fuite, pendant qu’elles sont réduites en poussière par les produits les plus sophistiqués de la technologie militaire des États-unis - utilisées en violation du droit international et même de la loi étasunienne, mais contre un état unilatéralement déclaré hors-la-loi, ce qui est encore un autre détail technique mineur. Un autre détail technique mineur ; le 31 décembre, alors que les habitants de Gaza terrorisés cherchaient désespérément un abri contre l’impitoyable agression, Washington a engagé un navire marchand allemand pour transporter un lourd chargement de Grèce en Israël, 3.000 tonnes de "munitions" non identifiées. Cette expédition "faisait suite à l’affrètement d’un navire de commerce pour transporter des États-Unis vers Israël une cargaison plus importante de matériel militaire, avant les frappes aériennes de décembre sur la bande de Gaza", a indiqué Reuters. Tout cela en plus des 21 milliards de dollars en aide militaire américaine fournie par l’administration Bush à Israël, en majorité sous forme de subventions. "L’intervention d’Israël dans la bande de Gaza a été largement alimentée par des armes fournies par les États-unis, payées avec l’argent des contribuables", selon les informations de la New America Foundation, qui surveille le commerce des armes. La dernière expédition a été contrariée par la décision du gouvernement Grec d’interdire l’utilisation de ses ports "pour l’approvisionnement de l’armée israélienne".

 

La réponse de la Grèce aux crimes israéliens soutenus par les États-unis est assez différente de l’attitude soumise de la plupart des dirigeants d’Europe. Cette distinction montre que Washington a peut-être été très réaliste en considérant la Grèce comme faisant partie du Proche-Orient, et non de l’Europe, jusqu’à la chute en 1974 de la dictature fasciste soutenue par les États-unis. Peut-être que la Grèce est-elle trop civilisée pour faire partie de l’Europe.

Si d’aucun avait trouvé curieux le moment de ces livraisons d’armes à Israël et s’était informé plus avant, le Pentagone avait une réponse : la cargaison arriverait trop tard pour appuyer l’attaque de la bande de Gaza, et le matériel militaire quel qu’il soit, devait être pré-positionné en Israël en vue d’une éventuelle utilisation par l’armée étasunienne. C’est peut-être exact. L’un des nombreux services qu’Israël offre à son patron est de lui fournir une base militaire à la périphérie des plus grandes ressources énergétiques du monde. Il peut donc servir de base avancée pour une agression des États-Unis - ou pour utiliser des termes techniques, pour "défendre la région du Golfe" et "assurer sa stabilité".

 

L’énorme flux d’armes vers Israël sert beaucoup d’autres objectifs. L’analyste politique du Moyen-Orient Mouin Rabbani observe qu’Israël peut tester des armes nouvelles contre des cibles sans défense. Cela sert Israël et les États-unis "doublement en fait, puisque des versions moins performantes de ces mêmes armes sont ensuite vendues à prix fort aux États Arabes, qui contribuent efficacement à l’industrie militaire des États-unis et aux subventions militaires étasuniennes en Israël". C’est un rôle supplémentaire d’Israël dans un Moyen-Orient dominé par les États-Unis, et l’une des raisons pour lesquelles Israël est favorisé par les autorités Fédérales, ainsi que par un large éventail de sociétés de haute technologie des États-Unis et, bien sûr, l’industrie militaire et de renseignements.

Au-delà d’Israël, les États-Unis sont de loin les principaux fournisseurs d’armes au reste du monde. Le récent rapport de la Fondation New America conclut que "les armes et les Écoles Militaires des États-Unis ont joué un rôle dans 20 des 27 plus grandes guerres du monde en 2007", représentant 23 milliards de dollars de recettes, et 32 milliards en 2008. Il n’est pas étonnant que parmi les nombreuses résolutions auxquelles les États-Unis se sont opposés lors de la session de l’ONU de décembre 2008 figure un appel pour la réglementation du commerce des armes. En 2006, les États-Unis ont été les seuls à voter contre le traité, mais ils ont eu un partenaire en novembre 2008 : le Zimbabwe.

 

D’autres voix se sont fait entendre à la session des Nations Unies de décembre. Une résolution sur "le droit du peuple palestinien à l’autodétermination" a été adoptée par 173 voix contre 5 (États-Unis, Israël, et des dépendances des îles du Pacifique). Dans l’isolement international, le vote réaffirme avec force le rejectionisme américano-israélien. De même, une résolution sur "la liberté universelle de voyager et sur l’importance capitale du regroupement familial" a été adoptée avec l’opposition des États-Unis, d’Israël et des dépendances du Pacifique, vraisemblablement en pensant aux Palestiniens.

 

En votant contre le droit au développement les États-Unis ont perdu Israël, mais gagné l’Ukraine. En votant contre le "droit à l’alimentation", les États-Unis étaient seuls, un fait particulièrement frappant dans le contexte de la formidable crise alimentaire mondiale qui éclipse la crise financière pesant sur les économies occidentales.

 

Il y a de bonnes raisons pour que ces votes soient constamment cachés et enfouis par les médias et les intellectuels conformistes dans les replis profonds de la mémoire. Il ne serait pas sage de révéler au public ce qu’impliquent les votes de leurs représentants. Dans le cas présent, il serait évidemment contreproductif de faire savoir au public que le rejectionisme des États-unis et d’Israël, interdisant le règlement pacifique préconisé depuis longtemps par la communauté internationale, atteint un tel extrême qu’il refuse même aux Palestiniens le droit absolu à l’autodétermination.

 

A Gaza, un bénévole héroïque, le médecin norvégien Mads Gilbert, a décrit une vision d’horreur, une "Guerre totale contre la population civile de Gaza". Il a estimé que la moitié des victimes sont des femmes et des enfants. Les hommes aussi, selon les normes de notre culture, sont presque tous des civils. Gilbert signale qu’il a à peine vu un militaire parmi les centaines de blessés. Les IDF acquiescent ; le Hamas "combat de loin - ou pas du tout", dit Ethan Bronner dans son "inventaire des gains" de l’agression américano-israélienne. Donc, les forces humaines du Hamas restent intactes, et ce sont surtout les civils qui souffrent : un résultat positif, selon une doctrine largement répandue.

 

Ces estimations ont été confirmées par un responsable humanitaire de l’ONU John Holmes, qui a informé les journalistes qu’il était "assez probable" que la plupart des civils tués étaient des femmes et des enfants, dans cette crise humanitaire qui "empire de jour en jour tandis que la violence se poursuit". Mais nous pourrions être réconfortés par les paroles du ministre israélien des Affaires étrangères Tzipi Livni, la colombe en chef de la campagne électorale actuelle, qui a assuré au monde qu’il n’existe pas de "crise humanitaire" à Gaza, grâce à la bienveillance d’Israël. Comme d’autres qui se préoccupent des êtres humains et de leur sort, Gilbert et Holmes ont plaidé en faveur d’un cessez-le-feu. Pas immédiat cependant. "A l’ONU le samedi soir, les États-Unis ont empêché le Conseil de Sécurité d’émettre une déclaration officielle appelant à un cessez-le-feu immédiat", dit en passant le New York Times. La raison officielle était qu’ "il n’y avait aucune indication que le Hamas respecte un engagement". Dans les annales des justifications du plaisir de massacrer, celle-ci doit se classer parmi les plus cyniques. Cela bien sûr c’était sous Bush et Rice, qui seront bientôt remplacés par Obama qui répète avec compassion que "si les missiles tombaient où mes deux filles dorment, je ferais tout pour mettre fin à cela". Il fait référence aux enfants israéliens, non pas aux centaines d’êtres mis en lambeaux dans la bande de Gaza par les armes étasuniennes. A part cela, Obama garde le silence.

 

Quelques jours après, sous une intense pression internationale, les États-unis ont soutenu une résolution du Conseil de Sécurité appelant à un "cessez-le-feu durable". Adoptée 14-0, les États-Unis s’abstenant. Les faucons d’Israël et des États-unis étaient fâchés que les États-Unis n’y opposent pas leur veto, comme d’habitude. L’abstention cependant a suffi à donner à Israël, si ce n’est le feu vert, au moins le feu orange pour l’escalade de la violence à laquelle il s’est consacré comme prévu, jusqu’au moment de l’investiture d’Obama.

 

Le cessez-le-feu (théorique) étant entré en vigueur le 18 janvier, le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme a publié ses chiffres pour le dernier jour de l’agression : 54 Palestiniens tués dont 43 civils désarmés, parmi lesquels 17 enfants. Pendant ce temps, les IDF ont continué à bombarder les maisons civiles et les écoles des Nations Unies. L’estimation du nombre total de morts atteint 1184, dont 844 civils comptant 281 enfants. Les FDI ont continué à utiliser des bombes incendiaires dans la bande de Gaza et à détruire des maisons et des terres agricoles, obligeant les civils à fuir leurs foyers. Quelques heures plus tard, Reuters signalait plus de 1300 tués. Le personnel du Centre Al Mezan, qui surveille attentivement les victimes et les destructions, a visité des zones auparavant inaccessibles en raison de bombardements massifs et incessants. Ils y ont découvert les cadavres de dizaines de civils en décomposition dans les décombres des maisons détruites ou rasées par les bulldozers israéliens. Des quartiers entiers avaient disparus.

 

Le nombre de morts et de blessés est certainement sous-estimé. Et il est peu probable qu’il y aura une enquête sur ces atrocités. Les crimes de nos ennemis officiels sont soumis à de rigoureuses enquêtes, mais les nôtres sont systématiquement ignorés. Une pratique générale, encore une fois, et compréhensible de la part des Maîtres.

 

La résolution du Conseil de Sécurité appelait à l’arrêt du trafic d’armes vers Gaza. Les États-Unis et Israël (Rice-Livni) se sont rapidement mis d’accord sur les mesures à adopter pour atteindre ce but, se concentrer sur les armes iraniennes. Il n’est pas nécessaire d’arrêter la contrebande d’armes étasuniennes vers Israël, car il n’y a pas de contrebande : l’énorme flux d’armes est tout à fait public, même s’il n’est pas signalé, comme dans le cas de la livraison d’armes prévue quand le massacre dans la bande de Gaza était en cours.

 

La résolution appelait également à "assurer la réouverture totale des points de passage, sur la base de l’Accord sur les Mouvements et l’Accès (AMA) signé en 2005 entre l’Autorité Palestinienne et Israël". Cet accord stipulait que les accès vers Gaza seraient ouverts de façon continue et qu’Israël permettrait le passage des biens et des personnes entre la Cisjordanie et la bande de Gaza.

 

L’accord Rice-Livni n’a rien à voir avec cet aspect de la résolution du Conseil de Sécurité. Les États-Unis et Israël avaient déjà abandonné l’accord de 2005 dans le cadre de leur punition contre le mauvais vote des Palestiniens lors de l’élection libre de janvier 2006. La conférence de presse de Rice après l’accord Rice-Livni a souligné les efforts constants de Washington pour saper les résultats d’une élection libre dans le monde ara

be. "Il y a beaucoup à faire", a t-elle dit, "pour sortir Gaza de l’obscurité du règne du Hamas et lui montrer la lumière que peut apporter la très bonne gouvernance de l’Autorité Palestinienne", - c’est-à-dire, ce qu’elle peut apporter tant qu’elle reste un serviteur fidèle, minée par la corruption et résolue à mener à bien une répression sévère, en bref obéissante.

 

De retour d’une visite dans le monde arabe, Fawwaz Gerges réaffirma avec force ce que d’autres sur place avaient dit. L’offensive israélo-étasunienne sur la bande de Gaza a exaspéré les populations et suscité une haine amère contre les agresseurs et leurs collaborateurs. "Il suffit de dire que ceux que l’on appelle les États Arabes modérés [ceux qui prennent leurs ordres de Washington] sont sur la défensive, et que le front de résistance mené par l’Iran et la Syrie est le principal bénéficiaire. Une fois de plus, Israël et l’administration Bush ont donné une victoire facile aux dirigeants iraniens". En outre, "le Hamas va certainement devenir une force politique plus puissante que jamais, qui surpassera sûrement le Fatah, l’appareil de gouvernement de l’Autorité Palestinienne du Président Mahmoud Abbas", le favori de Rice.

Comme le dit le London Financial Times, il est bon de garder à l’esprit que grâce aux remarquables correspondants d’Al-Jazeera, des émissions de télévision en direct et régulières fournissent une "analyse calme et équilibrée du chaos et de la destruction" et offrent "une alternative sévère aux chaînes hertziennes", ne laissant pas le monde arabe strictement ignorant de ce qui se passe à Gaza. Dans les 105 pays où l’autocensure n’est pas si efficace que chez nous, les gens peuvent voir d’heure en heure ce qui se passe, et l’impact est très grand. Aux États-Unis, le New York Times suggère que "le black-out quasi-total d’Al-Jazeera ... est sans doute lié à sa forte critique du gouvernement des États-Unis au début de la guerre en Irak et à sa couverture de l’invasion américaine". Rumsfeld et Cheney l’ont contesté, donc de toute évidence les médias indépendants ne pouvaient qu’obéir.

 

Il existe un débat très mesuré sur ce que les assaillants espèrent obtenir. Parmi les objectifs qui sont discutés il y a le rétablissement de ce que l’on appelle "la force de dissuasion" qu’Israël a perdu à la suite de ses échecs au Liban en 2006 - c’est-à-dire la capacité de terroriser tout opposant potentiel et de le soumettre. Il existe cependant des objectifs plus fondamentaux qui ont tendance à être occultés, même s’ils semblent assez évidents à la vue de l’histoire récente.

 

Israël a quitté Gaza en septembre 2005. Les jusqu’au-boutistes rationnels israéliens, comme Ariel Sharon le saint patron des colons, ont compris l’absurdité de subventionner quelques milliers de colons israéliens illégaux dans les ruines de Gaza, protégés par les IDF, alors qu’ils profitaient de peu de terres, et de ressources limitées. Il était plus logique de faire de Gaza la plus grande prison du monde et de transférer les colons en Cisjordanie, territoire de grande valeur, où Israël est très explicite sur ses intentions, en paroles et évidemment en actes. L’un des buts est d’annexer les terres cultivables, les réserves d’eau, et les agréables banlieues de Jérusalem et de Tel-Aviv, dans l’enceinte du mur de séparation, déclaré illégal mal à propos par la Cour Internationale de Justice. Cela comprend un agrandissement conséquent de Jérusalem, en violation des directives, également mal à propos, du Conseil de Sécurité qui remontent à 40 ans. Israël a également pris le contrôle de la vallée du Jourdain, soit environ un tiers de la Cisjordanie. Ce qui subsiste est encerclé et coupé en trois par des extensions des colonies juives : l’une à l’est du Grand Jérusalem à travers la ville de Ma’aleh Adumim, développée dans les années Clinton pour diviser la Cisjordanie ; et deux au nord, à travers les villes d’Ariel et de Kedumim. Les morceaux qui restent aux Palestiniens sont séparés par des centaines de points de contrôle le plus souvent arbitraires.

 

Les points de contrôle n’ont aucun rapport avec la sécurité d’Israël, et si certains sont destinés à protéger les colons, ils sont simplement illégaux, comme l’a statué la Cour Internationale de Justice. En réalité, leur principal but est de harceler la population palestinienne et de fortifier ce que l’activiste israélien pour la paix Jeff Halper appelle la "matrice de contrôle", visant à rendre la vie insupportable aux "bêtes à deux pattes" qui seront comme des "cafards drogués courrant en rond dans une bouteille" s’ils cherchent à rester dans leurs maisons et sur leurs terres. Tout cela est assez juste, car ils sont "comme des sauterelles par rapport à nous", et leurs chefs pourront être "écrasé contre les rochers et les murs". La terminologie est celle des plus hauts dirigeants politiques et militaires israéliens, les "Princes" vénérés. Et ces attitudes façonnent les politiques.

 

Les délires des dirigeants politiques et militaires sont bénins par rapport aux prêches des autorités rabbiniques. Ce ne sont pas des personnalités marginales. Au contraire, elles sont très influentes dans l’armée et chez les colons, que Zertal et Eldar appellent les "Seigneurs de la Terre", et ont un immense impact politique. Les soldats combattant dans le nord de Gaza furent gratifiés d’une visite "charismatique" de deux grands rabbins, qui leur ont expliqué qu’il n’existe pas d’ "innocents" à Gaza, que tout le monde y est donc une cible légitime, en citant un célèbre passage des Psaumes priant le Seigneur de saisir les enfants des oppresseurs d’Israël et les jeter contre les rochers. Les rabbins ne marchaient pas en terre inconnue. Un an plus tôt, comme le rapporte le Jérusalem Post, l’ancien chef rabbin Séfarade a écrit au Premier ministre Olmert, l’informant que tous les civils dans la bande de Gaza sont collectivement coupables des tirs roquettes, ainsi il n’y a "absolument aucune interdiction morale au massacre aveugle de civils pendant une éventuelle offensive militaire massive sur la bande de Gaza visant à arrêter les tirs de fusées". Son fils, grand rabbin de Safed, a surenchéri : "S’ils ne s’arrêtent pas après que nous en ayons tué 100, alors nous devons en tuer 1.000, et s’ils ne s’arrêtent pas après 1.000, alors nous devons en tuer 10.000. S’ils ne s’arrêtent pas, nous devons en tuer 100.000, même un million. Ce qu’il faudra pour les faire cesser."

 

Des points de vue similaires sont exprimés par des personnalités laïques étasuniennes. Quand Israël a envahi le Liban en 2006, le professeur Alan Dershowitz de l’École de Droit de Harvard, a expliqué dans le journal libéral en ligne Huffington Post, que tous les Libanais sont des cibles légitimes de la violence israélienne. Les citoyens du Liban “payent le prix“ de leur soutien au "terrorisme" - c’est-à-dire leur soutien à la résistance à l’invasion israélienne. En conséquence, les civils libanais ne sont pas plus protégés des attaques que les Autrichiens qui soutenaient les nazis. La fatwa du rabbin séfarade s’applique à eux. Dans une vidéo sur le site Internet du Jérusalem Post, Dershowitz continua à ridiculiser les propos sur le rapport excessif entre les morts Palestiniens et Israéliens : il doit être porté à 1.000 pour un, dit-il, ou même 1.000 pour zéro, signifiant que les brutes devaient être complètement exterminées. Bien sûr, il se réfère à des "terroristes", une vaste catégorie qui inclut les victimes du pouvoir israélien, car "Israël n’a jamais pour cible des civils", déclara-t-il avec insistance. Il s’ensuit que les Palestiniens, les Libanais, les Tunisiens, ou quiconque se trouve sur le chemin de l’impitoyable armée du Saint État est un terroriste, ou une victime accidentelle de leurs justes crimes.

 

Il n’est pas facile de trouver de contreparties historiques à de telles prestations. Il est peut-être instructif qu’elles semblent couler de source dans la culture intellectuelle et morale dominante - quand elles émanent de "notre côté". Dans la bouche d’ennemis officiels, de tels mots susciteraient une juste indignation et des appels à la vengeance sous forme de violences préventives massives.

 

L’affirmation selon laquelle "notre camp" ne vise jamais les civils est une doctrine familière à ceux qui monopolisent les moyens de la violence. Et elle contient une part de vérité. Nous n’essayons pas en général, de tuer des civils déterminés. Au contraire, nos actions sont meurtrières, nous le savons, elles tuent de nombreux civils, mais sans intention spécifique d’en tuer un en particulier. En droit, ces pratiques courantes pourraient relever de la catégorie de non-assistance à personne en danger, mais ce n’est pas une désignation correcte pour la pratique et la doctrine impériale standard. Ce serait plutôt comme marcher dans une rue en sachant que l’on peut tuer des fourmis, mais sans intention de le faire, parce qu’elles sont si insignifiantes que ça n’a pas d’importance. Il en est de même quand Israël effectue des actions sachant qu’il va tuer des "sauterelles" et des "bêtes à deux pattes" qui infestent les terres qu’il "libère". Il n’y a pas de bon terme pour désigner cette forme de dépravation morale par trop familière et sans doute pire que le meurtre délibéré.

 

Dans l’ancienne Palestine, les propriétaires légitimes (par décret divin, selon les "Seigneurs de la Terre") peuvent décider d’accorder aux cafards drogués quelques parcelles éparses. Pas par droit, cependant : "Je pensais, et à ce jour je crois encore, que notre peuple a un droit éternel et historique sur l’ensemble de cette terre", déclara en soulevant les applaudissements le Premier Ministre Olmert à une session plénière du Congrès en mai 2006. Dans le même temps, il annonçait son programme de "convergence" pour prendre le contrôle de tout ce qui a de la valeur en Cisjordanie, laissant les Palestiniens moisir dans des recoins isolés. Il n’a pas été précis sur les frontières de "l’ensemble du territoire", mais, pour de bonnes raisons, l’entreprise sioniste ne l’a jamais été : l’expansion permanente est une dynamique interne très importante. Si Olmert est toujours fidèle à ses origines dans le Likoud, il peut avoir voulu dire les deux côtés de la Jordanie, y compris l’état actuel de Jordanie, ou tout du moins les régions qui ont de la valeur.

 

Le "droit éternel et historique à l’ensemble de la terre" de notre peuple contraste radicalement avec l’absence de tout droit de l’autodétermination pour les habitants temporaires, les Palestiniens. Comme indiqué précédemment, cette dernière position a été réaffirmée, par Israël et son patron à Washington en décembre 2008, dans leur isolement habituel accompagné d’un silence retentissant.

 

Les plans esquissés par Olmert en 2006 ont depuis été abandonnés comme insuffisamment ambitieux. Mais ce qui remplace le programme de convergence et les actions qui s’ensuivent quotidiennement pour sa mise en œuvre sont approximativement les mêmes dans leur conception générale. Cela remonte aux premiers jours de l’occupation, lorsque le ministre de la Défense Moshe Dayan expliquait poétiquement que "la situation d’aujourd’hui ressemble à la relation complexe entre un bédouin et la jeune fille qu’il a ravie contre sa volonté ... Vous les Palestiniens, en tant que nation, ne voulez pas de nous aujourd’hui, mais nous allons changer votre attitude en vous imposant notre présence". Vous allez "vivre comme des chiens, et celui qui partira, partira", tandis que nous prendrons ce que nous voudrons.

 

Que ces programmes soient criminels n’a jamais été mis en doute. Immédiatement après la guerre de 1967, le gouvernement israélien a été informé par sa plus haute autorité juridique, Teodor Meron, que "la colonisation civile des territoires administrés contrevenait aux dispositions formulées par la quatrième Convention de Genève", le fondement du droit international humanitaire. Le ministre de la Justice d’Israël en convenait. La Cour Internationale de Justice a approuvé à l’unanimité cette conclusion essentielle en 2004, et la Haute Cour israélienne a approuvé techniquement tout en étant en désaccord dans la pratique, selon son style habituel.

En Cisjordanie, Israël peut poursuivre ses plans criminels avec l’appui des États-unis et sans être dérangé, grâce à l’efficacité de son contrôle militaire et maintenant grâce à l’aide des forces de sécurité palestiniennes collaborationnistes, armées et entraînées par les États-Unis et les dictatures alliées. Il peut aussi procéder régulièrement à des assassinats et autres crimes pendant que les colons sévissent sous la protection des IDF. Mais, alors que la Cisjordanie a été soumise par la terreur, il y a encore des résistances dans l’autre moitié de la Palestine, la bande de Gaza. Cela aussi doit être réprimé pour que les plans israélo-étasuniens d’annexion et de destruction de la Palestine puissent se développer sans gêne.

 

(suite dans prochain article)
Partager cet article
Repost0
18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 23:03
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com


Partager cet article
Repost0
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 20:07
Pour consulter le blog : linter.over-blog.com
 
« Au moment où le maître, le colonisateur proclament
« il n’y a jamais eu de peuple ici »,
le peuple qui manque est un devenir, il s’invente,
dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos,
dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer »
Gilles Deleuze, L’image-temps
Cela ne peut signifier qu’une chose :
non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir,
mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes.
Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez.

C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales…

Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj –– qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé –– est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires –– non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » [1] (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.

Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ».

Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.

Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s‘obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses. L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement… Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi… La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.

Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » –– chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes –– incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.

On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.

On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile…) ne sauraient ni ne pourraient y résister.

Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d’œuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’œuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale.

Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée. Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.

Nous sommes maintenant au fond du gouffre.

Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement…

Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».

Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création –– créaconsommation.

En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture… Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation… Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde… C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire… C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes…

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie.

Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète….

Alors voici notre vision :

Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant…

Ernest BRELEUR

Patrick CHAMOISEAU

Serge DOMI

Gérard DELVER

Edouard GLISSANT

Guillaume PIGEARD DE GURBERT

Olivier PORTECOP

Olivier PULVAR

Jean-Claude WILLIAM

Partager cet article
Repost0

Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2