Une majorité écrasante de l’Assemblée générale de l’ONU condamne le blocus contre Cuba
POUR LA 17e FOIS CONSECUTIVE
NEW YORK – L’assemblée générale des Nations unies a adopté aujourd’hui à une écrasante majorité la résolution qui demande la levée du blocus étasunien contre Cuba, pour la 17e fois consécutive, rapportent les agences de presse.
Sur les 192 Etats-membres de l’assemblée, 185 ont voté en faveur tandis que trois ont voté contre (Les Etats-Unis, Israël et Palau) et que deux se sont abstenus (Iles Marshall et Micronésie). Par ce vote Cuba obtient une voix de plus que l’année dernière, quand 184 pays avaient voté en faveur de la résolution, quatre contre (Etats-Unis, Israël, Palau et les Iles Marshall) et une abstention (La Micronésie).
La résolution qui demande la levée du blocus a été adoptée 16 fois de suite, avec un soutien croissant qui va de 59 voix en 1992 à 185 d’aujourd’hui.
Avant le vote, le ministre cubain des Relations extérieures, Felipe Pérez Roque, est intervenu devant l’Assemblée où il a souligné les circonstances spéciales où se déroulait le nouveau vote de cette résolution, avec la crise économique que traverse le monde et, surtout, devant l’imminence des élections étasuniennes qui, selon le ministre, donneront un nouveau président qui « devra décider si le blocus est une politique qui a échoué ».
« Vous êtes seul, isolé », a déclaré le ministre, s’adressant au président George W. Bush. Le discours de Pérez Roque a été très applaudi par une partie de l’Assemblée.
Intervention de Felipe Pérez Roque
Intervention de Felipe Pérez Roque, Ministre cubain des Affaires étrangères de la République de Cuba, au point 19 de l'ordre du jour de la 73è session de l'Assemblée Générale des Nations Unies : " Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier appliqué contre Cuba par les Etats-Unis d'Amérique.
Monsieur le Président,
Comme tous les ans depuis 1992, Cuba se présente devant l'Assemblée générale des Nations Unies pour réclamer la levée du blocus illégal et injuste que le gouvernement des Etats-Unis lui impose depuis presque cinquante ans. Sept Cubains sur dix ont vécu toute leur vie sous cette politique irrationnelle et inutile qui vise sans succès à faire plier notre peuple. Le blocus est plus vieux que M. Barack Obama et que toute ma génération.
Le scrutin qui se déroulera dans quelques minutes intervient dans des circonstances tout à fait particulières : alors que Cuba vient d'être dévastée par deux puissants cyclones, que les élections auront lieu dans six jours aux Etats-Unis et que nous sommes face à une profonde crise financière internationale aux retombées de laquelle aucun de nos pays ne peut réchapper.
A Cuba, plus de cinq cent mille logements et des milliers d'écoles et d'institutions de santé ont été endommagés ; un tiers des terres cultivées dévasté ; les infrastructures de l'électricité et des communications sévèrement détruites : tel est le bilan, entre autres dommages, du passage de phénomènes climatiques sans précédents qui prouvent les effets du changement climatique pour les pays caribéens.
Si les pertes en vies humaines ont été minimes, cela se doit aux efforts énormes que consentent au préalable les autorités et le peuple, ce qui a permis de protéger et d'évacuer en lieu sûr trois millions deux cent mille personnes. Après tout, nous étions à Cuba, et non à la Nouvelle-Orléans au passage de l'ouragan Katrina.
Malgré les graves dommages et la dévastation provoqués par les deux cyclones, aucun malade ne s'est retrouvé sans soins médicaux, et tous les enfants cubains et les trente mille jeunes de cent vingt-six pays se formant dans nos universités suivent normalement les cours. Personne n'a été livré à son sort et nul ne le sera.
Je voudrais, au nom du gouvernement et du peuple cubains, remercier profondément tous ceux qui ont, d'une façon ou d'une autre, manifesté leur solidarité et leur soutien à Cuba dans cette conjoncture dramatique. A ce jour, nous avons reçu de l'aide de soixante-quatre pays.
A rebours de cette large solidarité, l'administration étasunienne a fait étalage de son cynisme et de son hypocrisie habituels. Tout en opposant une fin de non-recevoir à notre demande de pouvoir acheter à des sociétés étasuniennes à partir de crédits privés, ne serait-ce que pour six mois, des aliments et des matériaux indispensables à la reconstruction de notre pays, elle a orchestré une campagne d'intoxication maladroite pour faire croire à l'opinion publique internationale que notre gouvernement ne s'occupait pas de son peuple.
Cuba a agi en fonction de ses positions de principe traditionnelles : nous ne pouvons pas accepter de l'aide de ceux qui ont durci leur blocus, leurs sanctions et leur hostilité contre notre peuple.
Cuba n'a demandé aucun cadeau à l'administration étasunienne : elle lui a tout bonnement demandé de pouvoir acheter.
L'administration Bush ment une fois de plus à la communauté internationale : elle ment quand elle déclare avoir octroyé à notre pays, après le passage des cyclones, des permis de ventes de produits agricoles pour une valeur de deux cent cinquante millions de dollars. Ces ventes existent depuis 2001, et nous ne pouvons acheter ces produits que dans le cadre de mesures de supervision rigoureuses et au terme d'une procédure bureaucratique extrêmement tortueuse selon laquelle chaque institution gouvernementale impliquée - et elles sont nombreuses - doit accorder cette autorisation cas par cas, et à condition, qui plus est, que Cuba paye cash et d'avance. Le fait est que l'administration étasunienne a dressé toujours plus d'obstacles pour limiter ces achats.
Si l'administration Bush était vraiment soucieuse du bien-être du peuple cubain, elle devrait tout simplement - ce qui serait la seule attitude moralement décente de sa part - lever le blocus imposé à mon pays en violation des normes les plus élémentaires du droit international et de la Charte des Nations Unies.
Pour que vous vous fassiez une idée de l'ampleur des préjudices que le blocus cause chaque année au peuple cubain, je me bornerai à dire qu'ils sont presque aussi élevés, en termes économiques, que les dégâts causés par les cyclones Gustav et Ike ensemble.
Les cyclones sont des phénomènes naturels aggravés désormais par le changement climatique et le réchauffement mondial. On ne peut, hélas, les éviter. Le blocus, lui, est une mesure politique illégitime, un génocide. A la différence des cyclones, les autorités étasuniennes peuvent parfaitement y mettre fin et éviter que le peuple cubain ne continue d'en souffrir.
Le blocus économique, commercial et financier imposé au peuple cubain par les Etats-Unis est le principal obstacle aussi bien au relèvement de notre pays après ces deux cyclones qu'à son développement économique et social.
Des calculs très conservateurs indiquent que les dommages directs causés par le blocus depuis sa mise en place s'élèvent à 93 milliards de dollars, soit presque deux fois notre Produit intérieur brut. A la valeur actuelle du dollar, cela équivaut à non moins de 224,6 milliards. On n'a pas de mal à s'imaginer combien Cuba aurait pu progresser durant presque cinquante ans si elle n'avait pas été en butte à la guerre économique brutale que les Etats-Unis lui font à l'échelle mondiale.
Bafouant ouvertement la volonté expresse de la communauté internationale qui l'a fait savoir en votant seize résolutions d'affilée à l'Assemblée générale, l'administration étasunienne a, cette année-ci, adopté de nouvelles sanctions économiques encore plus dures contre Cuba ; elle a intensifié sa traque des activités des entreprises cubaines et de pays tiers ; elle s'est lancée dans une chasse insane à nos transactions financières avec l'étranger, et même à celles qui impliquent des versements aux institutions spécialisées des Nations Unies. Elle a intensifié sa poursuite jusqu'à bloquer des sites Internet en rapport avec notre pays.
Washington a par ailleurs accru à des niveaux sans précédent son aide financière et matérielle à ceux qui visent à liquider l'ordre constitutionnel cubain, dégageant à ces fins 46 millions de dollars de plus destinés à la subversion interne et 39 millions de plus visant à maintenir ses émissions de radio et de télévision illégales. Soit dit en passant, ces sommes représentent huit fois le montant de l'aide censément offerte au peuple cubain après les cyclones.
Le Government Accountability Office (GAO), institution publique, a reconnu explicitement dans son rapport de novembre 2007 que, des vingt programmes de sanctions économiques appliqués à différents pays, le blocus contre Cuba en constitue l'ensemble le plus intégral jamais mis en place par les USA.
Le Rapport détaillé et bien documenté que le Secrétaire général a présenté à partir des contributions de cent dix-huit pays et de vingt-deux institutions et agences internationales m'exempte d'avoir à donner ici des exemples qui prouvent que pas un seul domaine de la vie économique et sociale cubaine n'est à l'abri du blocus étasunien, depuis l'impossibilité d'acheter des intrants et des équipements destinés à la chirurgie cardio-vasculaire des enfants ou des scanographes indispensables en cancérologie moderne, jusqu'aux amendes et peines de prison infligées aux Etatsuniens qui voyagent à Cuba, voire aux agences de tourisme responsables. L'administration Bush devrait saisir l'occasion pour expliquer à l'Assemblée générale pourquoi elle traite en ennemis les petits cardiaques cubains !
Les représentants de l'administration étasunienne mentent tous les ans à cette Assemblée quand ils lui ressassent que le blocus n'existe pas, qu'il n'est pas le principal responsable des pénuries et des souffrances que le peuple cubain a vécues tout au long de ces cinquante années.
Messieurs les délégués,
Le blocus n'est pas une simple question bilatérale entre Cuba et les Etats-Unis. L'application extraterritoriale des lois étasuniennes et la traque aux intérêts légitimes de personnes juridiques et naturelles de pays tiers qui tentent d'investir à Cuba et de faire des affaires avec elle concernent tous les Etats ici réunis.
Le blocus viole aussi d'une manière flagrante les droits du peuple étasunien. Il restreint sa liberté de déplacement, consacrée dans la Constitution. Ces dernières années, le département du Trésor a durci sa politique déjà bien rigoureuse consistant à refuser les autorisations d'échanges religieux, professionnels, culturels et universitaires entre le peuple étasunien et le peuple cubain.
Le blocus entrave aussi les relations normales entre les Cubains vivant aux USA et leurs familles à Cuba.
Monsieur le Président,
Un nouveau président des Etats-Unis sera élu dans quelques heures. Il devra décider face à l'alternative suivante : lever le blocus parce qu'il constitue une politique ratée qui isole et discrédite toujours plus son pays dans l'arène internationale ou faire preuve du même entêtement et de la même cruauté que ses prédécesseurs pour tenter de faire plier le peuple cubain par la faim et la maladie.
De cette tribune-ci, je le lui redis :
Il ne pourra jamais faire plier le peuple cubain. Aucun blocus, aucun cyclone ne le découragera. Nulle force humaine ne sera à même de soumettre les Cubains. S'il en veut la preuve, qu'il prenne celle des cinq héros cubains, militants antiterroristes, qui viennent de purger dix années d'incarcération injuste et cruelle dans des pénitenciers étasuniens et qui symbolisent la décision de notre peuple de défendre en toute dignité sa liberté et son indépendance.
C'est donc au nom de ce peuple mille fois héroïque qui, face à toutes les adversités, n'a pas été vaincu et ne le sera jamais, que je réclame une fois de plus la solidarité de cette Assemblée.
C'est donc au nom de ce peuple qui a confiance dans votre décision que je vous demande de voter le projet de résolution présenté par Cuba : " Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier appliqué à Cuba par les Etats-Unis d'Amérique ".
Je vous remercie.