Il y a plusieurs semaines, ses avocats avaient porté plainte contre les traitements dont il était victime (en particulier la nutrition forcée) et avait demandé une assistance médicale extérieure à la prison. Le jour même de sa mort, le 9 novembre, l'un de ses avocats réclamait la venue immédiate d'un médecin. La direction de la prison refusait en déclarant qu'il n'était pas possible d'atteindre le médecin de l'établissement, le docteur Hutter, pendant le week-end et qu'il fallait donc attendre lundi. Quelques heures plus tard, Holger Meins mourait, il ne pesait plus que trente-neuf kilos pour une taille de un mètre quatre-vingt-cinq.
Cette grève de la faim, à laquelle il participait avec une centaine d'autres détenus, avait précisément pour but essentiel de protester contre les conditions de détention des prisonniers politiques d'Allemagne fédérale et les tortures scientifiques qu'ils subissent.
Actuellement, une trentaine d'entre eux continuent de refuser toute nourriture, dans les mêmes conditions qui ont entraîné la mort d'Holger Meins. Certains risquent de subir le même sort que leur camarade.
C'est pour tout cela, et afin de rendre compte des conditions dans lesquelles se déroule cette grève de la faim et des conditions de détention des prisonniers politiques, que j'appelle à la constitution de commissions d'enquête qui visiteront les prisonniers. Cet appel s'adresse plus particulièrement à des juristes et des médecins mais aussi à des artistes, des écrivains, des journalistes, afin de donner à cette action de surveillance et de soutien les plus grandes chances de diffusion possibles.
Jean-Paul SARTRE