Nous continuons la publication du texte LES COMBATTANTS ANTI-IMPERIALISTES FACE A LA TORTURE. C'est la troisième et avant-dernière partie. Elle s'attache essentiellement au combat idéologique mené par les Etats contre les militants révolutionnaires.

DOSSIER : LES PRISONNIERS POLITIQUES OUEST-ALLEMANDS ACCUSENT
TEXTE: LES COMBATTANTS ANTI-IMPERIALISTES FACE A LA TORTURE, Viktor Kleinkrieg (3)
Les Temps Modernes, mars 1974
(Affiche: il y a beaucoup de manières de donner la mort)
La bourgeoisie a toujours essayé et essaie encore de discréditer, de déclarer fou, de psychiatriser celui qui se prépare à l'affronter militairement. Elle agit là de manière conséquente. Le propre du système capitaliste est d'inverser la réalité, de présenter la réalité exactement sous l'apparence de son contraire. C'est ainsi qu'Engels remarquait déjà que, dans plusieurs langues, le patron s'appelle "donneur de travail" alors qu'il prend le travail du salarié, et l'ouvrier "preneur de travailé", alors qu'uil donne son travail et par là permet au patron de devenir plus riche (en allemand Arbeitgeber et Arbeitnehmer). De tot temps, terroristes et terrorisme ont été des termes employés pour désigner ceux qui combattaient contre des système de terreur; les résistants au nazisme étaient d&ésignés par la gestapo comme "terroristes", les combattants algériens étaient qualifiés de "terroristes", les tortionnaires comme Massu, Bigeard et autres étaient les "pacificateurs". Celui qui remet les choses en place est fou, il est en tout cas dangereux, il faut le détruire ou le neutraliser en détruisant son identité politique, en en faisant un collaborateur passif (collaborateur quand même comme tous ceux qui se contentent d'attendre les lendemains qui chantent). Parler aujourd'hui de la nécessité de s'organiser face aux "bandes armées du capital" relève de la folie, aller droit au massacre, c'est être normal. Entre les deux, l'opportunisme gauchiste qui sait mais qui attend les conditions objectives. C'est ainsi que le pouvoir veut éviter à tout prix qu'en Europe se propage la guérilla urbaine. Le meurtre de l'éditeur italien, Giangiacomo Feltrinelli, en 1972, montre que les terroristes des services secrets ne reculent devant rien. La disproportion entre les forces dites "antiterroristes" des différents pays impérialistes et la réalité encore en développement des mouvements de libération pratiquant la guérilla, est énorme. Elle montre bien que l'adversaire a peur de voir se développer sur "son" terrain des "foyers" de guérilla. L'adversaire fera tout pour gagner du temps, la lutte idéologique, l'infiltration dans la gauche (cf à ce sujet, le livre du général anglais Kitson, l'un des responsables de la contre-guérilla en Irlande paru à Londres aux Editions Faber and Faber, en 1972, sur l'infiltration de groupes gauchistes et de syndicats).
La violence ouverte, la torture intensifiée, perfectionnée, l'appareil idéologique et l'appareil policier utilisés pour pousuivre les membres de la R.A.F. étaient sans rapport avec le nombre réel des membres du groupe. Ils témoignent aujourd'hui de la peur de la bourgeoisie de voir se développer une forme de lutte qu'elle ne mésestime point, justement du fait, que quelques victoires, même symboliques, sur l'appareil militaire policier ou idéologique, peuvent amener les masses à surmonter leur résignation et à se poser la question: comment nous organiser nous-mêmes face à l'appareil terroriste qui nous détruit chaque jour davantage? Cela, le système ouest-allemand veut l'éviter à tout prix, comme tout Etat sous la domination de l'impérialisme.
En France, la préparation psychologique de l'opinion à la lutte contre "l'adversaire intérioeur" n'est pas seulement idéologique, elle est le reflet d'une peur réelle de la clique au pouvoir de voir remis en question son monopole des armes et celui de la violence, au profit de groupes armés de libération, formés de gens organisés autour de problèmes qui les concernent directement: conditions de travail, situation d'émigration, lutte pour l'avortement, lutte contre la vie chère, lutte pour un logement décent, organisation des patients, insoumission, etc.. L'intérêt idéologique du système est donc d'isoler par tous les myens ceux qui, aujourd'hui, propagent la guérilla urbaine. Contre les groupes, qui, en Italie, dans le pays Basque, en Irlande, en Allemagne etc, ont choisi cette voie, la bourgeoisie s'est toujours servi de la thèse de la provocation fsciste, très vite reprise en coeur par les révisionnistes et opportunistes detous bords. leur argumentation: "les actions violentes font peur aux masses et détruisent le travail politique accompli depuis des années". Ces organisations opu plus exactement leurs dirigeants, démontrent surtout par là, qu'ils peuvent faire bon ménage avec le système, qu'ils peuvent continuer à bien vivre alors que tout est en destruction. Ils ont oublié la façon dont Marx parlait du capitalisme (Le capital, livre I) "comme se nourrissant à la manière d'un vampire aspirant le travail vivant". Le processus de reproduction du capital est, dans son essence,: transformation de force de travail vivante (intelligence, muscle, coeur, nerfs, sens) en travail mort, figé, en capital. Les marchandises sont précieuses parce que tâchées du sang de ceux qui les produisent. A ceux qui répondraient que cela est rhétorique, citons les millions de morts des guerres impérialistes, les exterminés de la Commune de Paris, la liquidation massive des communistes indonésiens, celle des résistants chiliens pour ne citer que ceux-là, les victimes "d'accidents" de la circulation, prévus, planifiés dans la construction des voitures faites pour la casse, les victimes des "accidents du travail" parce que le respect de la "norme" de production est plus important que le respect de l'être humain, les morts à petit feu des prisons, l'assassinat régulier à petite dose, par ces petits riens qui rendent la vie supportable tout en rapprochant la mort, tabac, drogues, alcool, tranquillisants, excitants etc ... Toute l'économie impérialiste est économie de mort, sous tous ces aspects, même les plus innocents, même les plus agréables. Pourtant, ceux qui se dressent contre ce système et refusent d'attendre d'être libérés, les plus opprimés, ceux-là sont fous qui refusent cette économie raisonnable de la mort calculée à l'ordinateur, prévue par les trusts multinationaux et cautionnés par les réformistes de tous bords.
Les membres de la R.A.F sont poursuivis en tant que membres d'association de malfaiteurs alors qu'ils n'ont fait que répondre aux crimes de l'association de malfaiteurs la plus puissante et la plus efficace du monde impérialiste. Là où les conditions de vie deviennent chaque jour plus insupportables, là où ça bouge tous les jours, en France par exemple, le système a recours à des armes idéologiques très puissantes; non seulement, il produit des films où la collaboration avec les fascistes est excusée, expliquée, rendue sympathique (cf Lacombe Lucien de Louis Malle), mais il imagine des situations, dessine une image des groupes armés comme bandes de desesperados, de "débiles" en liberté (comme le fait Chabrol dans son dernier film-collaboration Nada) et surtout essaie parmi les groupes de gauche de multiplier les soupapes de sûreté. La colère sera toujours plus verbale, l'adversaire sera toujours sous-estimé, Marcellin est dans la plupart des publications gauchistes un maniaque de l'ordre. Il n'apparaît jamais comme l'instrument remplaçable à tout moment d'un système de destruction, à la limite, on en rit, l'humour peut être aussi un tampon de la haine, il résorbe. L'adversaire est minimisé ou présenté comme tout-puissant, inébranlable. Le ton oscille entre la complicité amusée de ceux qui "savent" et le défaitisme complice de ceux qui décrivent la machine sans chercher la faill. Résultat: on se sent ou très fort ou très faible, jamais menacé et jamais capable de se défendre.