" Je persiste à soutenir qu'à moins d'avoir enquêté, on ne peut prétendre au droit à la parole. " (Mao)
Quelques camarades ont déjà des idées toutes faites à notre sujet. Pour eux, rattacher ce " groupe anarchiste " au mouvement socialiste n'est que " démagogie de la part de la presse bourgeoise ".
Dans la mesure où ils l'utilisent de manière fausse et dénonciatrice, leur conception de l'anarchisme ne va plus loin que celle de la presse Springer . Nous ne discuterons avec personne à un niveau aussi débile.
Pourtant, de nombreux camarades désirent savoir ce que nous en pensons. Notre lettre à 883 (journal underground berlinois) était trop générale. La bande magnétique d'une certaine Michèle Ray dont le Spiegel a publié des extraits n'était pas authentique et provenait simplement de conversations privées.
Cette femme voulait écrire un article en se servant de la bande comme aide-mémoire. Elle nous a roulés ou nous l'avons surestimée. Si notre pratique était aussi à l'emporte-pièce que certaines de ses formules, on nous aurait arrêtés depuis longtemps. Le Spiegel a payé Michèle Ray 1000 dollars pour cela.
Que presque tout ce que les journaux publient sur nous - et comment ils l'écrivent - n'est que mensonge, cela est clair. Les projets d'enlèvement de Willy Brandt qu'ils nous attribuent ont pour but de nous faire passer pour des débiles politiques; le rapprochement qu'ils établissent entre nous et ceux qui ont enlevé un enfant tend à nous assimiler à des criminels sans scrupule quant au choix de leurs moyens. Cela va jusqu'à des " détails de source sûre " dans " Konkret " (N°5, mai 1971) , détails sans importance bâclés ensemble pour la forme.
Il y aurait parmi nous des " officiers et des soldats "; certains d'entre nous seraient dépendants, certains d'entre nous auraient été liquidé; ceux qui nous ont quitté auraient à craindre de nous; nous entrerions dans les appartements ou aurions accès aux passeports le flingue à la main; nous exercerions un " terrorisme de groupe " - tout cela n'est que du vent.
Qui se représente une organisation illégale de résistance d'après le modèle d'organisation des Freikorps et de la Sainte-Vehme , veut lui-même le pogrome. Horkheimer et Adorno, dans La personnalité autoritaire, et Wilhelm Reich, dans Psychologie de masse du fascisme, ont montré le rapport entre le fascisme et les mécanismes psychiques qui produisent de telles projections.
Le caractère révolutionnaire forcé est une contradiction en soi - une contradiction improductive. Une pratique politique révolutionnaire, dans les rapports dominants que nous connaissons - ou même dans tous les cas -, suppose la concordance permanente du caractère individuel et de la motivation politique, c'est-à-dire l'identité politique. Critique et auto-critique marxistes n'ont pas grand chose à voir avec " l'autolibération ", mais bien plutôt avec la discipline révolutionnaire.
Qui veut " uniquement faire les premières pages ", ce n'est même pas une quelconque " organisation de gauche ", qui le ferait anonymement, mais " konkret " lui-même, dont le rédacteur en chef soigne son image de bras gauche d'Edouard Zimmermann (rédacteur en chef de l'émission " XYZ " sur ZDF où la population est appelée à devenir les assistants de la police criminelle), afin de permettre à cette présentation d'étudiants membres de corporations de remplir une part de marché.
Il y aussi beaucoup de camarades qui répandent des mensonges. Ils se font mousser en racontant que nous aurions habité chez eux, qu'ils auraient organisé nos voyages en Palestine, qu'ils seraient informé de nos contacts, qu'ils auraient fait des choses pour nous alors qu'ils n'ont rien fait.
Certains veulent juste montrer qu'ils sont " in ".
Cela a rattrapé Günther Voigt, qui s'était vanté devant Dürrenmatt d'être un des libérateurs de Baader, ce qu'il aura regretté quand les flics sont arrivés.
Le démenti, même s'il exprime la vérité, n'est après pas si simple. Certains veulent par là prouver que nous sommes idiots, irresponsables, imprudents, dingues. Ainsi ils en amènent d'autres contre nous.
Ils consomment. Nous n'avons rien à faire avec ces beaux-parleurs, pour qui la lutte anti-impérialiste se déroule au café. Ils sont beaucoup ceux qui ne racontent pas n'importe quoi, qui ont une conception de la résistance, ceux qui en ont suffisamment marre pour nous souhaiter bonne chance, parce qu'ils savent que leur intégration et leur adaptation à la vie ne vaut rien.
Le logement de la Knesebeckstrasse, où Malher a été arrêté, n'a pas été découvert à cause d'une négligence de notre part, mais à la suite d'une trahison.
L'indicateur était l'un d'entre nous. A l'inverse, pour ceux qui font ce que nous faisons il n'y pas de moyen de se défendre; contre le fait que les camarades se font briser par les flics, qu'un autre craque car ne supportant plus la terreur que le système développe contre ceux qui la combattent. Ils n'auraient pas le pouvoir, les porcs, s'ils n'avaient pas les moyens.
Certains, à cause de nous, sont contraints à de pénibles justifications. Pour éviter toute discussion politique et la mise en cause de leur propre pratique par la nôtre, ils n'hésitent pas à falsifier de simples faits.
Ainsi il est toujours affirmé que Baader n'avait plus que trois, neuf ou douze mois de prison à purger, avant que nous ne le libérions, bien qu'il soit facile de rétablir la vérité: trois ans pour incendie, six mois d'un précèdent sursis, six mois pour falsification de documents, etc., et le procès devait encore avoir lieu.
Andreas Baader avait déjà purgé quatorze de ces quarante-huit mois dans dix prisons différentes de la Hesse, et avait déjà été neuf fois transféré de l'une dans l'autre pour mauvaise conduite: organisation de mutinerie, résistance. Le calcul, où 34 mois deviennent trois, neuf ou douze, avait pour but d'ôter tout impact à sa libération le 14 mai.
C'est ainsi que rationalisent certains camarades leur peur devant les conséquences personnelles qu'aurait une discussion avec nous.
La question de savoir si nous aurions libéré Baader sachant qu'une personne de gauche (employé de l'institut berlinois des questions sociales, où Andreas Baader a été libéré) allait être blessé dans l'opération - elle nous a suffisamment été posé - ne peut être répondu que par la négative.
La question du type, que ce serait-il passé si, est pourtant ambiguë - pacifique, platonique, moraliste, sans parti pris. Qui réfléchit sérieusement à une libération de prisonniers ne pose la question - il trouve la réponse lui-même.
Avec de telles questions les gens veulent savoir si nous sommes aussi brutaux que nous présentent la presse Springer; on devrait nous faire réciter le catéchisme. C'est une tentative de bricoler la question de la violence révolutionnaire, de placer à un dénominateur commun la violence révolutionnaire et la morale bourgeoise, ce qui ne marche pas. Il n'y avait dans la prise en considération et des modalités aucune raison de penser qu'un civil pourrait, et c'est ce qui s'est passé, se jeter au milieu.
Que les flics s'en moqueraient, c'était clair pour nous. La pensée voulant qu'une libération de prisonniers soit mené sans armes, est suicidaire.
Le 14 mai, comme à Francfort où deux d'entre nous se sont barrés parce qu'ils devaient être arrêté, parce que nous ne laissons pas arrêter facilement, - les flics ont tiré en premier. Les flics ont à chaque fois visé leurs tirs. Nous n'avons en partie pas du tout tiré - et si nous avons tiré c'est sans viser: à Berlin, Nürnberg, Francfort.
C'est prouvable, parce que c'est vrai. Nous ne faisons pas "utilisation de nos armes sans ménagements ". Le flic, qui se trouve dans la contradiction entre son statut de " petit homme " et celui d'esclave du capitaliste, entre le fait de recevoir un petit salaire et celui de fonctionnaire du capitalisme monopoliste, ne se trouve pas en situation de détresse. Nous tirons si l'on tire sur nous. Les flics qui nous laissent courir, nous les laissons aussi courir.
Il est juste d'affirmer qu'avec l'immense dispositif de recherche contre nous c'est toute la gauche socialiste de R.F.A. et de Berlin-Ouest qui est visée.
Ni le peu d'argent que nous aurions pris, ni le vol de voitures ou de documents pour lesquels on nous recherche, ni la tentative de meurtre qu'on cherche à nous mettre sur le dos, justifient toute cela.
La peur a traversé les os des dominants, qui pensaient déjà avoir totalement en main cet Etat et tous ses habitants et classes et contradictions, réduit les intellectuels à leurs revues, enfermé les gauchistes dans leurs cercles, désarmé le marxisme-léninisme. La structure de pouvoir qu'ils représentent n'est pourtant pas aussi vulnérable que leur effarouchement peut nous le laisse penser.
Leurs vociférations ne doivent pas permettre de nous surestimer.
Nous affirmons que l'organisation de groupes armés de résistance est actuellement juste, possible et justifiée en République fédérale et à Berlin-Ouest.
Qu'il est juste, possible et justifiée de mener ici et maintenant la guérilla urbaine. Que la lutte armée comme "plus haute forme du marxisme-léninisme " (Mao) peut et doit commencer maintenant, que sans cela il n'y a pas de lutte anti-impérialiste dans la métropole.
Nous ne disons pas que l'organisation de groupes armés illégaux de résistance peut remplacer les organisations prolétaires légales, ni que les actions individuelles remplacent les luttes de classe, ni que la lutte armée peut remplacer le travail politique dans l'usine ou dans le quartier. Nous affirmons seulement que le développement et le succès de l'un suppose l'autre.
Nous ne sommes ni des blanquistes ni des anarchistes, bien que nous tenions Blanqui pour un grand révolutionnaire et que nous ne méprisions nullement l'héroïsme de beaucoup d'anarchistes.
Notre pratique n'a pas une année. C'est trop peu pour pouvoir déjà parler de résultats. La grande publicité que nous a faite les messieurs Genscher, Zimmermann & Co nous permet d'apparaître opportunément de manière propagandiste, de faire déjà quelques remarques.
" Si vous voulez savoir ce que pensent les communistes, regardez leurs mains et non leur bouche " a dit Lénine.
2. LA METROPOLE REPUBLIQUE FEDERALE
" La crise ne naît pas tant de l'arrêt des mécanismes de développement que du développement lui-même. Ayant pour but le pur accroissement du profit, ce développement favorise de plus en plus le parasitisme et le gaspillage, relègue des couches entières de travailleurs en marge de la société, produit des besoins croissants qu'il ne parvient pas à satisfaire et accélère la désagrégation de la vie sociale.
Seul un monstrueux appareil de manipulation de l'opinion et de répression ouverte peut contrôler les tensions et les révoltes ainsi alimentées! La rébellion des étudiants et du mouvement noir en Amérique, la crise de l'unité politique de la société américaine, l'extension des luttes étudiantes en Europe, la reprise vigoureuse et les nouveaux contenus de la lutte ouvrière et de la lutte de masse, jusqu'à l'explosion du Mai français, jusqu'à la tumultueuse crise sociale de l'Italie et la reprise de l'insatisfaction en Allemagne, telles sont les grandes lignes de ce tableau. "
(Il Manifesto, Pour le Communisme, thèse 33)
Les camarades du Manifesto mentionnent la république fédérale en dernière position et caractérisent sa situation par le terme vague d'insatisfaction. L'Allemagne, dont Barzel disait, il y a six ans, qu'elle était un géant politique mais un nain politique - sa force économique ne s'est pas amoindrie, contrairement à sa force politique, à l'intérieur comme à l'extérieur.
Avec la formation de la grande coalition de 1966 on devance le danger politique qui aurait pu naître alors spontanément de l'imminente récession. Avec les lois d'urgence on s'est donné l'instrument qui assure l'action unifiée des dominants pour les crises futures - l'unité entre la réaction politique et tous ceux qui sont encore attachés à la légalité.
La coalition social-libéral a réussi à notablement absorber " l'insatisfaction " qui s'est fait remarquer par le mouvement étudiant et le mouvement extra-parlementaire, dans la mesure où le réformisme du parti social-démocrate n'a pas perdu de sa valeur dans la conscience de ses partisans, où est repoussé, grâce à ses promesses de réforme, l'actualité d'une alternative communiste pour la majeure partie de l'intelligentsia, où est enlevé aux protestations anti-capitalistes sa pointe.
Leur ostpolitik amène au capital de nouveaux marchés, permet la contribution allemande à l'équilibre et l'alliance entre l'impérialisme US et l'Union Soviétique dont les USA ont besoin pour avoir les mains libres dans leurs guerres d'agression dans le tiers-monde.
Ce gouvernement semble également arriver à séparer la nouvelle gauche des vieux anti-fascistes et ainsi à isoler une fois de plus la nouvelle gauche de son histoire, celle du mouvement ouvrier. Le DKP, qui doit sa permission d'exister à la nouvelle complicité de l'impérialisme US et du révisionnisme soviétique, organise des manifestations en faveur de l'ostpolitik de ce gouvernement; Niemöller - figure symbolique antifasciste - concoure pour le SPD dans les prochaines luttes électorales...
Sous le couvert de " l'intérêt général " le dirigisme étatique tient en bride les bureaucraties syndicales par le biais des contrats de progrès des salaires et la concertation Les grèves de septembre '69 ont montré qu'on avait passé la mesure en faveur du profit, ont montré dans leur déroulement comme grève seulement économique comment on les tenait bien en mai.
Le fait que malgré ses presque deux millions de travailleurs étrangers la république fédérale peut utiliser dans la récession se dessinant un chômage approchant les 10%, toute la terreur, tous les mécanismes de discipline, sans avoir à faire face à une armée de chômeurs, sans avoir au cou la radicalisation politique de ces masses, permet une conception de la force du système.
Participant avec l'aide militaire et économique aux guerres d'agression des USA, la république fédérale profite de l'exploitation du tiers-monde, sans avoir la responsabilité de ces guerres, sans avoir à se disputer avec une opposition à l'intérieur. Pas moins agressive que l'impérialisme US, mais moins attaquable.
Les possibilités politiques de l'impérialisme ne sont épuisées ni dans leur variante réformiste ni dans leur variante fasciste, ses capacités d'intégrer ou opprimer les contradictions qu'il produit lui-même ne sont pas terminées.
Le concept de guérilla urbaine de la fraction de l'armée rouge ne se base pas sur une estimation positive de la situation en république fédérale et à Berlin-Ouest.
3. LES REVOLTES ETUDIANTES
" De la connaissance du caractère unitaire du système de domination capitaliste résulte l'impossibilité de séparer la révolution dans les points " culminants " de celle des " régions arriérées ". Sans une relance de la révolution en occident, on ne peut empêcher avec certitude l'impérialisme, entraîné par sa logique de violence, de chercher un débouché dans une guerre catastrophique, ou les super-puissances d'imposer au monde un joug écrasant ".
(Il Manifesto, thèse 52)
Rabaisser le mouvement étudiant au niveau d'une révolte petite-bourgeoise, c'est: le réduire à ses propres surestimations qui l'ont accompagné; c'est: nier son origine qu'est la contradiction concrète entre l'idéologie bourgeoise et la société bourgeoisie; c'est: nier le niveau théorique, avec la connaissance de ses limites forcées, que sa protestation anticapitaliste a déjà atteint.
Bien sûr le pathos avec lequel s'identifiaient les étudiants, qui prenaient conscience de leur misère psychique dans les usines du savoir, avec les peuples exploités d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie, était exagéré; la comparaison entre l'impression massive du journal Bild ici et les bombardements de masse sur le Viet-Nam était une grande simplification; la comparaison entre la critique du système idéologique ici et la lutte armée là-bas était orgueilleux; la considération d'être le sujet révolutionnaire - tant que c'était au nom de Marcuse - était ignorante de la figure réelle de la société bourgeoise et des rapports de production la fondant.
En république fédérale et à Berlin-Ouest, il revient au mouvement étudiant - ses combats de rue, ses incendies, son utilisation de la violence, son pathos, donc aussi ses exagérations et ses ignorances, bref: sa praxis, d'avoir reconstruit le marxisme-léninisme comme théorie politique, dans la conscience au moins de l'intelligentsia, sans laquelle les faits politiques, économiques et idéologiques et leurs modes d'apparition ne peuvent pas être saisis, et sans laquelle leurs connexions intérieures et extérieures ne peuvent pas être décrites.
C'est justement parce que le mouvement étudiant part de l'expérience concrète de la contradiction entre l'idéologie de la liberté du savoir et la réalité de la mainmise du capital monopoliste sur l'Université, parce qu'il n'a pas été que initié idéologiquement, il n'a pas rendu son dernier souffle jusqu'à ce que le lien entre crise de l'Université et crise du capitalisme soit examiné de fond en comble, au moins théoriquement.
Jusqu'à ce que pour eux et pour leur " public " il soit clair que ce ne sont pas la " liberté, égalité, fraternité ", pas les droits de l'homme, pas la charte de l'ONU qui forment le contenu de cette démocratie; qu'ici est valable ce qui l'a toujours été pour l'exploitation colonialiste et impérialiste de l'Amérique latine, de l'Afrique et de l'Asie: la discipline, la soumission et la brutalité à l'encontre des opprimés, pour ceux qui se mettent de leur côté, pour ceux qui soulèvent des protestations, qui résistent, qui mènent la lutte anti-impérialiste.
De manière idéologique critique, le mouvement étudiant a quasiment saisi tous les domaines de la répression étatique comme expression de l'exploitation impérialiste: dans la campagne de presse de Springer, dans les manifestations contre l'agression américaine au Viet-Nam, dans la lutte contre la justice de classe, dans la campagne contre l'armée, contre les lois de l'état d'urgence, dans le mouvement lycéen. Expropriez Springer!, Brisez l'OTAN!, luttez contre le terrorisme de la société de consommation!, luttez contre la terrorisme de l'éducation!, luttez contre le terrorisme des loyers! ont été des slogans politiques justes.
Ils visaient l'actualisation des contradictions produites par le capitalisme mûr lui-même dans la conscience de tous les opprimés, entre les nouveaux besoins et les nouvelles possibilités de satisfaction des besoins par le développement des forces productives d'un côté et la pression à la soumission irrationnelle dans la société de classes.
Ce qu'il y avait dans leur propre conscience, ce n'était pas des luttes de classe élargis ici, mais la conscience d'être une partie du mouvement international, d'avoir affaire au même ennemi de classe ici que les Vietcongs là-bas, avec les mêmes tigres de papier, avec les mêmes porcs.
Le deuxième mérite du mouvement étudiant est d'avoir brisé la coupure provincialiste des vieilles gauches: la stratégie de front populaire comme marche de Pâques, Union allemande pour la paix, journal populaire allemand, comme espoir irrationnel en un " grand tremblement de terre " à n'importe quelle élection, sa fixation parlementaire sur Strauss ici, sur Heinemann là, sa fixation pro- et anti-communiste sur la R.D.A., leur isolement, leur résignation, leur déchirement moral: prêt à tout sacrifice, capable d'aucune praxis.
La partie socialiste du mouvement étudiant a pris conscience d'elle-même - malgré des imprécisions théoriques - de la reconnaissance juste du fait que " l'initiative révolutionnaire occidental peut aujourd'hui compter sur la crise de l'équilibre global du monde et sur la maturation de forces nouvelles dans tous les pays. " (Il Manifesto, thèse 55).
Ils ont donné comme contenu de leur agitation et propagande cela de quoi ils pouvaient se revendiquer eu égard des rapports allemands: que contre la stratégie globale de l'impérialisme la perspective de luttes nationales doit être internationaliste, que seulement la liaison des contenus nationaux avec les contenus internationaux peut stabiliser des formes traditionnelles de luttes avec les initiatives révolutionnaires internationalistes.
Ils ont fait de leur faiblesse leur force car ils ont reconnu qu'il n'y a qu'ainsi qu'une résignation renouvelée, un découpage provincial, le réformisme, la stratégie de front populaire, l'intégration, pouvaient être évités - les culs-de-sac de la politique socialiste dans les conditions post- et pré-fascistes, comme elles sont en république fédérale et à Berlin-Ouest.
Les gauches savaient alors qu'il aurait été juste de relier la propagande socialiste dans les usines avec l'empêchement pratique de la distribution du journal Bild.
Qu'il aurait été juste de relier la propagande pour les GI's, pour qu'ils ne se laissent pas envoyer au Viet-Nam, avec les attaques pratiques contre des avions militaires pour le Viet-Nam, la campagne de l'armée avec les attaques pratiques contre les bases aériennes de l'OTAN. Qu'il aurait été juste de relier la critique de la justice de classe avec les explosions des murs de prison, la critique du conglomérat de Springer avec le désarmement de ses milices patronales, juste de mettre en marche une propre radio, de démoraliser la police, d'avoir des logements illégaux pour les déserteurs de l'armée, de pouvoir falsifier des papiers d'identité pour l'agitation chez les travailleurs étrangers, d'empêcher par des sabotages dans les usines la production de Napalm.
Et il est faux de rendre sa propagande dépendante de l'offre et de la demande : pas de journal parce que les travailleurs ne peuvent pas encore les financer, pas de voiture, parce que le " mouvement " ne peut pas encore l'acheter, pas d'émetteur, parce qu'il n'y a pas de licence, pas de sabotage, parce que le capitalisme ne s'écroule pas pour autant tout de suite.
Le mouvement étudiant s'écroula lorsque sa forme d'organisation spécifiquement étudiante / petite-bourgeoise, le " camp anti-autoritaire ", se révéla inapte à développer une pratique appropriée quant à ses objectifs, parce qu'il ne pouvait pas y avoir d'élargissement de sa spontanéité aux entreprises ni dans une guérilla urbaine capable, ni dans une organisation socialiste de masse. Il s'écroula, lorsque l'étincelle du mouvement étudiant - différemment d'en Italie ou d'en France - n'est pas devenu le brasier des prairies de luttes de classe élargie . Il pouvait nommer les buts et contenus de la lutte anti-impérialiste - mais n'était pas lui-même le sujet révolutionnaire, ne pouvait pas se permettre la médiation organisationnelle.
A la différence des " organisations prolétaires " de la nouvelle gauche, la fraction de l'armée rouge ne nie pas sa préhistoire comme histoire du mouvement étudiant, qui a reconstruit le marxisme-léninisme comme arme dans la lutte de classe et a posé le contexte international pour le combat révolutionnaire dans les métropoles.