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Jean-Pierre Bastid. La colère des tendres

Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Une réflexion sur le polar

"... Pour moi, il s'agissait avant tout de faire justice à l'utilisation de l'adjectif policier exalté dans la littérature populaire. Ses ouvrages [de Manchette] et ceux de Daeninckx ont donné un regain de vitalité au flic, abject personnage récurrent de séries télévisuelles. Eugène Tarpon, le privé de feu notre crypto-situ et le commissaire Cadin, imaginé par le stal-viré-socdem sont présentés comme des bons flics mal dans leur peau. Ils sont frères jumeaux: s'il leur arrive de bousculer le cocotier, ils ne dérogent guère aux lois d'un genre au service de la bonne moralité publique; éclairés par les vertus citoyennes, respectueux d'icelles et domptés par l'idéologie dominante, ils savent indubitablement qui sont les bons et qui sont les méchants.

En conséquence, ces généreux enquêteurs font partager leur savoir au lecteur. Il y aurait d'une part, les déviants, criminels ou voleurs, de fieffés orgueilleux, souvent issus pour leur décharge de conditions misérables mais qui restent des malfaisants qu'il faut traquer; et il y aurait d'autre part, les braves gens, personnes honorables et tranquilles, des modestes qui se tiennent sagement du bon côté du manche, qu'il faut protéger. Mais une simplicité de cet ordre n'existe pas; si méchants il y a, ce ne sont pas forcéments ceux que la loi désigne. Bref, comme aurait pu dire Charles de Gaulle, nos excellents écrivains vont à la soupe, car la fonction auteur est d'ordre essentiellement policier.

Alors que le roman dit noir prétend ouvrir une fenêtre sur la réalité sociale, à l'instar des clichés imposés par le cinéma, il ne fait en général que légitimer l'oppression: policiers et enquêteurs militent pour le bien "démocratique", leur fonction est de défendre "l'injustice de classe". La plupart des auteurs sont trop veules, trop exposés, voire compromis, pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'ils n'osent frontalement traiter en ennemi et qui corrompt tout individu, même le plus madré.

Quoi qu'il en soit, je préfèrerais toujours célébrer les révoltés en gardant une tendrese intacte pour ceux qui sont bannis de toute représentation, les humiliés et les offensés, ces éternels oubliés ..."

Ce texte est extrait de la postface que Jean-Pierre Bastid a lui même rédigé pour son livre La colère des tendres. Paru au Temps des cerises, il est dédié à ...Nathalie et Joëlle.


La colère des tendres
Jean-Pierre Bastid
Roman - Société / Politique - Libertés des Romans
ISBN : 9782841097982 - 299 pages - Format : 150 x 240
Paru le 01-09-2009 - Disponible
Prisonnière politique, condamnée à une longue peine pour « association de malfaiteurs », Louise Fourcade bénéficie à la mort de son père d’une permission exceptionnelle. Sous conditions…
Elle retrouve Sandra, sa jeune sœur qui, timidement la chérit et une parentèle cupide qui la honnit.
Grandeur et misère de la maison Fourcade…
O.S. dans une manufacture d’objets pieux, Sandra est la seule au milieu du sordide d’une famille, à comprendre Louise et son goût pour la liberté.
Les analogies avec des faits, des personnages et des événements réels ne sont pas uniquement dues au hasard. La Colère des tendres célèbre la révolte sans laquelle la révolution est impossible. Comptable de son seul imaginaire, l’auteur garde sa tendresse intacte pour les humiliés et les offensés ; intraitable avec les puissants, il dévoile leurs plans, stratégies et enjeux.
Ce roman aurait dû être un film, mais les conditions qui décident aujourd’hui de la production française l’ont interdit. Liée financièrement à la télévision, donc à l’Etat, l’industrie cinématographique se doit d’innocenter l’oppression : si les policier set enquêteurs prétendent servir la démocratie, leur véritable fonction est de renforcer l’injustice de classe.
Les révoltés des années de plomb ont déclenché des guerres privées qui, souvent mal comprises, n’ont pas été suivies.
Etait-ce une raison pour ne point les mener ?
Ces luttes contre l’impérialisme étaient légitimes, les objectifs clairement définis, les cibles appropriées ; seul l’échec, dû en partie à un déficit de stratégie, les a rendues illégitimes.
Ce livre leur est dédié.


Un curé et des fusils
Policier - Société / Politique - La Cerise Noire
Paru le 01-05-2003 - Disponible
Mésaventures d'un cadre supérieur fatigué de la ville, et de sa vie, qui déc [...]
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