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Marx, Sancho (Sarko?) ou la bourgeoisie et les crises

Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

 Adressé par un camarade, dans le cadre d'un travail sur les crises


Collage de Joëlle Aubron avec l'aimable participation
entre autres de G.Grosz



          Ce texte de Marx et Engels conserve tout son caractère d'acuité d'analyse du comportement de la bourgeoisie en période de crise et on serait tenté de remplacer Sancho par Sarko tant il semble que la bourgeoisie et ses porte-parole soient totalement incapable de comprendre quoique ce soit aux crises, leurs causes et leurs caractéristiques.



Karl Marx - Friedriech Engels


L'idéologie Allemande


Le Concile de Leipzig — III. Saint Max


          (…) La puissance de l'argent, le fait que ce moyen d'échange universel acquiert une existence autonome, échappant au contrôle de la société aussi bien que des individus, voilà qui, sur un plan plus général, fait apparaître avec une particulière netteté la transformation des conditions de production et d'échanges elles-mêmes en facteur autonome, échappant au contrôle des hommes. Donc, Sancho, comme d'habitude, ignore tout des rapports qui existent entre les données monétaires d'une part, la production en général, et les échanges d'autre part. En bon bourgeois qu'il est, il conserve tout naturellement l'argent et d'ailleurs il ne peut guère faire autrement avec sa division du travail et son organisation de la propriété foncière. La puissance objective de l'argent, qui se manifeste de façon éclatante dans les crises financières et pèse sur le petit bourgeois "acheteur en puissance" sous la forme d'un chronique manque d'argent, est aussi pour l'égoïste en accord avec lui-même un fait extrêmement désagréable. Il se tire d'embarras en retournant la perspective habituelle du petit bourgeois et en présentant les choses de telle façon qu'il semblerait que la situation de l'individu vis-à-vis de l'argent et de la puissance qu'il représente, dépende simplement du vouloir et des efforts personnels. (…)

          (…) La crise monétaire consiste d'abord en ceci : tous les "avoirs" se trouvent tout à coup dépréciés par rapport au moyen d'échange et perdent leur "pouvoir" sur l'argent. La crise apparaît précisément quand on ne peut plus payer avec son "avoir" et qu'on est contraint de payer avec de l'argent. Cela d'autre part ne se produit pas parce que l'argent vient à manquer, comme se le figure le petit bourgeois qui juge de la crise selon les critères de son indigence personnelle, mais parce que se fige la différence spécifique entre l'argent, marchandise universelle "propriété mobile et circulante" et toutes les autres marchandises particulières qui cessent soudain, elles, d'être une propriété mobile. (Qu'on ne nous demande pas de développer ici, pour faire plaisir à Sancho, les causes de ce phénomène.) Aux petits boutiquiers sans argent et sans espoir, Sancho explique, en guise de consolation, que ce n'est pas l'argent qui est la cause du manque d'argent et de la crise, mais leur impuissance à le prendre. Ce n'est pas l'arsenic qui est responsable de la mort de celui qui l'a absorbé, mais l'impuissance de sa constitution à digérer l'arsenic.

         

          Après avoir précédemment défini l'argent comme un bien essentiel et plus précisément spécifique, comme un moyen universel d'échange, comme argent au sens habituel du mot, Sancho retourne soudain la chose lorsqu'il voit les difficultés où cela risque de le mener et appelle argent n'importe quel bien, pour faire naître l'apparence d'un pouvoir de l'individu. Or, la difficulté lors de la crise c'est précisément que "tout bien" a cessé d'être "de l'argent". Et cela rejoint du reste la pratique du bourgeois qui accepte "n'importe quel bien" en paiement aussi longtemps qu'il s'agit d'argent et ne commence à faire des difficultés que lorsqu'il n'est pas facile de transformer ce "bien" en argent : il cesse alors de le considérer comme un "bien". La difficulté, lors de la crise, consiste en outre en ce que Vous autres, les petits bourgeois, à qui Sancho s'adresse ici, Vous ne pouvez plus faire circuler l'argent frappé à Votre coin, Vos traites ; on exige de Vous de l'argent que Vous n'avez plus eu l'occasion de frapper et dont personne ne voit qu'il est passé entre Vos mains.

          Enfin Sancho inverse la devise bourgeoise : Tu vaux autant que Tu possèdes d'argent, ce qui devient chez lui : Tu possèdes autant d'argent que Tu vaux, ce qui ne change rien à rien mais introduit l'apparence d'un pouvoir individuel et exprime l'illusion bourgeoise vulgaire selon laquelle chacun n'a qu'à s'en prendre à lui-même s'il n'a pas d'argent. Voilà comment Sancho réfute la maxime bourgeoise classique : "L'argent n'a pas de maître"  et il peut maintenant monter en chaire et proclamer : "Faites agir Votre pouvoir, rassemblez Vos forces et l'argent ne manquera pas !" Je ne connais pas de lieu à la bourse où se fassent le transfert de bonnes intentions (*). Pour faire voir le bout, non de l'oreille, mais de ses deux oreilles d'âne, il n'avait qu'à ajouter : trouvez du crédit, knowledge is power, le premier billet de mille est plus difficile à acquérir que le dernier million, soyez économes et ménagers de Votre bien, mais surtout ne multipliez pas inconsidérément, etc. En général, chez cet homme pour qui chacun est ce qu'il peut être et fait ce qu'il peut faire, tous les chapitres se terminent par des postulats moralisants.

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