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Slam, dédié à Joëlle - "A l'assaut du ciel" Julien Delmaire

Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

"On se bat pour tatouer l'azur à l'encre d'espérance."

Il est beaucoup de façon de dire la révolte, la solidarité. Chansons de Dominique Grange, rap de la K-Bine et ce texte d'un slameur, poème dédié à Joëlle. (Un ouvrage "le mur s'efface" regroupe des textes de Julien Delmaire chez l'agitée. Julien Delmaire a un site: www.juliendelmaire.com)

Un coeur électrique se perd aux limites d'un soupir digital
Coeur d'obsidienne, clignotant fébrile, syncope de givre
Tes artères profanées d'ombre
La pluie jaune sur les trottoirs/
Les charognes de hurlevents transpirent sous les néons

Citadelle de ciment, les cloisons maculées d'espoirs en lambeaux
Haut granit fleuri de sanglots
Triste zodiaque titubant sur le verre brisé
Les astrologues ont les ongles purulents d'angoisses
Ils tressent les nervures d'un linceul ébloui.

Tu cries du fond de tes marais,
La lune a des tympans criblés d'échardes
Tu cries, les poumons brûlent d'un encens vénéneux.

Les taureaux de Guernica au poitrail fumant / corrida de cendres

Tes gencives embaumées par le suc amer de l'exil

Tu dérives vers un archipel de brume
Tu cries du noir des catacombes,
Un cygne de pétrole se consume en plein vol
Averses de plumes et de bile, tu hurles,
Les grands oscilloscopes ont perdu la raison
Fleuve Magenta, écluse de douleur,
Une rizière de chrome bleu se dessine sous tes paupières

Tu hurles vers les satellites, irradiée d'infini
Un hélicoptère nucléaire effleure ta peau
Et s'en va mourir comme une larme à l'abri de tes os.

Je t'entends, mais je suis loin
Ils t'entendent mais la distance entre ta peau et les étoiles

Une citerne de plomb a recueilli le déluge de nos yeux
Carroussel mauve, alezan de bois lustré par la mélancolie

Combien de chevaux tournoient dans tes veines à l'heure du mystère?
Combien de ramiers survolent l'horizon de ton crâne?
Combien de comètes calfeutrées dans le mouchoir du braconnier?

Tu as toujours été du côté des chapardeurs d'étincelles, des poètes à la roulotte, des maraudeurs à la petite semaine, orpailleurs des eaux stagnantes, fétus de muscles projetés dans le limon du cyclone, des manants aux hardes de limaille, rejetons exténués des fonderies carnivores qui ont épousé la poisse en juste noce.

Ils sont tous là à présent en rangs serrés, ils font cercle dans tes
silences pour une farandole entre nuage et poussière

Joëlle, flamme de santal épuisée, crinoline insomniaque
Quand le jazz empourpre la banlieue
Un poing levé dans un ciel de céramique, fenaison des révoltes,
Tumulte rocailleux,résignation lapidée aux coins des barricades,
Aurore de paille embrasée, vertige lacrymogène, les peurs dispersées
En nuées de passereaux sous le joug du golem harnaché de rouille

LA JEUNESSE COURT
DANS LES VENELLES INSURGEES DE L'AMOUR

On ne se bat pas pour un drapeau
Un chiffon réséda grelottant
En haut des cathédrales de viande!

On ne se bat même pas pour des idées,
Momies d'alphabet exhumées d'un grimoire d'airain.
On ne se bat pas pour un pays,
un estuaire balafré de nuages
On se bat pour ne pas étouffer,
pour pouvoir regarder le monde en face!

On se bat pour l'oxygène des astres,
Pour rendre à la fillette son cerceau d'insouciance,
Pour extirper la main nègre de la gueule d'acier.

On se bat pour enlacer le colosse éreinté à la cime du grisou
On se bat pour faire fleurir une orchidée nouvelle
On se bat pour abattre les murs qui dévorent les germes du printemps
On se bat pour vivre sans remords avec d'autres vivants
Et pour couvrir les morts d'un semblant de mémoire.

On se bat pour tatouer l'azur à l'encre d'espérance.

Lutter ou bien crever, la note translucide résonne tel un tambour de fonte
La lutte ou la honte de n'être qu'un reflet sur l'émail du temps..

On se bat au sommet des miradors d'argile
Dans les vapeurs jaunies des usines étranglées
On se bat pour sauver la lumière fragile
De l'aube qui se lève au bout des champs de blé.

On se bat comme on aime, éperdus, maladroits
Le corps broyé de fièvre et le coeur insoumis
sans se soucier des flics, des juges et des lois
Pour soutenir le pas fatigué d'un ami

D'une soeur étourdie par les fumées du sang
Les brouillards incendiés qui masquent le soleil
On se bat pour sauver le rêve incandescent
De ce môme perdu au bord de l'arc-en-ciel.
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