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L'Internationale

L'Internationale, 1983. Le premier numéro d'un journal paraît, qui reprend le titre de celui publié en 1915 par Rosa Luxemburg - emprisonnée - alors que s'affrontaient les peuples entraînés dans la plus grande des boucheries par le capitalisme, l'impérialisme, et alors que s'étaient ralliés à celle-ci les partis de l'Internationale. En 1919, ceux-ci mettront à mort celle qui avait résisté et qui pour cela avait été emprisonnée. L'internationale 1983 comptera 11 numéros, avant de devoir s'arrêter momentanément : Il témoignera de luttes - et certains qui menèrent ces luttes sont encore aujourd'hui emprisonnés. Il réfléchira à l'évolution du capitalisme - et cette réflexion reste toujours aussi nécessaire. Le blog linter est la chronique d'un journal, c'est par là même la chronique des luttes menées alors, cela pourra être aussi la chronique de luttes menées ... aujourd'hui.

      

       SONJA SUDER EST LIBRE         Procès C. Gauger, S. Suder: Une page pour s'informer 

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Aux camarades, visiteurs du blog, bienvenue ...
Aux camarades qui viennent de rejoindre le blog, bienvenue. A ceux aussi qui lui rendent visite à l'occasion, bonjour. Le combat n'est jamais un échec, s'informer est déjà un pas vers la conscience. L'ordre et la sécurité ne sont pas le désir de tous, s'aliéner par tous les moyens de la société d'aujourd'hui ne nous intéresse pas. Nous ne cherchons pas à exploiter l'autre. Nous ne tournons pas la page des combats passés, ils sont partie de nous. Et chaque mot que nous lisons, chaque image  que nous voyons, contribue à nous former. Nous ne sommes pas dupes. Nous sommes solidaires. Nous chassons les chasseurs d'enfants. Et nous sommes  le jour face à la nuit sans cesse renouvelée de la violence et de l'oppression. Il n'y a pas d'âge pour la révolte. Et 68 rejoint l'esprit de la Bastille de ce 6 mai où les pavés ont su de nouveau voler. La révolte est une et se rit de toutes les différences.

Pour tous ceux qui viennent sur ce blog, qui font "la route des insoumis" que décrit Nathalie, qui sont et seront les révolutionnaires de demain dont parle Jean-Marc, qui se reconnaissent ce droit à l'insurrection que revendique Georges. Pour chacun, ce collage de Joëlle, mieux qu'un bras d'honneur, à tous ceux qui sont ce que nous refusons.

La queue de la baleine, Nathalie, nous ne la lâcherons pas!

Joëlle Aubron

Sur ce collage, un poème. linter
C'est l'automne, et ce n'est pas l'automne,
Ces femmes qui marchent
Des combattantes?
Des femmes qui marchent?
Vie de tous les jours ou vie d'exception?
Guerre d'Espagne,
Journées d'après occupation?
Journées d'après l'occupation?
La vie est simple
comme l'est souvent le combat

Entre l'or du feuillage
et le noir et blanc de la vie
Cette image sensible

Georges lors d'une audience devant le JAP en 2005
En tout premier lieu, du fait qu'il va être question ici de mes inclinaisons politiques et de mon évolution depuis 1987 au sein du monde carcéral, je tiens à faire une déclaration de principe : ainsi, conformément à la Constitution de la République française de 1792, repris par l'Article 35 du 26 Juin 1793 *, stipulant un droit à l'insurrection, qui a servi à Valmy pour sauvegarder et étendre la révolution, qui a servi en 1871 avec la Commune de Paris contre l'occupation Prussienne, qui a encore servi en 1940 contre l'occupation national-socialiste allemande et la collaboration pétainiste française, et pour encore servir concrètement après 1968 dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest avec l'insurrection armée larvée et latente contre chaque Etat capitaliste en place et contre l'OTAN ; une Constitution qui après avoir servi depuis son avènement de réfèrent à la plupart des peuples de par le monde pour se libérer des différents maux entretenus que sont, soit l'occupation étrangère, soit l'oppression de classe, soit l'exploitation de l'homme par l'homme jusqu'à l'esclavagisme, leur a ouvert une perspective politique. Et dès lors dans l'assurance qu'elle restera de même une référence au futur pour tous les peuples épris de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et de Démocratie, conformément à cette Constitution de 1792 donc, je me refuse à abjurer ces moments historiques comme je me refuse à abjurer la stratégie de Lutte Armée pour le communiste, qui en est une expression particulière.
(
Georges Cipriani  MC Ensisheim, 49 rue de la 1ère armée 68 190 Ensisheim)


Jean-Marc dans une interview en 2005

C'est la question centrale (la question du repentir) depuis notre premier jour de prison. Et c'est le pourquoi de nos condi­tions de détention extraordi­naires, des restrictions actuelles sur le droit de communiquer ou de la censure des correspon­dances. Dans aucune des lois de l'application des peines, il n'est stipulé que le prisonnier doit ab­jurer ses opinions politiques. Mais pour nous, certains procu­reurs n'hésitent pas à affirmer que les revendications du com­munisme impliquent une récidive. Je sais bien que si nous nous repentions, nous serions soudai­nement adulés par la bonne so­ciété, mais ce n'est pas notre vi­sion de la responsabilité poli­tique. Notre engagement n'est pas à vendre ni à échanger contre un peu de liberté.
(Jean-Marc Rouillan 147575 Cd des baumettes, 230 Chemin de Morgiou Marseille Cedex 20

Joëlle à sa sortie le 16 juin 2004
Je suis fatiguée, aussi je dirai seulement trois choses :
La première est d'être bien sûr contente d'avoir la possibilité de me soigner.
La seconde est que l'application de la loi de mars 2002 reste cependant pour de nombreux prisonnières et prisonniers très en deça de son contenu même.
La troisième est ma conscience de ce que la libération de mes camarades est une bataille toujours en cours. Régis est incarcéré depuis plus de 20 ans, Georges, Nathalie et Jean-Marc, plus de 17. Je sors de prison mais je dois d'abord vaincre la maladie avant de pouvoir envisager une libération au sens propre. L'objectif reste ainsi celui de nos libérations.

Nathalie, en février 2007

Cependant, pour nous, militant-e-s emprisonné-e-s du fait du combat révolutionnaire mené par l’organisation communiste Action directe, nous sommes sûrs de notre route : celle des insoumis à l’ordre bourgeois. Tant que des femmes et des hommes porteront des idées communistes, les impérialistes au pouvoir frémiront jusqu’à ce que la peur les gèle dans leurs manoirs sécurisés à outrance.

21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 13:14
La séance du dimanche de Quartiers libres : Festival panafricain d’Alger 1969

Documentaire de William Klein : en 1969, le premier Festival Panafricain d’Alger crée l’événement.

Tourné en juillet 1969 au plus près des artistes et des troupes d’un festival resté dans les annales, le film se nourrit d’archives des luttes d’indépendance et d’entretiens avec des représentants de mouvements de libération, mais aussi d’écrivains et d’essayistes africains ou caribéens comme le poète haïtien René Depestre ou le linguiste sénégalais Pathé Diagne.


Les leaders politiques conviés à s’exprimer dans Festival Panafricain d’Alger, étaient à la fois engagés dans une lutte contre le colonialisme portugais et dans les questions culturelles : citons Amilcar Cabral (PAIGC, Guinée Bissau et Cap Vert), Agustinho Neto (MPLA, Angola), Mario de Andrade, des militants ANC (Afrique du Sud).


Le film se termine par un rappel d’images de luttes anti-coloniales en Afrique, des militants Black Panthers montent sur scène avec Archie Shepp accompagné d’un orchestre touareg du sud algérien, la performance se déploie en forme de crescendo (rappel des révoltes dans les ghettos US, des images de luttes anti-coloniales en Afrique).

 

Ci-dessous une partie du documentaire dans une bonne qualité:

 

 

Ci-dessous le documentaire dans sa totalité mais en mauvaise qualité, n’hésitez pas à vous le procurer.

 

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 22:27

Le texte ci-dessous est le début d'un long article publié par le juge Pascal dans la revue Les Temps modernes. On y lit clairement la méthode et les véritables raisons du dessaissement du juge Pascal.  Nous en continuerons la publication dans le cadre de notre rubrique Histoire, notre Histoire.

 

Lire aussi notre article http://linter.over-blog.com/article-il-y-a-40-ans-lievin-1974-125138701.html

Lievin - Le juge Pascal - Les Temps modernes. Histoire, notre histoire.

Quelques réflexions à propos de la catastrophe de Lievin

Temps Modernes, N° 354, janvier 1976, Justice, discipline, production.

Henri Pascal

 

I. Le juge et les techniciens

 

Il est d’usage, pour les catastrophes minières, d’incriminer en premier lieu la fatalité, comme d’ailleurs pour toutes les catastrophes dans lesquelles interviennent des phénomènes naturels.

 

En réalité, se retrancher automatiquement derrière la fatalité, c’est renoncer à progresser, c’est aussi renoncer à être juste. Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle comme un tremblement de terre, c’est l’homme qui va au devant du danger, et cela, il le sait. Une telle catastrophe a donc pour cause, au-delà d’un phénomène naturel, soit un manque de connaissances que l’on doit déplorer, soit un défaut de précaution que l’on n’a pas le droit de se contenter de déplorer.

 

Cette recherche des causes, qui nécessite toujours des investigations très poussées, ne peut être effectuée que par des spécialistes. C’est donc tout naturellement, semble-t-il au premier abord, qu’elle est légalement confiée aux ingénieurs du service des Mines.

 

Mais ce choix est loin d’être aussi naturel qu’il le paraît au premier abord. D’une part en effet les investigations sur la façon dont les règles de sécurité ont été respectées sont ainsi confiées à ceux-là même qui, avant la catastrophe, étaient chargés de veiller à l’application de ces règles. D’autre part, les ingénieurs du service des Mines dépendent du ministère de l’Industrie qui est précisément celui dont dépendent les Houillères nationales. Enfin, n’étant pas des experts désignés par le juge d’instruction, ils ne sont pas soumis à son contrôle. Le juge d’instruction n’a même aucun moyen pour faire activer leur enquête et ne peut compter que sur leur bonne volonté ou sur l’impatience que le retard mis par eux à déposer leur rapport pourrait susciter dans le public.  Il ne faut pas oublier, par ailleurs, que les ingénieurs des Mines basent leurs travaux sur les résultats des recherches des Charbonnages de France.

 

Il n’est évidemment pas possible d’écarter de l’enquête de tels spécialistes, mais il paraît nécessaire que le juge d’instruction ne se contente pas de cette enquête administrative, effectuée par des fonctionnaires qui adresseront le résultat de leur enquête au ministre de l’Industrie, qui le communiquera au Parquet, lequel le communiquera enfin au juge d’instruction. Celui-ci doit faire également appel pour la recherche de la vérité :

  • - au personnel des Houillères nationales (cadres, mineurs chargés de la sécurité, et même d’autres mineurs qui ont souvent une parfaite connaissance de la mine) ;
  • - à des techniciens choisis parmi les experts judiciaires ;
  • - à des experts médicaux, qui peuvent, les uns examiner les victimes et même pratiquer leur autopsie, d’autres effectuer  les examens et analyses des prélèvements opérés sur elles par les premiers ;
  • - au délégué mineur
  • - aux parties civiles, qui, si elles sont représentées par des personnes techniquement compétentes (comme c’est le cas à Liévin, où les parties civiles sont des syndicats professionnels), peuvent présenter au juge de nombreuses et minutieuses observations.

 

Le juge d’instruction lui-même doit mettre la main à la pâte : il doit effectuer un travail de synthèse, de surveillance, de coordination. Cela est essentiel, car la recherche de la vérité doit se faire en toute objectivité et se dérouler dans un climat de parfaite et loyale collaboration, chacun devant apporter à l’oeuvre commune, qui sa science, qui sa technique, qui son expérience, qui son sens de la mine. Le juge d’instruction doit veiller à ce que les résultats des recherches des uns soient communiqués à tous les autres.

 

En matière d’accidents d’aviation, l’article C 356 du code de procédure pénal stipule que le juge d’instruction ne doit pas hésiter à user, le cas échéant, de son autorité et des pouvoirs que lui confère la loi pour trancher les conflits éventuels entre experts judiciaires et enquêteurs techniques. Or, l’article C 356/2 de ce même code indique que pour les accidents de mines les mêmes règles doivent être  suivies qu’en matière d’accidents d’aviation ; c’est donc au juge de trancher.

 

Pour cela, il doit pouvoir comprendre toutes les explications qui lui seront données, afin de pouvoir se faire une opinion valable sur la valeur des arguments qui seront exposés devant lui, il ne doit pas être un juge aveugle qui entérine purement et simplement, sans les comprendre, certaines explications techniques, et qui en repousse d’autres sans les comprendre davantage. Aussi ne doit-il pas hésiter à se rendre sur les lieux, c’est-à-dire à descendre au fond de la mine, dès la première phase de l’information, la phase de la recherche des causes, afin d’être prêt à aborder, le moment venu, la deuxième phase, celle de la recherche des responsabilités pénales.

 

C’est pourquoi, dans l’affaire de la catastrophe de Liévin, non seulement j’ai désigné des experts judiciaires et fait appel à toutes les personnes que j’ai indiquées plus haut, mais j’ai aussi effectué cinq visites minutieuses au fond de la mine, qui m’ont permis de recueillir un très grand nombre de renseignements et d’explications extrêmement utiles, j’ai procédé à soixante auditions, j’ai effectué dix autres transports à Liévin, en particulier dans les bureaux, j’ai commis dans cette affaire sept experts (autopsies, dosage du gaz méthane dans les corps, expertise technique). Sans tous ces actes d’instruction, je n’aurais jamais pu procéder convenablement à la si importante confrontation du 23 mai 1975 entre d’une part, les experts judiciaires MM. Klein et Dycke, qui avaient relevé une série de fautes commises par les Houillères, d’autre part les ingénieurs du service des Mines, qui étaient en désaccord avec eux sur les causes techniques de la catastrophe, jugeant pour le moins prématurées leurs affirmations, mais ne soufflant mot de la rupture du flexible dont ils feront état par la suite, après mon dessaisissement, lors du dépôt de leur rapport.

 

La désignation d’une autre catégorie d’experts a présenté en outre un avantage inattendu, celui de leur permettre de faire certaines découvertes techniques et scientifiques : chargés d’évaluer le taux de gaz méthane (principal composant du grisou) contenu dans le sang et les viscères des mineurs autopsiés, ils ont réussi à mettre au point un procédé pour évaluer ce taux, qui jusqu’alors ne pouvait être fixé ; ils ont d’autre part établi que le méthane ne s’éliminait que très lentement de l’organisme humain, à tel point qu’un mineur qui travaille habituellement en milieu grisouteux, conserve très probablement dans son corps, d’une façon constante et définitive, une certaine quantité de méthane résiduel. Des recherches beaucoup plus poussées apparaissent donc désormais nécessaires, notamment en ce qui concerne les dangers possibles de l’accumulation de ce gaz dans le sang, dans les poumons, dans le foie, dans le cerveau.

 

II. Rechercher quoi?

 

Pour qu’un coup de grisou se produise, deux conditions sont nécessaires : la présence de grisou, et la mise à feu de ce grisou. Il a toujours été dit jusqu’à présent que les Houillères nationales luttaient constamment contre cette présence du grisou, mais chaque fois qu’une catastrophe s’est produite tous les efforts du service des Mines ont porté sur la question de la mise à feu. Il est nécessaire en effet, pour éviter autant que possible le renouvellement de telles catastrophes que cette recherche soit effectuée. Mais elle ne peut jamais aboutir à un résultat certain en ce qui concerne, pour chaque cas précis, l’origine de "l’étincelle" : celle-ci peut toujours provenir de causes imprévisibles et inévitables, telles que l’électricité statique ou la présence de courants vagabonds. Il en résulte, d'une part que la recherche de « l’étincelle » ne peut déboucher sur l’inculpation de qui que ce soit puisqu’un doute subsistera toujours, d’autre part qu’il est impossible d’éviter une explosion d’une façon certaine lorsque la mine est pleine de grisou. Les véritables recherches à faire dans le domaine judiciaire doivent porter sur les causes de l’arrivée du grisou dans les galeries, sur sa non-évacuation par un aérage approprié, sur sa non-détection, sur les raisons pour lesquelles une propagation de l’explosion sur une très longue distance n’a pu être évitée, etc.

 

Si tout n’a pas été fait pour tenter d’empêcher cette arrivée du grisou dans les galeries : si, ce grisou étant survenu, tout n’a pas été fait pour tenter de l’évacuer ; si, ce grisou n’étant pas évacué, tout n’a pas été fait pour en détecter la présence comme l’affirment les experts judiciaires dans l’affaire de la catastrophe de Liévin, le quartier a été mis en situation de risque, et il suffisait d’une étincelle pour que l’explosion se produise. Il est d’ailleurs à remarquer que la confrontation à laquelle j’ai procédé entre les experts judiciaires et les ingéneiurs du service des Mines n’a porté à aucun moment sur la recherche de l’étincelle : j’ai veillé à ce qu’elle porte uniquement sur la présence du grisou lui-même.

 

III. Réactions : tenter d’annuler la procédure

 

Cette nouvelle façon de procéder de la part d’un juge d’instruction n’a pas manqué de susciter les plus vives réactions. Aussi ne faut-il pas s’étonner que certains incidents de procédure qui se sont produits dans cette affaire sortent de l’ordinaire, au point de changer complètement le cours de l’information.

 

Ainsi en a-t-il été des annulations de certains de mes actes d’instruction.

 

Je suis descendu cinq fois au fond de la mine sans être accompagné d’un greffier. Mais je n’y ai accompli aucune audition, je n’y ai fait aucun interrogatoire, je n’y ai pratiqué aucune saisie, j’ai simplement voulu me rendre compte sur place de l’état des lieux (comme je pourrais me rendre à un carrefour la veille d’un interrogatoire portant sur un accident de la circulation qui s’y serait produit). C’est à la remontée sur le carreau de la mine, avec l’assistance de mon greffier, que j’ai procédé aux auditions.

 

D’autre part, après que le chef du siège 19 de Lens dont je venais de procéder à l’inculpation m’eut déclaré qu’il préférait ne pas s’expliquer tout de suite, je lui ai notifié les conclusions du rapport de mes experts judiciaires concluant à des fautes, commises par le service de sécurité et à la responsabilité des Houillères. Il a alors déclaré spontanément qu’il n’avait commis aucune faute et qu’il n’avait rien à se reprocher.

 

Dans le premier de ces deux cas de « nullité », j’aurais dû, a-t-on dit, être continuellement accompagné d’un greffier ; dans le deuxième cas, j’aurais violé les droits de la défense. La chambre d’accusation de Douai a déclaré qu’il s’agissait bien là de deux cas de nullités.

 

Mais le Parquet général voulait aller plus loin : il a requis la Chambre d'accusation de déclarer nuls, non seulement mes transports au fond de la mine, mais également onze dépositions de témoins que je n'avais cependant entendus qu'après la remontée. Mieux encore : le Parquet général a requis l'annulation d'un transport effectué par moi, non pas sans greffier au fond de la mine, mais avec mon greffier au Centre de rééducation d'Oignies et à Liévin, où j'étais allé entendre les rescapés de la catastrophe, annulation qui devait avoir évidemment pour effet de faire disparaître du dossier leurs précieuses déclarations.

 

Rejetant ces  réquisitions, la Chambre d'accusation n'a annulé et retiré du dossiert que les pièces suivantes

1° Les cinq procès-verbaux établis par moi à la suite des cinq descentes effectuées au fond de la mine;

2° Les trois procès-verbaux d'auditions du chef du siège 19 de Lens, dont le premier était celui de son inculpation, ce qui a entraîné l'annulation des deux autres.

 

Mais tout ce qui a été établi durant mon information demeure établi et mon successeur a actuellement à sa disposition, pour poursuivre ma tâche, exactement les mêmes éléments que ceux dont je disposais au moment de mon dessaisissement. En effet, je n'ai jamais procédé au fond de la mine, je le répète, à l'audition de qui que ce soit, et l'annulation des procès-verbaux d'audition du chef de siège n'a pas fait disparaître ses explications, pour la simple raison qu'il ne m'en a donné aucune. Subsistent donc dans le dossier absolument toutes les pièces touchant, de près ou de loin aux causes et aux responsabilités de la catastrophe. ...

LES INNOMBRABLES CATASTROPHES MINIERES

  1. 04/1823 : Compagnie d’Anzin. Grisou. 22 morts.
  2. 07/1825 : Fosse Saint-Ignace (Boulonnais). Grisou. 2 morts.
  3. 1868 : Fosse 2 à Oignies. Grisou. 4 morts.
  4. 11/1869 : Fosse 1 à Bully. 18 asphixiés suite à un incendie.
  5. 02/1872 : Fosse 1 à Bauvin. La cage retombe dans le puits. 8 morts.
  6. 06/1873 : Fosse 2 à Auchy-au-Bois. Grisou. 7 morts.
  7. 01/1875 : Pont de la Deûle, Fosse 3. Chute au fond du puits. 5 morts.
  8. 1876 : Fosse Soyez à Roost Warendin. 2 cages se rencontrent dans le puits. 13 morts.
  9. 04/1882 : Fosse 3 à Liévin. Grisou. 9 morts.
  10. 1883 : Fosse 7 à Courcelles-les-Lens. Grisou. 4 morts.
  11. 02/1884 : Fosse 2, Ferfay. Grisou. 17 morts.
  12. 01/1885 : Fosse 1 à Liévin. Grisou. 28 morts.
  13. 06/1885 : Fosse 1 à Noeux. Coup de poussières. 3 morts.
  14. 08/1885 : Fosse 7 à Courcelles-les-Lens. Grisou. 10 morts.
  15. 11/1900 : Fosse Fénélon à Aniche. Explosion de dynamite. 21 morts.
  16. 03/1901 : Fosse 1 à Hénin-Liétard. Grisou. 7 morts.
  17. 03/1906 : Courrières. Grisou et coup de poussières. 1 099 morts.
  18. 01/1907 : Fosse 5 à calonne Liévin. Grisou. 3 morts.
  19. 09/1912 : La Clarence. Grisou. 79 morts.
  20. 04/1917 : Fosse 9 à Hersin-Coupigny. Grisou. 42 morts.
  21. 07/1929 : Fosse 8 à Auby. Grisou. 8 morts.
  22. 03/1943 : Fosse 9, Annequin. Grisou. 16 morts.
  23. 03/1946 : Fosse 6, Ostricourt. Grisou. 8 morts.
  24. 03/1946 : fosse 1, Oignies. Grisou et éboulement. 9 tués.
  25. 12/1946 : Fosse 15, Loos-en-Gohelle. Eboulement. 9 tués.
  26. 04/1948 : Fosse 4, Sallaumines. Coup de poussières. 16 morts.
  27. 12/1948 : Fosse 7, Avion. Explosion. 7 tués.
  28. 04/1949 : Fosse 11, Grenay. Coup de poussières. 18 blessés.
  29. 07/1949 : Fosse21, Noyelles-sous-Lens. Explosion. 2 tués.
  30. 02/1951 : Fosse 5 bis, Bruay. Coup de poussières. 11 morts.
  31. 08/1952 : Fosse Schneider, Lourches. Coup de poussières. 9 morts.
  32. 01/1953 : Fosse 7, Mazingarbe. Eboulement. 2 tués.
  33. 06/1954 : Fosse de la Clarence. Grisou. 10 tués.
  34. 03/1957 : Fosse 6 bis, Bruay. Eboulement. 2 tués.
  35. 03/1957 : Fosse 3, Liévin. Coup de grisou. 10 tués.
  36. 02/1958 : Fosse 4 sud, Méricourt. Accident de cage. 11 tués.
  37. 06/1962 : Fosse 13, Hulluch. Eboulement. 6 tués.
  38. 06/1964 : Fosse 5, Auchel. Accident de cage. 5 morts.
  39. 02/1969 : Fosse 7, Avion. Grisou. 16 tués.
  40. 03/1969 : Fosse 10, Leforest. Accident de cage. 5 morts.
  41. 11/1969 : Fosse Barois, Pecquencourt. Eboulement. 4 morts.
  42. 02/1970 : Fosse 6, Fouquières. Grisou. 16 tués.
  43. 02/1971 : Fosse 4, Lens. Chute dans le puits. 4 tués.
  44. 11/1971 : Fosse Barois, Douai. Eboulement. 4 tués.
  45. 01/1972 : Mazingarbe, usine. Explosion. Pas de victime.
  46. 04/1974 : Fosse Agache, Fenain. Eboulement. 2 morts.
  47. 12/1974 : Fosse 3 bis, Liévin. Coup de grisou. 42 morts.
  48. 02/1975 : Cokerie de Drocourt. Explosion. 3 tués.
  49. 08/1975 : Terril de Quenehem, Calonne-Ricouart. Explosion. 6 mortsor
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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 09:32
Pouvoirs spéciaux. Les Temps modernes, mars avril 1956. Un article historique sur la guerre d'Algérie. A lire avec le risque de voir l'état d'urgence s'inscrire dans la constitution.

Article publié en octobre 2012.  Important à relire alors que l'on sait le risque de voir l'état d'urgence s'inscrire dans la constitution même. Pour consulter le blog: linter.over-blog.com

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Nous reproduisons ici dans nos archives l'éditorial des Temps modernes du numéro de mars-avril 1956 sur ces pouvoirs "si" spéciaux. (P 1345- 1353)

 

Pouvoirs spéciaux. Les Temps modernes, mars avril 1956. Un article historique sur la guerre d'Algérie. A lire avec le risque de voir l'état d'urgence s'inscrire dans la constitution.

 

La gauche pour une fois unanime, a voté les "pouvoirs spéciaux", ces pouvoirs parfaitement inutiles pour la négociation, mais indispensables pour la poursuite et l'aggravation de la guerre. Ce vote est scandaleux et risque d'être irréparable. Bien sûr, on peut et il faut l'expliquer, mais, pour être honnête, l'explication ne doit pas nier le scandale, bien au contraire: on ne songerait pas à justifier ce vote, si précisément, il n'apparaissait d'abord comme injustifiable.

 

Les partis de gauche, il est vrai, n'ont pas été les seuls à voter ce projet. Rarement, vit-on majorité plus hétérogène. Tous les votes "massifs" sont d'ailleurs équivoques : du côté des partis, ils comportent une menace - défense de faire la politique que les autres préconisent - plutôt qu'un mandat - faire celle que nous souhaitons ; du côté du gouvernement, une hypocrisie presque avouée. Mais aujourd'hui, l'équivoque est à son comble: ont voté le projet, M. Reynaud qui veut la guerre et ne s'en cache pas, M. Hernu qui préférerait la négociation, M. Soustelle, pour qui négocier, c'est capituler, M. Duclos qui affirme la nécessité de reconnaître d'abord le fait national algérien et les socialistes qui font silencieusement confiance au gouvernement bénéficiaire de ces suffrages contradictoires. C'est cette équivoque qu'on voudrait rassurante ; elle aurait heureusement stérilisé un projet dont la vérité eût été dangereusement soulignée par un scrutin trop clair. Toute la question est donc de savoir ce qui sera déterminant ; la politique qu'implique le texte où l'incohérence des suffrages. Celle-ci atténuera-t-elle celle-là? Mais suffit-il d'atténuer? La mise en pratique des "pouvoirs spéciaux" ne rendra-t-elle pas dérisoire une tactique, qui ne fut peut-être que le déguisement de la résignation? Aussi bien l'équivoque du vote ne concerne-t-elle que le vote lui-même, non la portée du projet, dont elle constitue en fait un aveu explicite: Si l'on  a pu  vouloir camoufler la signification des pouvoirs accordés au gouvernement, c'est bien parce que cette signification ne souffre pas la discussion. Croit-on que les Algériens vont s'y tromper? La droite de l'Assemblée, en tous cas, n'a pas nourri une bien longue inquiétude: il a suffi que M. Mollet réponde superbement qu'il ferait sa politique, c'est-à-dire celle de de son projet, pour que M. Bidault, qui l'avait sommé de lever l'équivoque, se sente aussitôt tranquillisé. Il sait bien que les faits et la logique de la situation resteront de son côté, si l'on se contente de les recouvrir de la phraséologie traditionnelle.

 

Bien entendu, le projet annonce d'impressionantes réformes sur les plans économiques et social. Qu'est-ce que cela coûte? Voilà longtemps qu'on promet aux Algériens d'améliorer leur sort, de ne plus les traiter en occupants sans titre de leur propre sol. On leur a fait, dans le passé, tant de promesses, qu'on a fini par croire qu'elles ont été tenues et qu'on s'étonne de l'ingratitude de ces gens qui ont le mauvais esprit de ne pas s'en apercevoir! Aujourd'hui, quand un gouvernement français promet quelque chose, même s'il est sincère, il ne peut être cru. Le premier qui voudrait réellement agir devrait se garder de l'annoncer, car il lui suffirait de proclamer ses bonnes intentions, pour qu'il soit aussitôt, et à bon droit, soupçonné de mentir. Comprendre enfin cette méfiance justifiée par tant de précédents, telle est la condition probable pour définir une politique susceptible de convaincre les Algériens. Voià pourquoi il est vain de porter à l'actif du gouvernement les bonnes intentions qu'il affiche et de justifier ainsi le soutien qu'on lui apporte.

 

Leur sincérité serait d'ailleurs la preuve de leur sottise. Imaginer que le problème algérien est d'abord un problème économique et social, c'est au fond admettre comme intangible le fait même de la colonisation. Celle-ci, voudrait-on faire croire, aurait donné lieu à des abus et c'est pourquoi des réformes seraient nécessaires. Mais les abus de la colonisation sont la colonisation même. Croire qu'on y mettra fin, un par un, c'est les considérer comme de simples accidents qui auraient pu être évités, alors qu'ils sont les éléments d'un système. On ne saurait donc les abolir sans mettre en cause le système lui-même, c'est-à-dire l'oppression coloniale. Affirmer le contraire, c'est vouloir la maintenir, ou, si l'on est de bonne foi, se condamner à l'impuissance. Le problème est donc d'abord politique: c'est une question de souveraineté. Le gouvernement ne peut l'ignorer, sans quoi il ne se livrerait pas à ses acrobaties verbales. Quand M. Mollet parle de "respecter la personnalité algérienne", quand il reconnaît aux Algériens cette "dignité" qui est l'éminente vertu du pauvre destiné à le rester, c'est très précisément pour ne pas parler du "fait national algérien". Invoquer la "personnalité algérienne", c'est simplement substituer à la fiction trop décriée de "l'Algérie, trois départements français", celle d'une Algérie-province aux traits si particuliers qu'elle pose "un problème unique au monde" - ce qui dispense de lui trouver une solution. Des réformes économiques et sociales, certes, il en faut, mais elles n'auront de portée que dans la perspective d'une reconnaissance du droit à l'indépendance, cette indépendance qu'on n'ose plus disputer à la Tunisie et au Maroc.

 

Admettons pourtant qu'on puisse les promouvoir à la façon dont l'entend le gouvernement et que celui-ci veuille vraiment les mettre en oeuvre. Il faut alors donner raison à ses adversaires (ou tout simplement à ses partisans) de droite : c'est bien pourquoi elle ne les inquiète pas ! Prétendre mener de front ce qu'on appelle pudiquement la pacification et les réformes, c'est une plaisanterie, qui malheureusement semble recueillir quelque crédit auprès des partis de gauche. On ne réformera vraiment la structure économique et sociale de l'Algérie que dans la paix. Il est absurde par exemple de penser qu'on pourra même amorcer une réforme du régime foncier dans le climat actuel et quand le tiers de l'Algérie échappe au contrôle des autorités françaises. Si donc on rejette toute idée de paix négociée, les réformes seront nécessairement postérieures au "rétablissement de l'ordre", si jamais il a lieu et si l'on y songe encore. Dans les circonstances présentes, mettre au premier plan l'urgence des réformes, ou bien c'est parler pour ne rien dire, ou bien, et très logiquement, c'est sous-entendre qu'un succès militaire rapide - et donc l'intensification de la guerre - est le seul moyen de respecter cette urgence. C'est par conséquent nier celle-ci au moment où on l'affirme, puisqu'il faut alors nécessairement renforcer d'abord l'appareil répressif. Il n'a d'ailleurs pas fallu attendre longtemps pour le vérifier : les "pouvoirs spéciaux" étaient à peine votés que des mesures militaires étaient seules décidées, que les journaux ne s'interrogeaient sur rien d'autre que sur leur efficacité et qu'une campagne de presse tendait à préparer l'opinion à une aggravation de la situation et aux décisions qui pourraient être prises pour y faire face. Autrement dit, quelle que soit la perspective choisie, le problème des réformes ne pourra être honnêtement posé qu'une fois la paix revenue. La seule question est de savoir si cette paix sera celle de l'oppression pour un temps réaffermie ou le fruit d'une négociation sans doute difficile mais loyale. Dans le premier cas, il est peu probable qu'elles voient jamais le jour; dans le second, elles seront l'oeuvre du peuple algérien. C'est ici que M. Bourgeaud éclate de rire: il sait bien, ce démocrate, que le mouvement national algérien est aux mains de féodaux moyennâgeux. C'est l'histoire de la paille et de la poutre. Répondons-lui simplement que si les réformes ne sont pas entreprises par les Algériens, elles ne le seront par personne, et que nous ne pouvons contribuer à cette oeuvre nécessaire qu'en combattant avec les Algériens la seule tyrannie qu'ils connaissent aujourd'hui : la tyrannie coloniale.

 

De quelque façon qu'on la considère, la loi sur les "pouvoirs spéciaux" n'a donc de sens que par et pour la guerre. Comment s'en étonner? Ce texte est parfaitement dans la ligne de la politique suivie par M. Mollet depuis son arrivée au pouvoir. Le passé de ce gouvernement prépare son avenir. Mais aurait-il une politique cachée, qui justifierait la confiance mitigée que certains lui accordaient encore? Ne feindrait-il pas de poursuivre une politique que pour en dissimuler une autre? Qu'est-ce qui, dans dans ses actes, annonce donc qu'il compte malgré tout rechercher la paix? A Alger, il cède à l'émeute des ultras; à Paris, il interdit les manifestations contre la guerre. Qu'est-ce qui permet de croire, comme le suggérèrent les esprits forts, qu'il n'utilisera pas les pouvoirs spéciaux? En fait, tous ses actes depuis qu'il est au pouvoir, contredisent une déclaration d'investiture pourtant timide : il démissionne Catroux, envoie des renforts, demande aux combattants de déposer les armes sans  garantie ni contrepartie, confie à M. Lejeune, qui veut se faire pardonner son antimilitarisme de jeune homme, le soin de galvaniser une armée elle-même travaillée par le doute. Tout ce qu'il y a de positif dans la politique gouvernementale va dans le sens de la guerre. Reste, dira-t-on, la non-exécution des condamnés à mort. Voilà où nous en sommes : le gouvernement Faure-Pinay n'osait pas davantage et il faudrait y voir une preuve de sa bonne volonté! Et encore n'est-ce qu'un sursis, qui chaque jour peut prendre fin : une menace autant qu'une grâce. On reconnaît bien là le style de M. Mollet, de sa fade rhétorique qui indéfiniment balance entre la fermeté et la douceur, prétend à la fois intimider et concilier. Le 28 février, il lance un appel radiophonique, au nom de la France, mais à qui? Un appel à la confiance - sans autre garantie qu'un siècle d'oppression et de mensonge - a de toute façon peu de chances d'être entendu, et moins encore quand par surcroît il s'adresse à ceux, qui, en s'insurgeant, montrent assez clairement que la confiance est perdue. En vérité, M. Mollet sait bien qu'il ne sera pas répondu à son appel-ultimatum. Il a beau le faire répandre à des centaines de milliers d'exemplaires dans les montagnes d'Algérie, ce n'est pas aux fellaghas qu'il le destine, mais à lui-même. Il soupire à la radio en espérant que les armes, magiquement, se tairont : c'est pour se consoler de préparer déjà, dans un "sursaut" viril et navré, les siennes.

 

Au mieux, ce qu'on peut attendre d'un tel homme, s'il doit finalement reculer devant la guerre totale, c'est ce qu'on a appelé pour l'Indochine le pourrissement du conflit. Il y installera la France, mais il est à craindre que d'autres prendront très vite la relève et le conduiront jusqu'à son terme : la catastrophe après, peut-être, une victoire passagère et ignominieuse. En 1947 aussi, quand débuta la guerre du Viet-Nam, les socialistes étaient au pouvoir. Alors, aussi, ils disaient qu'ils ne voulaient pas la guerre, mais ils l'ont faite : irréparablement. Le langage, les thèmes sont déjà les mêmes : nous n'aurions en face de nous que des bandes rebelles, assurant leur emprise sur les populations locales par une propagande mensongère et par la terreur, et soutenues par l'étranger. Pékin hier, aujourd'hui Le Caire; quant à la défense du "monde libre", elle n'est pas loin!

 

Comme en Indochine, le seul point fixe de toute cette politique, c'est le refus de négocier avec ceux contre qui l'on se bat. Mais Dien-Bien-Phu n'est pas encore oublié. Il faut donc cette fois-ci justifier ce refus. Le grand argument, c'est l'absence "d'interlocuteur valable". Comme s'il y avait de quoi se vanter, comme si cela ne révélait pas l'état d'abaissement dans lequel on a tenu longtemps l'Algérie, on déclare gravement qu'il n'existe pas là-bas de mouvement politique comparable au Neo-Destour en Tunisie ou à l'Istiqlal au Maroc. En fait, on sait parfaitement quels contacts il faudrait prendre pour préparer une négociation. Mais justement, dit-on, alors, contrairement à ce qui s'est passé en Tunisie ou au Maroc, ces contacts n'ont jamais existé. Comment les nouer si nos adversaires ne s'y prêtent pas? Comprenons d'abord leur méfiance: au Maroc et en Tunisie, nous n'avons pas systématiquement comme en Algérie déconsidéré les leaders nationalistes, et surtout nous n'y avons pas massacré quarante mille hommes comme en 1945 dans le Constantinois! De bonnes paroles ne suffiront pas à dissiper cette méfiance. Il faudrait pour y parvenir des mesures sans équivoque, telle la libération des détenus politiques, que M. Mollet avait envisagée dans sa déclaration d'investiture, mais dont, après son voyage à Alger, il n'a plus rien dit. Il parle aujourd'hui d'élections libres : elles permettront, dit-il, de connaître les authentiques représentants de la population algérienne, ceux avec qui il sera possible de discuter. Candeur ou duplicité? Les Algériens ont une certaine expérience des élections auxquelles on les convie régulièrement pour désigner quelques créatures de l'administration. Il faudrait cette fois leur donner des garanties certaines quant à la loyauté de ces élections. Et surtout, le problème est le même que pour les réformes : les élections libres supposent la paix, elles n'auront pas lieu, ou seront aussi truquées que les réformes seront vides de sens, si l'on rejette toute idée de paix négociée. Mais qu'est-ce donc qui hérisse tant de gens dans l'idée de négociation? C'est la pensée qu'en négociant, on abandonnerait un million et demi de Français établis en Algérie. Le gouvernement et sa presse jouent de cette crainte avec une virtuosité de maitre-chanteur. Ils reprochent volontiers aux partisans de la négociation de confondre la masse des Français avec une "poignée" d'extrémistes, les intérêts des premiers avec les privilèges des gros colons. Mais cette confusion, c'est au contraire le gouvernement qui la commet et l'entretient, car, en faisant la guerre, ce sont ces privilèges seuls qu'il défend tout en voulant faire croire qu'il défend aussi ces intérêts.En fait, les Français ont tout à perdre dans la poursuite de la guerre, alors que la négociation ne leur fermerait pasl'avenir: bien plus, elle constitue pour eux, la seule issue. Les Algériens n'entendront pas raison, disent-ils, ils veulent nous jeter à la mer! Comment le savoir, si l'on refuse tout dialogie? Négocier, ce n'est pas capituer, sauf pour M. Soustelle qui a engagé tout son crédit dans la guerre. Négocier, c'est précisément faire valoir ce qu'on croit être ses droits, c'est confronter et adapter des perspectives d'abord et normalement divergentes. Cela ne suppose qu'un seul abandon préalable : celui du recours à la force. C'est pourquoi le premier objet d'une négociation serait aujourd'hui un cessez-le-feu. Une telle négocaition impliquerait évidemment qu'on reconnaisse ce que représente ceux qui nous combattent: la réalité nationale algérienne.Mais la guerre n'en constitue-t-elle pas déjà la reconnaissance par l'absurde? Il faut beaucoup de mauvaise foi pour refuser cette conclusion.

 

MM. Mollet et Lacoste semblent n'en pas manquer. Il faut donc poser à nouveau la question ; si cette politique est sans excuse, si elle aggrave une guerre honteuse et absurde, pourquoi ne l'avoir pas dit? Car il est peu croyable que les radicaux mendessistes, les communistes et même la plupart des socialistes ne s'en rendent pas compte. Ils n'ont maintenu aucune équivoque car il n'en existait pas. Ils ont espéré en créer une, obscurcir une politique qui sans leur appui serait trop claire. Mendès-France et quelques ministres socialistes jouent, dit-on, les otages à l'intérieur du gouvernement, mais leur présence finirait par faire basculer le corps mou et sans tête du gouvernement vers la négociation. Les communistes, à l'extérieur, feraient de même. Pris entre ces deux forces douces, le gouvernement serait conduit malgré lui à travailler pour lapaix. C'est oublier que d'autres forces aussi s'exercent sur le gouvernement et qu'elles l'emporteront d'autant plus aisément qu'on laissera celui-ci mettre en place tous les moyens de la guerre. On conçoit qu'il est difficile aux communistes d'abandonner les chances entraperçues de l'unité d'action, de compromettre la nouvelle politique internationale que laissait timidement entrevoir le discours de Pineau. Mais le prix à payer pour le Front populaire et la coexistence ne saurait être la guerre en Algérie. Qu'elle se poursuive encore et il faudra bien abandonner ce gouvernement à son sort. Seulement, on ne décroche pas si aisément d'une politique, dont on vient, quoi qu'on en dise, d'accepter les prémisses. Vouloir à tout prix se donner bonne conscience ne suffit pas, il est vrai, pour choisir une politique. On a le droit de ne pas accepter d'emblée de se trouver seuls à nouveau pour des années à dénoncer une "sale guerre", qu'on aurait en fait laissé se poursuivre. Mais on accepte alors de partager les responsabilités d'une action, sur laquelle on ne garde qu'une prise incertaine. c'est un risque. Souhaitons que ce ne soit pas une erreur.

 

18 mars.

T.M.

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Ecouter/réécouter, avec la mise en place de la République autoritaire et à la veille de la journée du 30 janvier contre l'état d'exception, l'émission consacrée hier par France-Inter au 17 octobre 1961 avec Sylvie Thénault. Les éclairages sur hier et aujourd'hui sont importants pour notre réflexion. http://www.franceinter.fr/emission-affaires-sensibles-17-octobre-1961-une-nuit-pour-memoire

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 17:52

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Un camarade nous écrit :

 
C'est ce soir à la Clef, désolé pour l'annonce tardive mais même si vous le ratez ce soir
c'est pour que vous ayez l'info, vu que cette histoire est totalement (ou presque) tombé
dans l'oubli
.

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 http://www.cinemalaclef.fr/evenements/les-balles-du-14-juillet-1953/ Les Balles du 14 juillet 1953 - Réalisé par Daniel Kupferstein France | Documentaire | 2014 | 01h30 | VOST FR 
Le 14 juillet 1953, un drame terrible s’est déroulé en plein Paris. Au moment de la dislocation
d’une manifestation en l’honneur de la Révolution Française, la police parisienne a chargé
un cortège de manifestants algériens. Sept personnes (6 algériens et un français) ont été

tuées et une centaine de manifestants ont été blessés ont plus de quarante par balles.

Un vrai carnage.
Cette histoire est quasiment inconnue. Pratiquement personne n’est au courant de son existence.

Comme si une page d’histoire avait été déchirée et mise à la poubelle. En France comme

en Algérie. Ce film, est l’histoire d’une longue enquête contre l’amnésie. Enquête au jour le jour,
pour retrouver des témoins, pour faire parler les historiens, pour reprendre les informations


dans les journaux de l’époque, dans les archives et autres centres de documentation


afin de reconstituer au mieux le déroulement de ce drame mais aussi pour comprendre


comment ce mensonge d’Etat a si bien fonctionné. Avant que les derniers témoins ne disparaissent, il est temps que l’histoire de ce massacre
sorte de l’oubli.
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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 20:55

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16 juillet 1942 : la police française livre des milliers de Juifs aux nazis

16 juillet 2014
 

Vel_d'Hiv 

 

Le 16 juillet 1942, au petit matin, la police française s’est déployée pour arrêter 13 152 juifs : 8.160 d’entre eux ont été enfermés dans le Vélodrome d’hiver (10 boulevard de Grenelle), dont 4.115 enfants, tandis que les autres étaient concentrés dans le camp de Drancy, avant d’être envoyés vers les camps d’extermination, en particulier celui d’Auschwit-Birkenau.  Des documents accablants montrent la collaboration active des forces de sécurité française. Programmées par les nazis, cette rafle organisée avec la complicité du gouvernement de Vichy est la plus grande rafle de Juifs oranisée sur le territoire français durant la guerre, mais n’est d’ailleurs pas la première : en 1941, trois rafles ont déjà eu lieu, essentiellement à Paris. En application de la loi du 4 octobre 1940, la préfecture de police met à disposition de l’occupant nazi son fichier juif : ce sont ainsi 4232 arrestations qui ont lieu du 20 ou 23 août 1941, les Juifs arrêtés se retrouvant au camp de Drancy, qui vient juste d’être inauguré.


Maurice Rajsfus, arrêté avec ses parents lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver alors qu’il n’a que 14 ans, est l’un des survivants de cette tragédie, à la suite d’un ordre excluant les Juifs de 14 à 16 ans de la rafle. Militant communiste après la guerre,  puis membre du groupe Socialisme ou Barbarie. il confonde en 1994 l’Observatoire des libertés publiques, qui recense les crimes sécuritaires commis par la police française, jusqu’en avril 2014. Il est également un rédacteur régulier dans plusieurs publications de réseaux ou organisations antifascistes, dont No Pasaran. Il revient dans la vidéo ci-dessous, réalisée par TV5, sur l’importance de cette événement : voir la vidéo sur le site de lahorde

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 10:12

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Misère au Borinage est un film muet tourné en 1932 et 1933 par Henri Storck et Joris Ivens.

 

Ce documentaire militant, connu mondialement, explore longuement la misère des mineurs, l'exploitation ...

 

sortie initiale en 1933.

 

Durée 36 mn


(version audio pour ceux qui le souhaitent)

 

 


 
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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 17:22

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Transmis par un camarade 


Pour lui rendre hommage

 

- Mardi 20 mai, 10h30 : Mise en bière et levée du corps de Jean Louis
Chambre mortuaire de l'Hôpital Universitaire Paul Brousse,
12 avenue Paul Vaillant-Couturier, 94800 Villejuif
(Métro Ligne 7 : station Paul-Vaillant-Couturier)

- Mercredi 21 mai, 11h30 : Enterrement de Jean Louis
Cimetière chrétien de Diar Essâada, Alger

- Dimanche 15 juin, de 14h à 20 h : Hommage à Jean-Louis Hurst
Un après-midi de camaraderie et d'amitié (lieu à confirmer).


Pour écouter et lire

 

L'émission du 15 mai 2014 à partir de 18h45 sur Jean Louis :
http://radiogalere.radio.fr/

Le beau portrait dressé par Sylvie Braibant :
http://blogs.tv5.org/caravane/2014/05/jean-louis-hurst-d%C3%A9serteur-jusquau-bout.html

L'article de Yacine K. dans Le Matin (Algérie) :
http://www.lematindz.net/news/14431-mort-jean-louis-hurst-un-ancien-porteur-de-valises.html

L'article de Luc Cédelle, dans Le Monde :
http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/05/15/mort-du-journaliste-jean-louis-hurst-le-deserteur-de-la-guerre-d-algerie_4418786_3382.html

Dans les archives d'internet :


Une émission de radio sur l'Algérie hier et aujourd'hui, diffusée sur FPP en 1993, dans laquelle Jean-Louis discute avec Miohammed Harbi :
http://archives.gip-epra.fr/emission/l-algerie-au-lendemain-de-l-independance-p050b-2?from=listByRealisateur
http://archives.gip-epra.fr/emission/l-algerie-au-lendemain-de-l-independance-p049a-2?from=listByRealisateur

L'article de Jean-Louis publié dans Libération en 1981, qui fut un des premiers à rouvrir le dossier du massacre des ouvriers algériens à Paris le 17 octobre 1961 :
http://www.liberation.fr/evenement/1997/10/18/en-1981-les-premiers-temoignages_217050

Le chapitre tiré des entretiens de l'auteur avec Jean-Louis dans :
Martin Evans, Mémoires de la guerre d'Algérie, préf. Gilbert Meynier, L'Harmattan, 2007, p. 143-148.

Quelques films contenant des images de Jean-Louis Hurst :
Alain Taieb et Virginie Adoutte, Monsieur le président, je vous fais une lettre…, ARTE France – Riff International Production, 2000, 61 mn (diffusé sur Arte le 9 novembre 2000). Au cours de la même soirée Théma, consacrée aux déserteurs, Jean-Louis apparaît dans :
Bernard Favre et Benjamin Stora, Les années algériennes, Antenne 2 – Taxi Production – INA, 1991, 4 60 mn
Richard Copans, Les frères des frères, La Sept – Les Films d’ici – INA, 1992

N'oublions pas la participation de Jean-Louis au comité de rédaction de la revue anticolonialiste et anti-impérialiste Partisans (1961-1973) publiée aux éditions François Maspero.

Lire dans L'éducateur (pédagogie Freinet), n° 17-18, 15 mai-1er juin 1972 l'édito de l'ICEM à propos de la répression contre Jean-Louis, enseignant :
http://www.icem-freinet.fr/archives/educ/71-72/17-18/1-2.pdf

A propos du procès du "Déserteur", intenté à Jérôme Lindon en décembre 1961, les éditions de Minuit ont republié en fac-similé en 2012 le document paru en 1962 sous le titre "Provocation à la désobéissance", qui contenait "le compte rendu sténotypique des débats, augmenté de quelques pièces annexes, lettres et documents". "Provocation à la désobéissance" commentait abondamment le livre interdit, en citant intégralement les pages mises en cause... Du coup, il était légalement impossible de faire saisir cette transcription d’une audience publique. Ce fut le dernier livre sur la « question algérienne » publié par les éditions de Minuit.
Lire la page des éditions de Minuit sur l'ouvrage :
http://www.leseditionsdeminuit.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=2720


 

Merci à Patrick de la librairie le Point du Jour à Paris

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 00:32

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Banderole sur Mathausen

"Les Espagnols antifascistes saluent les forces libératrices"

 

Mathausen-mai-45.jpg

  1. Lorsque l'armée américaine est entrée à Mauthausen le 5 mai de l'année mille neuf cent quarante-cinq,les drapeaux républicains avaent remplacé les croix gammées et devant la porte était accrochée une bannière qui disait: « Espagnols antifascistes saluent les forces libératrices ».

  2. Une grande partie des exilés républicains espagnols étaient les premiers prisonniers de race non germanique entrés à Mauthausen - le seul camp nazi de la catégorie III- et le premier groupe de déportés constitué sur une base politique commune : la lutte antifasciste
  3.  
    Cuando el ejército estadounidense entró en Mauthausen el cinco de mayo de mil novecientos cuarenta y cinco, las banderas republicanas habían sustituido a las esvásticas y en la puerta principal colgaba una pancarta en la que se leía: "Los españoles antifascistas saludan a las fuerzas libertadoras".

    Una gran parte de los exiliados republicanos españoles fueron los primeros prisioneros de raza no germánica que ingresaron en Mauthausen -el único campo nazi de la categoría III-y el primer grupo de deportados constituido sobre una base política común: la de la lucha antifascista

    Leer más:
    http://buscameenelciclodelavida.blogspot.com.es/2012/05/liberacion-de-mauthausen.html
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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 13:12
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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 18:28

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Lire cette analyse sur le site La Horde. 27 avril 2014

 

Pierre Tévanian, dans l’ouvrage Le Racisme républicain (éd. L’Esprit frappeur), analysait ainsi le silence assourdissant qui régnait autour de la commémoration de ce crime raciste :

 

Le 1er mai 1995, des skinheads participant à un cortège du Front National tuent un jeune marocain, Brahim Bouarram, en le poussant dans la Seine.

 

Huit jours plus tard, Jacques Chirac est élu président de la République, et l’éditorialiste politique de France 2, Alain Duhamel, fait ce commentaire :

 

« La campagne électorale a été adulte et civilisée : il n’y a pas eu de sang, il n’y a pas eu de mort ».


Cette campagne civilisée s’était ouverte, le 21 février 1995, par le meurtre d’un jeune Français d’origine comorienne : Ibrahim Ali, abattu d’une balle dans le dos par un colleur d’affiche du Front national.


Plus de trente ans auparavant, le 13 février 1962, huit manifestants communistes sont tués par la police parisienne. Le journal Le Monde parle du « plus sanglant affrontement entre policiers et manifestants depuis février 1934″.

 

Pourtant, quelques semaines auparavant, le 17 octobre 1961, la police parisienne massacrait par dizaines voire par centaines des Algériens qui manifestaient pacifiquement contre un couvre-feu discriminatoire.

Rappelons qu’en février 1934, la répression d’une violente manifestation d’extrême droite avait fait une dizaine de morts.

 

En octobre 1961, bien entendu, la connaissance exacte et exhaustive des faits n’est pas accessible. Mais la presse ne peut pas ne pas soupçonner que beaucoup plus de dix personnes ont été tuées [1]. Le journaliste qui compare Février 1962 à février 1934 en oubliant octobre 1961 fait donc comme si plusieurs dizaines d’Algériens valaient moins qu’une dizaine de Français – les huit communistes de Charonne ou les dix fascistes de février 1934.

 

En mai 1995, le commentateur qui affirme qu’il n’y a pas eu de mort ni de sang versé parle bien entendu au sens figuré. Il veut dire que les mots échangés par Lionel Jospin et Jacques Chirac durant la campagne électorale ont été courtois, qu’il n’y a eu entre eux ni injures ni invectives. Il reste que, pour parler ainsi de morts et de sang, et pour dire qu’il n’y en a pas eu, il faut que le commentateur ait oublié, ou mis de côté, ou en tout cas qu’il ait tenu pour rien la mort réelle et le sang réel d’Ibrahim Ali et de Brahim Bouarram.


On peut donc poser l’hypothèse qu’il y a, aux yeux de certains, des vies moins importantes que d’autres. Et que, quelle que soit la singularité de chaque situation, à des époques différentes, sous des modalités différentes, Brahim Bouarram, Ibrahim Ali et les dizaines de victimes d’octobre 1961 ont en commun d’avoir été des corps sans importance [2].

 

Des corps sans importance


Ou encore, pour emprunter un concept de Sidi Mohammed Barkat : des corps d’exception. En effet, si la haine a pu se déchaîner à ce point, dans un espace démocratique comme la France métropolitaine de 1961 [3], qui ne pratique plus la répression sanglante depuis la fin de la Commune, c’est parce que les Algériens sont à l’époque considérés comme des exceptions dans le genre humain, n’en faisant pas vraiment partie – donc comme des êtres à qui ne s’appliquent pas les Droits de l’homme [4].


En tant que corps d’exception, les Algériens (alors appelés « FMA », « Français Musulmans d’Algérie ») sont perçus comme des êtres infra-humains, ou pas tout à fait humains, donc comme des êtres dont la mort n’importe pas – ou pas autant que celle d’un « Français de souche ». Ils sont aussi perçus comme des êtres louches et inquiétants, violents par nature – donc des êtres qu’on a plus facilement le droit de tuer. Leur simple existence, ou du moins leur visibilité dans une manifestation politique apparaît comme un danger, voire comme une agression insupportable : l’exécution sommaire devient donc un acte de « légitime défense de l’homme digne d’avoir des droits ».


Ce qu’a bien montré Sidi Mohammed Barkat, et qui importe au plus haut point, c’est que l’image du corps d’exception est une production : s’il a suffi de trois journées pour que deux cent personnes soient assassinées, il a fallu en revanche un siècle pour qu’auparavant, ces personnes deviennent assassinables. Un siècle de production et de transmission de l’image du corps d’exception.


Cette image a été produite et transmise de génération en génération par les « propos de table », la littérature et le cinéma, mais aussi par les livres pour enfants, l’école et le discours scientifique [5]. Elle est enfin, dans une très large mesure, une production juridique : les statuts spéciaux fabriqués sur mesure pour le colonisé algérien ont habitué les esprits à penser qu’il était normal de soumettre le maghrébin à un traitement spécial. Par exemple, en instaurant la responsabilité collective, la Justice a accrédité et transmis l’idée que les Arabes sont tous les mêmes. Et le système électoral du double collège » et en donnant près de dix fois plus de poids à une voix de colon qu’à une voix de « FMA », a transmis l’idée qu’un « blanc » vaut dix Maghrébins. Cette idée a aussi été transmise par l’habitude de tuer dix prisonniers algériens lorsqu’un soldat ou un policier français était tué.

 

Si l’absence d’octobre 1961 dans la presse et dans les manuels est si grave, c’est que l’occultation des événements est la continuation de cette production du corps d’exception. En effet, en commémorant les morts de la Commune ou ceux de Charonne tout en oubliant ceux d’octobre 1961, les institutions et les organisations de gauche ont continué de transmettre l’idée – ou plutôt le sentiment confus – que certains crimes sont plus graves que d’autres, que certaines vies valent plus que d’autres, et que deux cent morts maghrébins, cela ne compte pas.

 

Aujourd’hui, cette idée est toujours dominante – quelles que soient les avancées qui ont pu avoir lieu ces dernières années. Il n’est donc pas étonnant que, depuis 1961, les représentations n’aient pas beaucoup changé, et que la crise économique ait servi aussi facilement de prétexte à la réactivation d’un profond racisme anti-maghrébin. Il n’est hélas pas étonnant qu’un Marocain et un Français d’origine comorienne, tous les deux basanés et présumés musulmans comme l’étaient les « FMA », aient connu, trente-cinq ans après, un sort analogue.

 

Il n’est pas étonnant, enfin, que le commentateur de France 2 ait oublié si vite ces deux corps sans importance, comme son confrère du Monde, trente-cinq ans plus tôt, avait oublié plusieurs dizaines de Maghrébins. Ce genre d’omission durera tant qu’octobre 1961 ne fera pas partie de la mémoire officielle, celle des programmes scolaires, des monuments et des commémorations. Seule une réforme profonde de la mémoire collective pourra rendre les élites, et plus largement l’ensemble de la société française, perméables à cette vérité qui paraît simple à comprendre mais que nous n’avons jamais vraiment apprise : une vie « algérienne », « marocaine », « franco-comorienne » ou « musulmane », vaut autant que n’importe quelle vie française, et que toute vie humaine.

 

Tant que ce travail ne sera pas fait à grande échelle, il faudra s’attendre à affronter le même type d’exactions.

 

http://p1.storage.canalblog.com/12/86/139339/86172946_p.jpg

 

http://cogneras.canalblog.com/archives/2013/05/01/27054900.html


A voir:

 

http://nemesistv.info/video/UUGKW2B5BSMX/rappel-assassinat-de-brahim-bouarram# 

 

verdict http://www.ina.fr/video/CAB98019454


Clement Meric.


Sa mort aussi était involontaire?

C'est lui aussi qui avait provoqué?

(voir la vidéo ci-dessus sur le verdict)

 

 


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Militants d'AD

Situation des  MILITANTS

Nathalie Ménigon

Georges Cipriani

en libération conditionnelle

Jean-Marc Rouillan

en semi-liberté 

NOS COMBATS

(avril 2010)

Après la semI-liberté de Georges Cipriani, la campagne continue pour la libération de Jean-Marc Rouillan
et encore et toujours  
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

(septembre 2008)

Contre le risque de peine infinie pour les prisonniers révolutionnaires - contre la rétention de sûreté - contre le CNO
Pour une libération complète et sans condition des prisonniers révolutionnaires
Pour une solidarité avec ces militants en semi-liberté, en libération conditionnelle et au-delà car le but reste le même: leur permettre de préserver leur identité politiqe et de vivre matériellement, politiquement.

  (août 2009)


Le combat pour la libération des prisonniers d'Action directe doit donc continuer et se renforcer ...
Après la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, nous avons appris ce 20 août, le refus brutal et tellement politique de la libération conditionnelle pour Georges Cipriani.

Alerte: La santé, la vie de Jean-Marc Rouillan sont menacées, il doit être libéré.
Liberté pour Georges Cipriani'

C. GAUGER ET S. SUDER

PROCES CONTRE C. GAUGER ET S. SUDER

Pour suivre le procès : lire

 

LIBERATION DE SONJA SUDER

EMPRISONNEE DEPUIS SEPTEMBRE 2011 POUR DES FAITS REMONTANT A PLUS DE TRENTE ANS ET SUR LES SEULES ACCUSATIONS D'UN TEMOIN REPENTI HANS-JOACHIM KLEIN.

 

ARRET DES POUSUITES CONTRE CHRISTIAN GAUGER ET SONJA SUDER

ENGAGEES AU MEPRIS DE TOUTE PRESCRIPTION

SUR LES SEULES BASES DE DECLARATIONS OBTENUES SOUS LA TORTURE D'UNE PART ET D'UN REPENTI D'AUTRE PART

 

NON A LA TORTURE - NON A LA CITATION COMME TEMOIN D'HERMANN F.

Militant grièvement blessé en 1978, interrogé dès le lendemain d'une opération où il a perdu ses deux yeux et a été amputé des deux jambes, séquestré durant quatre mois sans mandat d'arrêt par la police, maintenu à l'iolement, et dont le tribunal prétend aujourd'hui utiliser les déclarations, qu'il a remis en cause dès qu'il a qu'il a pu être libéré des griffes des policiers.

 

LIBERATION DE SIBYLLE S., ARRETEE LE 9 AVRIL EN PLEIN PROCES POUR REFUS DE TEMOIGNER :

 

condamnée il y a plus de trente ans sur la base des déclarations de son ex-compagnon Hermann F., elle est restée proche de lui toutes ses années et refuse qu'on utilise ces déclarations qui lui ont été extorquées au prix de traitements inhumains.

 


Liberté pour Sibylle et Sonja 2