Dossier RAF
Holger Meins avait été arrêté le 1er juin 1972. Il est mort le 9 novembre 1974 durant une grève de la faim menée contre les conditions de détention que connaissaient alors les prisonniers révolutionnaires en Allemagne de l'Ouest. Il y exprime le sens même de son combat.
"De tout notre amour de la vie : mépriser la mort. C'est ce qu'est pour moi servir le peuple."
"L'unique chose qui compte, c'est le combat, maintenant, aujourd'hui, demain, que tu aies été gavé ou pas. Ce qui compte, c'est ce que tu en fais: un bon en avant. Faire mieux. Apprendre par l'expérience. Tout le reste, c'est de la merde. Le combat continue. Chaque nouvelle lutte, chaque action, chaque conflit apportent des enseignements inconnus. Des expériences, voilà le développement des luttes. Est décisif, ce qu'on apprend à connaître. C'est le côté objectif de la dialectique révolution / contre-révolution.
Par le combat, pour le combat. A partir des victoires, mais encore plus à partir des erreurs, des "flips" des défaites. C'est là une loi du marxisme.
Combattre, avoir le dessous, encore combattre, avoir à nouveau le dessous, c'est ce qui renouvelle la manière de se battre, et ainsi de suite, jusqu'à la victoire finale. Voilà la logique du peuple. Dit le vieux.
Bien sûr : "matière" : l'homme n'est rien que matière, comme tout. L'homme entier. Les corps et la conscience sont matière. Ce qui fait l'homme, ce qu'il est, sa liberté - c'est que la conscience se rend maître de la matière - de soi-même, de la nature extérieure et, surtout : de l'être personnel. Un des côtés de Engels: transparent. mais le guerillero se matérialise dans le combat - dans l'action révolutionnaire sans fin. Combattre jusqu'à la mort et bien sûr collectivement.
Ce n'est plus une question de matière, mais de politique. la pratique. Comme avant, comme après l'affaire. Ce qui est - maintenant - repose pour la première fois en toi. La grève de la faim est encore loin d'être achevée. Et le combat ne s'arrête jamais.
Mais il y a naturellement un point : quand tu sais, qu'avec chaque victoire des porcs, l'intention concrète de meurtre devient plus concrète - si tu te retires du jeu, te mets en sûreté et leur donne par là une victoire, ça veut dire que tu nous livres, que tu es toi-même, le salaud qui divise et encercle pour survivre et ensuite en avoir plein le cul de , comme je l'ai dit "la pratique" . Vive la Fraction armée rouge! Mort au système des porcs. Si tu ne continues pas la grève de la faim, tu ferais mieux de dire, et avec plus d'honneur (si tu sais encore ce que c'est l'honneur) : A bas la RAF. Victoire pour les porcs.
Ou bien homme, ou bien porc
Ou bien survivre à n'importe quel
Prix ou bien la lutte à mort
Entre les deux, il n'y a rien.
La victoire ou la mort - disent<des types partout, et c'est la langue des guerilleros - et même dans la minuscule dimension, ici. Il en va de vivre exactement comme il en va de mourir : "les hommes (et donc pas nous) gagnent ou bien meurent, au lieu de perdre et de mourir".
Assez triste de devoir t'écrire quelque chose de pareil. J'sais bien sûr, pas comment ça fait quand on meurt ou quand on te tue. D'où ça? Dans un instant de vérité ce matin, il m'est passé par la tête comme pour la première fois : c'est donc ainsi (cela non plus je ne le savais pas) et ensuite (devant le canon du fusil braqué juste entre tes yeux) : c'est égal, c'était ça. En tout cas du bon côté.
Ca, tu devrais le savoir aussi par toi-même. De toute façon, tout un chacun meurt. La question est seulement de savoir comment tu as vécu. Et l'affaire est bien claire : combattre contre les porcs comme homme pour la libération de l'homme : Révolutionnaire au combat! De tout notre amour de la vie: mépriser la mort. C'est ce qu'est pour moi servir le peuple.
Holger Meins - 31 octobre 1974