Fin de l'article adressé par un camarade qui s'attache à écrire un historique de la révolution d'octobreL'économie sombre, les pénuries se généralisent, les prix flambent (ils triplent entre juillet et octobre), des centaines de milliers d'ouvriers se retrouvent au chômage, réclamant le contrôle ouvrier sur la production et, de plus en plus souvent, la démission du gouvernement et le passage de tout le pouvoir aux soviets.
Pourtant, ils ne sont pas très nombreux à adhérer au parti bolchevik, qui compte moins de 200 000 membres au début d'octobre 1917.
La conquête par les bolcheviks, intransigeants et courageux, des larges fractions de la société désabusées, démontre l’importance de l’organisation communiste.
La conception marxiste de Lénine et d'un parti organisé et déterminé alliée vont se révéler décisifs.
Lénine rentre clandestinement à Petrograd. Depuis plusieurs semaines, de son exil finlandais, il écrivait au comité central du parti des lettres (Les bolcheviks doivent prendre le pouvoir) et des articles (La crise est mûre) appelant à l'insurrection et condamnant le légalisme révolutionnaire des dirigeants menchéviks échaudés par l'amère expérience des journées de juillet.
Le 10 octobre, après dix heures de discussions, Lénine parvient à convaincre la majorité des membres du comité central de la nécessité d'une insurrection armée, dont le principe est approuvé par dix voix contre deux (celles de Zinoviev et de Kamenev).
Cependant, aucune mesure pratique n'est prise avant le 16 octobre, date à laquelle se réunit un comité central élargi, qui vote un texte appelant à l'insurrection.
Les bolcheviks créent un Centre militaire révolutionnaire chargé d'organiser les modalités pratiques du soulèvement. De son côté, Trotski est chargé le 9 octobre de mettre en place d'une organisation : le Comité militaire révolutionnaire de Petrograd, mais ce sont les bolcheviks qui dirigeront le coup d'État.
Le scénario est prêt, l'insurrection imminente, mais elle n'est plus tout à fait secrète. En effet, le 17 octobre, un article est publié dans Novaïa Jizn (la Nouvelle Vie), revue dirigée par Maxime Gorki, qui fait état de rumeurs concernant des désaccords de Kamenev et de Zinoviev avec la direction du parti.
A la différence de la révolution de février, spontanée et imprévue, les journées d'Octobre sont minutieusement préparées par les bolcheviks avec à leur tête Lénine, face à un gouvernement dépassé par la situation.
L'épreuve de force débute le 22 octobre, lorsque la garnison de Petrograd se rallie au Comité militaire révolutionnaire de Petrograd qu'elle reconnaît comme seule autorité.
Les bolcheviks déclarent que seul le 2ème Congrès panrusse des soviets (et non une convention démocratique) sera habilité à légitimer un nouveau gouvernement.
Les « restes » du gouvernement provisoire ne pourront compter que sur les élèves officiers pour résister à l'insurrection qui éclate le 24 au soir, lorsque des détachements fidèles au Comité militaire révolutionnaire (quelques milliers de gardes rouges, de matelots et de soldats) s'assurent sans résistance le contrôle des centres stratégiques de la capitale (ponts, postes, télégraphe, banques, gares).
Tandis que les « restes » recherchent des renforts et des troupes fidèles au gouvernement, Lénine, apparait pour la première fois en public depuis le mois de juin. Lénine déclare à la session du soviet de Petrograd : «La révolution des ouvriers et des paysans, dont les bolcheviks n'ont cessé de montrer la nécessité, est réalisée... Une nouvelle étape s'ouvre dans l'histoire de la Russie, et cette troisième révolution doit en fin de compte mener à la victoire du socialisme.»
Dans la soirée, les insurgés sous commandement des cadres militaires bolchéviks s'emparent du palais d'Hiver. À 23 heures s'y ouvre le 2ème Congrès des soviets. Malgré leur trahison, leur incompétence et après avoir osé déclarer que la «conspiration militaire a été organisée derrière le dos des soviets», une grande partie des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires quitte la salle sous les huées des bolcheviks.
Les bolcheviks font alors ratifier leur coup de force par le Congrès, qui vote un texte rédigé par Lénine, attribuant «tout le pouvoir aux soviets».
Seul le menchevik Martov s'y oppose, les « restes » des socialistes-révolutionnaires se contentant de protester et de s’abstenir. Cette résolution donne le pouvoir aux bolcheviks pour gouverner «au nom du peuple».
Quelques heures plus tard, le Congrès des soviets entérine avant de se séparer, la création du Conseil des Commissaires du Peuple (le gouvernement bolchevik) et approuve les décrets sur la paix et sur la terre, actes fondateurs du nouveau régime.
Fortement liés aux masses, fortement organisés et disciplinés, fortement aguerris et formés aux théories scientifiques du socialisme, il n'aura fallu que quelques mois aux bolcheviks pour faire triompher la révolution prolétarienne.
« Les révolutionnaires sont communistes, les communistes sont révolutionnaires »