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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

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Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 00:03
Impressionnant. Blockupy. La BCE inaugurée par une poignée d'invités dans une ville assiégée. Actions de blocage et manifestation déterminées de plusieurs milliers de personnes au coude à coude ...

Le bâtiment de la BCE inauguré hier, "offre à la BCE un nouveau siège impressionnant pour accomplir sa mission", selon les mots de Draghi devant un parterre réduit au strict minimum d'invités, dans une forteresse assiégée, protégée par des milliers de policiers.

Impressionnant, oui! Le prix de ce bâtiment: 1,3 milliard d'euros. L'obscénité de ces tours qui doivent dominer les villes comme autant de symboles du pouvoir économique et de l' éloignement des populations

Impressionnant, oui! Le siège: comme à Strasbourg, les ponts sont bloqués, l'espace est inaccessible, les barbelés, les troupes policières, les camions à eau rapatriés de toute l'Allemagne, les bus encerclés dès leur arrivée.

Mais,

Impressionnant oui! le blocage voulu par les militants et réalisé de fait par les flics. La BCE est en état de siège.

Impressionnant oui! l Le décalage absolu entre cette maigre cohorte d'invités surprotégés, cette inauguration en catimini et l'engagement déterminé de milliers de personnes. Sur les lieux de blocage d'abord, dans une manifestation, l'une des plus fortes vécues, ensuite.

Impressionnante oui, la manifestation qui nous réconcilierait avec toutes les manifestations, parce que dense, épaule contre épaule, menée à un rythme soutenu qui transmet en elle-même une force à chacun. Une multiplicité de banderoles accolées les unes autres qui longent la manif, tenues par des militants, livrant des analyses diverses mais solidaires.

Quelques flashs:

Dans le petit matin, les bus arrivent sur une des principales rues de Francfort. Dans la solitude de l'aube, les voitures de police entourent les cars. En fait, C'est un lieu de blocage. Le pont vers la BCE est totalement fermé par les forces de polices qui se multiplient encore après cette arrivée.

Plus tard d'autres militants arrivent. Groupés et déterminés, ils tentent de briser le cordon de police. Roulé boulé, des bottes qui enjambent ou carrément passent sur le corps. Position fœtus, tête protégée. Pas de blessures, mais beaucoup de bleus sur le corps.

Dans le petit matin, de loin, derrière le bâtiment flambant neuf tout en métal et en verre, des fumées noires. Peut-être les voitures de police brûlées. Il faut dire que l'Europe policière comme à Strasbourg a été la vedette de cette journée du côté pouvoir.

Plus tard dans la journée, contournement solitaire du bâtiment. Les forces de police sont toujours en position. C'est aussi un point presse. La police a là son car "communication" et des policiers se baladent avec la mention sur leur uniforme. Toujours aucune possibilité de s'approcher.

Pour arriver là, traversée d'un quartier populaire. La vie normale et cela se voit très pauvre, au pied de ce bâtiment indécent.

Plus tard encore, remontée de la manifestation. Le centre-ville est noir de monde, on devrait dire plutôt coloré par toutes les banderoles. Tout donne une impression de volonté claire de lutte: nous sommes tous épaule contre épaule, la manifestation est dense et rapide, de chaque côté comme deux longs rubans, les banderoles se succèdent tenus par les militants de toutes les convictions.

De Strasbourg, le sommet contre l'OTAN, à la BCE aujourd'hui, il est finalement peut-être important que le pouvoir ne puisse pas organiser tranquillement ses grandes manifestations de propagande. Important peut-être aussi, l'expérience de ces mobilisations qui nous montrent que nous pouvons aussi agir.

En partant, cependant, une image se grave, celle des milliers de personnes qui travaillent dans ce bâtiment pour une Europe d'exploitation. Que peuvent signifier alors ces luttes quand on sait qu'elles peuvent si tranquillement être digérées ...

 

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 14:46
Franz Fanon. Des Antilles à l'Algérie, pour une autre culture méditerranéenne" (Suite et fin). Texte de Claudine Roméo. (Pour conjurer l'absence, 2)

Voici la deuxième partie et fin de ce très intéressant texte de Claudine Roméo qui se termine par cette phrase qui replace Fanon dans l'actualité (de 2000 date à laquelle il a été écrit, mais aussi d'aujourd'hui) : "Le concept de "Black" des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme "mêmes", comme unis et universels : leur lutte."

Pour lire la 1ère partie: http://linter.over-blog.com/article-franz-fanon-des-antilles-a-l-algerie-pour-une-autre-culture-mediterraneenne-texte-de-claudine-rom-125602532.html

Franz Fanon. Des Antilles à l'Algérie, pour une autre culture méditerranéenne" (Suite et fin)

Claudine Roméo - 2000 - Littératures frontalières

Mais il fallait encore une étape, une dé-rive, une reprise, fonctionnant là aussi comme désappropriation de tout exotisme - perte désécurisante des nouvelles certitudes aussi - la guerre, la déception, la perte de toute naïveté en qui concernait une quelconque quête universelle des droits "je me bats pour le droit du fermier et le fermier s'en fout". Rappel de la guerre en France, pour libérer la Métropole.

Le constat cuisant, suivi d'études de psychiatrie, de philosophie et anthropologie, devait le conduire vers le lieu où la parole serait enfin entendue et où une double activité s'offrait à lui.

C'est en Algérie que la saisie aveuglante de deux enfermements se fait, et le pousse vers un engagement définitif.

La façon d'aborder la "maladie" mentale à Blida d'une part, s'exercer son métier, de faire sienne cette dérive pour en décrire les déterminations socio-historiques - coloniales - et la situation politique de l'Algérie colonisée d'autre part, la folie comme révolte, et la révolution enfin trouvée.

Dans le service psychiatrique de Blida, Alice Cherki, sa collaboratrice, dans un recueil de textes des amis de Fanon, raconte comment il aborde la réalité institutionnelle. Les premiers chapitres de l'an V de la révolution (re-publié sous le titre Sociologie d'une révolution) sont consacrés à des pathologies repérées surtout dans le langage, dans le parler : confusion, délires de persécution, bredouillage. Avant qu'on parle d'antipsychiatrie, Fanon donne la parole aux patients de l'hôpital de Blida. Il amorce l'autogestion d'une cafétéria, d'une bibliothèque et d'activités culturelles. Il décloisonne le rapport soignant/soigné. Il conçoit la folie, avant la lettre, comme pathologie presque exclusivement sociale. Le colonisateur lui paraissant, bien sûr aussi "malade" que le soignant.

Dans l'an V de la révolution , le lien entre son travail de psychiatrie - être du côté du patient plutôt que de celui de l'institution, et la révolution algérienne - révolution enfin trouvée - est nettement établi dans Peau noire et masque blanc (P. 81)

"Ce qui apparaît donc, c'est la nécessité d'une action couplée sur l'individu et sur le groupe - en tant que psychanalyste, je dois aider mon patient à concentrer son inconscient [...] à agir dans le sens d'un changement des structures sociales."

Fanon va donc développer "une rhétorique de combat", selon une expression employée par les participants au colloque de Brazzaville. Dans un article de Présence africaine (février - mai 1959 n°24 -25), il imagine ce mini-dialogue entre une bourgeoise et un noir:

"la dame (gracieusement)

- mais il est blanc, ce noir!

- le nègre blanc, vous emmerde madame."

Certains accents violents ou drôles sont très proches de Jean Genet - parfois, par éclairs, c'est le même humour d'un dionysiaque follement politique (cf. Les Nègres, Les Paravents).

Comme le voit très bien Sartre, avec le même enthousiasme critique, dans sa longue préface aux damnés de la terre:

"Le lecteur est sévèrement mis en garde cotre les aliénations des plus dangereuses [...] tout aussi bien, le retour du lointain passé de la culture africaine."

L'appropriation de la révolution algérienne, modèle de la révolution de tout noir, ne peu que passer par la violence. Mais dit Sartre commentant Fanon :

"Ce qui n'est pas d'abord leur violence, c'est la nôtre retournée, qui grandit et les déchire."

Guérilla, que chacun doit mener quotidiennement contre soi-même en tant qu'aliéné ( à tous les sens du mot) = "l'indigénat, reprend Fanon, est introduit et maintenu chez les colonisés avec leur consentement".

Cette pensée, plaie ouverte, a une portée universelle, elle ne concerne pas seulement le colonisé mais aussi le colonisateur :

"Nous aussi, gens de l'Europe, conclut Sartre, on vous décolonise. Cela veut dire qu'on s'extirpe par une opposition sanglante le colon qui est en nous."

Comme le remarque Jacques Fredj dans les actes du colloque de Brazzaville utilisant Psychologie de la décolonisation, d'Octave Mannoni, cette décolonisation est d'abord linguistique "ce n'est pas le langage, qui se construit et se défait au cours de l'analyse". Au cours de la guerre de libération, le militant refuse tout d'abord d'écouter la radio française, qui, tel le Dieu du Président Schreber - cas de texte paranoïaque analysé par Freud - lui dicte discours et délires directement dans la tête -. Cependant, impliqué ensuite dans la lutte, il se sert de cette même radio pour des émissions clandestines dans le Djebel.

Autre langage : le vêtement, le voile.

Dans un premier temps la jeune fille porte le voile (traditions familiales), dans un deuxième temps, "émancipation" de type européen, elle le rejette. Mais plus tard, gagnée par la révolution, elle le remet et cache - en dessous - des armes.

"Elle a une démarche fière et dégagée".

Que ces analyses, aussi incisives que naïves et triomphalistes ne nous fassent pas sourire trente-cinq ans après. Parfois un peu inexactes, dans leur schématisme (partie I et II, An V de la Révolution), elles restent fixées dans une vérité.

C'est donc avec la plus grande gravité que nous relisons maintenant des passages sur l'Algérie, fer de lance de la révolution "noire" ou "africaine".

"La vieille Algérie est morte" dit Fanon, "la puissance de la révolution réside d'ores et déjà dans la mutation radicales qui s'est produite chez l'Algérien".

Autre raison de considérer ici et maintenant sa pratique de l'appropriation : un fort mouvement antiraciste s'est donc développé, relancé par la lutte contre la loi Debré, avec "le respect des différences" comme slogan. Mais au-delà et après le développement d'une certaine idéologie occidentale de gauche, on renvoie, en fait, chaque "Black", chaque opprimé, à sa différence, rendant implicitement exclue l'appartenance à l'universel.

Le concept de "Black" des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme "mêmes", comme unis et universels : leur lutte.

Lien de l'image : https://afrodiasporarts.files.wordpress.com/2012/05/fanon-chaque-fois.jpg

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 21:49
Suite migration - des nouvelles

Une interface très minimale. Mais accès enfin sur ce blog aux documents anciens un temps disparus et la présentation du blog reste semblable!

Beaucoup de fonctionnalités disparues. Difficulté pour réaliser des documents de qualité. Mais au moins nous restons en lien.

Pensez à lire le dernier article avant migration: la première partie d'un texte très pertinent et sensible de Claudine Roméo sur Frantz Fanon.

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 23:52

Chers visiteurs,

Notre blog a migré. Nous ne trouvons plus aucune de nos rubriques: ni la liste des articles et pages, ni les abonnés, ni les outils de mise en page, ni nos dossiers photos, La barre d'outils est archi-minimaliste. et nous ne savons pas si cela est momentané, combien de temps cela va durer. Rien, nous ne savons rien. Si certains peuvent nous aider ...

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 20:59

Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

 

Ce texte publié en 2000 dans la revue Littérature fontalière constitue une analyse fine de l'approche de Fanon d'une culture méditerranéenne différente, qu'elle fait partir du postulat :

 

"Ce n'est qu'après un double déplacement, d'abord en Europe - en "Métropole" - puis en Algérie, qu'il s'approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte - et inventée - avec sa propre pratique, dans son engagement personnel."

 

Mettant en avant en effet ce qui fait l'essentiel et l'importance aujourd'hui encore de Fanon, le lien entre réflexion et pratique, engagement et inscription dans la révolution.

 

Ce texte est publié en deux fois sur le blog.


Des Antilles à l'Algérie, pour une autre culture méditerranéenne

Claudine Roméo

(1ère partie)

 

Le Martiniquais Franz Fanon a eu, en Europe et aux yeux du monde, une célébrité enthousiaste dans les milieux étudiants et militants entre 1960 et 1980. Dans les années 40, il est, pour les Noirs américains, une des figures lumineuses de leur combat. Depuis, c'est le silence, les jeunes n'en ont jamais entendu parler. Relisant des vieux numéros des "Temps modernes" et "d''Esprit", je le vois constamment cité par Jean-Pierre Faye, Simone de Beauvoir, Sartre, comme le penseur de la Révolution Noire ("Black" serait maintenant un terme plus exact). Sa place dans notre questionnement sur "l'appropriation" est désignée du fait même qu'il l'a pratiquée, mais de manière tout à fait originale, sur des terrains concrets et brûlants: c'est ce que Deleuze a appelé la déterritorialisation, le décalage qui rend son appropriation spéciale, elle ne peut procéder que par écarts et par bonds.

 

Dans son analyse de la culture "noire" observée dans son enfance, il dénote un complexe d'appropriation de la culture "blanche". Ce n'est qu'après un double déplacement, d'abord en Europe - en "Métropole" - puis en Algérie, qu'il s'approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte - et inventée - avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.

 

Fanon met en place une démarche et un discours originaux, en se plaçant simultanément à deux niveaux.

 

D'une part désappropriation/appropriation fonctionnent entre elles, dialectiquement au sens le plus serré, le plus fort (il citait couramment Hegel et Marx), d'autre part, selon le plan d'obervations cliniques, les situations coloniales - ou anticoloniales -, se repèrent dans la langue même. Observation sans cesse reprise, récits et descriptions de situations pathologiques ou libératrices, reviennent dans tous ses textes. Sa réflexion se rapproche de celle d'Albert Memmi pour qui le colonisateur est aussi aliéné (sinon plus) que le colonisé. Il a sans doute connu Memmi à Tunis.

 

Les différents lieux" où la voix de Fanon porte : Martinique, France, Algérie, Tunisie, mouvement des Blacks Panthers composent une constellation où les aspects divers de la révolte se diffractent et se reflètent, glissement, dérives, déterritorialisation.

 

Mais son écriture reste très fortement dialectique et rationnelle dans la forme et le suivi serré et soutenu de l'argumentation.

 

1. Eléments de la vie deFanon qui éclairent cette pratique des passages

 

Il y a une thèse américaine sur Fanon de l'historienne Irene Gendzier (université de Boston). Sa source principale, bien que tue, a sans doute été la psychiatre algérienne Alice Cherki qui a travaillé dans le service de Fanon à Blida.

 

Fanon naît en 1922 dans une famille martiniquaise et prend conscience de l'aliénation - et des conditions de vie réelles - du peuple noir dès ses années de lycée. Très jeune, il est révolté par l'acceptation plus ou moins passive de l'oppression. Les descriptions déjà cliniques de certains comportements se trouveront plus tard dans Peau noire et masque blanc. Par sa seule observation, et avec l'intensité passionnée de son émotion et de sa souffrance, il passe du constat de l'oppression à celui, décourageant, de l'aliénation.

 

Expérience d'autant plus douloureuse qu'en même temps les Antilles françaises sont amenées à participer à la guerre, à défendre les valeurs "françaises". Or l'atmosphère vichyssoise qui règne dans les colonies augmente encore l'oppression et la honte. La répression frappe la revue "Tropiques" créée par Aimée Césaire, elle est interdite en 1940. Césaire, amplement cité par Fanon dans tous ses livres, peut nous donner une idée assez fidèle de l'ambiance où vivaient les intellectuels et les artistes, dont Fanon, par exemple, à la fin de ses années de lycée (il est né 9 ans après Césaire). Atmosphère terrible, au moment où ces jeunes intellectuels cherchent leur voie.

 

Ainsi, dans Les Chiens se taisaient (tragédie), Césaire fait dire au "Rebelle":

 

"J'ai capté dans l'espace d'extraordinaires messages [...] plein de poignards, de nuit, de gémissements. J'entends plus haut que les louanges une vaste improvisation de tornades, de corps de soleil, de maléfices, de pierre qui cuisent, de petits jours étrangers, d'engourdissement bu à petites gorgées."

 

Fanon et son ami Marcel Manville, maintenant avocat à Paris et à Fort de France et fondateur du club Franz Fanon, écoeurés par la collaboration vont rejoindre la Dominique où des milliers de jeunes Antillais et Guyanais s'embarquent pour aller se battre en Europe. Ils débarquent à Saint-Tropez en 1944 et se battent ensuite en Alsace. Fanon est blessé dans la bataille de France, à Colmar. C'est là qu'il se rend compte qu'en fait, il ne se bat pas pour la liberté mais pour les métropolitains, les blancs.

 

"Cette nouvelle déception est immense" dit-il dans une lettre à sa mère. Jusque-là il pouvait dans un déchirement plus ou moins conscient déplorer le colonialisme, tout en pensant qu'ailleurs dans une vraie "France" étaient vivaces certaines valeurs. Mais par son engagement dans la guerre, il ne trouve "rien ici, qui justifie cette subtile décision de (se) faire le défenseur du fermier quand lui-même s'en fout".

 

Toutes ces déceptions l'amènent à fuir la capitale où "il y a trop de nègres". Idée qui anticipe sur sa future critique de la négritude. C'est à Lyon qu'il va faire ses études de médecine et de psychiatrie. Il suit également des cours de philosophie à l'université et fréquente les milieux trotskystes.

 

Ses études terminées, il est affecté dans différents services en métropole, puis accepte un poste à l'hôpital de Blida, en Algérie.

 

Il trouve immédiatement l'atmosphère de révolte, qui, sous l'occupation, était brouillée par le fait douloureux de la collaboration.

 

Invité en 1953 par l'historien André Mandouze à faire une conférence à l'université d'Alger contre le racisme, il est contacté par le FLN

 

En 1957, protestant contre des sanctions aux grévistes de l'hôpital de Blida, il est - pour quelques temps - expulsé d'Algérie par Lacoste. Il écrit dans "El Moudjahid" dont il devient correspondant à Tunis.

 

Atteint de leucémie, il est envoyé pour soins à Moscou, puis à Washington. Il meurt à 34 ans, ayant publié quatre ouvrages, dirigé et réorganisé un service de psychiatrie et participé acivement à la guerre de libération.

 

2. Première analyse de la réalité sociale par Fanon

 

Sa vision est d'abord proche de celle de Césaire et Glissant. Il y a cette réalité douloureuse et sans cesse ravivée, de l'oppression du "noir" par le "blanc".

 

Mais Fanon n'est pas un littéraire, il ne trouve aucune jouissance dans la souffrance, aucune consolation épique dans de quelconques lamentations. C'est le point de départ qu'ils ont surtout en commun. Ensuite Fanon choisit surtout la "critique sociale" comme on l'appellerait maintenant. Il constate des cassures inévitables et les décrit comme des véritables dispositifs machiniques - Fanon s'étonne de l'absence de l'esprit de révolte. Comment la longue histoire des esclaves noirs, histoire de douleur et de mort, ne les a pas, aux Antilles, entraînés dans la révolte, la révolution? La dialectique employée est très voisine de celle du maître et de l'esclave, très voisine aussi du style sartrien (cf. "Conscience and consciousness", The relevance of Hegel ans Sartre, in Fanon, I. Gendzier).

 

Dans cette Martinique encore dominée ou dans des coins d'Algérie pas encore révoltés, les noirs imitent les manières des blancs, jusqu'à l'expression du visage, jusqu'aux vêtements. Plus symptomatique encore, le langage.

 

Cas d'aphasie, impossibilité à employer certains mots, hallucinations auditives (discours imaginaire ou écoute d'une radio imaginaire en français, directement branchée dans la tête). Ces descriptions impressionnistes, mais déjà précises, et ensuite cliniques (Algérie) ont un effet d'abord théorique chez Fanon.

 

Mais ses refus sont déjà très nets. Jamais, il ne s'est fait le chantre de la négritude.

 

Beaucoup plus tard, il sera amené à attaquer très vivement Senghor. S'il avait fallu parler dès cette époque, de la "différence", Fanon ne l'aurait certainement pas placée là où on s'y serait attendu. Il aurait déjà vu le danger de ce concept.

 

En effet, pour Fanon, la négritude n'est que l'envers d'une attitude blanche qui met "tous les nègres dans le même sac". C'est ce qu'il déclare dès 1956 à Paris à un congrès de la Société africaine de Culture.

 

La vraie différence est entre exploitants et exploités, dominants et dominés, ce en quoi il se montre avant tout marxiste.

 

Dans les premières descriptions cliniques, de véritables éléments de résistance apparaissent. Avant que la posture révolutionnaire s'affirme, Fanon dépiste les formes spontanées de cette résistance - façon de pratiquer le double langage, jeux de mots où le colonisé prend au piège le colon, emploi du créole, récits des vieux qui mettent en scène l'antillais se moquant du blanc. Aussi dans Peau noir et masque blanc, ces magnifiques passages où Fanon fait un nouvel "éloge de la paresse" : dans une situation où le noir est seul face au patron blanc, la "paresse" est une forme courante et efficace de résistance = analyse de Fanon pleine d'humour et de perspicacité.

 

Bien que anti-littéraire, Fanon est un écrivain. Son texte est vivant, nerveux. La négritude - celle de Senghor - est pour Fanon une attitude "littéraire" même s'il en comprend du dedans les implications affectives et la blessure. Il préfère une attitude critique - très fraternelle - et en ce sens vraiment autocritique. Alors que la négritude, tournée vers le passé, est coupée de l'actualité, l'intellectuel doit être

 

"debout devant le présent de son pays, obervant lucidement et objectivement l'actualité du continent qu'il voulait faire sienne, l'intellectuel est effrayé par le vide, l'abrutissement, la sauvagerie." (Damnés de la terre, P. 102)

 

Il regarde ce qui se passe sur le continent africain:

 

"En Afrique, la littérature colonisée [...]  n'est pas une littérature nationale, mais une littérature de nègres."

 

Ce qui indigne le plus Fanon, c'est l'enfermement dans les attitudes toutes faites, des clichés, en particulier l'absence de rationalité prétendue des noirs.

 

"Dans l'ensemble, les chantres de la négritude opposeront la vieille Europe à la Jeune Afrique, la raison ennuyeuse à la poésie, la logique oppressive à la piaffante nature [...] D'un côté raison, cérémonie, protocole, sceptiscisme, de l'autre ingénuité, pétulance, liberté, pourquoi pas luxuriance, mais aussi irresponsabilité":

 

Remarque de Fanon qui rappelle les racistes qui disent que "les noirs ont le rythme dans la peau" (sans compter les implications sexuelles, cf; La putain respectueuse, de Sartre).

 

Aussi, à partir d'une dialectique serrée et argumentée, dont la conclusion nécessaire paraissait toute trouvée, l'identité nègre, Franz Fanon pratique un écart, une déterritorialisation. Il fuit cette (nouvelle) forme d'enfermement - l'enfermement dans un style de discours et dénonce le mythe qui relie inévitablement le blanc à l'idée de culture et le noir à l'idée de nature.

 

Le noir se désapproprie de ces successifs enfermements et s'approprie son humanité: c'est cela l'apport de Fanon.

 

...

Aquarelle Cristina-copie-2

 


 

Veuillez utiliser cette adresse pour citer ce document : http://hdl.handle.net/10077/6909

 

 

Titre: 

Franz Fanon: des Antilles à l'Algérie, pour une autre culture Méditerranéènne

Auteur(s): 

Roméo, Claudine

Date de publication: 

2000

Editeur: 

EUT Edizioni Università di Trieste

Référence bibliographique: 

Claudine Roméo, "Franz Fanon: des Antilles à l'Algérie, pour une autre culture Méditerranéènne", in: Letterature di Frontiera = Littératures Frontalières, X (2000) 2, pp. 281-288

Collection/Numéro: 

Letterature di Frontiera = Littératures Frontalières
X (2000) 2

URI/URL: 

http://hdl.handle.net/10077/6909

ISSN: 

1126-7674

Collection(s) :

Letterature di frontiera = Littératures frontalières (2000) 2/X

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 21:25

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Collage de Joëlle Aubron réalisé en prison

 

Notre hommage à Joëlle Aubron prend la forme d'un patchwork des articles du blog au long cours de l'année, qui, à les relire, montre que chacun a son importance, témoignage d'une lutte, de la disparition d'un(e) camarade, d'un moment de mémoire, de la guerre toujours contre la Palestine, des morts de Charlie Hebdo, de celle de Remi Fraisse.

 

Parce que chaque article de linter aspire à exprimer ce qui nous a unis dans la réflexion et l'action, ce qui nous unit à Joëlle par-delà les années d'absence.

 

Certains combats de ces dernières années ont été gagnés à force de solidarité comme la libération de Sonja Suder et Christian Gauger. D'autres semblent infinis comme celui pour Georges Ibrahim Abdallah.

 

Et le combat pour le communisme, le combat révolutionnaire reste comme elle le disait encore et toujours d'actualité.

 

 

Nous n'oublions pas Joëlle Aubron

 


 

En hommage à Joëlle Aubron, tous ces articles qui témoignent d'une lutte, de la disparition d'un(e) camarade, d'un moment de mémoire, de la guerre toujours contre la Palestine, des morts de Charlie Hebdo, de celle de Remi Fraisse

 


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Hommage à Helmut Pohl : "je pense pouvoir dire que pour helmut le sens de sa vie était – la raf"

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Ce qu'il faut retenir de ma camarade Joëlle Aubron

Nathalie Ménigon,  Prisonnière d'Action Directe, 4 mars 2006

Sa sensibilité de communiste
La justesse dans sa lutte
La simplicité de son courage
La force de ses convictions révolutionnaires
Son humanité combattante
Son amour de la vie
Son amour de la liberté
Son rire, fort et clair, qui résonne à nos oreilles
comme l'espoir d'un monde prolétarien
Gloire et honneur à Joëlle
Que pour toujours ton nom fleurisse dans nos cœurs
Pour la continuité du combat

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 21:10

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L’inhumation de Claudine, ce vendredi 27 février, a rassemblé plus de 200 personnes. La soirée hommage s’est poursuivie jusqu’à une heure du matin, entre danse, chants, textes, photos, multiples hippocampes légers et irisés, oxymore d’une force fragile qui nous a rassemblés. En hommage ce texte publié sur son blog:

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Collage de Joëlle Aubron

La dureté

La dureté (suite niçoise)
Le rocher, la mer et encore les rochers et la mer.
La dureté. Toucher : autour, au bord de la mer à moi maternelle,
la méditerranée à Nice.
Cette mer, plomb argent, noire blanche.
La mer toujours une baie entourée de montagnes.
Et plus près, de caps.
La lumière de l’eau était insupportable.
A la lettre suffocante, la clarté de l’air.
Cette mer, les bords en sont durs,
les rochers hérissés de pointes,
un berceau de dureté volubile,
berceau de pointes comme on dit couronne d’épine.
Un silence qui parlait beaucoup.
On jouait avec les voyous du Vieux Nice.
On se jetait des grandes brassées d’eau salée.
L’exactitude à midi, les rayons verticaux implacables, l’horizon, 
sa rectitude rectiligne, tout cela était dur, et tu en perds le souffle de la brûlure.
Le toucher brûlant de la pierre, la brûlure sous le pied :
voilà l’éducation que j’ai reçue,
la plus tendre au soleil du mois d’août à midi.
L’éducation rentre dans la peau,
et c’est brûlant cette présence de la mer immobile,
immense plomb fondu, ou mercure
si mouvant un instant arrêté,
tout est minéral ici, le réel.
Une forme d’éducation.

                                                 Claudine Roméo 21.03.2001

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 11:59

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noir et blanc

 

Un texte très riche dans la tradition des grands textes de réflexion sur l'art et la révolution.

 

A lire sur le blog de Claudine

http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.html

 


Texte pour l'Ecole des Beaux Arts de Tunis ( Isbat ) Art dans la Révolution  

 

Pour Artifekt, 1er Mai 2011.   texte n° 1)


http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.html


Peu de temps pour formuler et écrire, beaucoup de « bonne » fatigue, provoquée par l’émotion, l’urgence à penser et faire les choses, au cœur de l’environnement unique créé en ce moment, au milieu des choses  pensées et faites par les autres, mes sœurs et frères, mes camarades tunisiens .


Ne rien faire, ne pas penser, mais comment ne pas  être  propulsée dans ce tourbillon intense et créatif, tourbillon de forces centripètes et centrifuges ?  Forces qui vont "dans tous les sens", surtout dans le bon sens, le Sens de l’Histoire.  Ne rien faire serait se comporter en touriste de la Révolution des autres. Or, bien sûr qu’elle appartient à tout le monde, cette Révolution. Mais pas à ceux qui veulent et parfois peuvent, même, se l’approprier et la récupérer. Comme pour le reste, il n’y a pas de propriété privée de la Révolution.


Donc, pour moi, en venant vous voir et en venant à l’Isbat, bien sûr , je viens pour m’informer et informer : mais ce travail d’information sur certains médias à ma disposition, et de création de réseaux entre nous et vous, d’un continent à l’autre , est la contribution élémentaire que je pouvais porter auprès de vous. Mais, plus inattendu, la dispersion,  la diversité de l’activité philosophique, le fait que le philosophe est un « touche à tout », et s’occupe de ce qui ne le regarde pas, peut le rendre à même d’établir des rapprochements entre vous. C’est un spécialiste des généralités, ou plutôt, de l’universel,  alors, donc, plus inattendu, il contribue à créer des rhizomes entre vous, quand vous ne les avez pas encore établis vous-mêmes.


 Mon regard et ma position transversale, à travers quelques milieux révolutionnaires tunisiens qui ne se fréquentent pas encore, peut être utile : La position universelle de l’Art, pour lequel il s’agit, comme pour la Philosophie, de « créer des concepts-« , par exemple d’ici, de Tunisie, facilite la fluidité d’une forme de pensée critique à une autre  .

 

Et aussi, la fréquentation d’autres métiers rend des choses possibles : - jusqu’aux jeunes chômeurs, puisque la Révolution est venue d’eux, artisans, paysans, ouvriers en grève à Gafsa ou à Gabès et à Sfax, imprimeurs, et aussi, juristes , avocats, enseignants, aviateur - ils sont en grève en ce moment à Monastir - employés des télécoms, postiers, avocats,  économistes, que j’ai eu la chance de pratiquer ces jours-ci.


Prolétaires  « de tous pays », mais aussi de toutes régions et de tous genres, dans leurs œuvres,  ils se côtoient. Le faire, déjà, la mise en œuvre, ou la main à la pâte, s’il s’agit d’un boulanger, cette position de touche-à-tout (où tous deviennent artistes et  philosophes) peut à tout instant en nouer les liens, en tricoter les radicelles, et en faire des  "nœuds" 


… Décidément voilà que je cite Deleuze déjà 3 fois de manière cryptique … subconsciente même pour moi pendant que je vous écris cette lettre, je m’en aperçois seulement à l’instant,…

Je ne reviens pas sur la fabrique de concepts, concept et formulation verbale, ce n’est pas la même chose.


Le concept de l’art peut être rouge, dur, horizontal. Il peut être syncopé ou d’un phrasé musical net et «  andante », comme les concepts de Mozart, ou débordant, quasi baroques, comme ceux de Frank Zappa. On aura compris que lorsqu’on parle de l’Art fabricant des concepts, comme la philosophie, il ne s’agit vraiment pas - sauf cas très particulier - de l’art dit «  conceptuel » qui n’est qu’un cas de figure - c’est le cas de le dire !!- un cas historique particulier, d’ailleurs pas clôturé encore à ce jour.

L’Art plastique, la Musique, la définition que j’en donnerais, et la Poésie, loin d’être des conduites de fuite loin du réel, sont au contraire des activités d’intimité resserrée et quasi amoureuse avec le réel. Un rapport d’intimité  que la Science, par exemple, ne pratique pas, ou il s’agirait plus de proximité distante, objectivante, pour cette Activité scientifique,


L’Art, même le plus contrôlé, et le plus « froid», pratique à coup sûr cette intimité , cette présence au réel qui enchante l’artiste, le fait s’envoler dans l’urgence de dire , de sortir, de faire émerger et bourgeonner cette sève qui lui vient du réel.


Il ne peut être que dans une appartenance radicale à cette terre , à ce monde. Sauf que, différent de la pensée magique, comme pourrait le dire Lévi-Strauss, bien qu’articulé à tout instant à elle, il ne subit PAS passivement son cadeau, mais le transforme immédiatement et toujours de manière unique. La mythologie le fait aussi, mais au cours des siècles et de manière subconsciente, sinon inconsciente, car toujours collective. Alors que , si l’art est parfois collectif, c’est par choix, et dans le ici et maintenant de l’histoire : de l’Histoire tout court, et de …l’histoire de l’art, de sa propre histoire, donc.


Tout ceci n’était qu’un long préambule méthodique.


Mais qui peut engendrer des conclusions et des effets radicalement rapides et éclatants .


Par exemple,  La réalité qui nous occupe et nous porte en ce moment, c’est la Révolution, cette révolution tunisienne si particulière, si inouïe et inattendue,


Alors, l’art doit être- est- dans cette proximité folle inouïe, tout aussi impossible que la révolution elle-même, cette révolution, et alors, et il la fait, la produit dans la mesure de moyens, même très réduits. Et aussi, cet art est modulé, induit, insufflé et tendu, dans la droite ligne de la dynamique révolutionnaire, il multiplie ses interventions, il parle à chacun son langage, affect et pensée critique concrète tout ensemble. Il est dans le politique, tout à fait, mais ce Politique-là qui nous importe et nous fait vivre.


Et ce n’est pas un propos d’intellos –même de gauche !- que je tiens ici, j’ai vérifié cent fois cette réalité concrète de l’art. Il n’est pas alors, « au service » de la Révolution, ni là pour illustrer, orner, rendre belle la Révolution. Elle est intensément existante et belle, si je voulais plagier Sartre : pour lui, il n’y a pas de Nature humaine, donc pas d’essence de l’homme, il n’y a que de l’existence. Je dirais que, comme pour la réalité de l’homme, il n'a que de l’existence, et pas d’essence, Pour une- ou une autre, Révolution, il n’y a pas d’idée générale. Les occidentaux, ou de toute manière, ceux qui voient la Tunisie « de loin » , se demandent si ce qui se passe, ici, dans la rue, c’est La Révolution, si cela correspond bien à la définition du dictionnaire, si ici, c’est fidèle à l’idée abstraite de Révolution, en bons « intellectuels de gauche », ils concluent presque toujours « ça n’est pas une Révolution ».

 

Pour la Révolution , et la vôtre, la nôtre ici et maintenant, il n’y a que de l’existence aussi.


Et sa réalité trouve ses multiples et libres actes , "artistiques dans l’acte même - Sidi Bouzid, ou la rue de Tunis- ou dans l’expression concrète simultanée de l’acte , L’ART, qui est un acte aussi.


Je crois que si on s’en tient à cette analyse, de la Révolution comme Réalité, l’artiste, les artistes ne peuvent tomber, ni dans la mièvrerie, ni dans la confusion - danger si redoutable en ce moment électoraliste.


Pour nous,  ce réel si urgent, si pressant, au battement de cœur et de sang si forts, NOUS DONNE SA FORCE .

 

(Pour Artifekt, 1er Mai 20011.  texte n° 1)

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 18:40

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Claudine était proche de tous nos combats.

Je l'ai connue pour celui pour Christian Gauger et Sonja Suder.

Trop de regrets aujourd'hui.

 

Et un tel sentiment de perte

Qui submerge.

 

Une des camarades de linter.

 


J'écoute ceci en boucle, la tristesse au coeur


Je ne sais pas pourquoi ce morceau-là

Sensibilité triste peut-être.

 

 

 

 


 

 

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 20:11

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Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2