Par luxemb
Paru dans le Courrier (Suisse) le Mardi 07 Octobre 2008
OLIVIER CHAVAZ
L'information n'a étonnamment pas franchi les frontières de l'Hexagone. En France, le cofondateur du groupe de lutte armée Action directe, Jean-Marc Rouillan, a été privé de son régime de semi-liberté quelques heures après la publication, jeudi dernier, d'une interview sur le site internet de L'Express. En attendant une audience sur le fond fixée au 16 octobre, l'homme ne ressortira plus du centre de détention marseillais qu'il quittait chaque matin depuis neuf mois pour rejoindre son employeur, les éditions Agone. Un coup d'arrêt brutal après vingt et un ans d'emprisonnement. Avec quatre autres personnes, il avait été condamné pour les assassinats d'un haut responsable du Ministère de la défense et du PDG de Renault dans les années 1980.
Qu'a donc bien pu faire Jean-Marc Rouillan pour retourner à la case prison? Il lui est reproché d'avoir enfreint, dans un passage de l'entretien, l'interdiction de s'exprimer publiquement sur les infractions pour lesquelles il a été condamné. La réalité est peut-être plus subtile. A la question de savoir s'il regrette les actes d'Action directe, le militant d'extrême gauche répond: «Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus. Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Mais par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique.»
Imposant des conditions de détention extrêmement dures aux membres d'Action directe –isolement total pendant cinq ans, transferts incessants, humiliations, etc.– qui ont régulièrement été dénoncées par les organisations de défense des droits humains, l'Etat français ne s'est jamais résolu à l'idée de leur libération. Le Parquet s'était d'ailleurs opposé à la semi-liberté de Jean-Marc Rouillan. Pour une simple raison: comme plusieurs de ses compagnons de lutte, il refuse de renier son passé, même s'il est apparemment loin d'en faire l'apologie. Et il se déclare «convaincu que la lutte armée, à un moment du processus révolutionnaire, est nécessaire». Tout en précisant que ce discours est «théorique» et ne constitue pas «un appel au meurtre».
Quoi qu'on puisse penser de la violence politique employée par les membres d'Action directe, et même des opinions actuelles de Jean-Marc Rouillan, un constat s'impose: ils ont été punis pour leurs crimes et ont payé ce que certains appellent «leur dette envers la société». Ils doivent désormais jouir du droit normal à une réinsertion, qui n'est en rien lié à un éventuel acte de contrition. La notion de réinsertion reste d'ailleurs très abstraite après deux décennies d'enfermement et le cortège de séquelles physiques et psychiques qui les ont accompagnées. Dès lors, l'acharnement dont fait preuve l'Etat français s'apparente à une vengeance. En prenant le risque de retourner derrière les barreaux pour dénoncer cette injustice, le cofondateur d'Action directe mène aujourd'hui un combat légitime.
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