Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Archives de linter. Suite de l'interview du commandant de Tel Zaater dans "Actualité"

pour consulter le blog de linter: linter.over-blog

palestiniene-jo-lle-aubron.jpg(L'illustration est un extrait d'un collage de Joëlle Aubron)


Actualité de la résistance anti-impérialiste, No 7, novembre 1978

LIBAN/PALESTINE

Nous continuons la parution de l'interview du commandant Selman, officier du Fatah, qui témoigne sur la bataille de  Tel Zaatar. La première partie de cette interview de "Révolution africaine" (organe central du FLN) parue le 30 août 78, rappelle les conditions de l'installation des réfugiés palestiniens dans le camp de Tel-Zaatar depuis 1951 et l'organisation de la population face à l'agression des bataillons de la droite libanaise armés par les sionistes.

RA: Comment avez vous organisé la défense de Tel Zaater lors des trois derniers jours?

Commandant Selman:  Au début, nos positions stratégiques étaient situées sur des points élevés, loin des baraquements qui servaient d'habitation à la population. Durant les quinze premiers jours de la bataille, nous avions malheureusement perdu la plupart des positions stratégiques que nous avions occupées, cela à cause de la violence des bombardements et de l'offensive ennemie soutenue, que nous devions subir avec difficulté car nous manquions de possibilités.
Nous nous sommes repliés dans les baraquements du camp et dans quelques bâtiments avoisinants. Nous avions perdu dans ces premiers quinze jours de la bataille de Tel-Zaater, les meilleurs militants ainsi que les cadres militaires les plus compétents. Devant cette situation, nous devions par la suite adopter de nouveaux moyens, pour sauvegarder le reste des combattants et des cadres. de nouvelles tactiques militaires sont appliquées; c'est ainsi que nous affections seulement quelques combattants pour assurer la défense du camp, les autres occupaient des positions secondaires. Pour nous, le capital humain était très important. Cette tactique visait à repousser toute tentative d'incursion des forces de droite dans le camp. Et quand elles s'y aventuraient, elles tombaient dans le piège que nous avions tendu; les quelques occupants de la ligne de défense se repliaient et les fedayins occupant les positions secondaires passaient immédiatement à l'action et réduisaient l'offensive ennemie. Cette tactique nous avait permis de repousser des dizaines de fois l'ennemi et nos pertes humaines se réduisaient. Pour les fedayins, chaque seconde vécue était un miracle.

RA: Quel  était l'âge des plus jeunes combattants que vous  comptiez dans vos rangs?

Commandant Selman: Ils avaient à peine douze ans. Les plus jeunes s'occupaient de la surveillance du dépôt de munitions ou s'improvisiaient porteur de messages d'un poste à un autre.

RA: De quel type d'armes disposiez-vous?

Commandant Selman : L'arme essentielle était la kalachnikov. Nous avions en plus quelques armes d'assaut: BCW, des mitrailleuses lourdes de calibre 14-7, la douchka, un "deux-pièces" calibre 23 mm et deux canons seulement. L'un a été détruit au début des combats, et l'autre qui était devenu presque inutilisable, nous servit tant bien que mal jusqu'à la dernière minute.

RA : Après plusieurs semaines de combats soutenus, les fedayins n'étaient-ils pas arrivés à court de munitions? Comment avez-vous résolu ce problème?

Commandant Selman: Comme je le disais la bataille de Tel-Zaater a duré seize mois. Durant toute cette période, nos fedayins se sont entraînés malgré les faibles moyens dont ils disposaient et avec une quantité réduite de munitions. On veillait à ne pas gaspiller nos balles, devenues la prunelle des yeux des fedayins. Dans les derniers jours de la bataille, le fedayin ne tirait que lorsqu'il était sûr d'atteindre sa cible. Bien souvent, ce fedayin refusait de tirer sur l'ennemi, de peur de le manquer et de perdre ainsi bêtement une balle.
Les habitants du camp avaient passé au peigne fin leurs maisons pour nous ramener chacun cinq ou dix balles, parfois une. Quelquefois nous récupérions des munitions sur des ennemis hors de combats.

RA : Quels étaient vos principaux cadres militaires qui vous secondaient?

Commandant Selman: Il y avait le responsable politique de la région orientale, Abd El Mohsein. Il venait à peine de recevoir son entraînement militaire. Il s'était vite formé pour s'imposer quelques temps plus tard comme un officier aguerri. Il supervisait avec moi les activités militaires du camp. Il a montré de grandes capacités d'organisateur.

RA: Par quels moyens maintenioez-vous le contact avec les dirigeants du commandement de la Révolution Palestinienne?

De bout en bout, les chefs de la résistance palestinienne et du mouvement national suivaient de près le déroulement des combats. J'étais en contact direct avec eux par radio-émetteur. Nous recevions des instructions.
Si ce n'était l'appui que leur accordaient certaines forces militaires arabes, les isolationnistes - et ils le savaient très bien - n'auraient pas tenu jusqu'au bout à Tel-Zaater, dont on voulait faire, par notre résistance farouche, un bastion inexpugnable de la Révolution Palestinienne. On nous a dépéché des renforts, ce qui a quelque peu contribué à relever le moral des combattants à l'intérieur du camp jusqu'aux derniers moments.

RA: Vos dirigeants vous ont-ils informés que Tel-Zaater avait percé, grâce à votre détermination, la carapace de l'anonymat pour s'imposer aux yeux de l'opinion publique comme le symbole de la Résistance palestinienne?

Commandant Selman: Au moment où les combats s'intensifiaient de plus en plus à Tel-Zaater, Yasser Arafat était absent du Liban. Après son retour, il nous a informés de l'écho profond que suscitaient nos combats dans le monde. Tel-Zaater devenait alors le symbole de la résistance palestinienne et de tous les combattants progressistes dans le monde.
Fait démontré d'ailleurs par l'importance accordée par les dirigeants soviétiques entre autres à cette détermination des fedayins à vouloir résister coûte que coûte aux menées offensives répétées de la droite libalaise.
Des frères palestiniens et libanais qui rentraient d'Europe nous avaient également informés de l'audience à l'étranger de cette bataille et de l'admiration qu'ils éprouvaient pour ces fedayins.

RA: Avez-vous un fait particulier de cette bataille à nous relater?

Commandant Selman: Au moment où la colline de Tel-Amir dominant Tel-Zaater et où flottait le drapeau palestinien tomba entre les mains des isolationnistes, nous nous sommes aperçus à notre grande surprise que mon compagnon Abd El Mohsein s'était aussitôt dirigé vers cette colline pour réimplanter le drapeau palestinien. Il avançait vers Tel-Amir sans tenir compte du grave danger qui le guettait sur une distance de quatre cents mètres soumise aux tirs des phalangistes, en criant "allah Akbar". Il s'était retrouvé soudainement encadré et draînant derrière lui dans une atmosphère d'euphorie près de cinq cents de ses frères palestiniens de tous âges, scandant "allah akbar". La plupart parmi eux ne portaient pas d'armes et avançaient toujours vers la colline de Tel-Amir dont les vingt occupants isolationnistes ont dû prendre la fuite sans tirer le moindre coup de feu. C'est ainsi que le drapeau palestinien flottait toujours sur la colline de Tel-Amir ...

RA: Comment avez-vous pallier au manque d'infrastructures sanitaires?

Commandant Selman: L'Union des travailleurs palestiniens a construit au début, à l'intérieur du camp, un hôpital grâce à l'aide des habitants. Un puits a été creusé dans l'hôpital même et des abris d'urgence ont été aménagés sous une mosquée.
le croissant rouge palestinien avait mis à notre disposition deux médecins qui sont restés avec nous jusqu'au dernier jour.
Au début, les médecins pratiquaient de petites opérations, mais après l'occupation pour nos combattants de l'hôpital de Naj Thabet appartenant aux forces isolationnistes, ils ont pu pratiquer des opérations chirurgicales compliquées. Bien sûr, cela n'avait été possible qu'après le transfert à notre hôpital de Tel-Zaater de tout l'équipement chirurgical nécessaire récupéré chez l'ennemi. Nous avions ainsi fini par disposer d'un hôpital largement équipé. Cependant, une autre difficulté ne tara pas à surgir au cours de la dernière phase du combat: on manquait de mazout.
Ce qui nous a contraints par la suite à à interrompre le fonctionnement du générateur électrique de l'hôpital et à réserver uniquement la petite quantité de mazout au pompage de l'eau des puits existant dans le camp. Mais, malheureusement, vint jours après la dernière offensive des isoliationnistes, nous n'avons pas pu faire face au grand nombre de blessés à cause du manque de médicaments.
Nous avions vécu des moments critiques. Beaucoup de blessés mouraient ....le manque de médicaments a amené les médecins à soigner les blessés avec de l'eau et du sel, et des manches de chemises en guise de pansements. Il y avait aussi parmi nous une infirmière suédoise qui a fini par se faire amputer de l'un des deux membres à la suite d'une blessure.
Le sang manquait. Les blessés furent alimentés en sang par une opération de transfusion directe, c'est-à-dire que le donateur distillait directement à l'aide d'un tuyau médical approprié, son sang au blessé. Nous étions forcés à adopter cette méthode si nous voulions sauver de la mort les blessés. cela a duré jusqu'au jour où la croix-rouge internationale procéda en deux tranches, au transfert des blessés.

RA: Le nombre des martyrs de Tel-Zaater?

Commandant Selman: 3200 martyrs à Tel-Zaater mais je dois dire qu'il n'y a pas réellement de statistiques précises à ce sujet. C'est un bilan officieux

(La dernière partie de l'interview publié dans "Actualité" No 8 fera l'objet d'un prochain article)i_bug_fck
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article