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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

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Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

4 octobre 2007 4 04 /10 /octobre /2007 22:20
Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

Le 18 octobre 1977, quatre prisonniers de la RAF, Andreas Baader, Gudrun Ensslin, Jan-Carl raspe et Ingrid Schubert trouvaient la mort dans les prisons allemandes de Stammheim et de Stadelheim.

bruno4-1.jpg(Cette carte a été réalisée par Bruno Baudrillart alors qu'il était emprisonné.
Merci aux camarades qui nous ont confié et transmis ces cartes,
qui comme les collages de Joëlle pourront maintenant accompagner nos articles.)

Après Ulrike Meinhof, "l'épidémie de suicides", version officielle, se poursuivait ainsi. Linter a commencé la traduction et publication du texte d'un ancien prisonnier de la RAF, Ron Augustin, emprisonné à cette même époque et qui a vécu cette période de l'intérieur: il sait de quoi il parle quand  il décrit les conditions de détention, la campagne de désinformation pour imposer la thèse du suicide et la continuité jusqu'à aujourd'hui, trente années après de cette campagne.

Il est essentiel de comprendre l'enjeu pour les pouvoirs, aujourd'hui encore, d'imposer une information contrôlée sur le combat et les combattants de cette époque, que ce soit pour la RAF, que ce soit pour Action directe.

Mais qu'ils continuent aujourd'hui encore à déposséder les combattants de leur identité, par des films, téléfilms, émission de radio si possible grand public, montre bien qu'ils n'ont pas réussi à baillonner les luttes, que ces camarades restent vivants par leur pensée et par leur action: ceux que l'on a emprisonnés pendant des décennies, ceux que l'on a assassinés hors ou dans les prisons pendant ces décennies.

C'est pourquoi il reste toujours aussi important et essentiel de diffuser, d'informer sur ces camarades, les luttes qu'ils ont menées dans les organisations combattantes, les conditions de détention qu'ils ont connues et pour certains connaissent encore, et aussi leur mort, comme à Stammheim en 1977.

Car comprendre l'affrontement entre prisonniers des mouvements communistes combattants et l'Etat, analyser ce qui s'est passé dans les prisons d'Allemagne, comme de France, c'est comprendre d'une certaine façon cette guerre de classe qu'ont décidé de mener ces camarades.

Pour comprendre ce qui a amené pas à pas aux morts de Stammehim et Stadelheim, l'interview du collectif des prisonners de la RAF de 1975



SPIEGEL : " Le collectif R.A.F. a-t-il adopté une nouvelle tactique ? Les campagnes préparées et dirigées depuis les prisons ont éveillé dans la population le même intérêt à votre sujet que les bombes et les grenades en 1972 ? "

R.A.F. : " II ne s'agit pas de bavardages sur la tactique.

Nous sommes prisonniers et nous luttons actuellement avec la seule arme qui nous reste en prison et dans l'isolement : la grève de la faim collective, afin de sortir du processus d'extermination dans lequel nous nous trouvons ; de longues années d'isolement social.

C'est une lutte à la vie, à la mort ; nous n'avons pas le choix sinon de gagner par cette grève de la faim ou alors de mourir ou être détruits psychiquement et moralement par le lavage de cerveaux, l'isolement et les traitements spéciaux. "

SPIEGEL : " Peut-on parler de " torture par isolement " ou même de " détention-extermination " ? Vous lisez un paquet de journaux, si nécessaire vous écoutez la radio et regardez la télévision de temps en temps. M. Baader, par exemple, a eu à sa disposition à un certain moment une bibliothèque de 400 volumes. Vous avez des contacts avec d'autres membres de la R.A.F., échangez des messages clandestins, vous recevez des visiteurs et vos avocats vont et viennent dans vos cellules. "

R.A.F. : " Si l'on ne possède que le Spiegel et les informations diffusées par les services de sécurité de l'Etat, on peut se poser la question.

Après deux, trois, quatre années d'isolement social, on ne sait plus que l'on se trouve dans un processus d'extermination.

Cela, on le supporte peut-être pendant quelques mois, mais pas pendant des années.

Empêcher l'institutionnalisation des lavages de cerveau par l'isolement est pour nous la condition de notre survie, c'est en fonction de cela que les procès se dérouleront avec ou sans nous.

Affirmer qu'il s'agit pour nous, par cette grève de la faim, de nous rendre nous-mêmes inaptes à la détention et inaptes à comparaître devant le tribunal - alors que chacun sait que des prisonniers politiques inaptes à la détention, sont des prisonniers morts - cette affirmation-là fait partie de la tactique de l'adversaire, c'est de la contre-propagande.

Les services du procureur fédéral ont reculé ces procès pendant trois ans et demi, pour briser les prisonniers par l'isolement, la torture, le lavage de cerveaux, les sections silencieuses, la psychiatrisation.

Les services du procureur fédéral ne veulent plus de ces procès.

Ou, s'ils les veulent, alors c'est sans les accusés et sans leurs défenseurs, parce qu'il est devenu évident que ces procès à grand spectacle contre la politique révolutionnaire - auto-représentation du pouvoir d'Etat impérialiste - (ce que veut Büback) ne peuvent être mis en scène qu'en notre absence. "

SPIEGEL : " Malgré leur répétition constante, des mensonges ne deviennent pas crédibles ; et Vopinion publique a compris depuis longtemps que ces mensonges sont lancés - de mauvaise foi - pour jeter le doute sur la justice, ce que vous avez incontestablement réussi. "

R.A.F. : " C'est parce qu'il s'agit de faits dont vous ne pouvez pas faire disparaître l'importance politique en les contestant."

SPIEGEL : " Vous êtes en détention préventive, étant inculpés pour des délits graves tels que meurtre et tentative de meurtre. Ne subissez-vous pas les mêmes conditions de détention que les autres prisonniers en détention préventive ? "

R.A.F. : " Nous réclamons la suppression des traitements spéciaux et il ne s'agit pas seulement de prévenus. Pour les prisonniers politiques, la justice ne fait pas de différences ; et à ce propos, nous disons :

" TOUT PROLETAIRE PRISONNIER, QUI COMPREND POLITIQUEMENT SA SITUATION, ET QUI ORGANISE LA SOLIDARITE, LA LUTTE DES PRISONNIERS, EST UN PRISONNIER POLITIQUE, QUEL QUE SOIT LE MOTIF QUI L'A CONDUIT EN PRISON.

" La justice isole également des prisonniers qui sont déjà condamnés, pour certains depuis quatre années, comme : Werner Hoppe, Hellmut Pohl, Rolf Heissler, Ulrich Luther, Siegfried Knutz.

Plusieurs milliers ici sont maltraités par le système pénitentiaire et à partir du moment où ils commencent à résister, sont brisés par l'isolement.

" C'est contre cela que nous luttons, par cette grève, en tant qu'action collective contre l'institutionnalisation de l'isolement.

Dans les prisons anciennes, là où il manque les "machines à isoler " (sections pour les " fauteurs de trouble ", ce qui signifie : ceux qui troublent l'inhumanité dont ils sont victimes) ces machines sont mises en place, comme à Tegel, Bruchsal, Strübing, Hanover, Zweibrücken, etc.

Les nouvelles prisons incluent dans les principes de leur construction leur architecture, l'isolement comme système de détention.

Ces principes s'orientent, en R.F.A., non pas vers les modèles suédois, mais au contraire vers les méthodes et expériences américaines et les méthodes fascistes de " programmes de réhabilitation. "

SPIEGEL : " Concrètement, dites-nous en quoi consiste ce que vous appelez " traitements spéciaux ". Nous avons fait des recherches sur les conditions actuelles de détention du collectif R.A.F. ; nous n'avons pu trouver la trace de traitements spéciaux, mais plutôt une série de privilèges. "

R.A.F. : " Vous n'avez fait aucune recherche.

Vous vous êtes laissés informer par la Sûreté de l'Etat et par les services du procureur fédéral.

Traitements spéciaux, sela signifie :

- Huit mois de section silencieuse pour Ulrike,
pour Astrid.

- Des années d'isolement social pour tous les
prisonniers de la R.A.F.

- Des anesthésies de force, ordonnées par un
tribunal, " aux fins d'enquête ".

- Pendant plusieurs années, la promenade
mains liées.

- Sur ordre permanent des tribunaux, " utilisation immédiate de la force ", ce qui signifie : les vexations dans les cellules de tranquillisation, au cours des transports, des interrogatoires, des confrontations et lors des visites.

- La censure des journaux.

- Des lois d'exception.

- Des bâtiments spéciaux pour les procès contre les prisonniers de la R.A.F. : à Kaiserslautern et, à Stammheim le procès - sur le budget de la Sûreté de l'Etat - " évalué " à 150 millions de marks, dans une forteresse de béton gardée par des unités de police de trois Länders, alors qu'il semble qu'au cours de ce procès les accusés et leurs défenseurs ne seront pas admis à l'audience - au cas toutefois où la justice laisserait des accusés en vie.

- Entraves faites aux défenseurs : publication
de matériaux de la défense, de parties de dossiers et de dossiers de la sécurité de l'Etat, dans le cadre des campagnes du gouvernement visant à conditionner les verdicts et évincer les défenseurs.

Manipulations des dossiers.

- La presse de Springer peut disposer de dossiers avant la défense alors que les services du procureur fédéral refusent d'en donner communication à la défense.

- Les défenseurs sont surveillés jour et nuit ; leur courrier contrôlé, leur téléphone sur table d'écoute, et leurs bureaux sont perquisitionnés.

Les avocats ont des sanctions disciplinaires de la part de leur Ordre et d'inculpations pour leur travail d'information auprès de l'opinion publique.

- Les parents et visiteurs sont l'objet de pressions de la part des services de sécurité de l'Etat, et ce jusque sur leur lieu de travail. Ils sont terrorisés par une surveillance non dissimulée.

- Ceux qui désirent nous écrire ou nous visiter sont espionnés et fichés par les services de sécurité de l'Etat.

Ils sont obligés, sous la pression de la grève de la faim, de maquiller la réalité et les ministères envoient des équipes filmer.

" En principe, rien n'est changé.

Mais la réalité, à l'heure actuelle, c'est s'isolement organisé de l'intérieur des prisons avec une précision meurtrière : tout en restant isolés, les détenus peuvent se rencontrer, par deux, et seulement deux heures par jour.

Cela n'empêche pas le processus de destruction, et ça reste un système coupé de l'extérieur. Cela signifie que le lavage de cerveau doit continuer et que l'interaction sociale doit être rendue impossible.

" Par rapport à l'extérieur, l'isolement est perfectionné par l'exclusion des défenseurs, ou en l'occurence la limitation au nombre de trois de ceux-ci.

Si l'on s'en réfère à la norme de Posser, six années d'isolement par exemple pour nous et à la responsabilité des services du procureur fédéral quant au recul de la date des procès, on comprend ce que signifie " détention-extermination ". Prouvez-nous donc qu'un seul de ces " privilèges " n'existe pas! "

SPIEGEL : "Au début, vous avez décrit la nutrition jorcée comme une machination fasciste ; après la mort de Holger Meins, vous avez, parlé de " meurtre ". N'y a-t-il pas là une contradiction ? "

R.A.F. : " Cela ne vient pas de nous, mais la nutrition forcée est un moyen pour enlever à la grève de la faim son impact vers l'extérieur ; c'est ainsi que des stations médicales de réanimation ont été installées dans les prisons, afin de pouvoir dire que " tout a été fait ".

Alors que le plus simple n'a pas été fait : supprimer l'isolement et les traitements spéciaux !

Holger Meins a été exécuté sciemment par une sous-nutrition systématique, la nutrition artificielle était, dès le début, à la prison de Wittlich une méthode pour assassiner.

Au début, brutale, directe, violente, pratiquée pour briser la volonté, et par la suite pratiquée seulement en apparence. 400 calories par jour : il s'agit seulement d'une question de temps, de jours, jusqu'à ce que l'on meurt.

" Le procureur fédéral Biiback et les services de sécurité ont manigancé cela en s'arrangeant pour que Holger Meins reste à la prison de Wittlich, jusqu'à qu'il soit mort.

Le 21 octobre, le tribunal (O.L.G.) de Stuttgart avait ordonné le transfert de Holger Meins à Stuttgart au plus tard le 2 novembre.

Dès le 24 octobre, Biiback, procureur fédéral, faisait savoir au tribunal de Stuttgart que la date du transfert ne pouvait pas être respectée par les services de sûreté de l'Etat : cette information n'a toutefois été rendue publique qu'après la mort de Holger Meins.

" Pour terminer, le médecin de la prison Hutter, a cessé complètement la nutrition artificielle et est parti en voyage. Il faut également préciser que l'Office fédéral de police criminelle était informé sur Tétât des prisonniers, pendant toute la durée de la grève de la faim, par les directions des prisons.

" II faut souligner que Hutter, avant qu'il se retire, parce que Holger était mourant, a demandé à Degenhardt de lui assurer qu'il ne ferait l'objet d'aucune plainte - de la même manière, toutes les plaintes portées contre Degenhardt ont été annulées.

" Degenhardt est le médecin qui, durant l'été 1973, pendant la seconde grève de la faim à Schwalmstadt, a supprimé l'eau "pour raisons médicales " pendant neuf jours, jusqu'au coma. C'est ce médecin que Büback qualifiait de " sommité médicale " en parlant à Frey, qui " soignait " alors les prisonniers de Zweibrücken.

" Holger Meins a été assassiné d'après un plan portant sur la manipulation de la date du transfert ; c'est la faille qui permet au procureur fédéral et à la police de sûreté de l'Etat de viser directement les prisonniers.

" Le fait qu'aucun journaliste n'ait encore fait de recherches là-dessus, ni ne les ait publiées ne signifie rien quant aux faits eux-mêmes ; mais au contraire, souligne la collaboration et la complicité, l'amalgame entre les trusts de l'information, les services de sécurité de l'Etat, le procureur fédéral, les services fédéraux de la police criminelle et les services secrets. "

SPIEGEL : " Nous n'acceptons en aucune manière votre version du soi-disant " meurtre à tempérament " de Meins. Vous nous donnez, l'impression d'une psychose de la persécution, ce qui serait très compréhensible après des années de clandestinité et de détention. Au " Spiegel ", nous avons critiqué le comportement du médecin de la prison Hutter ; le procureur a ouvert une instruction contre Hutter. "

R.A.F. : " II ne s'agit pas de Hutter, il n'est qu'un des médecins des prisons, ils n'ont rien à décider.

La médecine pénitentiaire est organisée hérarchiquement, et Hutter est tout au plus l'un des personnages qui est saisissable.

Un PORC, mais un petit ; il sera tout au plus rendu responsable bien que là aussi, aucune des personnes qui connaissent l'application des peines et la fonction réelle de la médecine pénitentiaire n'y croient.

Ce que vous appelez "critiquer" c'est un vieux truc qui consiste à parler d' " inconvénients ", " d'accidents clé parcours " afin de les rendre incompréhensibles, alors qu'en fait il ne s'agit pas d'accidents de parcours, mais de la société de classes, de sa justice, de ses camps de prisonniers.

" Compte tenu de la situation dans les prisons, de la démagogie fasciste autour de cette grève dans les médias, des concerts des politiciens professionnels, des réactions incontrôlées par rapport à l'action non-violente d'un petit groupe aux limites de la défensive - prisonnier et isolé - comme s'il s'agissait d'une attaque militaire (Strauss a parlé de droit de guerre), tout tend à montrer à quel point la couverture de légitimité du système est bouffée par ses crises politiques et économiques.

" C'est là que vous devriez chercher une maladie, en considérant l'intérêt réel qu'a l'Etat dans l'extermination des prisonniers de la R.A.F., plutôt que de bavarder sur les psychoses de persécution. "

SPIEGEL : "Les Britanniques ont supprimé récemment la nutrition forcée, par exemple pour les terroristes de l'I.R.A. Les grèves de la faim étaient terminées aussitôt. Comment vous comporteriez-vous, dans ce cas ? "

R.A.F. : " Ce n'est pas là notre problème.

La C.D.U. exige l'arrêt de la nutrition forcée, de la même manière qu'elle met le cap ouvertement vers l'état d'exception, le fascisme alors que le S.P.D. oriente son potentiel électoral et son histoire vers le même but, fascisation.

Pénétration de l'Etat dans tous les domaines de la vie, militarisation totale de la politique, manipulation, endoctrinement du peuple par les médias, dans le sens des buts de la politique intérieure et extérieure de l'impérialisme ouest-allemand, c'est-à-dire camoufler et faire passer, "vendre " celle-ci comme politique pour le peuple, les " socialement faibles ", sous l'aspect de réformes.

C'est ainsi que la C.D.U. propage ouvertement le meurtre, alors que la S.P.D". louvoie, essaie de camoufler les meurtres en suicide, et ne peut prendre position ouvertement pour la ligne dure de la sûreté de l'Etat, qui décide en dernier ressort de nos conditions de détention. "

SPIEGEL : "Ne voyez-vous pas de nouveau des fantômes ? Toutes les déclarations connues jusqu'à présent de la R.A.F. ne se basent-elles pas sur les analyses insoutenables sur cet Etat, cet S.P.D., cette C.D.U., cette justice ? Nous voyons ici le défaut qui vous a fait perdre, jusqu'à présent, l'influence politique sur la population. Pour cette raison vous n'êtes pas en mesure de combattre cet état, si toutefois il le méritait de manière efficace, et pour cette raison vous ne trouvez pas de soutien à la base! "

R.A.F. : " Ce sont un peu des inepties que vous essayez ici de tourner.

Ce que vous déclarez " insoutenable " n'est avant tout pas marchandage et notre position, le contre-pouvoir prolétarien, est par rapport à la vôtre, le pouvoir impérialiste antagoniste analytique et pratique.

" Vous discutez des lacunes, des bases et des effets de la politique révolutionnaire, alors que votre boulot consiste à la remettre en question grâce à un journalisme qui, depuis longtemps, s'est ouvertement déclaré comme ayant un rôle positif dans le fonctionnement intérieur de l'Etat - cet Etat dont la politique prolétarienne est la négation.

" Nous poser cette question à nous, en tant que question venant du Spiegel, cela n'a pas de sens.

" La théorie et la pratique ne deviennent unité que dans la lutte.

C'est leur dialectique.

Nous développons notre analyse comme une arme, ainsi elle est concrète ; et elle a été rendue publique là seulement où nous sommes en mesure de contrôler sa publication. "

SPIEGEL : " Vous ne voulez cesser votre grève de la faim que lorsque vos revendications auront été satisfaites; avez-vous des perspectives de succès? Dans le cas contraire, procéderez-vous à une escalade, et par exemple, commencerez-vous une grève de la soif si les revendications ne sont pas satisfaites ? Quelles actions préparez-vous à l'intérieur et à l'extérieur de la prison ? "

R.A.F. : " Büback croit encore pouvoir briser la grève de la faim et l'utiliser afin de nous exterminer, au moyen du meurtre, de la psychiatrisation forcée.

C'est pourquoi des stations de réanimation ont été installées dans les prisons.

Stations où nous devons être ligotés vingt-quatre heures par jour, mis en état de somnolence par des psychodrogues, nourris de force, dans un immobilisme total, tant physique qu'intellectuel.

C'est aussi le pourquoi de l'utilisation de la contre-propagande et de la conduite psychologique de la guerre. "

SPIEGEL : " Psychiatrisation forcée, " " conduite psychologique de la guerre ", tout cela n'existe que dans l'imagination de la R.A.F... "

R.A.F. : " Cela existe dans la réalité que vous propagez, qui est celle de l'impérialisme.

Il y a eu l'anesthésie forcée contre Carmen, afin de prendre ses empreintes digitales, et contre Ulrike la décision de l'anesthésier pour une scintigrafie et en 1974, celle contre six prisonniers à Hambourg, afin d'enquêter.

La nutrition forcée n'est possible que si le prisonnier est sous anesthésie.

Des prisonniers politiques, par exemple, à Hambourg et Essen: Beer, Pohl, Allnach, Blenck, Hoppe, Kröcher, ont été enfermés dans la cloche (cellule d'isolement) à plusieurs reprises pour quarante-huit heures et davantage, parce qu'ils appelaient un autre prisonnier pendant la promenade dans la cour, ou ne s'arrêtaient pas de courir pendant celle-ci, ou pour rien : isolés de tout bruit, ne pouvant pas même se lever pour chier, étant attachés par les mains et les pieds sur une planche, cela signifie une privation acoustique, privation des fonctions motrices, visuelles. L'effet est comme celui d'un narcotique.

Vous pouvez affirmer que vous trouvez cela bien, mais vous ne pouvez pas dire que nous l'avons inventé, car tous ces faits sont attestés par des centaines de décisions de tribunaux.

" Le soutien par les publications qui lui était nécessaire, Büback l'a eu, entre autres par l'initiative de Heineman, mais également par l'essai de Ditfurth, paru dans le Spiegel, précis quant au fascisme par les mots, pour qui meurtre et psychiatrisation forcés ne sont que des moyens lui permettant de véhiculer ses trucs cyniques, pour brutaliser le climat politique autour de la grève de la faim.

" Lorsque Carstens, à la mi-novembre, commença de diriger ouvertement le meurtre contre nos personnes, il y avait encore dans l'opinion publique comme un choc, une contradiction, de l'horreur.

La fonction de Heineman était d'écarter les doutes, là où ils subsistaient encore, par rapport à la ligne dure de Biiback : auprès des intellectuels, des écrivains, des églises.

Le rôle de ce personnage a toujours été de revêtir d'un langage le contenu agressif de la politique de l'impérialisme ouest-allemand ; un aspect qui donne l'apparence de ce que Heineman croit être un contenu humaniste - en fonction des associations qu'il manipule.

" Les lettres de Heineman étaient en réalité des appels nous demandant de nous soumettre au lavage de cerveau ou au meurtre. De la même manière, en tant que président fédéral, il a gracié Ruhland ; et par ses lettres, il a dirigé les condamnations à mort contre nous du procureur fédéral, avec le geste humaniste, qui libère la conscience de ses partisans.

Ce qu'il voulait - comme à Pâques, en 1968, où, pendant sa législature, il a voulu intégrer les étudiants, les antifascistes traditionnels et la nouvelle gauche dans le nouveau fascisme - c'est préparer le terrain pour les meurtres.

" NOUS ALLONS ENTAMER UNE ESCALADE DE CETTE LUTTE ET COMMENCER LA GREVE DE LA SOIF.

"Nous ne préparons pas d'actions, ni dedans, ni dehors, parce que nous sommes prisonniers et isolés."

SPIEGEL : " La mort de Holger Meins a-t-elle été une opportunité pour le collectif R.A.F. ? "

R.A.F. : " Cela, c'est de la projection fasciste ; la réflexion de quelqu'un qui ne peut plus penser autrement qu'en termes de marché : le système qui réduit toute vie humaine à de l'argent, de l'égoïsme, du pouvoir, de la réussite.

Comme le Che, nous disons :

"LE GUERILLERO NE DOIT RISQUER SA VIE QUE SI CELA EST ABSOLUMENT NECESSAIRE, MAIS DANS CE CAS SANS HESITER UN SEUL INSTANT.

" Et cela est tout à fait vrai pour la mort de Holger Meins : " la résonance de l'histoire ", celle qui s'est éveillée par la lutte armée anti-impérialiste, est entrée dans l'histoire des peuples du monde.

" Elle a " été une opportunité ", cela veut dire qu'elle a brisé le boycott de l'information.

Car, si beaucoup de gens ne s'éveillent seulement que lorsque quelqu'un est assassiné et à partir de ce moment commencent seulement à comprendre de quoi il s'agit, c'est que vous en êtes également responsable.

C'est ainsi que le Spiegel a passé sous silence pendant huit semaines la grève de la faim de quarante prisonniers politiques afin d'empêcher solidarité et protection. "

SPIEGEL : "... nous avons fait des comptes rendus de la grève de la faim de la R.A.F. plus d'une fois et de manière critique."

R.A.F. : " Votre premier compte rendu a paru le cinquante-troisième jour de la grève de la faim, soit cinq jours avant la mort de Holger Meins. "

SPIEGEL : " Etes-vous préparés à voir d'autres cas mortels?""

R.A.F. : " BÜBACK ATTEND ÇA DANS SON BUREAU. "

SPIEGEL : " Vous pensez bien que nous trouvons un tel soupçon monstrueux. "

R.A.F. : " Oestereicher, le président de Amnesty-Angleterre, en tant que défenseur professionnel des droits de l'homme - qui, dans ses tentatives de conciliation, était entièrement du côté de l'Etat - après son entretien avec Büback, était : "épouvanté de voir que Biïback, froid comme la glace, jouait au poker avec la vie des prisonniers " (textuellement). "

SPIEGEL : " Quel est le point de départ de votre analyse de la situation en République fédérale allemande ? "

R.A.F. : " Centre impérialiste.

Colonie américaine.

Base militaire américaine.

Puissance dirigeante impérialiste en Europe et dans le Marché commun.

Deuxième puissance militaire de l'OTAN.

Représentant patenté des intérêts de l'impérialisme américain en Europe de l'Ouest.

" La fusion de l'impérialisme ouest-allemand (politiquement, économiquement, militairement, idéologiquement fondé sur les mêmes intérêts d'exploitation du Tiers-Monde, ainsi que sur l'homogénéité des structures sociales au moyen de la concentration des capitaux et de la culture de consommation) avec l'impérialisme américain caractérise la position de la République fédérale vis-à-vis des pays du Tiers-Monde : en tant que parti dans les guerres conduites contre eux par l'impérialisme américain, en tant que " ville " dans le processus révolutionnaire mondial d'encerclement des villes par les villages.

" Dans cette mesure, la guérilla dans les métropoles est une guérilla urbaine aux deux sens du terme : géographiquement, elle surgit, opère et se développe dans les grandes villes, et au sens stratégique et politico-militaire elle est une guérilla urbaine car elle s'attaque de l'intérieur à la machine répressive de l'impérialisme dans les métropoles, elle combat comme unité de partisans sur les arrières de l'ennemi.

" C'est ce que nous entendons aujourd'hui par internationalisme prolétarien.

En un mot : la République fédérale faisant partie du système étatique de l'impérialisme américain, n'est pas une Nation opprimée mais une Nation qui opprime.

" Dans un tel Etat, le développement du contre-pouvoir prolétarien et de sa lutte de libération, le démantèlement complet des structures dominantes, de pouvoir, ne peuvent être, dès leurs débuts, qu'internationalistes, ne sont possibles qu'en relation tactique et stratégique avec les luttes de libération des Nations opprimées.

" Historiquement : depuis 1918-1919, la bourgeoisie impérialiste - son Etat - possède l'initiative dans le déroulement des luttes de classe en Allemagne et est à l'offensive contre le peuple ;

et cela jusqu'à ce que les organisations du prolétariat se soient trouvées totalement défaites dans le fascisme jusqu'à la défaite de l'ancien fascisme, défaite due non pas à la lutte armée, mais aux alliés occidentaux et à l'armée soviétique.

Dans les années 20, il y a eu la trahison de la Troisième Internationale : alignement total des partis communistes sur l'Union soviétique, qui se trouve à l'origine de l'incapacité du K.P.D. (parti communiste d'Allemagne) d'en venir à une politique orientée vers la révolution par la lutte armée et la conquête prolétarienne du pouvoir politique.

" Après 1945, il y a eu l'offensive lavage de cerveau de l'impérialisme américain contre le peuple au moyen de l'anticommunisme, de la culture de consommation, de la restauration-refascisation politique, idéologique, et finalement militaire sous la forme de guerre froide et d'une R.D.A. (République démocratique allemande) qui n'a pas développé la politique communiste comme guerre de libération.

Il n'y a pas eu ici de résistance antifasciste, de masses armées comme en France, Italie, Yougoslavie, Grèce, Espagne, même Hollande.

Les conditions pour cela ont été immédiatement brisées par les alliés occidentaux après 1945.

" Tout cela signifie pour nous et pour la gauche légale, ici : il n'y a rien à quoi nous rattacher, sur quoi nous appuyer historiquement, il n'y a rien que nous puissons présupposer d'une manière ou d'une autre en termes organisationnels ou de conscience prolétarienne, pas même des traditions démocratiques pu républicaines.

Au plan de la politique intérieure, il s'agit là d'un des motifs qui rend possible sans retenue le processus de fascisation, la surcroissance et l'excroissance de l'appareil policier, de la machine de sûreté de l'Etat comme police de l'Etat dans l'Etat, la suppression factice de la division des pouvoirs, la promulgation de lois d'exception fascistes dans le cadre du programme de " sécurité interne "

- depuis les lois d'urgence jusqu'aux lois d'exception actuelles qui permettent le déroulement de procès sans accusés ni défenseurs, comme pure entreprise de spectacle, mais également l'exclusion de "radicaux " des services publics, l'élargissement des compétences de l'Office de police criminelle.

" Une démocratie qui n'a pas été conquise, qui n'est pour le peuple qu'un bourrage de crâne et n'a pas de base de masse, ne peut pas être défendue et ne l'est pas non plus. Tout cela, ce sont des conditions spécifiques au territoire politique de la République fédérale. "

SPIEGEL : " Jusqu'à présent, avec des bombes et des slogans vous n'avez pu obtenir l'adhésion que de très petits groupes d'intellectuels et sympathisants anarchistes. Croyez-vous encore pouvoir changer cela ? "

R.A.F. : " Les guerres de libération des peuples du Tiers-Monde ont des répercussions économiques, politiques, militaires et idéologiques sur la société métropolitaine, que Lin Piao appelait " couper les pieds à l'impérialisme ".

Elles accentuent les contradictions dans les métropoles.

Les moyens et les méthodes que le système emploie pour nier ces contradictions deviennent dépassés.

Les réformes se transforment en répressions, l'appareil militaire et policier est développé démesurément et ce d'autant plus que les moyens manquent dans le secteur.

" L'appauvrissement de la population, la militarisation de la politique, la répression intensifiée, tel est le développement forcé de la crise du système.

Sortir d'une position politique et historique défensive et intervenir dans ce processus de désintégration est la condition de base de la politique révolutionnaire ici. "

SPIEGEL : " On vous reproche souvent un manque absolu d'influence sur les masses ainsi que dé liaison avec la base. Imputez-vous cela au fait que le collectif R.A.F. est éloigné de la réalité? Avez-vous, entre-temps, affûté votre optique ? Beaucoup ont l'impression que vous n'attirez encore l'attention que là où vous suscitez de la pitié, en conséquence de quoi vous n'avez même pas l'approbation de l'extrême gauche. Où situez-vous vos partisans ? "

R.A.F. : " II y a la trace laissée par la politique de la R.A.F. Pas de partisans, pas de suivistes et pas d'organisations de successeurs.

Mais la R.A.F. et l'effet de notre politique se situent :

1° au niveau où beaucoup, modifiant leur opinion sur cet Etat étant donné les mesures prises par le gouvernement contre nous, commencent à le reconnaître pour ce qu'il est : la machine répressive de la bourgeoisie impérialiste ;

2° au niveau où nombreux sont ceux qui, s'identifiant avec notre lutte, devenant conscients et relativisants dans leur pensée, leur sensibilité et finalement dans leur action, l'absolutisme de pouvoir du système, reconnaissent ce qu'il est possible de faire, que le sentiment d'impuissance ne reflète pas la réalité objective ;

3° au niveau de l'internationalisme prolétarien, de la conscience de la relation entre des luttes de libération dans le Tiers-Monde et ici, de la possibilité et de la nécessité de collaborer légalement et illégalement.

Au niveau de la praxis : qu'il ne suffit pas seulement de parler, mais qu'il est possible et nécessaire, nécessaire et possible d'agir. "

SPIEGEL : " Voulez-vous être des cadres et le rester et provoquer seuls la chute du régime ou bien croyez-vous toujours pouvoir mobiliser les masses prolétariennes ? "

R.A.F. : " Aucun révolutionnaire ne pense à renverser seul le système, c'est absurde.

Il n'y a pas de révolution sans le peuple.

De telles affirmations contre Blanqui, Lénine, Che Guevara, contre nous maintenant n'ont jamais été autre chose que la dénonciation de toute initiative révolutionnaire, la référence aux masses ayant pour fonction de justifier, de vendre la politique réformiste.

Il ne s'agit pas de lutter seul, mais de créer à partir des luttes quotidiennes, des mobilisations et des processus d'organisation de la gauche légale, une avant-garde, un noyau politico-militaire qui devra mettre en place une structure illégale - condition préalable, nécessaire à la possibilité d'agir et qui, étant donné les poursuites et l'illégalité, et la praxis peut donner aux luttes légales dans les usines, les quartiers, la rue et les universités, orientation, force et but pour atteindre ce dont il s'agira dans les développements de la crise économique et politique de l'impérialisme : la prise du pouvoir politique.

" La perspective de notre politique - le développement pour lequel nous nous battons : un fort mouvement de guérilla dans les métropoles - est, au cours de ce processus de chute définitive et d'écroulement de l'impérialisme américain, un moyen nécessaire, une étape, dans la mesure où les luttes légales et les luttes qui se développeraient spontanément à partir des contradictions du système pourraient être brisées par la répression dès qu'elles se manifestent.

Ce que le parti de cadres bolchevique représentait pour Lénine, correspond à l'époque de l'organisation multinationale du capital, des structures transnationales de la répression impérialiste à l'intérieur et à l'extérieur, où nous nous trouvons aujourd'hui, à l'organisation du contre-pouvoir prolétarien issu de la guérilla.

Au cours de ce processus - national et international - elle se développe en parti révolutionnaire.

Il est stupide, en l'état actuel des luttes antiimpérialistes en Asie, en Amérique Latine, au Vietnam, Chili, Uruguay, Argentine, Palestine, de dire que nous sommes seuls.

En Europe occidentale il n'y a pas seulement la R.A.F., il y a l'I.R.A., l'E.T.A., des groupes armés combattants en Italie, au Portugal, en Angleterre.

Depuis 1968 il existe des groupes de guérilla urbaine aux U.S.A. "

SPIEGEL : " Votre base, se sont paraît-il, à l'heure actuelle, quarante camarades de la R.A.F. en prison, approximativement trois cents anarchistes dans la clandestinité en R.F.A. Qu'en est-il des sympathisants ? "

R.A.F. : " Ces chiffres sont l'un de ceux changeant souvent et émanant des services de l'Office fédéral de police criminelle.
Ils sont faux, les processus de prise de conscience ne se laissent pas quantifier si facilement.

A l'heure actuelle, la solidarité est en train de devenir internationale.

Parallèlement à une sensibilisation de l'opinion publique internationale qui agit de plus en plus ouvertement par rapport à l'impérialisme ouest-allemand, on assiste également au développement d'une sensibilité quant à sa répression intérieure.

Parmi les organisations de la gauche, légale, depuis que la R.A.F. existe, se développe un processus de discussions et de polarisation par rapport au problème de la politique armée.

Un nouvel anti-fascisme est en train de se former, non plus basé sur la pitié apolitique avec les victimes et les persécutés mais identification avec la lutte anti-impérialiste, dirigé contre la police, les services de sûreté de l'Etat, les trusts multinationaux, contre l'impérialisme américain.

Helmut Schmidt n'aurait pas compté la R.A.F., à l'occasion de son discours de Nouvel An, parmi les cinq réalités ou développement menaçants principalement l'impérialisme en 1974 : l'inflation mondiale, la crise du pétrole, l'affaire Guillaume, le chômage, la R.A.F. ; si nous étions des poissons sans eau, si la politique révolutionnaire ici avait une base si étroite, comme ils le prétendent, dans la conduite psychologique de la guerre. "

SPIEGEL : " L'une de vos troupes d'appui principale, du moins le prétend-on, serait la douzaine d'avocats qui ont charge de coordination tant en dehors qu'à l'intérieur de la prison. Quels rôles jouent vos avocats ? "

R.A.F. : " Les avocats engagés, les défenseurs qui connaissent nos dossiers se politisent inévitablement, parce qu'à chaque instant, ils font l'expérience, littéralement dès leur première visite à un prisonnier de la R.A.F., que rien de ce qu'il considérait comme allant de soi en tant qu'instance judiciaire ne fonctionne plus.

Les fouilles corporelles, le contrôle du courrier, les perquisitions dans les cellules, les persécutions, suspicions, les sanctions du Conseil de l'ordre des avocats, la conduite psychologique de la guerre, les poursuites pénales, les lois décrétées " sur mesure " pour leur exclusion, de la défense, ce à quoi s'ajoute la connaissance des traitements spéciaux que nous subissons, leur impuissance totale à changer quoi que ce soit, par la procédure normale, c'est-à-dire en utilisant des arguments juridiques devant les tribunaux et l'expérience qu'ils font à tout moment, que ce ne sont pas les juges mais le Sicherungsgruppe Bonn (services de sûreté de l'Etat) et les services du procureur fédéral qui prennent toutes les décisions nous concernant, ce qui est une contradiction entre texte et réalité constitutionnelle, entre la façade de l'état constitutionnel et la réalité de l'état policier, a fait des défenseurs de l'état constitutionnel des anti-fascistes.

La volonté d'assimiler ces avocats à nous, d'en faire des troupes auxiliaires, ce qu'ils ne sont pas, fait partie de la stratégie du B.K.A. (Office fédéral de police criminelle) et des services du procureur fédéral.

Dans la mesure où la justice est annexée dans ce procès par la sûreté de l'Etat pour servir les buts de la contre-insurrection, où elle est utilisée comme instrument dans la stratégie d'extermination menée contre nous, par les services du procureur général, les défenseurs qui se basent sur le principe de la séparation des pouvoirs sont considéré

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Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2