Les refus des politiques néo-libérales du gouvernement augmentent. Hier, les paysans se sont joints à la grève illimitée des enseignants et un de leurs dirigeants a été tué par la police.
Les protestations contre le gouvernement d’Alan Garcia ne cessent pas, malgré la dure répression dure. Près de 300 détenus, quatre morts et des dizaines de blessés c’est le solde de presque deux semaines de protestations antigouvernementales dans pratiquement tout le pays. Aux enseignants en grève depuis douze jours - contre une nouvelle loi qui les soumet aux évaluations pour conserver leurs postes qu’ils estiment une excuse pour les licencier et les remplacer par d’autres enseignants moins critiques avec le gouvernements - ont été rejoints par des paysans qui ont paralysé une bonne partie de l’intérieur du pays. Hier, le dirigeant paysan, ex-maire d’un lieu habité de la zone, est mort d’un tir dans la poitrine quand la police a attaqué un groupe de grévistes qui bloquaient une route dans la province d’Andahuaylas, région méridionale andine d’Apurímac, l’une des plus pauvres du pays.
Les chocs entre paysans et policiers ont fait hier plus d’une vingtaine de blessés dont deux graves. Les paysans exigent un plus grand soutien à l’agriculture et refusent le Traité de Libre Commerce (TLC) avec les États-Unis, qui permettra l’entrée de produits agricoles nord-américains subventionnés. D’autre part, la région Arequipa, située à environ mille kilomètres au sud de Lima et la deuxième plus importante du pays, est paralysée par une grève indéfinie commencée il y a déjà six jours, exigeant, entre autres choses, l’élimination des hausses récentes du prix des combustibles. Les demandes sont diverses, mais le point commun est le rejet de la politique économique néolibérale.
La grève du syndicat des enseignants qui regroupe près de 300 mille professeurs de collèges publics se sent dans tout le pays, tandis que les protestations agraires et pour des revendications régionales sont plus importantes dans les zones andines et du sud, les plus pauvres et où, selon une enquête récente de l’Institut d’Opinion publique de l’Université Catholique, 80 pour cent de la population désapprouve la gestion de Garcia. Huit des 25 gouvernements régionaux du pays ont défié le gouvernement central, en déclarant légale la grève du magistère et en refusant de licencier les enseignants et de déduire de leurs salaires les jours non travaillés aux grévistes.
Le gouvernement a réagi en menaçant les présidents régionaux qui ont pris cette décision de les dénoncer pénalement pour refuser d’honorer la décision du gouvernement de déclarer illégale la grève enseignante. Bien que les grévistes et le gouvernement assurent être disposés au dialogue, la situation est au point mort : les différents secteurs en grève disent qu’ils sont disposés à lever leur protestation si le gouvernement ouvre dialogue et négociation pour traiter leurs demandes ; mais le gouvernement le refuse, exigeant, à son tour, que les grèves soient d’abord levées pour commencer le dialogue.
Hier, tandis que se poursuivait la répression policière et les arrestations, le premier ministre, Jorge del Castillo, a accusé les grévistes d’avoir des liens avec le Sentier Lumineux, le groupe armé d’inspiration maoïste qui entre 1980 et 2000 a déclenché une guerre sanglante, bien qu’il soit maintenant isolé et pratiquement inexistant. "(Ceux qui protestent contre le gouvernement) sont des parents idéologiques du Sentier Lumineux", a accusé Del Castillo, en montant encore plus le ton à l’escalade verbale déclenchée par le gouvernement contre les grévistes.
Malgré le massif succès des protestations, et de l’évident mécontentement populaire exprimé dans les rues et dans les dernières enquêtes, le gouvernement insiste pour répéter son argument suivant lequel les manifestations antigouvernementales se limitent à des "petits groupes radicaux de gauche" et qu’il n’existe pas de raisons pour un mécontentement parce que le pays croît économiquement.
Lima, Carlos Noriega, Pagina/12 (Argentine), 17 juillet 2007
Le président Alan Garcia, secoué par une crise sociale constante, a dicté de nouvelles lois qui disculpent les forces de sécurité pour causer la mort d’un citoyen. Et sanctionnent de destitution les autorités qui soutiennent une grève.
A partir de maintenant les policiers et les militaires péruviens ont les mains libres pour tirer et tuer "en accomplissement leur devoir" sans avoir à donner d’explications à personne. Une nouvelle loi les exonère d’avance de tout type de procès pour causer la mort d’un citoyen. Il suffira qu’ils allèguent qu’ils étaient en fonctions pour ne pas être soumis à une investigation. Secoué par une vague de grèves et de soulèvements sociaux qui ont paralysé durant les deux dernières semaines une bonne partie du pays et ont fait quatre morts et près de 300 détenus, le gouvernement d’Alan García a redoublé son pari de durcissement de la répression comme réponse au mécontentement populaire. En utilisant les facultés législatives que le Congrès lui a déléguées, avec les voix du "fujimorisme" et de la droite, l’Exécutif a répondu aux protestations en dictant les nouvelles lois qui octroient d’amples pouvoirs de répression aux forces de sécurité et restreignent sévèrement le droit de grève.
Il l’a fait le même jour que l’arrivée à Lima plus de trois mille habitants de la région andine d’Ayacucho, après une marche de plusieurs jours de presque 600 kilomètres, demandant, entre autre, une plus grande attention aux secteurs la santé et de l’éducation. En plus de donner carte blanche à la police et aux forces armées pour faire feu sans avoir à répondre de morts éventuels, la draconienne législation dictée par le gouvernement sanctionne par la destitution et une déclaration d’incapacité de cinq ans les autorités, comme les présidents régionaux ou les maires, qui soutiennent une grève, et établit des peines de prison allant jusqu’à 35 ans pour les dirigeants qui incitent ou prennent la tête de protestations sociales qui dérivent en actions de violence. Les nouvelles lois amplifient aussi les facultés de la police de faire des arrestations sans ordre judiciaire.
Les gouverneurs ont joué un rôle dans les récentes protestations sociales contre le gouvernement central, plusieurs motivées par des demandes et des revendications locales. Mais avec les nouvelles lois, les autorités locales qui soutiennent une grève de leur région seront accusées ni plus ni moins d’"extorsion", destituées de leur charge et interdis pendant cinq ans d’exercer dans la fonction publique. Pour justifier cette mesure légale , le gouvernement fait une insolite interprétation de ce qui est une grève, la comparant à une "extorsion qui cherche un bénéfice économique indu". "Les autorités, comme le sont les présidents régionaux et les maires, n’ont pas le droit de faire grève, parce qu’ils font partie de l’État et l’État ne peut être contre l’État", c’est l’argument choisi par le premier ministre, Jorge Del Castillo, qui s’est abrité dans la Constitution fujimoriste de 1993 pour justifier la loi en question. "Ici il faut imposer l’ordre et le principe d’autorité, parce que dans le cas contraire cela se transforme en chaos", a signalé le premier ministre quand il a dû justifier les amples pouvoirs rendus aux forces de sécurité. Del Castillo a de plus criminalisé les grèves et les protestations contre le gouvernement : "Le pays croît économiquement. C’est une crime contre la patrie de mettre des obstacle à la progression du pays", a-t-il dit.
"Ici il faut faire preuve de "main dure", c’est ce que veut le peuple", avait prévenu il y a quelques jours le président García, sur un ton menaçant qui commence à prendre forme avec cette nouvelle législation. Durant les dernières protestations, le gouvernement a ordonné l’intervention des forces armées et l’arrestation des principaux dirigeants des syndicats en grève. Cela était seulement un avertissement. Maintenant le gouvernement a donné une couverture légale à sa politique de "main dure" et a ouvert les portes à une répression encore plus dure. "Ces lois sont très inquiétantes. On peut les interpréter comme une invitation aux forces de sécurité à utiliser leurs armes. Ni (L’ex-président) Alberto Fujimori a dicté des lois aussi dures et dangereuses", a fait remarquer l’avocat spécialiste du droit pénal Mario Amoretti. De son côté, Juvenal Ordóñez, président de la région de Tacna, à la frontière avec le Chili, a qualifié les lois du gouvernement comme "une annonce sans équivoque de la répression que le gouvernement essaie de mettre en application, ce qui le rapproche plus d’un gouvernement totalitaire".
Lima, Carlos Noriega, Pagina/12, 24 juillet 2007.