Sur le site CAIRN (qui regroupe des articles de plus de 120 revues), un long texte tiré du numéro 13 de la revue
Outre-terre est consacré aux Palestiniens et aux camps. Ci-dessous, un extrait, en contrepoint toujours des articles publiés dans les "archives de linter" tirés de "Actualités".
Et aussi parce que le 17 sera examinée la demande de libération conditionnelle du militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah. Pour lire l'ensemble de l'article, se rendre sur le site CAIRN.
www.cairn.info | | Les Palestiniens du Liban, une population marginalisée | |
Un statut précaire
Avec près de 400 000 personnes [5], il s’agit d’une des principales communautés résidant en dehors des frontières de la Palestine du mandat britannique, derrière la Jordanie et à égalité avec la Syrie. La communauté palestinienne qui réside au Liban est aujourd’hui l’une de celles dont l’avenir est le plus problématique [6]. Dans les années soixante-dix, les camps et les groupements palestiniens ont connu un important développement spatial, surtout dans le Sud, où les institutions diasporiques étaient très présentes. On assista alors à une densification et à une amélioration qualitative de l’habitat, à la mise en place d’infrastructures de base et à une diversification des activités économiques qui permettaient une progression substantielle du niveau de vie des réfugiés. Ces derniers étant confrontés aujourd’hui à une double contrainte : un processus de paix en crise à l’échelle régionale qui a longtemps occulté le volet des réfugiés de 1948, et une marginalisation sociopolitique de plus en plus poussée dans l’État d’accueil. La présence palestinienne au Liban est faite de contradictions et de ruptures. L’accord de Taëf ( 1989), qui a mis fin au conflit libanais, sanctionne un fonctionnement communautaire de l’État libanais ne faisant aucune place à la population palestinienne. Dans ce pays, les Palestiniens sont relégués aux marges de la société. Depuis le milieu des années quatre-vingt, les gouvernements successifs ont mis en place un dispositif de lois qui limitent fortement l’accès des Palestiniens au marché du travail [7], aux services sociaux, à l’éducation et à la liberté de circulation vers l’étranger. Cette politique se concrétise par un contrôle très strict des camps de réfugiés, surtout dans le Sud, par l’impossibilité de se voir délivrer un permis de travail, et par une obligation de visa d’entrée et de sortie sur le territoire libanais très restrictive. Les camps et les groupements palestiniens, partiellement détruits pendant la guerre civile, ne sont pas intégrés dans les plans de reconstruction élaborés par l’État. Comme les réfugiés ne peuvent rénover leur logement faute de moyens et de droit, l’habitat est en voie de précarisation, surtout dans les groupements d’où l’UNRWA – l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient créé en 1949 – est absente. Les Palestiniens du Liban se trouvent donc privés de toute perspective d’avenir, alors même que leur précarité s’accroît : près des deux tiers des réfugiés vivent actuellement en dessous du seuil de pauvreté [8].
La question des réfugiés palestiniens concerne le pouvoir libanais parce qu’elle touche à la structure démographique de la population. Au Liban, les institutions actuelles sont fondées sur une balance communautaire produite par le recensement de 1932 et le rapport de force de l’époque. La parité entre chrétiens et musulmans est actuellement obsolète. Les quelque 400 000 réfugiés palestiniens, dans leur écrasante majorité sunnites, représentent un défi pour les autorités de ce pays dont la population totale est estimée à environ 3 500 000 individus. Si les gouvernements libanais successifs ont souhaité que les réfugiés palestiniens quittent le territoire – le soi-disant « refus de l’implantation » –, c’est donc autant, sinon plus en raison de considérations internes que par exigence d’une solution durable et juste au conflit israélo-palestinien.
La classe politique libanaise est aujourd’hui unanime à écarter toute mesure susceptible de promouvoir l’intégration des Palestiniens, la presse libanaise s’en faisant souvent l’écho. La question palestinienne resurgit d’ailleurs de façon épisodique dans les médias. Ainsi, lorsque le ministère de l’Intérieur a demandé la révision des dossiers de naturalisation promulgués en 1994, les Palestiniens étant les premiers visés par cette instruction [9]. Cantonnés en marge de l’économie, du système de protection sociale – certes restreint – et de la vie politique depuis le départ de l’OLP, les réfugiés palestiniens se trouvent marginalisés au Liban plus que quand tout autre pays d’accueil de la diaspora. Un nombre croissant de réfugiés demandent non pas leur installation définitive, mais au moins le respect de leurs droits élémentaires. L’absence de perspectives d’intégration et l’interruption du processus de paix poussent un nombre croissant d’entre eux à se chercher un autre pays d’accueil, plus propice à une installation sur le long terme [10].
Ce statut juridique des Palestiniens a d’importantes implications sur l’organisation socio-spatiale de la communauté au Liban. Les réfugiés sont tendanciellement confinés dans le secteur informel ou dans les activités les moins rémunératrices, qui ne nécessitent pas l’obtention préalable d’une autorisation de travail [11]. En outre, le départ de l’OLP en 1982 a privé beaucoup de réfugiés des emplois induits par la forte présence des structures politiques palestiniennes au Liban. Dans un contexte économique marqué par des difficultés considérables depuis la fin de la guerre civile, les Palestiniens subissent qui plus est la sévère concurrence d’une importante main-d’œuvre étrangère sur le marché du travail. L’économie des camps est en récession.
Aux marges de la ville, les camps de réfugiés palestiniens à Tyr Mohamed Kamel Doraï
chargé de recherche à Migrinter, CNRS-UMR 6588, Poitiers ; MohamedKamel. Dorai@univ-poitiers.fr.