"Parce qu'aucun homme ne pouvait être comme il l'a été le parfait symbole de la lutte commune des peuples pour leur libération."
J'ai appris la mort de Frantz Fanon alors que je terminais l'un des derniers chapitres de ce livre, dans lequel je venais précisément de recourir à plusieurs reprises aux si profondes analyses de L'an V de la Révolution algérienne. Il ne m'appartient pas de dire la perte que représente cette mort pour nos camarades algériens. Mais j'ai connu Frantz Fanon en 1952, je l'ai revu à diverses reprises, j'ai été constamment passionné par ses écrits comme par son action et j'éprouve aujourd'hui le sentiment d'une perte irréparable: à titre personnel bien sûr, mais aussi parce qu'aucun homme ne pouvait être comme il l'a été le parfait symbole de la lutte commune des peuples pour leur libération. Ce Martiniquais dont le passage par la culture française a fait un révolutionnaire algérien demeurera pour nous le très vivant exemple de l'universalisme en acte et la plus haute approche de l'humain qui ait été réalisée dans ce monde inhumain. Si je croyais au Ciel, je serais assuré que Frantz Fanon s'y trouve aujourd'hui parmi tous ces "damnés de la terre" dont il a si totalement partagé les souffrances et qui sont, comme lui, déjà morts de ces souffrances-là.
Extrait de Francis Jeanson, "La révolution algérienne, Ferltrinelli, 1962