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Archives de linter. Fin de l'interview du Commandant Selman à Tel-Zaater dans "Actualité"

Pour consulter le blog de linter: linter.over-blog.com

palestiniene-jo-lle-aubron.jpgPublier cette interview et la relire donc en la saisissant, c'est se replonger trente ans en arrière. Cela ressemble peut-être aux comptes rendus de batailles, un peu lointains. Ne pas hésiter si c'est le cas à aller sur le site de l'INA pour replonger dans l'horreur du quotidien palestinien qui sous-tend chaque mot de ce récit. Publier cette interview, c'est aussi se rendre compte de  la continuité de l'impérialisme et penser à la guerre il y a tout juste un an. C'est aussi revoir Arafat assiégé, s'éclairant à la lumière de bougies. C'est aussi penser à Mahmoud Saleh, militant assassiné à Paris dans les années 70 et penser aux militants qui depuis soixante ans maintenant se relaient dans le soutien à la Palestine. (linter)
(L'illustration est un élément d'un collage de Joëlle Aubron)


Actualité de la résistance anti-impérialiste No 8, décembre 1978
PALESTINE/LIBAN: suite de l'interview du Commandant Selman, à propos de Tel-Zaater.

Dans les deux premières parties de cette interview, le commandant Selman, officier du Fatah a expliqué, comment, alors qu'ils étaient chassés par les sionistes, dès 1961, des centaines de Palestiniens se sont regroupés dans le camp de Tel-Zaater, jusqu'à y être 20 000 et comment, alors qu'ils étaient déjà assiégés par des milices isolationnistes, ces habitants se sont organisés dans le camp pour résister 53 jours aux attaques et aux bombardements. L'interview a été reprise de "Révolution africaine", organe central du FLN algérien dans son numéro 758 (30.08.78). Nous terminons la publication de ce texte.

RA: Comment se présentait la situation sur le plan militaire à Tell-Zaater à l'aube du dernier jour de la bataille?

Commandant SELMAN: Le soir du 12 août 76, nous avions reçu l'ordre du commandant de la Résistance, de procéder au retrait des hommes armés de Tell-Zaater. L'ordre a été transmis ensuite le soir même par moi aux autres responsables du camp. En vérité, je n'avais pas pu procéder à ce retrait dès le premier jour, avant d'informer les autres responsables militaires de cette décision. Et il était déjà minuit. Il nous était impossible de sortir. Nous nous sommes retrouvés, les autres responsables militaires et moi, seuls, sans aucune protection militaire car les combattants s'étaient déjà retirés.
Nous avions été surpris alors de constater que les forces ennemies, aidées par les hommes de la saika, avaient pénétré dans le camp. La saika avait immédiatement informé les dirigeants de la droite libanaise du retrait des défenseurs du camp de Tel-Zaater. Je me suis alors dirigé vers un endroit retiré du camp pour m'enquérir de la situation de la population civile et du sort des autres fedayins. J'ai trouvé à ce moment-là près de 110 combattants et civils. Nous nous sommes constitués en cercle de défense, en guise de barricades, et nous avons réussir à tenir encore une autre journée.
Dans la nuit du 13 août, des éclaireurs palestiniens avaient inspecté les lieux de combat, ouvert une brêche qui nous permit de trouver une solution au retrait des hommes armés du camp.
Evidemment, lors de la dernière journée, nous dûmes affronter encore des escouades ennemies, tuant parmi elles 14 miliciens. Nous avons récupéré leurs armes ainsi que leurs cartes d'identité. Puis, nous quittâmes le camp en prenant la direction des hauteurs, avec 110 combattants, tous jeunes ...

RA: Que s'est-il passé après la prise de Tel-Zaater par les forces de droite?

Commandant SELMAN: Tout Palestinien dont l'âge se situait entre 10 et 40 ans a été égorgé ou criblé de balles. Les jeunes filles ont été enlevées et violées. Dans la panique généralisée qui a suivi la prise du camp, des dizaines de femmes, d'enfants ont été massacrés. Le dernier jour seulement, il y avait 1500 personnes tuées. Ils ont écartelé des Palestiniens en leur attachant les bras à une voiture et les jambes à une autre; tous les actes de barbarie primitifs ont été commis contre les derniers rescapés de Tell-Zaater.

RA: Si Tell-Zaater était à refaire?

Commandant SELMAN: Je répondrais sans hésiter oui, je suis un combattant au service de ma cause. je suis disposé à aller n'importe où, quel que soit le danger. Je suis un fedayin. Et si l'occasion se présente, je suis prêt, et ce serait un grand honneur pour moi de retourner à Tell-Zaater ou de vivre une nouvelle fois une grande bataille. En réalité, nous n'avons pas souhaité lutter pour récupérer Tell-Zaater, mais pour réaliser un rassemblement révolutionnaire. Car Tell-Zaater est une partie intégrante du territoire libanais. Pour nous, il ne constituait qu'un point de liaison entre le secteur ouest et celui de l'est.

RA: Tell-Zaater évoque pour bien des observateurs d'autres noms: Karameh, Kfar Shouba, ou Amann durant les massacres de septembre noir 1970 ...

Commandant SELMAN: Tous les combats qui ont eu lieu au Liban se ressemblent mais Tell-Zaater qui a vu un soulèvement populaire palestinien et qui a pris le nom de "camp de Karameh", a atteint un haut degré d'organisation, de combativité contre l'ennemi. Et ceci n'a été possible que grâce au grand nombre de jeunes qui y habitaient et qui avaient déjà pris part à tous les combats en Jordanie et au sud-Liban. Evidemment, la liquidation de Tel-Zaater a été le prolongement de l'exécution du complot contre la résistance palestinienne ...

RA: Avez-vous quelque chose d'autre à ajouter?

Commandant SELMAN: Je voudrais dire que Tel-Zaater a prouvé que quel que soit le nombre réduit depalestinien.jpg combattants, on peut faire face à n'importe quelle force, à condition qu'il y ait une ligne de conduite politique bien définie ainsi qu'une mobilisation effective des masses.

Tel-Zaater restera le symbole de sacrifice de la Résistance palestinienne



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