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Conférence de presse d'Askatasuna

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CONFERENCE DE PRESSE D’ASKATASUNA  9 juillet 2009

Baiona – 2009-07-09a

AzkenEzkas.jpg

 

Askatasuna

 

Nous vous avons demandé de venir aujourd'hui pour parler de la rafle qui a eu lieu la semaine dernière.

 

Elle a commencé le samedi 27 juin, avec l'arrestation du jeune Xan Beyrie sur le parking de l'intermarché de Kanbo. La violence de cette arrestation a une heure de pointe à cet endroit a marqué le ton de toute l'opération.

 

Le lundi 29 juin, cette rafle continue, avec l'arrestation de 11 autres personnes: Ibai Agirrebarrena, son père Joseba, Eneko Etxegarai, Gilen Goiti, Orkatz Arano, Harri Idoate, Ekhi Erramundegi, Txomin Catalogne, Aritz Ortuno et Jon Goio dont nous n'apprenons l'arrestation que le lendemain et par la presse espagnole. Xan, dont le juge a demandé l'incarcération, a été libéré par le JLD sous contrôle judiciaire, en attente de l'appel deposé par le Procureur. Gilen, Eneko et Ibai ont été incarcérés à Fresnes et à Fleury.

 

Dès le début, Askatasuna fait part de son inquiétude quant aux méthodes violentes utilisées et à cause de la grande ressemblance de cette opération avec le montage policier contre le Kalaka.

 

Nous passons maintenant la parole à Txomin et Ekhi qui vont nous faire part d'un résumé des témoignages des jeunes libérés et de leurs parents.

 

Txomin – Ekhi

 

Nous parlons au nom des personnes arrêtées et de leurs familles. Après discussion entre nous, il ressort trois choses de cette rafle: la VIOLENCE, la MANIPULATION et la PRESSION.

 

La VIOLENCE d'abord au moment de certaines arrestations.

 

Xan Beyrie est arrêté à un endroit où il y a le plus de monde possible sur le parking du supermarché de Kanbo. Ils l'ont attrappé par les cheveux, lui ont cogné la tête contre la voiture puis jeté par terre. Dans la voiture, Xan leur dit qu'il fait très chaud et qu'il a des problèmes respiratoires. Un gendarme lui met alors une poche en plastique sur la tête et la lui serre au niveau du cou en lui disant « là tu auras vraiment des problèmes pour respirer ».

 

Jon Goio est en route dans le cadre de son travail à Zuraide. Deux voitures lui coupent la route, des cagoulés en sortent, le traînent hors de sa voiture, le plaquent au sol et lui mettent un pistolet sur la tête. À ce moment-là il a très peur et pense à Jon Anza.

 

La violence ensuite dans les interrogatoires. La majorité des gens qui sont sortis de ces garde-à-vueont raconté avoir du subir des cris constants, des insultes, des menaces sur les familles, des menaces d'incarcération et sur certains d'entre eux des menaces de tortures. Au moins deux d'entre eux ont été mis dans des voitures en pleine nuit avec la menace d'être emmenés en Espagne « où on torture ». Un d'entre eux a été menacé d'être torturé à l'électricité dans le sous-sol du commissariat de Bayonne.

 

Au fil des interrogatoires, ces policiers, ont justifié à de nombreuses reprises la pratique de la torure en Espagne en disant « il n'y a que ça qui marche sur un connard comme toi ». Ils employaient un langage ordurier et très violent.

 

A ces violences verbales s'ajoutent les mauvais traitements: pas de sommeil ou très peu, locaux répugnants, pas de douche ou très peu, pas de nourriture ou périmée...

 

En plus de la violence, il y a eu le MENSONGE et la MANIPULATION

 

Nous parlons de manipulation parce qu'ils ont menti constamment aux personnes gardées-à-vue et à leurs proches. Quelques exemples:

on a des preuves contre toi

tu vas à Paris, tu vas rester 5 ans en préventive

si tu ne dis rien c'est que tu es un terroriste, tu pars en prison

on va arrêter ta mère, ta copine, ta soeur... ou on les a arrêtées

tes copains ont avoué et ils t'ont dénoncé

 

Et aux familles

tout se passe bien, ils vont très bien

vous le verrez tout-à-l'heure, puis demain, puis après-demain...

c'est dans l'intérêt de votre enfant de dénoncer ses copains

au commissariat à certaines familles: ils ont en grève de la faim et de la soif, alors qu'à l'intérieur on ne leur remettait pas les sandwichs apportés par la famille mais qu'on leur proposait de la nourriture périmée depuis 6 mois.

 

Si on croit à tout ces mensonges, on peut se retrouver à avouer n'importe quoi.

 

Enfin la PRESSION. Une grande partie des questions concernait notre profil et la militance en général. Qui nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous pensons, qui nous connaissons. Nous avons eu de nombreuses questions sur Segi, Batasuna, Askatasuna, Lurra, ETA. Nous nous sommes rendus compte que notre personnalité, nos choix de vie, notre famille, nos amis et surtout notre volonté de nous politiser et de nous organiser; tout cela fait de nous des personnes inacceptables à leurs yeux.

 

Askatasuna

 

On voit clairement avec ce résumé le véritable objectif de cette opération. Comme dans toutes les rafles précédentes, c'est un objectif politique: d'un côté couper les projets, faire taire les aspirations légitimes au respect de nos droits en empêchant les gens de se politiser, de s'organiser, en semant la terreur et en les criminalisant aux yeux de la société. De l'autre réaliser un fichage massif de la population, notamment par l'ADN mais aussi par ce qu'ils appellent le « profil psychologique » et spécialement chez les jeunes qui leur font très peur car ils représentent la rélève de cette lutte.

 

Nous trouvons cette situation très grave, et nous avons plusieurs messages à lancer à ce sujet.

 

Aux autorités françaises et à tous leurs instruments et relais, juges, procureurs, flics, etc: où est-ce que vous vous croyez? Et pour qui est-ce que vous vous prenez? Nous le disons depuis des années et nous le redisons aujourd'hui, cette politique est imbécile et dangereuse, elle ne peut en aucun cas résoudre le conflit mais au contraire le prolonger et l'aggraver encore. Vous êtes les responsables de tout cela, de tout ce qui se passe ici et de tout ce qui se passera. Votre intention et vos façons de faire son fascistes, c'est vous les terroristes. Laissez Euskal Herria en paix!

 

Le deuxième message s'adresse à ceux qui peuvent être arrêtés, c'est à dire si on s'en tient aux lois anti-terroristes, à tout le monde. La chose la plus importante à garder en tête dans ces moments qui sont toujours violents, c'est qu'ils mentent. On l'a vu avec le témoignage des jeunes, ils mentent tout le temps et sur tout.

 

Face à cela, il est très important de rappeler également que se taire est un droit. Un droit reconnu dans la Charte des droits fondamentaux de 1966. Et sur cela aussi ils mentent. La France a été dénoncée en juillet 2008 par le Comité International des Droits de l'Homme de l'ONU, parce qu'elle ne respecte pas ce droit et n'en informe même pas les personnes arrêtées. Au contraire, à celui qui répond qu'il n'a rien à déclarer, ils disent « tu es un terroriste », « qui t'as donné l'ordre de te taire », « tu vas aller en prison ». En revanche, les déclarations des personnes qui ont répondu sont déformées, manipulées et utilisées contre les personnes arrêtées elles-mêmes ou contre d'autres dans les rafles et montages suivants.

 

Nous avons un troisième message pour vous, la presse. La France, qui est déjà la grande championne de la torture psychologique dans les prisons et dans les commissariats. Elle s'approche de plus en plus de la torture physique. Cette torture, qui est quasiment systématique en Espagne, est aussi systématiquement passée sous silence par la grande majorité des médias. Nous dénonçons ces cas aujourd'hui pour qu'ils ne se reproduisent jamais. Cela dépend en grande partie de vous, les journalistes. Nous en profitons aussi pour dénoncer le relais qui a été fait dans certains médias de la version policière.

 

Notre dernier message s'adresse à la société, aux élus et aux acteurs politiques et sociaux. Cette situation est très grave et peut devenir une routine, toujours grâce aux lois anti-terroristes. C'est notre devoir à tous de réagir.

 

À ce sujet, nous saluons et remercions tous ceux qui ont pris part aux mobilisations des  premières heures qui sont un grand soutien pour la personne arrêtée et sa famille. Ce soutien là aussi est en voie d'être criminalisé. Il faut réagir, c'est inacceptable.

 

Nous appelons tout le monde à prendre part aux mobilisations qui auront lieu dans les jours et les semaines qui viennent. Prendre part aux comités de soutien aux prisonniers, aux rassemblements et entre autres à la manifestation que SEGI oragnisera le 11 juillet prochain à Donibane-Lohitzune.

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