CQFD est un journal à lire et donc à abonner. CQFD a aussi une site. Reproduit ci-dessous un article d'octobre 2007 de Nicolas Arraitz.
Quand la chasse aux sans-papiers devient un des signes les plus tangibles de la guerre de classes. linter
(carte de Bruno Baudrillart)
Chronique de guerre. C'est pas Vichy... Mais enrôler tous les corps constitués de l’État au service du ministère de l’Identité nationale et de ses obsessions chiffrées relève d’une méthode pour le moins... totalisante.
En attendant l’introduction de la carte Vitale avec photo, nos gestionnaires des ressources humaines ont repéré une autre nasse à expulsables : l’ANPE. Grâce à une circulaire Hortefeux (encore lui !), lors de l’inscription des demandeurs d’emploi, l’agent ANPE est censé « contrôler activement » l’identité des travailleurs étrangers en envoyant systématiquement à la préfecture une copie des papiers. La préfecture a 48 heures pour valider ou pas les dits papiers. « Nous avons toujours eu pour consigne de vérifier l’identité des demandeurs d’emploi à l’inscription », admet Valérie, agent ANPE dans une ville du Sud-est. « Mais nous n’avons jamais faxé de papiers d’identité à la préfecture - encore moins tenu des fichiers d’étrangers ! » Vincent Strobel, membre du bureau national CGT-ANPE, contacté par CQFD, voit dans cette circulaire deux logiques apparemment contradictoires : « D’un côté la volonté du ministre de bourrer les charters, et de l’autre, avec ce délai de deux jours imposé aux préfectures pour valider ou non les cartes de séjour, il y a une façon hypocrite de dédouaner les patrons. Passés les deux jours, ni l’ANPE ni l’employeur ne pourront être tenus responsables d’avoir embauché un type sans papiers... » Ce resserrement des mailles du filet anti-étranger a des conséquences pour tous les chômeurs : dans certaines antennes ASSEDIC, il est déjà exigé de tout demandeur d’emploi une pièce d’identité en cours de validité. Pourtant, il n’y a pas obligation légale d’en posséder une, sauf pour sortir du pays. Les semaines d’attente pour obtenir ces papiers sont autant de droits perdus... « Lorsqu’il nous arrivait d’avoir une pièce d’identité d’aspect bizarre, on fermait les yeux, vu qu’on n’est pas des flics », reconnaît volontiers Valérie. « Hortefeux a donc tourné la difficulté où nous étions, pauvres agents de l’ANPE, à ne pas savoir reconnaître le vrai du faux... » La résistance va devoir prendre de nouvelles tangentes.
Publié dans CQFD n°49, octobre 2007.