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Comprendre pour mieux lutter, pour mieux soutenir.
Ces extraits de "De mémoire" écrit par Jean-Marc
"Dans six mois, un juge d'application des peines me posera à nouveau la question fatidique: "Regrettez-vous?" A ma réponse, pas d'échappatoire. D'autant plus que je suis frappé de relaps. Si je dis: "Je regrette", ils ouvriront la porte de mes prisons. Dans le cas contraire, je repars pour un tour de manège, jusqu'à ce que qu'un nouveau juge, un an plus tard, me représente la croix à baiser. - Regrettez-vous?" Je connais pourtant la réponse. Je l'ai comptée sur les doigts tant de fois. Telle les pieds d'un vers ancien. Mais je veux d'abord être certain d'où je viens. Refaire juste quelques pas du chemin."

Ces phrases et les suivantes sont dans "De mémoire (1)". Ce premier tome consacré par Jean-Marc aux "jours du début : un automne 1970 à Toulouse, publié aux éditions Argone. Il y évoque ses premiers engagements et ses camarades qui l'ont accompagné, presque tous disparus.
(L'image est un dessin d'une femme combattante durant la guerre d'espagne tiré d'un ensemble de croquis de la FAI)
"Comment dire? Les biographies que mes contemporains consacrent à leur tourisme révolutionnaire m'emmerdent. Dans leur musique comme dans leur grammaire. Elles sont aussi obscènes que les aveux biaisés des adeptes du fucking easy en Thaïlande et ailleurs, consignés sous les tropiques blafards de la nouvelle littérature.
Les uns adoptent le ton professoral de ceux retournés aux mandarinades et les autres la moue des revenus de tout. Ils cisèlent leurs phrases avec des outils qui ne furent jamais les nôtres. Et pour faire bonne mesure - il faut bien que leur "je me souviens" s'étalonne au centime près - , ils font étalage de petites idées bien collées au présent du troupeau. Ce présent de mille ans promis avant l'apocalypse d'une capitale en flammes. Celui-là même qu'ils rejetaient dans leurs exubérances militantes.
Si c'est possible, je vais écrire autre chose. J'y parviendrais peut-être en enracinant mes orteils dans le carrelage de Fresnes. Pareil à une marelle forcément sincère. Comme lorsque je sautais à pieds entravés du ciel à l'enfer des prisons sans retour en arrière.
J'aimerais tant être le dactylographe de notre bouillon de culture. Nous, les protozoaires d'une épidémie hérétique. Et témoigner avec l'honnêteté de l'acteur. Celui que je fus, ou que je croyais être, durant ces quelques semaines entre septembre 1970 et février 1971.
Je veux écrire au brouillon de nos impatiences d'alors, d'un seul trait, comme on trace le sillon vers un horizon qu'on n'atteindra jamais et qui chaque jour s'éloigne un peu plus. Je me fous des anciennes coupures de presse. Je ne quitterai pas le fil de mon unique mémoire. Sans doute me tromperai-je plus d'une fois. Mais qu'importe. Le principal est ce que j'ai gardé de cette histoire dont je suis aujourd'hui, bien malgré moi, le dépositaire exclusif."