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Inter 7/Inter 8. Le combat des prisonniers

Mai/juin 1984. Les numéros 7 et 8 de l'Inter paraissent. Travailler à unifier les communistes des métropoles, une seule libération: la guerre de classe en sont les titres. Le dossier du numéro 7 est consacré au combat irlandais, celui du numéro 8 au Nicaragua. Le texte des Brigades rouges "les luttes de la classe ouvrière et la situation politique générale italienne" parcourt ces deux numéros. Mais c'est aussi dans ces numéros que se développe pour la France l'information sur le combat politique en prison des militants arrêtés en mars: Helyette Besse, Claude Halfen, Nicolas Halfen, Régis Schleicher, Vincenzo Spano.

Leur déclaration: Nous, militants révolutionnaires, communistes, combattants, membres de l'organisation combattante Action directe, exigeons du gouvernement de ce pays et de son appareil judiciaire:
- Que nous soit reconnue la qualité de prisonnier politique et que nous soit attribué le statut spécial correspondant;
- Qu'il soit procédé à notre regroupement avec tout militant politique incarcéré au cours de son combat anticapitaliste et anti-impérialiste.
Pour le communisme.
Front des prisons.

A propos de ce combat, l'Internationale réfléchit:
Arrêtés ces derniers mois, un certain nombre de militants et de combattants demandent leur regroupement. Ainsi Hélyette Besse et Régis Schleicher nous ont envoyé leur demande que nous publions maintenant.
Le statut politique n'est pas un privilège. Il est une nécessité pour des militants, qui, dehors, ont orienté toute leur action vers la lutte contre l'exploitation et qui ne perdent pas leur identité derrière les barreaux des prisons. Il correspond à la possibilité de continuer à s'informer, à réfléchir, à mener la discussion ensemble et vers l'extérieur, à continuer la lutte.
Dans le monde entier, les prisonniers politiques ont toujours dû lutter pour obtenir ce qui est une condition même de leur vie. En Europe, dans les prisons de l'occident, on entasse les prisonniers sociaux, mais on trouve de la place pour maintenir à l'isolement ceux dont on redoute la résistance.
Les prisonniers politiques en Allemagne connaissent dans leur propre vie et dans leur propre tête, le raffinement dont est capable l'Etat pour briser les fortes têtes, fortes de leur révolte, de leur intelligence, de leur sensibilité surtout. Certains prisonniers sont seuls depuis plus de dix ans. D'autres ont connu ce que l'on appelle l'isolement à deux ou trois, qui implique une vie quotidienne à long terme bloquée sur un groupe réduit. Actuellement, l'offensive s'est portée sur les possibilités d'information et de réflexion avec l'interdiction signifiée à certains prisonniers de recevoir des livres et journaux de l'extérieur. Ils sont seuls, sans lecture que celle de la littérature de la taule. Où peut s'arrêter l'isolement?
En Italie, l'importance du mouvement révolutionnaire a conduit des milliers de militants et combattants dans les prisons. Pas question donc d'isolement? Si, bien sûr. L'Etat italien joue lui aussi avec "intelligence" de l'isolement de certains, du regroupement sélectif d'autres.
Et l'Irlande, et l'Espagne, etc, connaissent la même lutte des prisonniers pour leur reconnaissance et leur regroupement politique.
En France, avant 1975, le statut politique pouvait être demandé par toute personne, revendiquant son action comme politique. C'est l'Etat, bien sûr, qui ensuite décidait. En 1975, une première restriction était apportée, limitant la possibilité de l'obtention du "statut politique spécial" aux seul inculpés relevant de la Cour de Sûreté de l'Etat. Celle-ci ayant été supprimée en 1982, l'Etat pouvait en profiter pour mettre en place la solution qu'il mijotait: tout acte politique devient maintenant un acte "criminel", limité au niveau du fait divers. L'amnistie ayant été accordée, il n'existait donc plus de prisonniers politiques dans les prisons. Ceux qui y retournaient ne pouvaient donc plus être considérés comme tels. Pour l'Etat géré par la social-démocratie, le tour est donc joué. ...
Pas pour tout le monde cependant. Puisque, comme dans les autres pays, les prisonniers politiques en France commencent leur lutte. Nous ne savons pas combien de prisonniers ont demandé leur regroupement. Nous demandons à tous ceux qui l'ont fait ou veulent le faire de nous écrire.

Ce que décrit l'Internationale, sera, nous le savons, le quotidien des prisonniers durant les années qui suivront. Isolement, statut spécial larvé, mesures d'exception. De même que leur combat collectif, jour après jour, et aujourd'hui encore pour une  libération sans reniement, politiquement digne.
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