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Georges Cipriani. Le droit à l'insurrection

Ce texte de Georges devant le TAP alors que se décidait sa libération conditionnelle.
DECLARATION AU TRIBUNAL DE L'APPLICATION DES PEINES
(11.07.05 à 10:08Georges Cipriani). Sur le site action-directe.
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe :

Ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique.
Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
Il va sans dire que je me refuse à abjurer par là le devenir de cette Constitution et les projets politiques d'émancipation qui en étaient et en demeurent à la base ou s'en généreront. C'est à dire l'Avenir à chaque fois recherché et voulu par le combat contre l'adversité.
De fait donc, en vérité, abjurer serait abjurer cette Constitution de 1792 qui conserve toute sa validité et nécessité, qu'elle soit officiellement reconnue et célébrée ou non. Elle représente l'avenir et personne ne peut abjurer l'avenir ou en jurer.
Pas même moi, personnellement.
Quant à réaliser cet avenir, cela requiert des conditions objectives et subjectives dont je ne peux disposer seul.
Cela d'autant plus qu'il est évident que les condamnations, l'isolement carcéral et l'accumulation d'années d'emprisonnement visaient à handicaper notre pratique politique. A nous en castrer.
Je ne me voilerai donc pas la face et je dirai que ce calcul a pour autant réussi à altérer si ce n'est ma position politique idéologique, tout au moins ma possible pratique politique. Car on ne peut pas balayer d'un revers de main dix huit années ou plus d'incarcération.
Dix huit années d'incarcération qui pèseront d'autant plus lourds et seront déterminantes dans les prochaines années, que celles-ci soient des années de semi-liberté ou de liberté conditionnelle.
De fait, il est sur que le couperet de la prédétermination carcérale castre, tout aussi pratiquement et plus proprement que le couperet de la guillotine et que c'est un couperet dont on ne peut guère s'évader,
Significatif de tout cela, le fait même de m'engager dans une procédure de Libération Conditionnelle est un acte d'individualisation à rebours de toute perspective et projet révolutionnaire collectif et vous le savez si parfaitement que c'est bien pour cette raison que vous faites de cet acte, répété à l'infini, le fil d'Ariane de ce labyrinthe procédural voué à la recherche de la liberté - où garderait-on dans tout ce dédale le loisir, l'idée même de révolution à l'esprit ?
Si la prison ne tue physiquement, elle doit pour le moins annihiler concrètement et à jamais et c'est là votre présupposition - votre témoin : l'inhibition même du requéreur d'une Libération Conditionnelle.
Pourtant, il n'en demeure pas moins et cela résume toute ma position politique, que pour moi la Démocratie est le gouvernement du peuple en armes, comme en témoigne 1945, et par là le principe même de mes conclusions.
Et même si la vérité n'appartiens pas nécessairement aux armes, le principe est lui néanmoins essentiel pour la démocratie et sa légitimité.
Aujourd'hui donc, en considération du hiatus entre ma pratique et mes idées, c'est bien comme prisonnier politique que je suis devant vous.
Ainsi, noir sur blanc, à la question de savoir si je serais prêt à retourner à la clandestinité à ma libération, je ne veux pas y répondre favorablement mais par la négation car, avec mon vécu carcéral, je ne suis pas prêt à retourner en prison. Or, dans une telle démarche, aller en prison est le minimum à quoi l'on doit être prêt - expérience à l'appui.
Avoir à vaincre la prison, avoir à prendre les Bastilles  - tel est le niveau auquel j'ai été renvoyé depuis lors.


Georges Cipriani.Prisonnier Politique d'Action Directe

Maison Centrale d'Ensisheim, le 16.06.2005


Adjonction : *L'Article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de l'An I, édicté le 26 Juin 1793, proclame notamment :« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs».
 

 
          
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