Le soutien à la demande de libération des militants d'action directe est large. Beaucoup plus large qu'on ne le dit et ne le croit. Il y a eu les plus de 6 000 signatures déposées au ministère, il y a eu des signataires de tous horizons. Et il y a eu cette déclaration d'Alain Badiou à la conférence de presse organisée lors des 20 ans d'emprisonnement . Politique. Si complètement politique.Sans quoique ni bien que...
Cette déclaration qui rappelle qu'il y a eu à l'échelle du monde un mouvement anti-impérialiste, un mouvement de libération, un mouvement de classe qui pensait, voulait vaincre le capitalisme. Qu'il y a eu à l'échelle du monde, un mouvement pour refuser les guerres, l'exploitation. Qu'il y a eu en France ce qu'on a appelé un mouvement, pour ne pas dire l'essai d'une révolution. Qu'en France, on vivait au rythme de la guerre du Vietnam, du refus du colonialisme, du souvenir de la résistance, de la guerre d'Indochine ou d'Algérie, de la solidarité ouvrière face à la casse à Longwy de la sidérurgie, du refus du militarisme au Larzac.Qu'en France, pour nombre d'entre nous, le fond de l'air était rouge. Et que ce n'était pas le jeu d'un moment. Mais une conviction profonde.
C'est de cela que parle la déclaration d'Alain Badiou. Et de là que part son soutien ...
Je m'associe pleinement à ce qui a été dit concernant les raisons particulières que nous avons de réclamer avec une grande énergie la libération des détenus d'Action directe.
Je m'associe aussi naturellement à ce qui a été dit concernant l'exigence de repentance, qui me paraît en réalité de provenance purement religieuse et nous avons là un exemple de l'introduction d'une notion dans un champ où elle devrait rester complètement étrangère.
Mais je voudrais vous dire ici rapidement quelque chose qui peut être à la fois plus personnel et plus général. Qu'il est clair sans doute que ma détermination personnelle dans cette affaire de longue date est à mes yeux importante et que réclamer la libération conditionnelle des détenus d'Action directe est pour moi une affaire qui va au-delà je crois d'une affaire de stricte justice.
Pendant un peu plus d'une vingtaine d'années il y a eu dans ce pays et dans quelques autres une grande vague politique qui a soulevé de larges secteurs de la jeunesse, nombre d'ouvriers, nombre d'intellectuels. Dans ce grand mouvement, les débats sur la légitimité de la violence, sur les liens entre la violence et la politique, sur la légitimité de la lutte armée, ont été abondants et répartis sur un grand nombre d'organisations, d'orientations et de militants. On peut toujours dire que l'engagement des militants d'AD a été à la fois extrémiste et tardif au regard de qu'étaient les limites de cette vague politique et révolutionnaire. mais je dois vous dire que lorsque je vois la persécution qui s'exerce contre eux, quand je vois qu'il leur est demandé de se repentir et d'abjurer le sens que eux ont donné à cette période, et bien, je me sens profondément solidaire d'eux et ceci dépasse de beaucoup les désaccords essentiels dans le camp qu'il s'était composé à l'époque.
Je me sens solidaire d'eux parce que je me dis qu'en réalité ce repentir m'est demandé aussi à moi. Ce repentir nous est demandé à tous, à tous ceux qui ont été de ce moment et de cette aventure. On nous demande d'abjurer cette possibilité même, on nous demande d'abjurer les termes du débat, on nous demande en réalité de faire montre de pénitence au regard de ce que l'on qualifiera d'illusion criminelle.
Tel n'est pas mon rapport à ce passé et je n'accepterai pas qu'il puisse l'être. En ce sens je considère que les détenus d'Action directe sont les victimes expiatoires d'un collectif qui les déborde de beaucoup et que c'est à toute une époque historique de subjectivité politique et d'engagement qu'on demande aujourd'hui le repentir et la pénitence. Et eux, au-delà de leur peine, au-delà de ce qui leur a été demandé comme justification pénale à leurs actes, je sens et j'éprouve qu'ils sont victimes de cette demande intolérable.
Et c'est la raison pour laquelle, je vivrai leur libération comme étant pour ma part la mienne. Pour la raison précisément qu'il s'agit d'un enfermement terrible des corps et des corps malades mais aussi d'une tentative d'enfermement de la pensée politique elle-même.
Voilà pourquoi je m'associe pleinement et entièrement à ce qui est demandé ici.