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La départementalisation de Mayotte, projet de l'impérialisme français

Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Ce qui se passe actuellement aux Antilles, nous permet de réfléchir à nouveau sur la volonté de départementalisation de Mayotte car cela pose de nouveau le problème de l'utilisation des territoires d'outre-mer par le capitalisme français. Pour information nous reprenons l'article publié dans linter il y a plusieurs mois et un communiqué de survie.
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Manifestation en novembre 2008 - Qui en a parlé?

Par rapport à la politique d'expulsion des sans-papiers, parmi les innombrables morts dont elle est responsable, le blog avait parlé dans un de ses articles de ces habitants d'Anjouan qui étaient morts en essayant de rejoindre l'autre île comorienne : Mayotte (Morts aux Comores - Des clandestins chez eux). Pour mieux comprendre ce qui se joue dans ce qu'il faut bien encore appeler les colonies françaises, nous publions un extrait de l'introduction du livre paru chez Agone, de Pierre Caminade, dans la collection: Les dossiers noirs, issus d'une collaboration entre Agir ici et Survie et dont nous recommandons vraiment la lecture. Nous y apprenons ce que nous ne savons pas et ne cherchons pas toujours à savoir.
Les intérêts:
" ... le contrôle des circulations maritimes dans le canal du Mozambique et le centre français d'écoute militaire de tout l'océan Indien aux Bamiers apparaissent aujourd'hui comme prépondérantes. De longue date, l'éta-major tient à une présence militaire dans cette région: pour d'éventuelles interventions, pour les voies de communication et leur protection. L'espace martime a son importance stratégique: deux tiers du pétrole exporté du Moyen-Orient passent par le canal du Mozambique. De surcroît, une présence tout autour de la Terre facilite la surveillance des satellites...."  
Un mur de Berlin aquatique:
"Point d'orgue de la présence française, un mur de Berlin aquatique de 70 km de large sépare administrativement les familles depuis 1995. Il s'agit du visa imposé par le gouvernement Balladur aux Comoriens qui veulent se rendre à Mayotte. Ils sont donc très nombreux à tenter la traversée sans visa, parfois sur des embarcations de fortune, clandestinité oblige ..."
En 1975, lors de la décolonisation du territoire des Comores, la France viole la règle internationale du respect des frontières en arrachant Mayotte à cet archipel. "Conformément à la volonté des Mahorais", n'auront de cesse de répéter les chantres de "Mayotte la Française". Une "volonté" assise sur les intérêts de quelques familles métisses de notables, qui ont tiré toutes les ficelles, et sur la crainte d'un épouvantail " monté de toutes pièces" par Paris - qui a su diviser les îles en créant rivalités et rancoeur.
Condamnée plus de vingt fois par l'ONU, cette situation reste illégale. Les Comoriens des trois autres îles, chez eux à Mayotte en droit international, en sont expulsés par les gendarmes français. Mayotte: territoire d'outre-mer ou territoire occupé? Quel intérêt la France y trouve-t-elle? Après s'être autoproclamée héraut international du droit face à la force dans les prémices de la guerre d'Irak, peut-elle continuer à s'enfermer dans ses contradictions néocoloniales?
L'île de Mayotte se trouve ainsi au carrefour des problématiques de la politique africaine de la France et de la politique de son outre-mer Ce dossier propose d'abord un examen de ce processus de "domtomisation", puis de ses conséquences, notamment pour le reste de l'archipel des Comores, devenu chasse gardée d'une clique de mercenaires, Bob Denard en tête Pour finir seront tracées quelques perspectives pour ces îles ...

OUTRE-MER
Les "confettis de l'empire" sont répartis sur les trois océans La mainmise de la métropole sur "ces îles que l'on dit françaises" entraîne un foisonnement d'activités législatives autour de leur statut, pour certains en évolution permanente, qui effleure les limites constitutionnelles et jongle avec le droit international. Ainsi se sont multipliées les formules : TOM, DOM, mais aussi CDOM, POM et autres CTOM. Ces modifications de statut permettent à la fois de gagner du temps face aux vagues de protestation des populations et de "séparer" les revendications des différentes îles (et de la Guyane) : en prétextant la spécificité de chaque cas, on affuble chacun d'un statut "à la carte" et "sur mesure". En effet, rien ne contrarie plus les autorités françaises que de voir les indépendantistes se coaliser dans une revendication commune: la décolonisation. Nous reviendrons en conclusion sur les procédés mis en oeuvre dans la constitution de ces "régions ultrapériphériques", comme les dénomme l'Union européenne ...
De toute l'outre-mer, l'ONU depuis 1986, ne retient la notion de colonie que pour la Nouvelle-Calédonie, puisqu'elle est déterminée par la volonté d'indépendance manifestée par la population concernée. Les Comores en ont fait partie puisque le 15 août 1973, le comité de décolonisation de l'ONU, le "comité des vingt-quatre" a adopté une résolution favorable à l'indépendance des quatre îles, y compris Mayotte La liste des territoires encore aujourd'hui considérés comme "à décoloniser" par l'ONU est étonnamment étoffée: Anguilla, les Bermudes, les îles Caïman, Gibraltar, Guam, les îles Falkland (Malvinas), Montserrat, la Nouvelle Calédonie (dont la puissance administrante est la France), Pitcairn, Sainte-Hélène, le Sahara occidental, les Samoa américaines, les Tokelaou, les îles Turques et Caïques, les îles Vierges américaines, et les îles Vierges britanniques ...

MAYOTTE
... La France avait déjà confectionné toute une panoplie de statuts pour son outre-mer (DOM, TOM, CTOM voire POM). Elle a encore changé, en l'an 2000 la "collectivité territoriale de Mayotte" (CTOM) en un CDOM "une collectivité départementale d'outre-mer". cela fait deux statuts créés spécialement pour cette île, depuis son arrachement aux Comores par la France lors de leur décolonisation en 1975 (le premier statut français pour Mayotte n'intervient qu'en 1976). Plutôt que d'encourager un processus de retrouvailles avec ses trois îles soeurs (Anjouan, Mohéli, la Grande Comore), la France a enclenché un processus de rattachement prévu pour durer plus de dix ans, dont on ne sait pas encore s'il débouchera sur un statut de DOM.

UNE ANNEXION ILLEGALE
Nous passerons en revue le pourquoi de cette occupation française (chapitre 1: "Intérêts en présence"), les motivations liées à la guerre froide s'étant dissipée, le contrôle des circulations maritimes dans le canal du Mozambique et le centre fraçais d'écoute militaire de tout l'océan Indien aux Bamiers apparaissent aujourd'hui comme prépondérantes. De longue date, l'éta-major tient à une présence militaire dans cette région : pour d'éventuelles interventions, pour les voies de communication et leur protection. L'espace martime a son importance stratégique: deux tiers du pétrole exporté du Moyen-Orient passent par le canal du Mozambique. De surcroît, une présence tout autour de la Terre facilite la surveillance des satellites....
Nous décrirons comment les forces en présence ont joué sur le processus législatif ... Une loi, adoptée au premier semestre 2000, vise à rectifier le statut indéfinissable de Mayotte par son "ancrage définitif" à la France ... Pourtant aux yeux de la communauté internationale, au regard des résolutions de l'ONU, de l'OUA, de la Ligue des pays arabes et de la conférence islamique, ce rattachement reste illégal. Le processus en cours achève "l'oeuvre" des mêmes lobbies qui ont poussé à la sécession initiale avec l'archipel des Comores ....
Conséquences : le rattachement de Mayotte à la France est un facteur important de déstabilisation des autres îles des Comores. Elles ont essuyé une vingtaine de coups de force, réussis ou non de 1975 à 2001, souvent perpétrés par l'équipe de Bob Denard...
Résultat dévastateur: pendant plus de quatre ans, il n'y a quasiment plus eu d'Etat comorien. Instrumentalisés depuis longtemps par la droite extrême française, au profit des intérêts français, les mouvements séparatistes ont eu quartier libre.
Point d'orgue de la présence française, un mur de Berlin aquatique de 70 km de large sépare administrativement les familles depuis 1995. Il s'agit du visa imposé par le gouvernement Balladur aux Comoriens qui veulent se rendre à Mayotte. Ils sont donc très nombreux à tenter la traversée sans visa, parfois sur des embarcations de fortune, clandestinité oblige ..."

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Editions AGONE
BP 2326
13 213 Marseille cedex 02
www. agone.org

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Comores-Mayotte: une histoire néo-coloniale
Pierre Caminade
Dossiers noirs
Agir ici/Survie

Départementalisation de Mayotte : un  troisième référendum nul et non avenu 

 Communiqué de l'association Survie

Le 29 mars 2009, le projet de loi sur la départementalisation de l’île de Maoré (Mayotte) sera soumis à référendum auprès des Mahorais-es. Ce statut de Département d’Outre-mer (DOM) renforcerait, à partir de 2011, « l’ancrage définitif » dans la France de Mayotte,  qui deviendrait ainsi une « Région ultrapériphérique » de l’Union européenne. Un « ancrage » et un projet de référendum pourtant illégaux pour la communauté internationale au regard des vingt résolutions de l’ONU reconnaissant Mayotte comme comorienne, et condamnant fermement la France depuis 1975.

La fausse promesse des aides de l’UE

Outre les revenus minimes accordés par la France, le gouvernement fait croire aux Mahorais(es) que la départementalisation donnerait à Mayotte le même statut européen qu’aux actuels DOM. Comme l’explique le député Jean-Christophe Lagarde : « la départementalisation, si elle est, en tant que telle, sans effets sur le statut de Mayotte vis-à-vis de l'Union européenne [UE], appellera une nouvelle batterie de réformes, notamment fiscales, tendant à faire accéder ce territoire, au sein de l'Europe, au statut de Région ultrapériphérique [RUP] et, par là-même, aux financements communautaires. » (AN, séance du 11 février 2009.) C’est demander aux chancelleries des pays de l’UE de reconnaître Mayotte comme RUP rattachée à la France,  alors que leurs États ont voté presque toutes les résolutions de l’ONU contre ce rattachement.

L’île de la cruauté

En tout état de cause, la départementalisation renforcerait de fait, via l’annexion pure et simple de Mayotte par la France, une situation humaine des plus dramatiques : de nombreuses familles séparées par la « frontière française » autour de Mayotte, les traversées clandestines sur de frêles embarcations au prix de nombreuses noyades (des milliers de morts depuis l’introduction du visa Balladur-Pasqua en janvier 1995). L’expulsion ensuite : en 2008, il y en a eu 13 000 depuis Mayotte, à comparer aux 29 000 depuis la métropole. Les conditions de vie des Comoriens traqués à Mayotte sont indignes d’une République, et aggravées par une campagne lancée en 2005 par le gouvernement sur le thème du « droit du sang  ».[1]

La France ignore la légalité internationale

Rappelons que l’archipel des Comores (la Grande Comore, Anjouan, Mohéli, Mayotte) devait former en 1975 un État indépendant. Tournant le dos au droit onusien, qui impose le respect des frontières issues de la colonisation, la France conservera Mayotte dans son giron en procédant au décompte des suffrages du référendum  île par île [2]. Mayotte sera donc rattachée à l’Hexagone par un statut mouvant, en toute illégalité. Au sommet d’Addis Abeba de janvier 2009, les 53 pays de l'Union africaine ont été unanimes pour condamner une nouvelle fois, ce référendum, ainsi que l’inscription de Mayotte dans la constitution française.

Parallèlement, la partie indépendante de l’Archipel a été déstructurée politiquement par une série de coups d’État organisés par des mercenaires français (Mayotte leur servant souvent de relais), ce qui explique l’extrême faiblesse économique de ce pays. C’est une stratégie jouée par la France pour conserver Mayotte : maintenir à Mayotte un niveau de vie supérieur à celui du reste de l’archipel des Comores, afin que les Mahorais préfèrent l’administration par la France à l’achèvement de la décolonisation. Mais en affaiblissant politiquement les Comores, (plus de 20 coups d'État ou coup tordus en 33 ans), en contrôlant le mieux possible leur régime par le biais des services secrets et des mercenaires (Bob Denard [3] et compagnie), en soutenant le séparatisme à Anjouan depuis 1997 (protection du colonel Mohamed Bacar[4]), la France espère aussi anéantir la revendication de la restitution de Mayotte.

Un retour à la légalité internationale est encore possible

Les responsabilités de la France sont donc accablantes. Paris doit cesser d’occuper illégalement les Comores, et d’empêcher les Comoriens de se saisir de leur histoire. La France doit se conformer à la légalité internationale. Nous demandons donc aux instances internationales (Union européenne et ONU) de faire pression sur le gouvernement français pour qu’il :

- annule le référendum du 29 mars,

- abroge le visa Balladur de 1995,

- ouvre de véritables négociations sous l’arbitrage d'instances internationales pour la restitution de Maoré à l’Union des Comores.


[1] Cf. Billets d’Afrique et d’ailleurs, n°143 et n°170

[2] Cf. Pierre Caminade, Dossier Noir n°19 - Comores-Mayotte : une histoire néocoloniale, Agone 2004.

[3] Cf. Billets d’Afrique et d’ailleurs, n°149, dossier spécial,

[4] Cf. Billets d’Afrique et d’ailleurs n°168

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