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Ce que dit Jean-Marc ...

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Afin que chacun puisse juger du caractère inadmissible de la demande du Parquet, l'interview de Jean-Marc. pour ce qui concerne son combat ...

La presse a annoncé votre intention d'adhérer au NPA. Pourquoi ce besoin de rallier, aujourd'hui, un parti ?

Parce qu'il faut que je me réapproprie vingt ans d'histoire de ce pays. Moi, j'étais en cellule où tu ne reçois, essentiellement, que la télévision, les médias bourgeois. J'ai eu un filtre énorme et très peu de relations clandestines pour m'informer autrement. Au NPA, en quelques mois, je vais rencontrer des gens d'origines et d'obédiences extrêmement différentes. Mon profit personnel est dans ce contact. Pour le moment, le NPA n'est qu'une saine pagaille... Mais j'y vois un formidable élan.

La personnalité d'Olivier Besancenot a-t-elle joué un rôle dans votre choix?

Non, bien que ma rencontre avec lui a été importante. C'est quelqu'un qui n'est pas typique des cadres du "groupusculisme" que j'avais connu après 1968. Il est en rupture. Je crois sincèrement qu'il a compris qu'il fallait une autre vision, une autre organisation aujourd'hui en France. Le besoin est là! Dans les assemblées du NPA, il faut voir la variété des personnes présentes. Et ces gens ne veulent pas une tête d'affiche pour les élections mais quelque chose qui les aide à affronter le système tel qu'il est: la misère, l'exploitation, le chômage, l'exclusion sociale des quartiers. Et c'est ça qui m'intéresse: aller vers ce point de tension. Ces dernières années, la force de pacification des relations politiques était telle en France qu'elle désarmait tous les conflits, récupérait les initiatives révolutionnaires. Je ne sais pas si on va réussir à crever ce miroir aux alouettes.

C'est-à-dire?

Porter le conflit jusqu'à l'affrontement. Beaucoup de gens, actuellement, ne peuvent pas aller beaucoup plus loin dans la misère. Il va y avoir des problèmes! D'ailleurs, l'Etat s'y prépare avec des programmes contre-insurrectionnels qui vont jusqu'à l'utilisation de drones... Que fera-t-on, à ce moment-là, en tant que révolutionnaires? Appeler à voter Besancenot ou amener d'autres pratiques?

Votre entrée potentielle dans un parti ne met donc pas fin à l'idée pour vous que la lutte armée est nécessaire?

Il faut clarifier les choses: le processus de lutte armée tel qu'il est né dans l'après-68, dans ce formidable élan d'émancipation, n'existe plus. Mais en tant que communiste, je reste convaincu que la lutte armée à un moment du processus révolutionnaire est nécessaire.

Mais quand Besancenot dit qu'il a toujours condamné les méthodes d'Action Directe, il exprime une opposition à cette violence...

Oui... Et en même temps, il se dit guévariste. C'est un petit peu paradoxal! Il pense que, quand on touche à ce terrain, il faut être social-démocrate... Non! Quand on se dit guévariste, on peut simplement répondre que la lutte armée est nécessaire à certains moments. On peut avoir un discours théorique sans faire de la propagande ou de l'appel au meurtre.

Ces termes sont tabous dans le discours politique. Besancenot ne joue-t-il pas avec le feu en acceptant quelqu'un comme vous dans son parti?

C'est certain que ma présence lui donne une crédibilité quand il parle d'action révolutionnaire! On peut en rire, mais quand les Guignols de l'Info lui font dire "La révolution lundi? Non, je peux pas, je travaille..." c'est sur cette crédibilité qu'ils l'attaquent.

Ce discours ne va-t-il pas effrayer certains militants du NPA qui veulent changer la société sans violence... Comme, par exemple, les adhérents de RESF...

RESF est un mouvement très intéressant parce qu'il représente un illégalisme de masse. J'apprends beaucoup de ces personnes... Mais RESF ne changera pas la société. Il ne vise pas, comme organisation, la révolution. Effectivement, je peux faire peur à beaucoup de monde... A notre première rencontre, j'ai prévenu Besancenot: "Ma présence peut faire du bordel. Réfléchissez, vous pouvez dire non..." Il m'a dit que c'était réfléchi et qu'ils étaient d'accord.

Certains dirigeants de la Ligue, comme Alain Krivine, mettent pourtant des conditions à votre participation: "S'il accepte le programme, il viendra". Etes-vous prêt à vous plier à un programme s'il ne correspond pas exactement à vos idées?

Je crois que le camarade Krivine n'a pas compris que l'époque du centralisme démocratique, pour utiliser un concept théorique, est dépassée. Le NPA ne doit pas devenir un instrument de la "direction des luttes" mais un véritable mouvement capable de créer des grands pôles de discussion, de décision... Il devra appuyer les luttes sur le terrain. Sinon, il deviendra un nouveau PC ou un simple élargissement de la gauche plurielle. Je ne condamne pas toutes les politiques institutionnelles. On peut y participer à un moment donné mais cela ne doit pas être le coeur du projet.

Il y a un grand débat autour du nouveau nom du NPA. L'absence du mot "révolution" vous choquerait-elle?

Ce serait une démission. Le mot "révolution" signifie toujours "affrontement". Avec la bourgeoisie, avec le gouvernement... Si on crée un instrument de lutte en renonçant à ce terme, cela signifie que les choix sont faits: le NPA serait un petit parti électoral. Et à plus ou moins longue échéance, je serais naturellement éliminé de ce processus. Pas besoin d'envoyer une lettre de démission.

La liberté conditionnelle accordée à Nathalie Menigon, votre épouse et ancienne camarade chez AD, est-elle un signe d'assouplissement de l'Etat sur le cas des anciens d'Action Directe?

Certainement. Ils auraient pu nous garder plus longtemps en prison. Ils ont fait le choix, face au soutien qui s'est développé, d'éliminer le problème de la poursuite de notre détention. Mais cette détention a fait des ravages. Sur les quatre derniers détenus d'Action directe, il y a déjà un mort et deux personnes qui sont gravement malades.

Vous, à l'inverse, semblez en parfait état physique, votre envie de militer est intacte. Comparée à celle de vos camarades, votre résistance est étonnante...

Il n'y a rien d'étonnant et il n'y a pas de méthode pour résister à la prison. J'ai eu de la chance. Ce ne sont surtout pas leurs "privilèges" qui m'ont permis de tenir. Nous avons vécu des conditions de détention exceptionnelles: par la dureté, par la durée de l'isolement... En prison, j'ai vu trop d'arbitraire, trop d'oppression. Cela m'a conforté dans le sentiment qu'un changement révolutionnaire est nécessaire.

Partagez-vous l'analyse d'Olivier Besancenot qui dit que le président Sarkozy et son gouvernement mènent une offensive globale, et qu'il faut, face à cela, une contre-offensive globale?

C'est une analyse particulièrement juste. Les petits coups de pointe qui se concentrent sur quelques chapitres sont importants mais ne peuvent déterminer une rupture dans une situation politique. La rupture naîtra d'une globalisation de l'affrontement. Depuis son arrivée au pouvoir, Sarkozy tient parfaitement son rôle d'agent du libéralisme. Sa première décision de rentrer dans l'Otan détermine toute une série d'autres conséquences. On va retrouver la pression sur les pays qui ne sont pas d'accord sur le libéralisme, les politiques néocoloniales très agressives. C'est une politique au service des riches, mais au moins, c'est clair.

Après vingt ans de prison, dont plusieurs à l'isolement, comment avez-vous retrouvé la société française au moment de votre passage à la semi-liberté, notamment au niveau de sa dépolitisation?

J'ai été catastrophé... Dans les années 50-60, le gros de la société était fortement politisé. Un militant socialiste pouvait sortir une analyse politique. Aujourd'hui, j'ai l'impression que le marxisme, toutes les théories qui nous permettaient d'appréhender les situations, ont été oubliées. Certes, les situations ont considérablement évolué, mais, en même temps, elles gardent leurs bases fondamentales: nous sommes dans une société de classes, nous sommes dans une société où le conflit impérialisme/anti-impérialisme est crucial. On se perd dans l'aide aux pauvres, à ceux qui souffrent... Non, les pauvres, ceux qui souffrent, les exploités et les opprimés sont des pro-lé-taires! Aujourd'hui, il faut bosser énormément pour convaincre les gens de la réalité du système. Si vous allez dans une cité pour parler de religion, vous aurez plus d'attention que si vous venez parler d'oppression, d'exploitation de classes. Cela vient de la dépolitisation qui a été inscrite dans ces couches populaires, cette pression médiatique terrible qui a rendu toute tentative d'analyse des situations has-been. On a tout résumé à des images d'Epinal assez ridicules. C'est angoissant quand on se balade dans les rues de Marseille de voir le nombre de portraits de Che Guevara. Un Che lessivé de toute conscience politique. Un Che transformé en icône marketing.

Etes-vous prêt encore à jouer votre liberté personnelle pour vos idées?

Mais je la joue actuellement. Avec cette interview... Je sais que je ne suis qu'en "semi-liberté". Et s'il y a une amélioration, ce sera une liberté sous condition. C'est-à-dire que je ne serai jamais plus un homme libre. On me l'a marqué sur un papier.

Dans Le Monde, Françoise Besse, la veuve de Georges Besse, a évoqué à votre propos un "honteux recrutement". Regrettez-vous les actes d'Action directe, notamment cet assassinat?

Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus... Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Mais par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique.

Vous êtes en semi-liberté depuis le mois de décembre 2007. Comment vivez-vous ce statut?

C'est une expérience extrêmement difficile. Ce dont je n'avais pas conscience au début. Le fait de rentrer et de sortir tous les jours de cellule est normalement fait pour se réadapter. Dans mon cas précis, qui est une semi-liberté exceptionnelle par sa longueur et par les conditions qui me sont faites, ce n'est pas une préparation à une libération, c'est une déstabilisation complète. Ce que j'avais réussi à créer en prison, ils s'attachent à le détruire. Les relations familiales, le projet professionnel... Je peux travailler mais je n'ai que certaines tâches autorisées. Au niveau familial, j'ai gardé pendant 20 ans une relation assez poussée, des parloirs tous les week-ends... Là, on me supprime toutes les possibilités de voir ma fille et ma petite-fille. Je suis à 800 kilomètres de chez moi ...

 

 

 

 
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