Par luxemb
Votre livre nous est parvenu et je tiens à vous en remercier au nom de mes co-détenus. Depuis, il circule de cellule en cellule. J’ai déjà dû en colmater la structure à grands renforts de ruban adhésif !
J’ai la certitude que ce travail apporte une conscience nouvelle à tous ceux qui vivent, dans leur chair et leur esprit, le durcissement des politiques pénales. Je le constate dans nos discussions. Les détenus sont d’autant plus intéressés et troublés que vous allez au-delà de leur situation carcérale pour non seulement la dénoncer, mais lui donner un sens et une approche globale et transnationale – l’allongement des condamnations, le recul des mesures d’application des peines, la lente agonie des centres scolaires et des activités culturelles…
En tant que prisonnier révolutionnaire, j’oppose malgré tout à votre démonstration quelques critiques ; essentiellement à propos de votre défense d’un État social (illusion) face à l’État pénal actuel. Pensez-vous que le capitalisme puisse réellement survivre sans le rapport de force qu’il impose aujourd’hui ? Le néolibéralisme n’était-il pas la seule solution possible (du point de vue de la bourgeoisie) à la crise du fordisme ? Le saut à un nouveau modèle d’accumulation ne reposait-il pas avant tout sur la répression du prolétariat et de ses aspirations, et ne se reproduit-il pas en réprimant les misères et les révoltes produites par la qualité de précarité globale ? Sans peur de passer pour un incorrigible « paléobolchevik », un « incompatible », je dirai qu’il est impossible de situer l’État pénal (et son devenir) sans une étude de la composition/lutte des classes dans l’ensemble du système impérialiste.
Merci de votre attention ¡ Venceremos !
Salutations révolutionaires
Jean-Marc
Centrale de Lannemezan, le 10 avril 2000
Jean-Marc Rouillan
1379 B 202
Centrale de Lannemezan
65307 Lannemezan CEDEX
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