"Actualité de la résistance anti-impérialiste" a paru il y a maintenant 30 ans! Les articles sur la politique contre l'immigration publiés alors montrent bien qu'il s'agit là d'un élément structurel du capitalisme, et de sa politique impérialiste. Aujourd'hui, on fait la chasse à l'enfant et un enfant est entre la vie et la mort à Amiens. Aux Comores, plus de vingt clandestins sont morts en mer. Et à Lille, des immigrés sont en grève de la faim et leur vie est en danger. Les articles publiés dans Actualité en 1978 et 1979 leur sont dédiés et rappellent la nécessaire solidarité de tout militant anticapitaliste.
Ce premier article reproduit ci-dessous est particulier: ce sont plusieurs groupes ou personnes sensibilisés par les contrôles de police qui organisent une manifestation et rédigent ensemble ce tract contre ces pratiques, en expliquant chacun leurs raisons et motivations.
C'est l'un des plus beaux textes et l'un des plus utiles paru dans "Actualité".
(linter.over-blog)
Résistance à Paris aux fouilles des flics (Actualité N°3 - 5 juin 1978) C'est quotidiennement maintenant que l'on a des exemples de flics qui dans le métro arrêtent les gens en choisissant leurs victimes: immigrés, jeunes en général pourvu qu'ils aient un peu l'air "gauchistes", d'une manière générale, les étrangers. Les flics vont jusqu'à fouiller les sacs et si la personne ne plaît pas, elle se retrouve embarquée en destination du poste le plus proche, lieu qui mérite sa triste réputation surtout parmi les travailleurs immigrés, noirs, arabes.
Le 19 mai, au métro Châtelet (qui par ailleurs dispose d'un nombre impressionnant de caméras de surveillance), un groupe de personnes a distribué des tracts pour appeler à résister contre les fouilles de flics et à être solidaires des immigrés qui se font "vérifier leur identité".
Nous publions un extrait du tract:
MONSIEUR ET MADAME DEWAERE (affaire de Bruay en Artois) "Pourquoi sommes-nous solidaires des gens victimes des vexations policières (fouilles, contrôle d'identité, tabassages, embarquements, arrestations). Depuis 1972, année de l'assassinat de notre fille Brigitte, nous nous heurtons à l'hostilité des autorités judiciaires. Par exemple, le 20 juillet 1972 a vu le surprenant dessaisissement du juge d'instruction Pascal, qui reste actuellement le seul inculpé de l'affaire et dont le procès a lieu le 17 et 18 mai 1978 à Rennes pour violation du secret de l'instruction sur la seule plainte du 1er inculpé, le notaire Leroy de Bruay. Et c'est à ce notaire, que la justice vient d'attribuer 40 millions de dommages et intérêts sur la base d'un non lieu et sur lequel continuent à peser pourtant 50 charges. Et pendant ce temps, cette même justice nous a refusé l'aide judiciaire et nous a condamnés à payer les frais de justice. Ce que nous voulons, c'est la vérité sur la mort de notre fille. C'est pourquoi nous posons la question: pourquoi le pouvoir judiiciaire fait-il barrage depuis 1972 à la recherche et à la manifestation de la vérité? C'est donc en tant que victime de cette " JUSTICE" que nous nous sentons solidaires de toutes les autres personnes qui elles aussi en sont les victimes. C'est le sens de notre présence dans le métro aujourd'hui aux côtés de ces personnes et en particulier aux côtés des immigrés contrôlés, fouillés, tabassés, embarqués."
EX-PRISONNIERS POLITIQUES (Fleury, Fresnes, santé), solidaires des immigrés
"Nous sommes des ex-détenus politiques de l'affaire dite des documents militaires (novembre 76- mars 77). Inculpés à partir d'un chef d'inculpation fabriqué par le juge d'instruction Seguin de la cour de sûreté de l'Etat (violation des secrets de la défense nationale pour un plan de la caserne griffonné sur un bout de papier). Reconnus innocents à grands coups de non lieu, s'en foutant de leur "innocence", soutenant inconditionnellement l'ensemble des condamnés politiques:
- Paysans et ouvriers inculpés au nom de la loi anticasseurs ou pour violence à l'égard des membres des forces de l'ordre
- Manifestants contre telle ou telle saloperie des agents du système, prisonniers politiques reconnus ou non comme tels par l'Etat,
Nous faisons partie de tous ceux qui luttent pour changer le système injuste que nous subissons tous.
Nous sommes donc solidaires des victimes de ce système, solidaires aujourd'hui, dans le métro des immigrés, humiliés, insultés, contrôlés, fouillés, tabassés, embarqués par les plus grands agents de l'insécurité: LES FORCES DE L'ORDRE CAPITALISTES." D'anciens détenus politiques.
DES ETUDIANTS EN DROIT QUI S'ETONNENT DES APPLICATIONS DE LA "LOI"
" Depuis 1973, 70 cercueils d'Algériens assassinés en France ont retraversé la Méditerranée. Sur ces 70 attentats racistes, la police française n'a arrêté que 4 auteurs présumés: un brigadier de police de Marseille et trois autres personnes qui ont bénéficié d'un non lieu. (c'est-à-dire aucune poursuite jusidiciaire). Citation du Matin, 6 mai 1978. Dans le même temps, la police opère des rafles journalières visant les travailleurs immigrés (maghrébains, noirs) particulièrement dans le métro parisien. Ces contrôles, que même Pierre Bas (député RPR de Paris) qualifie de rafles systématiques, n'existent pas pour le ministre de l'Intérieur (Le Monde 21 juin 1977). Pourtant vous les constatez vous-même chaque jour: par exemple, elles ont failli coûter la vie le 18 février à un malade interpellé dans le métro comme des centaines de ses frères immigrés. Le ministre de l'Intérieur parle de recréer dans le métro un climat de SECURITE. Mais quelle sécurité et pour qui? Etant étudiants en droit, nous apprenons à l'Université que les vérifications ne se justifient que pour rechercher les suspects en cas de flagrant délit (art. 53 à 74 OP) ou d'enquête judiciaire (art 75, 78 COP). Dans tous les cas, elles ne peuvent être pratiquées que sous l'autorité d'un officier de police judiciaire ou pour les mesures de police administatives ... Les travailleurs immigrés que la police quadrille et la justice enferme ou bien les assassins racistes qui bénéficient de l'impunité." Des étudiants en droit.
DES INFIRMIERES CONTRE LES PRATIQUES POLICIERES
"Nous sommes un groupe d'infirmières qui travaillons dans un service de rein artificiel à l'hôpital Broussais. Le rein artificiel est le traitement de l'insuffisance rénale par séance d'épuration (dialyse). L'interruption des séances met immédiatement la vie du malade en danger. Voici pourquoi, aujourd'hui, nous venons dans le métro dénoncer les contrôles d'identité, fouilles, tabassages, arrestations des immigrés dans les métropoles. Nous soignons un certain nombre de malades étrangers; nous savons leurs difficultés à obtenir les papiers indispensables à leur séjour en France. Nous savons aussi, parce qu'ils nous en ont fait part, les humiliations que la police française leur fait subir, et ce de façon quasi quotidienne: contrôle d'identité, fouilles, tabassages, arrestations. Nous avons le souvenir d'août 74, d'un dialysé africain, arrêté à la suite d'une dispersion. Il est revenu quelques jours après dans un état d'intoxication avancé. Pendant un mois environ, nous avons subi la présence de deux flics devant sa chambre d'hôpital car il était inculpé de violence à agents!!! Au mois de novembre 77, un dialysé ivoirien de l'hôpital Necker, Monsieur Ottaraasoumann est mort après plusieurs jours au dépôt sans soins. Au mois de février 77, un malade que nous onnaissons, disparaît pendant une vingtaine d'heures: il a été arrêté dans le métro. Il est arabe. Ses papiers ne sont pas en règle parce qu'il y a quelques mois, les services de la préfecture lui ont refusé la carte de séjour. On l'a donc contraint soit à vivre dans l'illégalité, soit à mourir. Nous passons sous silence les nombreuses arrestations et fouilles ordinaires.
Face à ces pratiques qui mettent en danger la vie des malades immigrés, qui portent atteinte à la liberté et au respect humain, nous prenons position CONTRE et ce PUBLIQUEMENT.
Nous lutterons pour que des certificats médicaux deviennent des documents officiels et soient considérés à leur juste valeur par la police."
L'AFFAIRE HURIEZ
"Où est la justice? Qui est la justice? Pour une traite de 78 francs, une femme condamnée par itératif défaut à quatre mois de prison. Son fils Thierry ne pouvant supporter la dureté des hommes se suicide.
Une plainte contre le système judiciaire. Elle traîne en longueur ...!!!
Où est la justice. Depuis 6 ans, j'engage une lutte contre la justice et la répression qui est toujours pour les plus défavorisés beaucoup plus dure. Je suis aujourd'hui dans le métro car le crime commis, il y a trois mois, - immigré dialysé embarqué - est une nouvelle forme de répression. Solidaire avec les immigrés jusqu'au bout contre l'atteinte à leur droit de vivre " J'ACCUSE LA JUSTICE". Yvonne Huriez.
CE TEXTE RESTE, C'EST SUR,
L'UN DES PLUS BEAUX PUBLIE DANS "ACTUALITE"