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Sonja Suder et Christian Gauger


Des rassemblements réguliers ont lieu le jeudi devant Beaubourg contre l'extradition de Sonja Suder et Christian Gauger. Ce jeudi, le rassemblement pour les prisonniers d'Action directe devant l'AP aura donc lieu le même jour.
Nous avons rappelé l'extrême importance de ce rassemblement mensuel face aux nouvelles difficiles que nous avons appris ces dernières semaines.
Mais nous espérons pouvoir nous joindre ensuite au soutien à ces deux militants qui se trouvent eux aussi dans une situation des plus invraisemblables et dangereuses comme l'explique le texte ci-dessous.


MANIFESTE
2 Mars 2009


Le 25 février 2009, la Chambre d’Instruction du Tribunal de Paris a prononcé un avis favorable à l’extradition de Sonja Suder et Christian Gauger, deux militants des années 60- 70 qui étaient réclamés par la République fédérale allemande afin d’être jugés dans leur pays pour des faits remontant à plus de 35 ans.

L’Allemagne avait déjà demandé l’extradition des deux militants des « Revolutionäre Zellen » en 2001, mais à cette époque l’avis de la même Chambre avait été défavorable à leur extradition, les faits reprochés à Sonja Suder et Christian Gauger étant prescrits selon la loi française.

Pour comprendre ces deux sentences contradictoires, il faut remonter aux années 70, quand en Italie, en Allemagne et ailleurs en Europe, un large mouvement qui contestait l’ordre établi répondit par la violence à la violence de l’Etat et des forces réactionnaires qui lui étaient proches. Les contestataires furent arrêtés et condamnés, certains purgèrent leurs peines, d’autres les évitèrent par la collaboration avec la police et les juges, d’autres enfin fuirent leur pays pour se réfugier en France, notamment.

Suivirent presque vingt d’asile pour ces réfugiés jusqu’en 2002 - quand la droite remporta les élections législatives – où l’Etat français changea d’attitude. La conséquence fut l’avis favorable aux extraditions de Paolo Persichetti, de Cesare Battisti (qui l’évita en se réfugiant au Brésil), de Marina Petrella (qui évita l’extradition par l’application de la clause humanitaire) et, maintenant, de Sonja Suder et Christian Gauger.

Le tournant répressif de l’Etat français s’inscrit dans celui de l’Union européenne qui, après avoir fermé aux migrants ses frontières extérieures, a également fermé ses frontières intereuropéennes aux opposants qui, provenant d’un pays européen, cherchaient asile dans un pays voisin. Alors que jusqu’à hier, dans le cas d’une demande d’extradition de ces militants on appliquait le droit du pays d’accueil, aujourd’hui les nouvelles Conventions - intervenues après 2004 entre les Etats de l’Union européenne – prévoient l’application rétroactive du droit du pays requérant. Dans le cas de Sonja Suder et Christian Gauger, la République française a prescrit depuis longtemps l’objet de leurs poursuites, tandis que l’Allemagne prévoit une prescription allant de 20 à 40 ans – à la discrétion des juges – voire aucune prescription. On ferme ainsi toute issue, à l’intérieur des 27 pays membres, à ceux qui tentent de se soustraire à la répression dans leur pays d’origine.

L’espace juridique commun – vaste projet visant la simplification des procédures dans les rapports entre les magistratures des pays de l’UE – n’est pas opérationnel pour ceux qui échappent au fisc et organisent l’évasion des capitaux. Cet espace juridique n’est en réalité qu’un espace carcéral commun aux militants qui s’opposent ou se sont opposé à l’Europe du capital. Rappelons de plus que les cas d’extraditions évoqués ici sont relatifs à des faits remontant à 20, 30 ans et davantage se situant dans un tout autre contexte historique en Italie et en Allemagne mais qui font tellement peur aux gouvernements actuels que leur répression est jugée utile pour enterrer toute velléité d’opposition.

La bataille contre l’extradition de ces vieux militants fait partie du combat contre la politique sécuritaire de la France, de l’Italie et du reste de l’Europe, contre l’instrumentalisation du mot de « terrorisme » pour se dispenser – dans une logique de lois d’exception et de vengeance infinie – de la présomption d’innocence et de la charge de la preuve.

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