C'était une petite grève. Un jour de mars de 2009 Un jour de mars et puis s'en fut. Les salariés ont donné de leur argent C'est bien pour le patronat Des salaires de moins à payer.
(Collage de Joëlle Aubron)
Syndicats et partis l'ont bien utilisée Faire croire qu'ils luttent.
Mais qui a perdu son argent, Et qui se frotte les mains Qui pense utiliser révolutionnairement(!) la grève Pour les élections dites européennes.
(Collage de Joëlle Aubron)
Ce matin, tête basse, nous revenons dans nos entreprises. Et sur la route de nouveau et toujours ces nom, âge, ancienneté des salariés de la "moutarde " licenciés Pour cause de restructuration
Alors question tordue Qu'attendons-nous pour ne pas reprendre le travail Nous qui en avons si peu si précaire
Question tordue?
(Collage de Bruno Baudrillart) Le texte de Rosa Luxemburg repris ci-dessous montre bien une chose, la grève doit s'inscrire dans la volonté révolutionnaire Et cette volonté révolutionnaire elle nous appartient pas à ceux qui sous toutes les formes possibles du réformisme la récupèrent
A Georges Cipriani dont nous mettons en lien de nouveau l'article sur la marchandisation, écrit alors qu'il s'approchait de sa 22ème année de prison. A Jean-Marc Rouillan, dont l'état de santé a entraîné l'hospitalisation et dont il faut obtenir d'urgence la libération. Pensée pour Nathalie Ménigon en liberté conditionnelle obtenue après plus de vingt années de résistance
Et bien entendu à Joëlle Aubron dont nous reprenons les dessins et à tous les militants révolutionnaires.
Rosa Luxemburg, grève de masse et révolution
La lutte en Guadeloupe, la gravité de la situation ici où l'on voit à chaque moment de nouveaux licenciements annoncés, et où l'on imagine ce que cela signifie de désespoir compte tenu de l'impossibilité pour la plupart d'espérer retrouver un emploi et donc de quoi tout simplement vivre, nous a fait repenser à un texte essentiel de Rosa Luxemburg : "Grève de masse, parti et syndicats" où elle analyse ce moment de lutte et où surtout elle fait référence à la révolution de 1905 en Russie. Le texte est long et il n'est pas possible de le reprendre en entier sur le blog. Nous en prenons un extrait. Car il s'inscrit dans sa réflexion sur le réformisme et la révolution.
Toute lutte partielle, qu'elle soit même grève générale, ne peut aller au-delà d'elle-même et de ce fait d'acquis plus que limités - que le capitalisme saura toujours contourner et faire payer - que si elle s'inscrit dans une démarche révolutionnaire.
" ... Dans les pages qui précèdent nous avons tenté d'esquisser en quelques traits sommaires l'histoire de la grève de masse en Russie. Un simple coup d’œil rapide sur cette histoire nous en donne une image qui ne ressemble en rien à celle qu'on se fait habituellement en Allemagne de la grève de masse au cours des discussions. Au lieu du schéma rigide et vide qui nous montre une « action » politique linéaire exécutée avec prudence et selon un plan décidé par les instances suprêmes des syndicats, nous voyons un fragment de vie réelle fait de chair et de sang qu'on ne peut arracher du milieu révolutionnaire, rattachée au contraire par mille liens à l'organisme révolutionnaire tout entier. La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu'il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d'application, sa force d'action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l'on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l'Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l'action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l'action de la grève elle-même ne s'arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d'autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n'est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse..." Ce texte est largement disponible sur le net, il est à la fois une "leçon" d'histoire - comme le sont les textes de Marx et Engels - et une réflexion. Avec les limites de ce que Rosa Luxemburg pouvait savoir - qu'elle avait pourtant déjà perçue - des capacités contre-révolutionnaires de la social-démocratie. Mais cet extrait montre bien le lien qu'elle pressentait indispensable entre grève et révolution.